UN SAMEDI CREST’ACTIF

Que celui qui n’a pas perdu au jeu du bonneteau me jette la première pierre.

Feuille.

Ciseaux.

Le jeu existe depuis que l’homme est homme, ne parle t-on pas du jeu de séduction ? En cette période de Covid combien de fois n’a t-on entendu que notre santé était « en jeu » ? Sans oublier que tous jeux de mains sont des jeux de vilains, bref philosophiquement il n’est pas absurde de considérer que la vie dans son entièreté est, elle aussi un jeu dont dont l’issue est écrite sans possibilité de tricher. Donc Crest célèbre le jeu, l’occasion était trop belle pour lebrillant.fr, nous allions nous inviter à cet immense jeu de la marelle qui va de la terre jusqu’au ciel et rencontrer les acteurs, (les joueurs?) de cet immense aire… de jeux qu’était Crest ce samedi 12 juin.

Allez, rien ne va plus, « fête » vos jeux…

Je déclare la 5ème édition de la fête du jeu ouverte…

  • Bonjour je m’appelle Boris Transinne, je suis l’adjoint à la culture et à la jeunesse de la ville de Crest, et également un des membres fondateurs du Club de Skate Board de Crest. Je suis donc élu, quatrième adjoint.
  • Est-ce que cette fête du jeu n’est pas avant tout une opération séduction de la mairie ?
  • Non, non… Pas du tout, la fête du jeu a lieu tous les ans, je ne comprends même pas le sens de votre question, les spectacles proposés n’ont aucune arrière pensée politique.
  • Est-ce que la politique c’est un jeu ?
  • Si c’était un jeu j’en serais au niveau 1.
  • Et il y a combien de niveaux dans le jeu ?
  • Ah ça je ne sais pas, mystère…
  • En quoi cette édition de la fête du jeu de Crest diffère des éditions précédentes ?
  • Bon déjà, l’année dernière la fête n’a pas eu lieu à cause du Covid, mais en revanche je peux modestement vous dire que mon apport personnel sur la fête du jeu 2021, c’est d’avoir proposé un espace jeu vidéo, du « gaming », pour les ados, je suis élu à la jeunesse donc j’ai envie de développer des activités pour les jeunes. Donc nous sommes équipés de jeux avec casques de réalité virtuelle, jeux vidéo sur PC, et plusieurs bornes d’arcade…
  • On parle souvent d’une forme d’addiction au jeu, est-ce que le message préventif fait parti de vos missions ?
  • Aujourd’hui samedi la réponse est clairement non, nous sommes là pour la découverte de jeux auxquels on n’a pas forcément l’habitude de jouer, mais vous savez, nous cherchons aussi à faire découvrir le jeu à des personnes plus âgées, pas forcément que des ados, notre gamme de jeux s’adresse à tout le monde.

Changement d’interlocuteur, c’est Fred Moulin qui prend la relève, oui… LE Fred Moulin qui a animé moult émissions dédiées aux découvertes des jeux vidéos sur Canal +, un expert…

