UN DIMANCHE 10 AVRIL A CREST, UN TOUR COMME LES AUTRES ?

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Alors ? Hier ? C’était comment pour vous ? « Je vote donc je suis ? Je vote donc j’essuie ? Je ne vote pas ? »… Il était comment ce premier tour de l’élection Présidentielle ? Hum… ?

Bon. Puisqu’au moment où vous lisez ces lignes, vous connaissez les deux finalistes, sachez que moi je suis devant mon clavier et il est 14 heures 36 précisément, je suis ici, dimanche 10 avril de l’an 2022 après Lui. Car oui, cette journée, est aussi celle de la célébration de la résurrection du Christ. Et pour tout dire, je prends de l’avance avant de rejoindre le dépouillement final, qui va débuter à partir de 20 heures, ce dimanche 10 avril de l’an 2022 après…

Donc mathématiquement, en me lisant maintenant, c’est vous qui avez un temps d’avance sur moi. Si toutefois on se place dans un plan hypothétique où le spatio-temporel n’existerait pas. Tout cela va de soi et reste relatif.

Hey… ! Franchement ? Vous êtes épuisants.

Ils sont 12. Il ne doit en rester que 2… !

Je vais voter. J’en profite pour engager la discussion avec les personnes qui forment une fille d’attente, plutôt conséquente. Il est environ 10h et quart, et nous sommes le dimanche 10 avril de l’an… Bref.

  • Bonjour, moi je m’appelle Dorothée.
  • Regardez autour de nous… il y a du monde… Cette abstention tant redoutée, n’aura peut être pas lieu…
  • Ce serait une bonne chose. C’est ce qu’on espère… Mais… C’est difficile de donner son avis sans dévoiler ses orientations politiques (rire), mais j’espère que les citoyens se rendent compte que là, c’est important de se mobiliser, d’aller voter.
  • Vous, personnellement, vous votez par conviction pour ce premier tour ?
  • Là malheureusement, on doit faire un choix stratégique. (rire), heu… C’est pas facile…

Ah, j’ai oublié de le préciser, au côté de Dorothé, il y avait, ce dimanche 10, de l’an… Ok… Donc il y avait aussi son compagnon comme sur la photo, qui portait son bébé dans les bras. Pas comme sur la photo.

  • Oui, j’interviens juste pour dire qu’on n’a pas forcément envie de revivre le même second tour, qu’en 2017, voilà. Mais… ce premier tour n’est pas un vote enthousiasmant, c’est presque « l’habitude qui fait », et puis… et puis c’est aussi pour ne pas avoir le regret de se dire qu’on a pas fait ce qu’on aurait pu faire. Voila. Mais on est loin de l’enthousiasme…
  • En tous cas, vous êtes tous les deux là, face à moi, en couple avec un enfant… il est quoi ? 10 heures 35, et vous êtes dans la file d’attente pour glisser une enveloppe dans une urne, ce n’est pas rien… N’est-ce pas Dorothée ?
  • Disons que heu… (un temps), bon, pour les femmes, tout le monde sait qu’elles se sont battues pour avoir le droit de vote. Donc moi je me sens aussi « responsable » de cet héritage là, où mes grands-mères, mes arrières-grands-mères, se sont battues pour que je puisse voter aujourd’hui, donc oui, je me dois d’aller voter. C’est vrai, aujourd’hui c’est mon devoir de citoyenne, et il est important que je l’accomplisse. T’es pas d’accord ?
  • Heu, en fait moi je suis un peu moins enthousiaste sur ça, et moi, comme je disais, je le fais plus « par habitude », et je m’interroge sur la finalité de tout ça en fait…
  • Mais voter, ça donne aussi… pardonnez la trivialité de mon expression, « le droit d’ouvrir sa gueule », par la suite…
  • Exactement. Effectivement, les personnes qui n’auront pas voté, n’auront pas vraiment leur mot à dire ensuite…

Je quitte Dorothée et son compagnon, en réalisant que jamais je ne lui ai demandé son prénom… Donc je vais le baptiser « Bienvenu », car il le fut. Il me faut maintenant ouvrir une parenthèse d’importance : vous allez entendre d’autres témoignages d’électeurs (ou pas), que j’ai croisé cette après-midi du dimanche 10 de l’an 2022… toutes ces rencontres ne sont que le pur fruit du hasard. Voilà. C’est tout. Et si Michel Blanc se présentait, alors je voterais blanc 😉

