VOUS AVEZ DEMANDÉ LE 18? NE LES QUITTEZ PAS…

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Si j’avais l’esprit étroit du déterminisme de genre, je vous dirais que cet article est un article « pour » les garçons. Tu parles… ! Quand tu es un garçon, que tu as 8 ou 9 ans, tu rêves de quoi ? Je vais te le dire : Footballeur ou pompier.

Bon, je dresse un portrait à gros traits qui exclue celles et ceux qui se fichaient comme d’une guigne de tout ce qui, de près ou de loin, touchait à la notion d’héroïsme.

Moi-même j’ai eu ma période « pompier », j’étais en primaire à Marsanne, et un jour le père d’un copain, pompier volontaire, a été grièvement brûlé pendant un feu.

C’est peut-être là que j’ai réalisé que quand tu écris, la « pénibilité du travail », voire la mise en cause de la vie de celles et ceux qui dépendent de ton travail… bah… enfin bref, tout ça, j’ai relativisé.

Vous savez quoi ? Tout ce que vous allez lire à présent n’a été motivé que par cette unique question « Monsieur expliquez-moi, est-ce qu’être pompier c’est juste un travail ? ».

Mais bien entendu, d’abord nous faisons connaissance.

  • Bonjour, je suis le Capitaine Stéphane Roussel, je suis le Capitaine de la Caserne des Pompiers de Crest, et alors, vous me demandiez hors-micro, d’où me venait la passion « du pompier », et si ça remontait à l’enfance… Oui, je crois qu’effectivement cette passion « du pompier », vient de l’enfance, moi j’ai baigné… je suis issu, d’un milieu militaire, donc mon père, mon grand-père, étaient militaires… mon grand-père était gendarme… mon père était militaire de carrière, donc j’ai suivi ses déplacements, de casernement en casernement, donc j’ai respecté une certaine rigueur dans un cocon familial, qui m’a amené en… en novembre 93… à m’engager. C’était à la brigade des Pompiers de Paris. Alors là j’étais professionnel, j’avais 18 ans et demi… c’était juste à l’issu de mon Bac… mais en fait j’ai bénéficié d’une possibilité, parce que comme mon grand-père était gendarme, et moi j’avais un amour, que j’ai toujours, sur le milieu montagnard, et sur l’attrait du « secours en montagne », alors, je croyez-pas qu’ici dans la Drôme, je suis frustré de ne pas être à la montagne… (rire), non… en fait, j’ai réussi ici à être également dans le milieu du « secours en montagne », en étant ici chez les pompiers… ! Mais bon… j’ai un peu « levé le pied », parce que la partie « chef de centre », d’un centre de secours comme la Vallée de la Drôme, me prend beaucoup de temps… c’est énergivore… ça prend de l’énergie… physique. J’ai une soixantaine de pompiers sous mon commandement, donc… ça prend du temps. Mais bon, j’ai été « chef d’unité », c’est à dire chef d’une unité de secours en montagne, j’ai aussi été cadre, je réceptionnais les appels de secours, et tout ça se greffait à la vie professionnelle… donc, moi j’ai un autre job, je suis agent de sécurité, et bon… ce qui est bien c’est que ça me laisse du temps de libre pour consacrer du temps aux Sapeurs Pompiers Volontaires, parce qu’ici on est volontaires à majorité… pour tout vous dire, j’ai eu un recrutement, l’année dernière de trois professionnels, donc en janvier 2023, il y aura trois nouveaux arrivants, donc on arrivera à six professionnels pour renforcer le dispositif. A savoir que l’année 2021 s’affichait avec un nombre de 1518 interventions de Sapeurs Pompiers… donc comme nous sommes un grand centre dans la Drôme, nous avons renforcé le dispositif et la réponse opérationnelle avec des gardes diurnes, tous les jours, maintenant il y a des gardes de pompiers, majoritairement volontaires, donc de 7 heures à 19 heures, c’est ce qu’on appelle « une montée de caserne », avec quatre personnes… mais surtout, ce que je veux dire c’est qu’à partir de janvier 2023, avec cette venue des trois autres professionnels, on passe à une présence de six en caserne… donc : deux professionnels et quatre volontaires…