  • Bonjour je m’appelle Fred Moulin, je suis plutôt ardéchois puisque j’ai grandi en Ardèche, mais je suis né à Valence, et donc oui j’ai bossé près d’une vingtaine d’année sur Canal où j’ai animé une émission sur l’actualité des jeux vidéo. Je peux le dire ici, le jeu vidéo et moi c’est une passion depuis tout petit…
  • Aux alentours de 1540, un alchimiste du nom de Paracelse, a affirmé qu’il n’existe pas de bon poison, qu’il n’existe pas de mauvais poison, que le poison c’est la dose… Est-ce que vous n’êtes pas parfois en surdose de jeu ?
  • (rires) Personnellement non, je ne suis pas en surdose. Bon y’a peut-être comme avec certains « gamers », des fois on peut avoir des comportements excessifs, on peut jouer un peu plus que de raison, mais voilà, il faut arriver à doser. Mais c’est comme tout, il y a des gens qui se perdent sur leur smartphone, qui se perdent dans les séries, il y a aussi des gens qui se perdent dans la littérature… C’est comme tout… Comme le bon vin, il faut en boire modérément.
  • Cependant vous ne pouvez nier que le jeu amène une progression scénaristique qui vise à atteindre un but, personnellement je ne suis pas « gamer », mais j’ai des amis qui m’ont confié être entrés dans un jeu à 21h pour en sortir à 7h du matin, tout en m’avouant qu’il n’avaient pas vu la nuit passer…
  • C’est vrai, on peut être absorber par un jeu, contrairement à un film qui lui a une fin. Et c’est vrai, il existe des jeux qui demandent une immersion de 30 heures, de 60, de 100 heures ça dépend des jeux, sans compter les jeux qui n’ont pas de fin, non… Le tout reste de savoir écouter son corps et de se reposer en se disant je continuerai après demain ou la semaine prochaine.
  • Il y a t-il des modes chez les créateurs de jeux ?
  • On ne peut pas vraiment raisonner comme ça, en revanche la technologie a énormément progressé, et l’utilisation a été énormément simplifié. Ici aujourd’hui ce que je démontre aussi c’est qu’un peintre, un graphiste, peut se servir de ce média pour faire passer son art. Une artiste française a notamment su transformer ses dessins qu’elle avait collectionnés sur son petit carnet, en jeu vidéo, donc oui, le jeu vidéo est aujourd’hui un média et on peut jouer sur des consoles très puissantes, mais aussi sur son smartphone, et même sur sa montre… !
  • Le jeux n’est il pas trop invasif ? Pour moi même si je le dis avec le sourire, la série « Games of Thrones » ressemble à un jeu…
  • (rires) Bon pour moi « Games of Thrones » n’est pas un jeu. Mais il est vrai qu’on parle de « gamification », par exemple il y a une certaine marque de sport, avec une petite virgule, qui a compris ça il y a longtemps et qui donc a mis en place un jeu qui fait gagner des points aux gens qui vont faire du sport… Mais après tout, c’est une bonne chose, faire du sport pour récolter des points c’est bon pour la santé… Je le pense, le jeu vidéo peut apporter des choses au monde.

Allez, changement d’atmosphère après les pixels ; les jeux de plein air. Ici les enfants sont accompagnés par leurs parents. Au menu jeux d’équilibre, et autres activité qui mettent le corps en action… C’est Faïsal qui anime les festivités de la fête du jeu… Mais l’homme est insaisissable tout occupé qu’il est à arbitrer les activités intergénérationnelles. Un mot peut-être ? Oui mais juste un tout petit…

  • Bonjour moi c’est Faïsal, je travaille pour crest’actif… Bon, très vite parce que comme vous le constatez on m’attend sur l’aire de jeu, simplement je tiens à dire que ça ne fait que 3 mois que je suis à Crest donc aujourd’hui est pour moi une façon originale d’entrer en contact avec les crestoises et les crestois. Ce que je peux juste vous dire c’est qu’ici l’accueil est très convivial, et très chaleureux. Maintenant excusez-moi, je dois vous laisser, comme vous le constater je suis attendu… Merci Mathias.
  • Bonjour Claire, bonjour Zéphyr… Zéphyr tu as quel âge ?
  • J’ai 10 ans, en fait je suis ici en week end, et moi je suis plus jeu vidéo que football par exemple, mais par contre j’adore les jeux de société.
  • Je peux intervenir ?
  • Allez-y Claire.
  • On vient de prendre un verre en terrasse et on a joué au 10 000 par exemple, on avait 5 dés en papier mâchés qu’on avait fabriqués l’année dernière et voilà on aime beaucoup faire des jeux de société. D’ailleurs Zéphyr invente des jeux, il en a inventé au moins 5 ou 6…
  • Bravo Zéphyr… Tu vas finir milliardaire… !!!

La promenade qui a maintenant des allures de « jeu » de piste nous amène sur les bords de drôme juste à côté du kiosque à musique.