  • Bonjour, je m’appelle Noël
  • Noël, hors micro, vous m’avez précisé que vous souffrez d’une maladie respiratoire, mais que vous teniez ici à vous exprimer…
  • Oui le devoir de voter l’emporte sur la souffrance de la maladie. Parce qu’il faut arriver à changer les choses. Là, il faut changer sinon on va dans le mur… complet !
  • Noël, d’abord et avant tout, il faudrait changer quoi selon vous ?
  • Pffuuu… Pratiquement tout ! La retraite, les droits des femmes, l’anti-capitalisation, parce que ça… ça nous réduit, au plus bas… Donc il y a beaucoup de choses à changer…
  • Ce serait quoi votre projet ? Renverser la table ?
  • Oui. Sûrement. Moi c’est la gauche. Mais pas à l’extrême… Les extrêmes c’est pire que ce qu’on a. D’un côté comme de l’autre. Moi ce que j’espère vraiment que les gens vont enfin comprendre… Moi je donne ma voix pour espérer changer les choses.

Comme chacun de nous… Ou au moins, juste pour les améliorer.

  • Bonjour moi je m’appelle Julie. Alors pour moi c’est nécessaire d’être là aujourd’hui mais je ne suis pas sûre qu’on soit très contents des candidats pour lesquels on vote. Mais oui, ça reste un devoir d’être présent et d’amener son vote aujourd’hui…
  • Bonjour, moi c’est Pierre-Yves. Alors avant que l’interview ne commence, vous m’avez demandé si je m’y retrouvais parmi les douze candidats. Alors oui… il y a le choix ! Mais je pense que ce que Julie a voulu dire et ce que moi aussi je veux dire c’est qu’on ressent, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de nouveautés cette année… C’est peu… presque les douze mêmes que la dernière fois… C’est ce qui manque, un véritable renouvellement…
  • Vous êtes de ceux qui pensent que la campagne présidentielle a été confisquée par la guerre en Ukraine ou par le Covid… ? Julie ?
  • Moi j’ai l’impression d’en avoir entendu beaucoup parlé… Pierre-Yves, t’es pas d’accord ?
  • On en a entendu parlé, mais on n’a pas entendu parler les candidats. C’est un bruit médiatique qu’il y a eu. Il n’y a pas eu de débat, il n’y a pas eu de proposition de campagne forte, de temps forts… Enfin, toi tu n’as pas ressenti ça Julie ?
  • Oui mais en lisant les programmes, en s’intéressant, et bien finalement, même si on avait eu droit au débat… De toute façon, même s’ils ont des programmes différents, ça ne nous représente pas forcément. Et là on va encore, et bon je parle pour nous deux, devoir faire un « vote stratégique », voilà… on ne vient pas ici de gaîté de cœur quoi… Comme le disait Pierre-Yves, c’est toujours les mêmes, on n’a pas l’impression qu’ils nous proposent rien de nouveau… qu’ils « verdissent un peu leur programme » au dernier moment… Il faudrait peut-être changer le mode de représentation, c’est à dire ne pas voter pour une personne, mais pour un collectif… enfin de toute façon, ils n’arrivent même pas à se rassembler eux-mêmes, alors… Mais Pierre-Yves, je te laisse compléter ce que je viens de dire…
  • Oui, merci… changer le mode de scrutin c’est une voie intéressante. Il y a différents modes alternatifs qui sont proposés depuis quelques années, qui permettent de voter pour plusieurs candidats, ou de mettre des points à chacun, ou des choses comme ça, qui pourraient mieux représenter ce qu’on pense. Parce que là, voter pour un seul nom, et vu le nombre de candidats qu’il y a et cette attention portée justement sur « les votes stratégiques », et tout ça… c’est vrai qu’on ne vote plus forcément par conviction, mais par réflexion…

Julie intervient haut et clair :

  • « On vote par défi… ! » (rire).
  • Ouais, mais c’est surtout par stratégie, on essaie de voir le coup d’après, et c’est pas forcément l’objectif du premier tour… Je dis bien « normalement ».