  • Ce qui implique donc la présence d’équipes de nuit ?
  • Nous avons des équipes de nuit, qui sont d’astreinte « à maison », de 7 heures à 19 heures : c’est la journée. C’est la garde diurne. Mais la nuit on fonctionne par équipes, on est en « équipe de secours », c’est à dire que les gens sont à domicile, ils sont en équipe, et ils répondent depuis chez eux. Par le biais de « Bip » sélectifs, d’alertes… Alors toutes ces données remontent ensuite sur notre centre qui est directement relié au Centre des Alertes de Valence, et c’est comme ça qu’une alerte se déclenche, parce que maintenant vous le savez, c’est un centre unique, ça c’est modernisé… il y a eu une époque on on recevait les appels directement au Centre de Secours de Crest, mais maintenant on a fusionné. Donc, vous savez, la caserne, elle-même, c’est une fusion des pompiers de Crest et des pompiers de Aouste, de l’époque… Donc cette caserne elle date de décembre 2013, à l’époque à Crest on faisait 700 interventions, Aouste en faisait… à peine 300, donc on arrivait à un total de 1000 interventions. Et donc j’y reviens, on est monté en 2021 à 2518 départs… Cette hausse n’est pas négligeable. En fait, en moyenne, chaque année « on prend » une centaine d’interventions en plus par rapport à l’année précédente. Alors… c’est essentiellement du « secours à personne »… bon, je vais vous donner des chiffres qui finalement sont nationaux, parce que c’est un peu partout pareil, donc oui, on a une dominante sur « le secours à personne », c’est un peu plus de 80% de nos activités quotidiennes, le secours à personne… Donc, ça balaie tout… jusqu’à l’arrêt cardiaque… mais aussi le malaise à domicile, la chute, les accidents domestiques… etc, etc… Donc, ça c’est un peu plus de 80%, derrière, on a les accidents de circulation, après il y a le feu… mais le feu c’est très peu, c’est 7%, peut-être 9%, ça dépend des endroits… Après il y a les saisons, là on va arriver sur l’été, alors forcément c’est une période où il peut y avoir des départs de feux de forêts. Bon, il faut dire que sur la Drôme, on a une couverture végétale qui est assez importante, mais que nous sommes quand même assez préservés sur le feu de forêt depuis quelques années… de mémoire, depuis 2004, voilà… c’était les derniers gros feux de la région, alors depuis c’est vrai que ça c’est calmé, mais il faut aussi dire que nous avons désormais beaucoup de renforts «extra-départementaux », par exemple, on soutient la Corse, régulièrement… Mais aussi l’arc méditerranéen, le Var, les Bouches-du-Rhône qui ont brûlés… l’Aude aussi… Donc voilà, ce sont des colonnes qui partent de différents départements et qui viennent soutenir les collègues qui en ont besoin.
  • Capitaine, je voudrais revenir avec vous sur ce constat : Votre première action c’est, vous nous l’avez dit : « l’aide à la personne », alors surtout, ne vous méprenez pas, pour moi il s’agit de la plus noble des missions. Mais cependant, et pour en revenir justement à la nature de vos missions, il semblerait, pour faire court, que désormais, être pompier c’est être ambulancier… Le pompier d’aujourd’hui comblerait-il les insuffisances du SAMU ? Je le sais, cette question chatouille toute votre corporation…