  • Je suis Ruth Azaïs, vos internautes me reconnaîtront peut-être puisque nous nous sommes rencontrés lors de la campagne pour la vaccination… Et donc je suis adjointe aux affaires sociales et du jumelage de la ville de Crest…
  • Angela, c’est à vous. Qui êtes-vous ?
  • Je suis responsable du tout public pour Crest’actif, donc les activités, les loisirs… et aussi d’organiser certains événements dont « la fête du jeu »…
  • Vous êtes « la big boss » de la fête du jeu… Racontez-nous l’histoire de ce rendez-vous.
  • La « big boss », je ne dirais pas ça… (rires), je dirais quand même que c’est vraiment toute une équipe. Là on en est à la 5ème édition, et il faut savoir que les 2 premières éditions, bon… au début la fête du jeu avait lieu tous les 2 ans… elles se passaient plutôt en intérieur… Puis maintenant c’est tous les ans. Et là on est heureux de revenir après une saison d’absence, on est sur le terrain, en extérieur, pour amuser les petits comme les grands.
  • Angéla, il me vient à l’esprit une question : l’homme peut-il être défini par rapport à l’évolution du… ou des jeux ? Bon prenons un exemple, le premier jeu pour moi c’est le Shifumi, pierre, feuille, ciseau… On s’en fait un ?
  • SHI-FU-MI…
  • La pierre casse le ciseau, je gagne. 1-0. Bon ensuite, toujours dans notre analyse du darwinisme du jeu. Il y eu l’invention d’un accessoire : la pièce de monnaie. Et son inévitable Pile ou Face… Angéla… ?
  • Face.
  • Vous gagnez, c’est face. 1 partout. Il va falloir nous départager. A cette fin, nous poursuivons notre chronologie historique avec l’invention des armes à feu et la roulette russe qui va avec. On joue ?
  • Non là… ça ira, je passe la main… (rires).
  • Et votre fils s’appelle Ludo.
  • Non pas du tout (immense éclat de rire).

Noé et moi quittons les bords de Drôme. Deux mots sur Noé. Il est mon sherpa. Il écoute patiemment mes tourments, mes interrogations, il transporte mes états d’âme et mes doutes. Il plie et se courbe sous le poids de mes idéaux. Et il est toujours à mes côtés depuis que je suis crestois. 6 mois. Noé a 18 ans. Big up frérot.

Bon cette déclaration d’amour a décalé ma boussole. Nous devons conclure avec une visite au centre d’art. Tiens, une porte. C’est un centre, et il y a de l’art. Tu parles, GPS mal réglé. Mais nous rencontrons souvent notre destin en empruntant les routes qui devaient le contourner.

N’est-ce pas ?

  • Je suis Martial Duvert, je suis le tenant de l’établissement et j’ajoute que je suis plutôt spécialisé dans tout ce qui est art régional. Tout ce qui est exposé dans ma galerie résonne avec la région.
  • Jacques Prévert est très présent. Ce qui est étonnant. Expliquez-nous ce qui lie Prévert à la Drôme dans un premier temps et dans un deuxième temps, ce qui lie Prévert à cette tête de cerf qui trône derrière vous, immense, avec des bois qui touchent presque le plafond… On vous écoute…
  • D’accord. (Amoureux des longues et belle histoires, installez-vous. NDLR). Alors parlons de cette tête de cerf… C’est un cadeau que Jacques Prévert va faire à Monsieur Lebreton qui est un technicien de France Culture. France Culture qui demande à Jacques Prévert d’enregistrer de son vivant l’ensemble de toutes ses poésies. Et il faut bien le dire Jacques Prévert était aussi connu pour son caractère ingérable, politisé et autre… et donc ce sera compliqué, très vite ça se passe très mal. Or un des techniciens de France Culture, un drômois, propose à Jacques Prévert, pour sauver l’opération, de faire tous les enregistrements à Chabeuil car il y réside. Ca commence comme ça. Ensuite il y a une amitié qui se crée entre les deux. Ils ont le même style… deux bougons. Ils se retrouvent en tempérament. Et donc régulièrement, pour ne pas dire à chaque fois qu’ils se rencontrent, il y aura des cadeaux échangés. Prévert offre des livres illustrés par lui, avec notamment des collages anticléricaux, c’est un peu « sa spécialité », mais aussi des livres de poches qu’il a illustré… Tout cela au nom de Monsieur Lebreton. La tête de cerf sera le cadeau final. D’abord elle a toujours « meublé » les appartements de Prévert, il en parlait souvent. Il a même signé certaines de ses poésies avec une tête de cerf stylisée. D’ailleurs un jour il a été interrogé sur la signification de cette tête de cerf, et pourquoi elle le fascinait tant… Il a répondu : « Autant ma vie intime que ma vie publique sont résumées dans cette tête de cerf »,
  • Qu’est-ce que vous en concluez ?
  • J’ai envie de voir les choses de façon négative, je pense que Jacques Prévert avec cette phrase, avec ce mimétisme autour de la tête de cerf, montrait une amertume. La tête de cerf peut c’est évident, être par tous associée à la figure du cocu. Mais il y a aussi le questionnement. Comment ma poésie est-elle interprétée ? Semble t-il nous dire. Et qui sait, c’est peut être déjà, une critique du star-system…
  • Plus qu’un incompris, Prévert serait un « mal-compris » ?
  • Un mal-compris tout à fait, c’est certain. Il n’a jamais désiré, ni voulu ce rôle de star.
  • Parlez-nous de votre galerie.
  • En ce moment nous présentons des œuvres de la région liées aux travaux de l’architecte Le Corbusier, et on y constate qu’il a prit son envol ici-même à Crest…