Je me défais de ce couple si singulier. Julie et Pierre-Yves… Vos prénoms sont tatoués dans mon cœur. Et bodom, bodom… j’avance, je renifle… et je flaire.

Et hop, le consentement créé l’échange. Malgré un refus de portrait. Mais après tout, on pense le vote, mais on le concrétise avec nos mains…

  • Bonjour, je m’appelle Christelle, j’ai 50 ans, je suis crestoise depuis 2003. Alors comme je vous le disais, je n’ai pas encore voté, et j’irai le faire cette après-midi. Mais vous savez, moi j’ai toujours voté et la première chose qui oriente mon vote c’est mes opinions politiques, après bien-sûr, les personnes qui se présentent, ça va être un critère pour moi, mais avant tout ce sont mes opinions politiques qui priment, et ce n’est pas tellement l’actualité, non.
  • Pourtant vous ne pouvez nier que cette campagne a été « parasitée » par la guerre en Ukraine ou le Covid, et que des récupérations politiciennes en ont été faites…
  • Oui, oui… mais pour moi ça ne remet pas en question mes opinions politiques. Je reste fidèle à mes idées.
  • Ok. Donc jouons sans rien dévoiler. Il y a 12 candidats, est-ce que l’un d’entre-eux incarne ces opinions politiques que vous évoquiez, et que je vais vous demander de garder pour vous… Pas de prosélytisme aujourd’hui dimanche 10 machin de l’an machin-truc…
  • Oui, il y a un candidat. Tout à fait. Mais je ne vous direz pas lequel.
  • La pire des réponses à la question que je n’ai pas posée.
  • (rire), non, mais oui… c’est plutôt rassurant de savoir pour qui on va voter sur ce premier tour…
  • Vous me tentez… Dois-je vous demander si vous avez pensé au second tour ?
  • Oh oui, j’y ai pensé… et peut-être que pour la première fois de ma vie, je ne voterais pas au second tour.

Hop, je suis « en marche »… Pardon… Je veux dire que je mets un pied devant l’autre, jusqu’au Pont Mistral. Un couple me parle « de face » mais exige un souvenir « de dos ».

  • Bonjour moi c’est Alain.
  • Salut, moi c’est Sonia.
  • Alain, Sonia, vous allez voter cette après-midi… Mais j’aimerais vous entendre sur ce qui a précédé cette journée de premier tour, vous en avez pensé quoi de la tournure qu’a pris cette campagne électorale ?
  • Il n’y a simplement pas eu de campagne, là-dessus je crois qu’on est tous d’accord… et du coup, c’est un peu par élimination qu’on vote en fait. Avec un choix qui privilégie une solution alternative à ce système. Sonia, tu en penses quoi, tu votes pour des idées toi ?
  • Mais oui, bien sûr ! C’est un vote d’idées quand même ! Après… suivant les programmes… tu as des bouts d’idées, intéressantes ici, intéressantes ailleurs… voilà, des synthèses auraient été intéressantes, mais je dis pas un truc très nouveau en disant ça…
  • Et si on se projette… Vous la sentez comment, la teuf de dimanche, dans quinze jours ?
  • Bah… moi je suis un peu comme « les autres », je ne suis pas sûr d’aller voter au second tour.
  • Pardon, mais là je reprends la parole, donc c’est moi, c’est Sonia qui parle… Ce que je voulais dire sur cette histoire de second tour : c’est, tout dépend de qui va y être…
  • En tous cas, Sonia, ce qu’ils nous annoncent comme un duel, moi ça ne m’intéresse pas quoi…

Ne jamais se fier à la première impression.

Ma promenade de bureau de vote en bureau de vote m’amène vers la Salle Coloriage de l’Espace Soubeyran, mais au moment où j’ai tendu mon micro vers mon couple d’interlocuteur, passait sur le Pont Mistral un cortège religieux célébrant la Pâques et donc la résurrection du Christ. Si seulement Dieu m’avait doté de quatre bras et quatre mains… J’aurais pu immortaliser cette parade. Mais non. Je ne sais pas vous, mais moi, c’est toujours deux bras et deux mains. Donc je suis désolé, mais pas de photo du cortège. Mais je me jurais de rencontrer un(e) fidèle d’ici à la fin de ce reportage. Qui lira verra…

J’arrive devant l’Espace Soubeyran.