  • Bon, oui… cette question est récurrente… et on marche un peu sur deux œufs, parce que… (un temps), le « secours à personne », prend une place majoritaire, chez les Sapeurs Pompiers… le centre 15 a aussi tenu son rôle d’aide à la personne, et en fait ils nous « dispatchent », tout ce qui est de cet ordre, soit en soin d’urgence, donc tout ce qui est de l’ordre de la détresse vitale… arrêt cardiaque etc… tous ces soins qui sont le cœur de notre métier. Néanmoins… on passe régulièrement à côté de ces cœurs de métier… C’est à dire, qu’on se substitue aux ambulanciers privés. De par les carences en ambulances, mais je ne veux pas dire que…
  • Ce système, vous semblez le regretter…
  • Ce n’est pas un regret, c’est un constat. Bon, alors, vous allez me dire : l’un n’empêche pas l’autre, alors on va dire que moi je trouve que c’est regrettable d’en arriver là, et je pense, pour ma part, qu’on perd le cœur du métier, mais plus grave… on est en train de perdre la motivation des Sapeurs Pompiers. En fait… On n’est plus dans l’urgence chez nous. Et tous ces jeunes qui veulent entrer chez les Sapeurs Pompiers, ils ont vocation à entrer dans un service où l’urgence est prioritaire… Les demandes de SAMU sur des carences, là on n’est plus sur de l’urgence, bon oui… Il est vrai que certaines carences peuvent devenir urgences à certain niveau. C’est vrai. Mais, moi… en étant sur le terrain, je ne reste pas derrière mon bureau, je m’aperçois que… (un long temps, en mode : « je vais réfléchir à ce que je vais dire »), je pense que l’activité de Sapeur Pompier bat de l’aile. Mais le pire, c’est que c’est national… alors, il y a ce constat, mais après il y a les faits : il y a une démotivation chez les Sapeurs Pompiers, qui mène à un manque de volontariat en France… Parce que, il faut toujours le rappeler, c’est essentiellement, les Sapeurs Pompiers volontaires, majoritairement… A hauteur de 67%, presque 70%… ! Et vous savez, je le trouve malheureux ce constat. Je trouve malheureux d’en être arrivé là. Donc, remotiver, et savoir créer un « vivier » de volontaires, avec pérennité… croyez-moi, c’est de plus en plus difficile… Mais je vous parle en temps que chef de centre ici à Crest, mais on a tous des problèmes à recruter des Pompiers volontaires, partout… Alors, je ne sais pas ce que dira l’avenir, mais sur la problématique du secours-volontaire, c’est sûr, on est en déclin.
  • Capitaine Roussel… Pour un instant, je vais vous imaginer « coach », allez… c’est Pâques, ou presque et là, pour le brillant.fr je fais de vous l’entraîneur d’une équipe de foot. Bon, vous nous l’avez dit, il s’agit d’une équipe de 60 personnes… Ok. Maintenant, je vais vous poser une question… N’êtes-vous pas confronté à une nouvelle génération de pompiers, qui préfère jouer le match et aller au feu, plutôt que de s’entraîner, et faire des tours de stade ?
  • Oui, alors si on peut schématiser ça comme ça, oui c’est un peu ça oui. Mais alors, si on reprend la comparaison, je suis… parce que j’ai fait du rugby aussi… Alors oui, je suis le Capitaine de mon équipe… mes partenaires, mes collègues et mes amis pour certains, ils ont tous la même vocation… Posez-vous la question ? Pourquoi on rentre chez les pompiers ? Et bien, c’est l’aide à la personne, c’est parfois « faire du feu », et surtout garder la motivation quand on a une recrudescence d’activité qui ne sont plus les nôtres… Voilà, je pense aussi qu’on est en train de mettre à mal notre activité de Sapeur Pompier… Mais garder la motivation comme vous l’avez dit, ensuite il y a ces actions qui rentrent dans « l’activité pompier », alors là je dis oui encore… mais, si on sort de notre vraie « activité pompier’, alors, ce n’est pas le même jeu derrière… On va pas jouer avec le même ballon… Oui, c’est ça. Avec le même maillot, mais pas avec le même ballon. Et il faut savoir garder nos gens… alors déjà le recrutement c’est difficile, mais ensuite c’est une