SHIATSU: LE BIEN-ÊTRE À PORTÉE DE MAINS

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Être journaliste c’est parfois mettre son corps à contribution. Le mettre au service du devoir d’informer, même quand cette mission vous amène aux confins de l’inconnu. Cette semaine, je n’ai donc pas hésité, et, bravant ma pudeur naturelle et, il faut bien le dire, une petite dose d’angoisse, j’ai décidé de me faire masser. Enfin pas tout à fait, vous allez le voir, puisque on est très loin d’une séance de kiné : j’ai été la victime consentante des mains expertes d’un masseur shiatsu.

Suivez-moi, vous allez tout savoir, ou presque.

  • Bonjour je m’appelle Cristobal Martinez et je suis praticien de shiatsu à Crest.
  • Alors tu as eu une idée géniale Cristobal, c’est de me faire passer entre tes mains, en d’autres termes, tu m’offres une séance de manipulation, ce qui va nous permettre ensuite d’évoquer mes impressions, et bien sûr de parler de ta spécialité plus globalement. Quel type de massages comptes-tu me prodiguer ?
  • Donc le shiatsu c’est un protocole d’étirements, de massages, de mouvements assistés, ce sont également des pressions digitales, des « empaumements »… Voilà. Donc je te réserve la surprise dès que tu vas t’allonger sur le futon.
  • Une séance dure combien de temps ?
  • Ça dure environ une heure et ce temps inclus également un entretien préalable qu’on appelle un « bilan énergétique ». L’idée c’est de remettre le patient dans son contexte de santé, donc je lui pose des questions basiques sur son état de santé global, et bien entendu, s’il a des pathologies, qu’il me fasse connaître son historique. Ensuite l’idée c’est de lui poser des questions sur son hygiène de vie, sur la qualité de son sommeil, son alimentation, est-ce qu’il a une digestion correcte ? Ce genre de petites questions générales sur sa santé.
  • Ce sont des questions intimes, je ne te cache pas que je n’ai pas nécessairement envie que mes réponses soient connues de tous, donc je vais couper mon micro, et la séance va pouvoir commencer.
  • De toute façon, ne t’inquiète pas, alors on n’est pas sur le secret médical, mais sur un contrat moral qui m’engage à ne révéler aucun détail sur ta vie personnelle.
  • Très bien, ça me va. On y va ?
  • On y va.

Première chose à savoir, une séance de Shiatsu comme la pratique Cristobal, se fait habillé, avec un T-shirt qui vous couvre le torse. Ensuite vous vous allongez sur un futon posé à même le sol, Cristobal cale des cousins sous vos bras et vos jambes. Vous fermez les yeux, vous laissez vos pensées vagabonder. Pendant qu’il étire, appuie, masse. Les gestes sont précis. Parfois inattendus. La séance on l’a dit, dure une heure, et vous avez l’impression qu’elle dure 20 minutes. Cristobal aura passé en revue tous mes membres, du bout des doigts, jusqu’au bout des pieds. Une musique planante accompagne la séance, je suis bien.

  •     Tu peux te relever Mathias. Prends ton temps. Vas-y doucement.

Je prends effectivement mon temps pour me remettre à la verticale. Je n’ai pas le choix, mon corps est tout cotonneux. A regret, je quitte petit à petit cette douce léthargie.