Et bim, je tombe nez à nez, avec Monsieur Point, qui s’est notamment exprimé dans ces colonnes en temps que responsable du cinéma l’Éden. Mais, là, notre adjoint aux travaux préféré, était le responsable du bureau de vote de Soubeyran, il est 11 heures et 10 minutes, et je pose la question de la participation, deux heures après l’ouverture du bureau qui le concerne.

  • Ça a démarré assez doucement ce matin, ce qui est un peu paradoxal, parce que sur Crest, très souvent, ce sont les heures du matin qui sont assez denses, mais là on a eu un peu peur… mais actuellement, ça se remplit bien, et je vous le dis : tous les bureaux de vote alentours sont aux environs de 200 électeurs ce matin, ce qui pourrait correspondre à environ 20% de participation pour le moment, à 11 heures, même un peu plus dans certains bureaux… mais, allez, on est actuellement entre 20 et 25% pour 11 heures, ce qui n’est pas dramatique.
  • Monsieur Point, je ne veux pas vous vieillir, mais vous n’en êtes pas ici à votre première élection présidentielle… Celle de 2022, celle-ci, elle diffère en quoi des précédentes ?
  • Elle diffère peut-être un peu des autres dans le fait que tout le monde a l’impression que le match est joué d’avance, ce qui n’est jamais le cas, il faut se méfier des sondages et tout ce qu’on dit… Peut-être que malheureusement, avec toutes les problématiques mondiales, et tout ce qui nous tombe dessus, cette campagne, cette élection, est peut-être moins présente dans l’esprit des gens, c’est ce que je ressens un peu… je crois que notre « ami » Poutine a mis de l’embarras dans toute cette affaire, et oui, il y a sans doute moins d’engouement pour cette campagne, mais on le saura ce soir… !
  • Vous le pensez, comme d’autres le pensent : cette campagne électorale nous a été « confisquée » ?
  • Oui… heu, vous le dites avec de meilleurs mots que moi… ce que je peux ressentir, c’est à peu près ça… mais c’est aussi grandement une problématique liée aux médias, qui s’attachent toujours à voir le verre à moitié vide, qui insistent beaucoup sur les malheurs du monde, et peut-être « polluent » cette campagne, oui…
  • Vous savez quoi Monsieur Point, je vais m’adresser au boss du cinéma L’Éden à Crest… Et surtout je vais m’adresser au cinéphile que vous êtes. Finalement, est-ce que nous, électeurs, nous ne désirons pas un « être composite », comme l’était le monstre de Mary Shelley, un président « Frankenstein », avec des bouts de social, des bouts de pragmatisme, des bouts d’économie… Bref, je vois que vous voyez où je veux en venir, d’ailleurs vos yeux en brillent… Et briller sur lebrillant.fr croyez-moi, c’est tout sauf anodin…
  • Vous savez… (rire), le candidat « idéal » n’a jamais existé pour tout le monde, et je dirais « fort heureusement » d’ailleurs… sinon. Sinon… ça serait trop simple. Des bonnes idées, il y en a sûrement partout… bon, je trouve quand même, que sur cette élection là, il y a 12 candidats comme très souvent, mais il y a beaucoup de candidats qui, honnêtement… auraient pu « fusionner » entre eux… parce que, parfois c’est dur de trouver leurs grosses marques de différences, entre ceux qui « captent » très très large, et ceux qui ont des idées plus « resserrées », mais vous savez… au fond, les français aiment la politique, ils sont même parfois très politiciens… Bon, alors honnêtement, nous avons des candidats qui sont un peu près les uns des autres, peut-être plus que lors d’autres élections… et oui, parfois, il en résulte que c’est dur de trouver son chemin… Voilà, nous sommes entre ceux qui ouvrent beaucoup, et ceux qui serrent beaucoup… Mais, ils sont nombreux à resserrer sur le même secteur…
  • La nuance… tout est dans la nuance. Et aussi dans l’équilibre. Vous avez voté Monsieur Point ?
  • Bien sûr… !
  • Pour qui (éclat de rire!) ?
  • Écoutez, ça je vais le garder pour moi. C’est rare que je garde des choses en moi, mais là… mon vote, je le garde.