histoire de fidélisation, on a une grosse difficulté à garder nos Sapeurs Pompiers, les garder motivés… Alors c’est un peu à cause de la nature de nos interventions, mais il y a aussi ce phénomène de société, on en demande toujours plus… Mais c’est un constat que moi je fais, je ne jette pas la pierre à qui que ce soit, ou à un système qui est comme ça, mais la société est devenue individualiste, les gens se regardent trop le nombril… Alors nous on est le dernier rempart au niveau de l’aspect cohésion, esprit d’équipe… alors si je reviens au parallèle que je faisais avec le rugby, puisque moi j’ai joué à Beauvallon où j’ai côtoyer l’ami Sébastien Chabal, et bien là on a encore cet esprit de cohésion, d’amitié, ou d’équipe où le combat on le mène ensemble. Mais la jeune génération qui rentre, avec ce phénomène des réseaux sociaux, les téléphones portables, les jeux électroniques à la maison… on se dissocie de cet aspect social, donc on est obligé de fusionner avec trois ou quatre communes, pour faire une seule équipe.
  • Quel regard vous portez sur ces faits-divers qui régulièrement relatent des incidents avec des véhicules de pompiers qui se font caillasser dans les quartiers de certaines villes ?
  • Alors nous, on n’en est pas encore confronté à ce phénomène. Alors pour nous, on englobe ça sous le terme générique de « violences urbaines », et j’allais dire « malheureusement », nous sommes formés pour ça, pour désamorcer les tensions dans les milieux urbains où ça commence à « monter en mayonnaise », et oui, on peut subir des caillassages, donc il y a Valence qui subit ce genre de phénomène, Romans… etc… Moi ce que je veux en dire c’est que les gens font un amalgame : Pompiers, gendarmes, policiers et parce qu’on a une étiquette, on a un uniforme, parce ce que nous sommes des représentants de l’État, tout ça fait que finalement les gens ne nous connaissent pas, voilà… C’est l’aspect « uniforme », un uniforme c’est pour eux l’État, donc police, pompiers, gendarmes, on fait un amalgame de tout ça, et on caillasse… on s’oppose à ça, même si on est sensés apporter le bien en tant que pompiers, bon les gendarmes apportent le bien eux-aussi, ils font de la prévention… mais voilà, il n’y a plus la mesure du bon sens, et le civisme… alors il y a de plus en plus de débordements, les faits-divers se multiplient de jour en jour, nous on a des dépôts de plaintes sur les pompiers qui sont récurrentes, quotidiennement, quasiment, sur des bousculades, des insultes, des crachats, et des bagarres, nous avons un service de contentieux qui note une augmentation de ces phénomènes là, donc le constat on le voit, et c’est à l’échelle drômoise donc oui, j’imagine au niveau national.
  • Ce doit être dur pour vous de « faire la pub » pour les pompiers j’imagine…
  • Bon, alors cette année nous avons eu un recrutement de six personnes, ils sont venus d’eux-mêmes, on n’est pas venus les chercher, alors naturellement les gens du crestois et des neuf communes de couverture, voient bien l’activité qu’on a, la presse joue aussi son rôle de par les faits-divers qui sont relatés… après moi je m’efforce chaque année, vers septembre/octobre, avec l’organisation de « portes-ouvertes » qui permettent de faire découvrir l’activité des Sapeurs Pompiers, alors il y a l’activité réservée aux adultes, mais nous avons également l’école des jeunes Sapeurs Pompiers.
  • Capitaine, j’ai un peu bûché avant de venir vous voir, et j’ai appris que c’est seulement depuis 1976 que l’autorisation pour les femmes d’intégrer le corps des Sapeurs Pompiers a été prononcé. Quel est le prorata des femmes Pompiers chez vous ?