  • Donc là Cristobal, tu m’affirmes qu’il s’est passé une heure ?
  • Une heure et quart précisément.
  • Je n’en reviens pas. Il y a autre chose qui m’a frappé, c’est la douceur de tes gestes. On est loin du pétrissage et du craquage d’os. Alors je me demandais, est-ce que douceur est synonyme de superficialité ?
  • Pas du tout. Au contraire. En Shiatsu la douceur qui est une pression digitale ou un « empaumement » qui est profond mais qui est dans le respect de ce que la personne peut supporter, donc en fait ce sont mes mains qui sont à l’écoute et en fonction de la spécificité du corps, je vais pouvoir appliquer des pressions qui seront plus ou moins progressives en fonction de ce que le corps va accepter. Cette douceur c’est simplement que je suis à l’écoute et que je vais loin dans la pression mais j’essaie de faire en sorte qu’elle ne soit pas douloureuse.
  • Tu m’as dit une chose : que j’avais tendance à séparer la tête du reste de mon corps. Peux-tu nous parler de ce rapprochement que peut-être je ne suis pas le seul à ne pas faire, est-ce que ce n’est pas banal de séparer ces deux « entités » ?
  • C’est très intéressant que tu me poses cette question parce qu’effectivement c’est une tendance très occidentale, de séparer la tête du reste du corps. En tout cas en énergétique chinoise, on a souvent tendance à observer ce phénomène, que l’énergie est souvent vers le haut, c’est à dire bloquée vers la tête, c’est à dire que nous sommes souvent des cérébraux, et nous n’habitons notre corps, en occident. Nous ne l’habitons pas en terme d’énergie, l’énergie ne circule pas dans le corps et dans son entièreté, de manière suffisante. C’est souvent lié au rationalisme occidental, qui dit qu’on a l’esprit, le corps, le cerveau, et de l’autre côté le corps physique qui est en dessous de tout ce qui est « la tête ». Ce qui est totalement faux puisque la tête fait partie du corps, et que l’énergie se doit de circuler partout. Dans la tête et dans le corps.
  • J’ai peur de tout mélanger, mais tout ça a un rapport avec les chakras ?
  • Alors le chakra va être associé à une discipline qui n’est pas la médecine chinoise dont moi je dépends, non, là c’est la médecine indienne. Moi je ne travaille pas avec les chakras, Les chakras sont des points d’énergie qui sont situés… Le premier est au sommet du crâne, et le dernier est situé entre le sexe et l’anus. Ce sont des points qui sont répartis de manière verticale sur un canal qui passe au travers du corps humain, et des animaux. Et ce sont des points qui sont sensés s’ouvrir avec le développement personnel des individus. Par exemple on peut demander à certains hommes d’ouvrir leur chakra du cœur qui est peut-être fermé parce qu’on leur apprend à ne pas pleurer, on leur apprend à résister aux épreuves de la vie, on leur apprend donc à cacher leurs émotions, d’ailleurs j’ai pu observer que les femmes de par leur éducation, on souvent le chakra du cœur plus ouvert. Certaines personnes peuvent appeler ça de la vulnérabilité mais en fait c’est une force de pouvoir exprimer ses émotions et c’est une faiblesse de les cacher.
  • Parlons de toi Cristobal, ça fait 15 ans que tu pratiques ?
  • Ca fait 15 ans que je me suis formé. Je me suis formé au sein de la Fédération Française de Shiatsu Traditionnel, la FFST, qui est située à Paris, j’ai eu pour Maître Tatiana Vaes qui m’a formé pendant quatre années, ça c’était il y a une quinzaine d’années. Moi je suis venu au shiatsu parce que je viens des arts martiaux que je pratique depuis mes 15 ans… Et les arts martiaux m’ont fragilisé, m’ont procuré des blessures, des blessures articulaires, des tendinites récurrentes aux épaules, aux poignets. J’ajoute que je pratique aussi la capoeira, que j’enseigne à côté du shiatsu, et cet art martial est très exigeant au niveau des articulations et les médecins m’ont proposé que des traitements assez intrusifs, des infiltrations de cortisone, des choses comme ça. Mais ça répondait à mes maux de manière courtermiste, et le discours que j’entendais c’était : « Monsieur, il faut arrêter la capoeira, vous avez des épaules trop fragiles ». Moi j’ai refusé cela, c’était pas possible, donc j’ai du me retourner vers des médecines alternatives, et c’est là que j’ai découvert le shiatsu et le shiatsu m’a sauvé. Cette thérapie manuelle que je juge miraculeuse m’a permis de re-pratiquer mon art, aujourd’hui encore à 50 ans.
  • Est-ce que le shiatsu est une médecine ?
  • Bon, déjà il faut préciser que la commission européenne a déclaré le shiatsu comme faisant partie des « médecines alternatives », en revanche en France ce n’est toujours pas reconnu comme médecine alternative, cela dépend des pays. L’Allemagne, la Suisse, sont des pays qui reconnaissent le shiatsu comme médecine alternative, Le shiatsu est un complément à la médecine allopathique, qui est très efficace, notamment sur les informations qu’on peut obtenir grâce aux outils, tels que les scanners, les arthroscopie, l’échographie. Ça nous permet de connaître les pathologies et les blessures… Ensuite sur le traitement de la blessure, la grande différence entre la médecine occidentale et la médecine chinoise, c’est que la médecine chinoise est une médecine préventive, elle peut être curative, mais ce n’est pas sa mission première. En gros, en fait, la médecine chinoise dit que le corps humain, pour ne pas tomber malade, doit être préservé en bonne santé grâce aux cinq branches de la médecine chinoise qui sont : l’alimentation, les thérapies manuelles, l’exercice physique au quotidien, la phytothérapie, donc les plantes, et l’acupuncture. Grâce à ces cinq branches, si on entretient le corps humain comme une voiture, de manière régulière, en l’emmenant au garage, en faisant la vidange etc… Si on entretient ce corps humain, en le respectant par une hygiène de vie saine, on tombe beaucoup moins malade. Voilà, c’est ça qui s’oppose aux grands principes de la médecine occidentale qui est une médecine curative.