Il est maintenant 11 heures 30. Je sors de l’Espace Soubeyran, je quitte Monsieur Point.

Je souris, et je regarde tous ces gosses qui font du skate-board, de la trottinette, du BMX (ça veut dire « vélo » en jeune NDLR), et comme je quittais Monsieur Point, je me suis fais mon point à moi. Donc je m’assoie, comme un amoureux, sur un banc public. Un livre, une dame… Une dame, dans un livre… ?

  • Bonjour, je m’appelle Liliane, et vous voyez, vous me rejoignez sur ce banc du Skate-Parc alors que je regarde mon petit-fils qui fait du vélo sur les pistes… Alors, je vais reprendre la question que vous m’avez posée avant que vous n’allumiez votre micro… Oui, j’ai déjà volé. C’est fait. A la première heure, pratiquement. Vous savez, pour moi c’est important, parce que c’est quand même l’avenir, je vais faire un jeu de mot, mais oui : il s’agit de l’avenir de demain. Malgré toutes ces incertitudes. Pour moi, c’est juste un geste citoyen, et c’est important de l’assumer.
  • Écoutez, je vais vous livrer la raison de ma présence à vos côtés. Vous êtes une dame. Vous êtes au Skate-Parc en train de surveiller les acrobaties de votre petit-fils de neuf ans, et moi je me suis posé cette question : Est-ce qu’aujourd’hui vous n’avez pas aussi voté pour lui ?
  • Alors que je pense que oui… Nous, notre travail a été effectué, moi je suis à la retraite, donc oui, je pense à nos enfants, à nos petits-enfants, nos arrières-petits-enfants, et je pense que demain, on a aussi besoin de les aider à construire ce qui sera leur quotidien.
  • Le Président « idéal », serait d’après les témoignages que j’ai récolté, un homme ou une femme qui serait un « composite », un aggloméra, des idées des un(e)s et/ou des autres… Vous êtes d’accord avec cette idée ?
  • Oui, je suis tout à fait d’accord, c’est vrai qu’il y a du bon en chacun, et si on pouvait, effectivement, réunir toutes ces compétences, ce serait formidable.
  • Liliane, dites-moi, est-ce que vous votez par conviction depuis toujours ?
  • Pas depuis toujours. Mais je pense qu’il y a une prise de conscience à partir d’un certain âge, qui fait qu’on se sent plus concernés. Mais une « redite » du duel Le Pen / Macron, moi je trouverais ça dommage… mais il faut dire que ces dernières années ont été très difficiles, et ce que moi j’espère, c’est qu’on pourra tirer tout ça vers le haut. Parce que si on n’est pas optimistes… écoutez, on a la chance de vivre, pour l’instant, dans un pays qui n’a pas de conflit, j’entends… de guerres. Je pense que profiter de tous les moments que la vie nous procure, c’est important.

Je quitte le Skate-Parc, je longe les bords de Drôme, et voici qu’arrive, face à moi, cette dame, avec tellement de gentillesse dans les yeux que, franchement, j’ai failli l’inviter à Bora-Bora. Mais comme ni elle, ni moi, ne pouvions situer Bora-Bora sur une carte, nous nous sommes contentés de discuter ici à Crest.