Noé, photo bon sang… Photoooooooo… !!!

Allez, on retrouve notre fil d’Ariane, où devrais-je dire notre fil de Stéphanie. Allez one, two… two ?

Interview.

Ça rime.

  • Bonjour je suis Stépanie Karcher, je suis la première adjointe de Crest, déléguée à l’implication citoyenne et au personnel.
  • Ok maintenant on va disséquer tout ça. Implication citoyenne, kézako ?
  • Bon. Il s’agit de mettre au centre de nos réflexions l’habitant, l’administré et dans tout ce qu’on fait et propose, on essaye de trouver une place pour chacun. Et à ce titre la culture est aussi un liant, un lien… un réconciliateur, une source d’apaisement… La culture est une sorte d’outil magique pour réunir le monde.
  • Voilà pour la version angélique. Maintenant, vous ne l’ignorez pas pour obtenir 98% de réussite au bac, on n’a pas relevé le niveau des bacheliers, on a baissé le niveau de l’épreuve. La connaissance, la culture, ça ne marche plus…
  • Alors vous le savez, je suis aussi enseignante à l’université, donc je ne vais peut-être pas être très objective sur le sujet, cependant il est vrai que nous avons de plus en plus, dans les formations du plus jeune âge au plus grand, mis un maximum de place sur autre chose que « les fondamentaux », comme on dit. Donc forcément, très jeune on a accès au numérique, au montage de vidéos, et ça va jusqu’à « je sais faire du vélo », « je fais attention à ce que je mange », et c’est très bien. Évidemment, ça nécessite du temps, et ce temps a été pris sur des notions dites « plus fondamentales », ce qui explique que parfois le niveau attendu n’y est pas, mais que nous formons des citoyens. Donc voilà, il y a des choses positives et d’autres qui le sont moins.
  • C’est intéressant. Est-ce qu’on y gagne ?
  • Si ça finit par une meilleure harmonie et un mieux vivre-ensemble j’ai envie de dire oui, par contre je pense que les exigences, la valeur travail, le soucis de la performance… Oui, c’est important de ne pas mentir sur les mots… (Silence) On y perd peut-être un peu, les jeunes ont tendance à confondre métier et passion, contrainte professionnel avec engagement citoyen… Un travail, c’est se lever tôt, c’est transpirer, c’est rendre compte, accepter les liens de subordination avec untel et untel, et c’est pas tout à fait « freestyle »…
  • On se rencontre au « Centre d’art », permettez que j’y vois comme un symbole. Pensez-vous, comme l’a théorisé le philosophe italien Antonio Gramsci, que la culture serait comme une espèce de remède à tous nos maux, je schématise, de là-haut qu’il me pardonne…
  • La culture elle est multiforme. Et ici au Centre d’Art, nous sommes multiculturels, ici c’est un lieu public, et aujourd’hui cette journée est super car elle nous permet de mettre un coup de projecteur sur le lieu…

Voilà, à la fin de cette balade Crest’active, je vous l’avoue, je n’ai qu’une envie : dormir comme une pierre, sombrer dans les bras de Morphée comme une feuille, et croiser mes jambes en ciseaux.

Oui mais là, ça fait 3 envies.

S’il te plaît, ne « joue » pas avec mes nerfs.

Mathias Deguelle.

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