  • Alors il faut savoir qu’il y a une recrudescence, et qu’elle est à majorité féminine dans les recrutements que j’ai pu faire. Donc là, on a quatre filles qui sont rentrées, quatre femmes et deux hommes. Là, oui, on voit bien la montée en puissance, avant il y avait un frein, les filles n’étaient pas considérées comme adaptées à l’emploi et à l’activité de Sapeur Pompier, et là on peut voir que le changement est radical, le changement sociétal a aussi joué son rôle, on a changé de mentalité, ce n’est plus une activité seulement réservée aux seuls hommes. Les femmes ont leur rôle à jouer dans le secours à personne, mais pas seulement, il faut aussi savoir que nos matériels ont évolué, question de poids surtout… mais on a de plus en plus de technicité, et tous les matériels que nous avons dans nos véhicules sont montés en « high-tech », donc avec des matériaux légers, qui ont les mêmes fonctionnalités qu’à une certaine époque, où il y avait beaucoup d’acier et de charges lourdes à porter, donc un peu comme les outils de bricolage à la maison, tout à été repensé pour faciliter l’usage pour les femmes… bon, on n’est pas encore à la parité homme-femme sur le centre de secours, mais pour vous dire… On est obligé d’agrandir les vestiaires des filles pour pouvoir les accueillir. Donc oui, c’est un signe qui est fort. En 2013 la caserne a été dimensionnée pour 70 hommes, et 20 femmes. Et là, en pourcentage, on est plus sur 60% d’hommes pour 40% de femmes. Et donc les futures casernes qui vont être construites à l’avenir, vont prendre en compte ces chiffres, forcément. Alors, je vous le disais, nous n’en sommes pas encore à du 50/50, ça reste une activité plutôt masculine, mais ça commence sérieusement, « à monter dans les gammes »… ça leur plaît… Alors pourquoi ? D’abord il y a le secours à personne, et les femmes aiment bien ça. Ce contact humain, le côté douceur, psychologique… parler… les enfants… L’homme a un côté différent, il n’amène pas pareil, mais il y a ce réconfort psychologique qu’on peut trouver au côté des femmes, la douceur de la voix, de la gestuelle, qui sont des éléments très importants dans ces activités là. Mais on a aussi une vingtaine de jeunes, c’est un peu notre ressource, alors eux, ils rayonnent dans les différents « bassins de centres », il y a une école ici, à Étoile, Saint Paul trois Châteaux, les Deux Rives dans le Nord, il y en a un peu de partout… Pour Crest, on ira chercher des jeunes de la Vallée de la Drôme, donc jusqu’à Die, ensuite on va rayonner jusqu’à Loriol, Grane, toutes ces petites communes où il y a de la jeunesse. Et vous savez… ? Ça adhère ! On est même obligé de freiner les recrutements parce que nous avons trop de demandes ! Alors l’école des Jeunes Sapeurs Pompiers c’est trois étapes. Il y a le niveau « initié », « certifié », « breveté »… Donc à partir de 15, 16 ans, il obtient un brevet de « Jeune Sapeur Pompier », et il intègre à l’âge de 16 ans, une caserne, sous tutelle d’un adulte qui le prend sous son aile, et qui l’accompagne jusqu’à sa majorité. Alors il ne fait pas toutes les interventions comme nous, il est accompagnant, observateur… mais on ne peut pas légalement l’amener sur tous les théâtres d’accidents, les feux etc… tout ce qui est accident voirie, légalement on n’a pas le droit, pareil pour son temps de présence au centre, légalement c’est de 22 heures, jusqu’à 7 heures le matin.
  • Capitaine Roussel, je sais que l’ordre d’apparition de mes questions peut vous sembler décousu, pourtant j’aimerais qu’un instant nous revenions sur l’incendie qui a eu lieu il y a quelques semaines, près de la Place de la Halle au Blé, au centre de Crest. Alors on sait aujourd’hui que c’est un lit médicalisé qui a pris feu, mais c’est sur un tout autre sujet que je voudrais entendre votre expertise. Je veux vous parler de l’architecture du centre-ville et du potentiel risque de propagation du feu par les toits…