  • Bonjour, je m’appelle Odile, et j’habite à Crest. Et je vous le dis, je suis allée voter dès l’ouverture, à 8 heures du matin ! Je vais vous dire, je savais que c’était une belle journée, donc je voulais profiter de ma journée dehors.
  • Odile, le vote serait donc une contrainte… Enfin si je le compare au soleil… !
  • Non, ce n’est pas une contrainte, je dois le faire, c’est tout. Si je veux que les choses avancent, d’un côté ou d’un autre, je suis là pour m’exprimer, et m’investir également. Vous savez… pour moi, il y a trop de gens qui rouspètent pour un « oui » ou pour un « non », mais ils ne s’expriment pas le jour dit. Donc, puisque nous avons la possibilité de choisir, et bien choisissons… et faisons avancer les choses ! Car je jour « dit », c’est aujourd’hui, et c’est dans 15 jours !
  • Sans nous dévoiler votre vote, je l’imagine, vous avez peut-être voté pour que la vie soit plus facile pour vos enfants, qu’elle ne l’a été pour vous-même, je me trompe ?
  • Écoutez, oui… Moi je trouve que la vie n’est pas facile. Pour tous. Donc j’estime nécessaire de s’exprimer, et de choisir le meilleur que l’on pense, et puis c’est tout… ! Mais puisque vous me donnez l’opportunité de le dire, pour moi la répression n’est pas une solution, alors attention… je suis pour le « bon ordre », je suis pour le respect des lois, mais à la fois… il faut que chacun puisse s’exprimer, et vivre sa liberté. Sans jamais embêter l’autre.
  • Alors, et puisque nous sommes en journée d’élection, je vais vous demander de me dire une chose : Entre « Liberté », « Égalité » et « Fraternité », laquelle de ces valeurs républicaines vous semble le plus menacée ?
  • Je pense que c’est la « Liberté »… On l’a perd un petit peu… Donc, on est déjà passé par ce Covid qui nous a beaucoup contraints, les uns, les autres, à respecter… la situation. Mais moi je pense que « la Liberté », elle n’est pas aussi évidente que ça… Vous voyez ? Donc, à chacun maintenant de faire au mieux, pour vivre sa vie tel qu’il le souhaite.

Que le grand cric me croque et mille sabords de tonnerre de Crest… N’y avait-il pas en ce dimanche 33 juillet de l’an 2087, un seul électeur qui ne le soit pas… Je résume : « Mais ils sont où ? Mais ils sont où ? Les abstentionnistes ? La lalalala la la… » hum, pardon… Mais vous commencez à me connaître. Il suffit de chercher pour trouver.

  • Bonjour, moi c’est Robin. J’ai 27 ans et oui, je ne compte pas voter pour ce premier tour… Peut-être pour le second, on verra… Je dis « on verra » parce qu’en vérité je suis un peu dégoûté. Dégoûté par cette maladie mondiale qui m’a vraiment fait un choc, parce que, étant jeune, je m’attendais à la paix, et là cette maladie elle a faire ressurgir de vieilles querelles j’ai l’impression. Bon, après… Il y a la guerre, et pour moi c’est aussi une maladie… alors moi, j’ai eu très peur du SIDA, et puis il y a eu ce Covid qui a fait encore plus de dégâts, donc oui, c’est très choquant…
  • Bon je reviens a votre désir d’abstention, il y a douze candidats qui vont de la droite extrême à la gauche extrême, et avec au milieu tous ceux qui se revendiquent de la république… Robin, il y a le choix quand même…
  • Mais moi je ne m’identifie pas avec ces termes. En fait, je pense qu’il faudrait même utiliser d’autres termes. Parce que ces termes sont enfantins, et je trouve que ce n’est pas mature de dire « gauche », « centre », « droite »… Qu’est-ce que ça veut dire ? Je n’ai toujours pas compris…
  • En cela tu rejoins Macron pour qui il était nécessaire de déplacer les clivages gauche-droite. Toi, tu y crois ?
  • (un temps, plutôt long le temps), hum… je ne saurais pas trop quoi répondre à cette question. Mais c’est vrai, j’aime sa personnalité. Et s’il est qualifié au second tour, là je revoterais pour lui. Parce que rien que son nom ça casse une injure…
  • Je ne te comprends pas.
  • Bah, on a tort de dire aux gens qu’ils sont « cons », et son nom est un peu « anti-ça », bon il y a déjà ça… Macron c’est pas con, et puis moi je le trouve plutôt jeune par rapport aux autres, et le maître-mot c’est « dynamique »… Bon c’est sûr il a souvent été taxé de Président des riches, mais riche, on peut l’entendre de différentes manières, mais il ne faut pas que toutes nos pensées tournent autour du concept de la monnaie, de l’argent… il y a différentes richesses, il faut aussi le voir comme ça, plus spirituellement.

Je quitte Robin, et donc je quitte les bois (ouaf, ouaf…), non plus sérieusement, je reviens vers le centre-ville de Crest et… et je continue ma partie de pêche avec mes sympathiques interlocuteurs croisés au hasard, suivant leur disponibilité.