  • Tu penses savoir pourquoi le shiatsu n’est pas reconnu en France ?
  • Elle ne le reconnaît pas en tant que médecine alternative, mais elle reconnaît son efficacité empirique. J’en veux pour preuve la présence du shiatsu dans les hôpitaux, auprès des services d’oncologie, les médecins aujourd’hui reconnaissent l’efficacité de l’acupuncture, du shiatsu, notamment sur les effets secondaires liés par exemple à une chimiothérapie, des traitements lourds, on sait aujourd’hui que ces pratiques qui procèdent du principe de circulation énergétique, ces fameux trajets des méridiens, on sait aujourd’hui que cela baisse considérablement le niveau de stress, après une chimio ça va ralentir la perte des cheveux, ça va ralentir la perte des ongles, ça va permettre à la personne d’avoir une meilleure posture mentale, parce qu’on sait aujourd’hui qu’être bien dans sa tête ça favorise aussi l’évolution vers la guérison. Moi je prêche pour une collaboration entre ces deux médecines, les solutions ne sont jamais uniques, elles sont toujours plurielles.
  • Comment le shiatsu est perçu par les crestoises et les crestois, par les drômoises et les drômois ?
  • Alors c’est intéressant que tu me poses cette question, c’est vrai que en Drôme on a une spécificité, c’est qu’il y a énormément de médecines alternatives, de médecines douces, présentes sur le territoire, et c’est vraiment un bienfait… je pense que ça s’explique parce que la Drôme comme l’Ardèche ont été les réceptacles du post-68, de l’arrivée de cette génération hippie-baba cool, qui était des gens ouverts sur ces choses là de manière naturelle, du coup, ce sont ces gens là qui aujourd’hui ont fait des enfants, et donc de génération en génération, je pense que ce type de message, d’ouverture d’esprit et de prédispositions à ce type de médecines a pu se transmettre. Et aujourd’hui on a un territoire qui est favorable à l’accueil de ses médecines alternatives. Juste un mot, et sans être trop technique, le shiatsu se pratique donc avec les mains, le shiatsu dit que le corps est parcouru d’énergie à travers des canaux qu’on appelle des méridiens, ils sont au nombre de 12, et nous en shiatsu, on est un peu « les plombiers de l’énergétique », on débouche les tuyaux, on refait circuler les énergies bloquées.
  • Shiatsu, est-ce que le mot a une signification ?
  • Oui, ce sont deux syllabes, Shi et Tsu, qui veulent dire « pression » et « doigt ».
  • Depuis combien de temps pratique t-on le shiatsu ?
  • A ce sujet il y a quelques controverses, certaines personnes personnes au Japon disent que ça remonte au 7ème siècle, mais aujourd’hui tout le monde est d’accord pour affirmer que le shiatsu moderne, tel qu’il existe aujourd’hui a été développé au 20ème siècle. C’est à dire qu’au 7ème siècle des massages japonais existaient, qui étaient issus du massage chinois, des délégations de japonais ont effectivement été envoyées en Chine pour étudier leur médecine, du coup les japonais sont revenus avec ces techniques, cette connaissance de la circulation énergétique, la théorie des cinq éléments, le yin, le yang, tout ce qui fait les fondements de la médecine chinoise, et ils ont transformé, synthétisé, comme savent le faire le japonais, cet art du massage chinois ils l’ont mélangé avec un art plus ancien qui s’appelle le Anma, qui est l’ancêtre du shiatsu. Et donc, du 7ème siècle au 20ème siècle il y a eu toute une évolution, mais certains maîtres shiatsu comme Maître Matsunaga, dont je suis affilié, ont développé des formes de shiatsu modernes et qui a donné naissance au shiatsu que je représente qui s’appelle le zen shiatsu.
  • Zen… le bien nommé. C’est vrai, j’ai trouvé ça plus zen qu’un simple massage.
  • D’ailleurs pendant très longtemps, nous n’avons pas eu le droit d’utiliser le mot « massage », nous autres masseurs shiatsu, et tous les masseurs en dehors des kinésithérapeutes n’avaient pas le droit de se servir du mot « massage », et aujourd’hui il y a une jurisprudence qui nous a permis d’utiliser ce mot massage.
  • Mon ultime question est pragmatique et un peu triviale, combien coûte une séance d’une heure comme celle que tu m’as gentiment offerte?
  • Le tarif normal c’est 50 Euros la séance, j’ai aussi un tarif solidaire qui est de 40 Euros pour les chômeurs, les retraités, les étudiants.

            Commençons par le bien-être, nous finirons par être bien sera notre pensée du jour.

Il faut savoir que Cristobal est venu au Brillant, simplement en nous envoyant un mail à cette adresse : matholi.lebrillant.fr@gmail.com nous avons pris contact et la suite, vous venez de la lire. Si vous estimez que vous aussi votre passion ou votre job mérite une conversation, n’hésitez pas à nous contacter. J’allais oublier, si vous voulez vous aussi tenter l’aventure shiatsu, vous pouvez joindre Cristobal au 06 09 44 23 65-

Mathias Deguelle.           

Une réflexion sur “SHIATSU: LE BIEN-ÊTRE À PORTÉE DE MAINS

  • 12 octobre 2021 à 10h54
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    Merci Mathias, pour ce bel article et la qualité de vos publications. Merci également de vous être « prêté au jeu » ! A très bientôt j’espère – Cristobal

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