  • Bon, alors… toutes les communes ne sont pas dans ce cas là, mais il est vrai qu’à Crest, il y a un site médiéval, donc oui, les bâtiments sont d’anciennes structures, avec beaucoup de boiseries, des planches, du bois, tout ce qui est charpentes de bois, des voliges, les escaliers, etc… Les communications existantes sont essentiellement faites de bois… donc ça c’est du combustible… Donc, c’est vrai, nous on redoute ces feux là, pourquoi ? Parce que des « centres anciens » comme Crest, tout s’imbrique. Les toits se chevauchent, les poutres maîtresses, passent de bâtiment en bâtiment, on a des arbres énormes, des poutres qui passent d’immeuble en immeuble… Donc nous, ce qu’on craignait pour la dernière fois, pour revenir sur le feu que vous évoquiez… c’est que les feux sur de vieux bâtiments, ce sont des feux cinétiques rapides, avec des propagations qui sont elles-aussi rapides, qui montent très rapidement dans les toitures, parce que le combustible est a l’intérieur et qu’il a une charge calorifique très importante, les communications puisqu’elles sont aussi en bois, elles prennent aussi très rapidement, les planchers sont en bois, donc là-aussi ça prend très rapidement, et si vous ajouter le mobilier d’intérieur avec des meubles qui sont aussi en bois, on va trouver également des produits « plastiques », des téléviseurs, des ordinateurs, et ainsi de suite… des canapés, qui sont très fumigènes… D’ailleurs vous le disiez, le lit médicalisés de cette personne… de ces deux personnes qui sont décédées, nous amène à avoir des feux qui sont violents. Et là… si on revient à ce feu précisément, lorsqu’on nous a appelé, le feu sortait déjà par les fenêtres, avant l’arrivée des secours… Donc on a eu à gérer une grosse propagation sur la partie verticale, pour justement éviter que le feu n’arrive jusqu’aux toitures, et ne « saute » de bâtiment en bâtiment. Donc oui, c’est ce qu’on a toujours redouté sur le « centre ancien » de Crest, ça reste une préoccupation, je pense à la Rue des Cordeliers, toutes ces rues, Rue Peysson, le vieux centre, où on n’a pas d’accès véhicule, nos dévidoirs sont juste pour passer, en plus on est en pente… Donc on étudie, on manœuvre, on met en place des stratégies pour éviter justement d’arriver sur des gros feux. C’est compliqué. Là, le bilan a été très lourd avec deux décès, mais en pleine nuit ça aurait pu être beaucoup plus grave, avec bien plus de victimes.
  • Je change de sujet. Une caserne de Sapeur Pompiers ne dépend au final que très peu de la ville qui l’accueille, sa gestion, son administration, sont l’affaire du Département et de la Région… J’imagine que vous avez votre mot à dire sur cette répartition…
  • La départementalisation date d’avant 1990, donc à ce moment les communes ce sont détachées de l’ensemble des centres de secours, et sont devenus sous la responsabilité du Département, donc la gestion d’une caserne de Sapeurs Pompiers à l’heure actuelle, dépend exclusivement du Conseil Départemental, qui est géré par une Présidente du Conseil d’Administration, Marie-Pierre Mouton, à l’heure actuelle. Donc des budgets sont alloués chaque année. Bon, évidemment, je pourrais toujours demander plus, mais pour ma part, pour mon centre, nous avons une gestion qui est pertinente, avec une réponse. Vous le voyez, c’est une caserne qui est récente, fonctionnelle, opérationnelle, où les gens s’y sentent bien… Je vais vous le dire franchement, moi je n’ai pas de difficulté pour la gestion de ma caserne, sur l’aspect « bâtimentaire », difficulté de moyens… c’est assez bien organisé, on a différents services qui justement sont en charge de cette organisation, mais il n’y a pas que l’aspect opérationnel, je pense là à l’aspect « ressources humaines », qui est très important. Non, vraiment, là-dessus, ça roule… Ça roule, vraiment… Il faut dire qu’on s’est amélioré avec le temps, mais vous savez, c’est une grosse usine… ! Avec des hommes, des femmes, des contraintes réglementaires, des contraintes juridiques… Et ne l’oublions pas, on est sur du rapport humain, donc c’est parfois compliqué. Mais voilà, on s’adapte, et moi en temps que chef de centre, c’est aussi un moyen de garder de la motivation, garder les effectifs, garder la dynamique, avoir une réponse opérationnelle journalière. C’est pas simple mais (un long silence), mais voilà, on y arrive, parce que la caserne est récente, on a de beaux engins, on a une activité qui est variée, les gens sont motivés, on a de la formation régulière… Donc si vous imbriquez tout ça, et bien, la personne qui rentre chez les Sapeurs Volontaires, avec une envie, une motivation, bah… il reste. Mais après malheureusement, c’est tout ce qui rayonne autour… Comme je le dis à mes recrues « on est sur un trépied, qui a un accord avec la vie de famille, la vie professionnelle, et la vocation de Pompiers ».
  • C’est important ce que vous dites. Est-ce que la charge du travail d’un pompier, avec parfois les horreurs qui sont inhérentes à ce job, le pompier arrive à s’en détacher, et ne ramène pas ce poids émotionnel à la maison ?
  • Vous avez raison. Alors ça permet d’avoir un exutoire… parce ce que bon… Il n’y a pas que « les bonnes interventions », malheureusement on va souvent dans la misère sociale, et voilà… Pour revenir à l’incendie proche de « La place aux blés », il y a donc eu deux décès… (un temps), en fait, avec tout ça, il faut qu’il y ai un accord complet avec la vie de famille… il doit y avoir un accord complet dans la famille, y compris avec les enfants, et je vais vous le dire la femme c’est vraiment « l’été » dans cette écoute, psychologiquement, socialement, elle est aussi la garante d’un accord qui est fait. Une femme, une conjointe, qui ne prendrait pas en compte l’activité de « son homme », ou « sa femme »… heu… ça marche pas. Il faut qu’il y ait une écoute, une entraide, un soutien, et là, ça marche… Finalement, je le vois avec l’expérience, la femme, ou l’homme, suivant qui est en caserne, devient un psychologue familial, parce que je vous le dis, quand on rentre, on a besoin d’extérioriser tout ça. Alors nous on le fait dans notre salle de repos, là on extériorise un petit peu le retour d’intervention, on « vide notre sac », donc oui, c’est un peu notre exutoire psychologique, et… ça fait du bien ! Même si sur de grosses interventions, nous pouvons faire venir un psychologue, parce qu’il y a des choses vues et vécues qui ne sont pas anodines, c’est parfois traumatisant… La vue de personnes décédées, ou un pompiers de notre corps qui est blessé… Voilà, on a aussi cet impératif : éviter de garder en nous des choses négatives, parce que ça met des barrières dans l’activité, il ne faut pas qu’on accumule des… des tableaux noirs. Parce qu’ils y a différentes personnalités, certains gardent tout en eux, et tôt ou tard, ça explose. Alors cette explosion peut très bien se faire en mal, mais aussi en bien, comme un sac qui se vide. Mais je vais vous dire, en fait bien souvent, on débriefe dans « la salle à café », on se dit ce qui va mal, ce qui mérite d’être amélioré, et voilà, c’est aussi ça notre façon à nous de « vider notre sac ».