  • Bonjour, tu es mon homonyme… je m’appelle Mathias, comme-toi… Tu me demandais « pourquoi je suis allé voter », pour moi le vote est un devoir. Ça devrait même être obligatoire, comme en Belgique. Moi je trouve dommage que les gens ne le voit pas comme un devoir, c’est un principe démocratique essentiel.
  • Tu penses, que cette campagne avec en arrière fond le Covid, avec la guerre en Ukraine, nous a été « subtilisée » ?
  • Moi je déplore que notre Président actuel, ne montre pas le bon exemple en favorisant le débat qui est un principe habituel, et donc il remet de fait en question un préalable démocratique qui me paraît essentiel. Et j’espère qu’il va se planter parce qu’il nous prend « de haut », en agissant comme ça, d’ailleurs il a fait une campagne électorale minable, et j’espère que ça va se révéler à travers ce premier tour.
  • Mathias, j’aimerais t’entendre sur « les promesses électorales », celles qui n’engagent que ceux qui y croient, et la réalité du pouvoir…
  • Il y a deux choses qui éloignent les gens du vote. Il y a l’aspect que tu viens de souligner, mais il y a aussi les réalités de gestion politique, entre le principe théorique qui peut être le programme, ou les positions qu’on prend avant de prendre une responsabilité, la réalité de cette responsabilité… Et puis, il y a la marge de manœuvre qu’on a… Donc il est difficile de promettre des choses et de les concrétiser derrière, à la fois parce que certains n’assument pas complètement ces promesses et sont incapables de les assumer jusqu’à un certain niveau, et en même temps parce qu’en réalité la marge de manœuvre elle est assez faible.
  • J’aimerais aussi t’entendre sur les conséquences de la guerre en Ukraine. J’ai moi l’impression que nous assistons à un repli… un repli souverainiste qui passe évidemment par une indépendance énergétique, militaire et alimentaire…
  • Mais tu sais, ce repli… La guerre en Ukraine n’en a été que le révélateur. Tout ce que nous avons vécu depuis deux ans a favorisé le nationalisme, et oui… nous sommes obligés de réfléchir à auto-centrer notre pays, et notre dépendance ou notre indépendance, mais tu sais, se centrer, ou se recentrer, c’est aussi un des fondements de la gauche, l’auto-suffisance alimentaire, sortir du néo-libéralisme… on est en train de se rendre compte de tous les désavantages de cette politique. Et là, nous avons « un bon prétexte », pour remettre en cause tous ces sujets, ce libéralisme outrancier. On voit bien la fragilité que ça amène, de décentraliser, de sous-traiter dans d’autres pays…
  • Que penses-tu du morcellement des grands partis ? Qu’ils soient de Droite ou de Gauche ?
  • Mais le système est maintenant fait pour que ce soit morcelé. Chacun court après le pouvoir, mais aussi après le remboursement de ses frais de campagne, donc le système ne favorise pas le partenariat « inter-partis », ou « inter-mouvement »… Maintenant, il y a aussi ces personnes politiques qui ne cherchent surtout pas à s’associer, et c’est un problème fondamental de la politique française. Il faut vraiment qu’on apprenne à composer à plusieurs pour trouver un juste équilibre. Pour que chacun s’y retrouve. Mais j’y reviens, c’est le système lui-même qui conditionne la manière de faire de la politique, et ça va bien au-delà des personnes et des ego de chacun. Pour moi un leader politique devrait être reconnu pour ses qualités humaines… alors oui, bien sûr il y a ses idées, mais on doit, on devrait aussi se faire reconnaître par nos comportements et notre manière d’être.

Bon sang, que ces témoignages sont révélateurs, qu’ils sont intéressants.

Lebrillant.fr est un média local qui tient ses promesses. Je vous l’ai expliqué, je n’ai pu prendre des photos du Cortège de Pâques, mais… mais… Un rameau d’olivier porté par une main féminine, attira mon attention. Donc, promesse tenue.

  • Bonjour je m’appelle Valérie, donc aujourd’hui j’ai des rameaux d’oliviers dans la main parce que c’est la fête des Rameaux pour les Chrétiens, c’est à dire que c’est l’arrivée de Jésus à Jérusalem, juste avant la fin tragique que fut la fête de Pâques, donc c’est une fête très importante et moi j’ai des amis qui m’ont dit « Valérie, on compte sur toi, ramène-nous des rameaux », donc j’ai coupé des branches dans mon jardin, et donc j’en donne autour de moi…
  • Avec vous nous parlons du Christ, alors que mon reportage est dédié à l’élection du futur Président de la France, pour vous ce sont deux éléments que vous séparez… Ou est-ce que vous y voyez une prolongation symbolique ?
  • En fait… Le Royaume n’est pas de ce monde. Mais il est du monde quand même. Donc moi j’appartiens au monde, et en ce sens, je vais faire les devoirs du monde. Donc… ce n’est pas du tout spirituel d’aller voter, mais je suis un être humain… en chair et en os… donc, bien-sûr, je vais voter !
  • Quel est selon-vous le principal problème de ce monde que vous évoquez, et en quoi, ces élections pourraient-elles résoudre ce problème ?
  • Le problème principal de ce monde c’est le manque d’amour. Mais je pense que les élections ne peuvent pas résoudre ça. C’est à chacun de le résoudre, au fond de lui. Mais néanmoins… moi j’explique à ceux qui ne vont pas voter que c’est comme en début d’année… Moi je dis « bonne année », j’espère des bons vœux, et bien quand je vais voter, j’espère des « bons vœux » pour la France… Mais, sincèrement, moi je crois en Dieu, là je sors de l’Église… Je crois en Dieu plus qu’en la politique… donc je pense que l’amour, c’est ce qu’il manque dans le monde, on le sait depuis 2000 ans, 4000 ans pour certaines cultures… Ça manque toujours… Donc, c’est pas les élections qui vont nous donner plus d’amour, non… c’est sûr, ça j’y crois pas.
  • Valérie, il est maintenant midi passé de 22 minutes, vous allez faire votre choix entre 12 candidats. Et si je peux me permettre, votre choix ne va pas être simple… aucun d’entre-eux ne parle d’amour…
  • Peut-être qu’ils sont trop… heu… (un temps), soit ils sont trop timides, soit ils ne nous aiment pas. C’est au choix. Moi je n’ai pas à juger personne… Voilà, ils ne parlent pas d’amour parce que… Jésus il a parlé d’amour, et il a fini sur la croix, alors peut-être que sur le monde, il vaut mieux éviter de parler d’amour, vous savez, ils sont peut-être prudents… mais c’est pas grave, c’est à chacun d’y croire en soi.
  • Vous savez pour qui vous allez voter ?
  • J’ai lu tous les programmes, j’ai vraiment choisi en conscience, il y a 12 candidats, et moi je crois que chacun peut trouver un candidat qui lui convient… Mais moi j’ai trouvé oui… Allez bonne journée des rameaux, parce que le plus important c’est ça (rire)… !

Je sais, je sais… Vous conservez un temps d’avance sur moi. Je suis sur le point de mettre cet article en ligne et vous comme moi savons qu’à nouveau nous allons assister au combat Ali / Foreman.

Toutefois… toutefois, lebrillant.fr illuminant désormais vos écrans, il me faut vous donner le hit-parade national en mode Crestois.

C’est parti (je vous restitue les chiffres, tel que je le découvre, et comme vous, je le constate, cette liste n’est ni alphabétique, ni numéraire), elle consacre cependant les deux finalistes en caractères gras  :

  • Nathalie Artaud : 0, 48%. 25 votes.
  • Fabien Roussel : 1,56%. 81 votes.
  • Emmanuel Macron : 19, 99%. 1040 votes.
  • Jean Lassalle : 2,92%. 152 votes.
  • Marine le Pen : 15,28%. 795 votes.
  • Éric Zemmour : 5,67%. 295 votes.
  • Jean-Luc Mélenchon : 39,15%. 2037 votes.
  • Anne Hidalgo : 1,56%. 81 Votes.
  • Yannick Jadot : 5,65%. 294 votes.
  • Valérie Pécresse : 4,63%. 241 votes.
  • Philippe Poutou : 1,06% ; 55 votes.
  • Nicolas Dupont-Aignan : 2,06%. 107 votes.
  • Blanc ou nul : 1,78%. 94 votes.
  • Abstention : 22, 06%.

Vous savez quoi ? Pour la prochaine, je vais la jouer façon Feuille-Caillou-Ciseau… Oui, je me vois bien voter Chifoumi en 2027 !

Bon, je compte sur vous, on se retrouve pour la finale !

Mathias Deguelle.

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