  • Allez Capitaine, d’abord une chose : je vous remercie d’avoir mit l’humain au centre de notre conversation. Mais avant de nous quitter, juste pour le plaisir, j’aimerais que vous me fassiez une revue de détail de votre matos…
  • (rire), bon sur l ‘aspect « activités de Sapeurs Pompiers sur la Vallée de la Drôme », on a toutes les notions de secours, nous avons deux ambulances, avec un véhicule d’infirmier, ensuite on a la partie « grande remise »… on a aussi la partie incendie, et secours routiers, donc nous avons un VTU (Véhicule Tout Usages NDLR ), qui permet de partir en renfort sur un VSAV (Véhicule de Secours avec Aide aux Victimes NDLR), également tout ce qui est fuite d’eau, sauvetage d’animaux, donc nous avons un véhicule dédié pour ce genre d’opération, à côté nous avons aussi un camion CCFM (Camion Citerne Feu de forêt Moyen NDLR), donc ça c’est pour tout ce qui est feux d’espaces naturels, feux de forêt, feux d’herbes ou de broussailles etc… Ensuite nous avons un fourgon « Pompe-Tonne », donc lui il contient 2000 litres d’eau, donc il sert à éteindre les feux de maison, feux de bâtiments industriels, feux de voitures etc… A côté nous avons l’échelle aérienne, de 32 mètres, elle n’est pas neuve mais elle vient de Montélimar, donc elle est fraîchement dans nos murs, avant on avait une échelle de 25 mètres qui est partie dans le Nord, donc là on augmente nos capacités d’intervention en hauteur, après il y a les véhicules de « secours routier », ce qui permet de désincarcérer les voitures accidentées, avec des gens qui sont coincés à l’intérieur, sur des grosses cinétiques d’accidents. Et enfin, il y a tout ce qui est matériel hydraulique, d’éclairage…
  • Et là, les garçons et les filles, galerie de photo de tous ces gros camions rouges que vient d’évoquer le Capitaine Roussel, c’est parti:
  • En fait la caserne de Crest-Vallée de la Drôme ne manque de rien…
  • Non en matériel vous avez raison, mais moi je parlerais d’hommes, de femmes, un « pool » de personnels en plus, je vous le dit, ça ferait du bien… ! Ça donnerait de l’air à certains, parce qu’il y en a qui donnent beaucoup, et dans les équipe de garde, la nuit, et bien « ça tire la langue » quoi… Donc, avec votre permission, je profite de votre présence pour lancer un appel : Toute personne désirant aider son prochain, et faire du secours à personne, et plus… sur du feu, s’il y en a qui ont un attrait pour le feu, et j’ajoute cette notion du civisme, et le fait d’être aussi sportif, vraiment, c’est une belle activité de cohésion, d’entraide, d’amitié, de solidarité… Et croyez-moi, toutes ces valeurs, ils faut les garder.

Et c’est sur cette belle profession de foi que je quitte le Capitaine Roussel de la caserne des Sapeurs Pompiers de la ville de Crest-Vallée de la Drôme, et vous savez quoi… ? Je suis tombé en arrêt devant « ça » :

Comme quoi… Même chez les soldats du feu… On a besoin de s’hydrater ! Bon, ensuite suis rentré chez moi, je marchais et j’étais comme un gosse… Héroïque en haut de mon échelle de 32 mètres, je transportais sur mes épaules la veuve et l’orphelin, les sirènes faisaient « Pin-Pon », mes collègues adoraient ma témérité, les camions étaient rouges.

Bref, j’étais pompier, bon œil… (oui, j’avais promis au Capitaine Roussel que je n’allais pas faire ce jeu de mot laid, qu’il me pardonne, c’était plus fort que moi).

Mais très vite, la réalité de demain allait me rattraper :

Et du coup, je me suis un peu retrouvé dans le visage de cette souche…

Mais oui, c’est promis, lebrillant.fr va faire un point sur le « premier tour des élections présidentielles » à Crest… Promis. On revient vers vous lundi…

Allez, bon vote !

A lundi… !

Mathias Deguelle.

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