PHARMACIES: APRÈS LES MASQUES, LES CAPSULES D’IODE?

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Avouez que « le hasard » fait bien les choses. Après nous avoir empêchés de vivre normalement pendant deux ans, le Covid serait en passe de disparaître, juste au moment des élections, juste au moment de la guerre en Ukraine. Bon, il va de soi que nous n’allons pas ici hurler avec la meute des loups complotistes, simplement voilà, appelons ça simplement un heureux(?) concours de circonstances. Quoique. Reste à savoir si nous allons y gagner au change. Donc imaginons. Imaginons que ce coronavirus soit désormais derrière nous… Les hospitalisations sont à la baisse, la levée des restrictions de tous poils est prévue pour le 14 mars, donc oui imaginons. Imaginons qu’aujourd’hui nous puissions faire un bilan de ces deux années de pandémie. Lebrillant.fr étant par nature très optimiste, nous allons donc faire le point (final?) avec la responsable de La Pharmacie Centrale, basée au 7, Rue Lieutenant Michel Prunet à Crest.

Suivez moi, c’est une visite sans ordonnance.

  • Bonjour, je m’appelle Géraldine Favre, je suis pharmacien depuis un petit moment maintenant, depuis 2005…
  • Vous ne dites pas pharmacienne ?
  • (rire), vous adorez cette question ! Maintenant on dit « pharmacienne » c’est vrai, mais il y a un temps de ça, comme je vous l’ai raconté hors-micro, la pharmacienne était l’épouse du pharmacien. Mais étant moi-même l’épouse d’un pharmacien, je tiens beaucoup au terme « pharmacien », bien que je sois les deux. Voilà. Moi j’ai commencé à Grenoble, parce que je suis native de Grenoble, j’ai été assistante quelques années, et ensuite… mon conjoint est drômois, donc on s’est installés à Dieulefit. On a racheté la pharmacie de Dieulefit, et puis le hasard des choses a fait que nous sommes arrivés ici à Crest, on a revendu la pharmacie de Dieulefit et on a racheté ici à Crest parce que les enfants grandissaient, et on avait un peu envie de se rapprocher de la ville… Alors le collège à Dieulefit, il y en a un, mais le lycée il n’y en a pas, et ça nous faisait un peu de la peine de se dire tous les matins « on va les mettre dans le bus à six heures et demi » pour les envoyer au lycée. On trouvait que ce n’était pas les conditions idéales pour étudier. Voilà, j’ai repris la Pharmacie Centrale en décembre 2017.
  • Rappelez-nous, il y a combien de pharmacies à Crest ?
  • A Crest même, il y a trois pharmacies, il y a la Pharmacie du Pont, au centre-ville, face au Pont Mistral, il y a la Pharmacie du Bourg qui est sur la montée de l’ancien hôpital, Rue Sainte-Euphémie, et celle-ci donc, la Pharmacie Centrale, ensuite il y a la pharmacie d’Aouste, que nous considérons comme rattachée, en tous cas dans notre fonctionnement entre pharmaciens, on tourne notamment avec eux pour le secteur de garde.
  • A vous entendre vous êtes plus partenaires que concurrents…
  • Oui, ça se passe très bien. On s’est installés presque tous en même temps. Lorsque mon prédécesseur a voulu vendre la pharmacie, c’était dans le deal qu’il fallait qu’on trouve une solution pour reprendre en même temps, la pharmacie du Pont, et la pharmacie d’Étoile, puisqu’en fait, eux ils étaient quatre pharmaciens, ils étaient associés à quatre sur trois pharmacies, et ce qu’ils voulaient c’était vendre tout en même temps. Donc la Pharmacie du Pont, avec Caroline Boyer et moi-même, nous sommes arrivées en même temps et on a repris leur fonctionnement croisé entre Étoile, Le Pont et Centrale et ensuite quand Jeanne Warin a voulu partir, il y a deux ans de ça, elle est venue nous voir et c’est son adjoint qui a repris mais dans la même collaboration et avec la même concertation que ce qui s’était fait avec la Pharmacie du Pont, et la pharmacie d’Aouste tenue par mon conjoint, donc la collaboration avec les officines marche très bien, ça nous permet de tous travailler ensemble et de se dépanner à chaque fois que c’est nécessaire, et dans l’intérêt de nos patients.
  • Quand vous dites « dépanner », ça peut prendre quelles formes ?
  • On peut faire des achats en commun, on peut aussi effectivement… quand il y a eu le gros rush des tests, dire « nous on ne peut pas prendre, mais on sait qu’on a tel confrère à tel endroit, qui peut vous prendre », oui ça permet de travailler en lien, et encore une fois, de mieux prendre en charge nos patients.
  • Alors, nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet. Le Covid semble refluer, les contraintes vont être levées, donc évidemment ces bonnes nouvelles nous invitent à faire une sorte de point, et pour se faire, faisons ensemble un retour en arrière, j’imagine que comme tout le monde, vous n’avez pas vu venir le Covid, en revanche comment vous l’avez appréhendé ici dans votre pharmacie ?
  • Alors c’est exact, nous ne l’avons pas vu venir… nous pour le coup, nous n’avons pas été concernés par le confinement, mais je pense que quand la population générale a été confinée, si mes souvenirs sont bons, c’était le 16 mars 2020… Les enfants avaient repris la classe une quinzaine de jours auparavant, mais honnêtement, moi je n’ai rien vu venir, c’est ma mère que je prenais pour un oiseau de mauvaise augure, qui pendant les vacances scolaires me disait « tu vas voir, ce virus… », enfin, elle aurait plutôt dit « ce microbe, ça va être affreux, ils vont fermer des écoles… », bon, ma mère est toujours un peu négative, donc je lui ai dit « écoute, maman, ça suffit… »… Non, j’ai rien vu venir. Bon, il s’est trouvé qu’effectivement, elle avait un peu raison, oui elle avait raison. Après… c’est vrai qu’on s’est trouvés devant le fait accompli, il y a eu le rush des quelques jours, je ne me souviens plus exactement, mais le Président de la République qui à l’époque a du annoncer le confinement, peut-être un jour et demi avant le confinement réel, donc là il y a eu le rush pendant deux jours avec un monde comme on n’en avait jamais vu avant… C’était monumental, il y avait la queue dehors, les gens faisaient la queue sur deux files… Pour vous donner une idée, la veille du jour du confinement, le confinement débutait à midi me semble t-il, quelque chose comme ça… la veille on a eu plus de 700 patients ! Donc environ deux fois plus de patients que ce que l’on a un jour normal.
  • Quel a été le pire moment ?
  • (un temps), le pire moment ? J’aurais tendance à dire que c’était la fin d’année dernière, début de cette année… Novembre, décembre, janvier, je pense que les équipes étaient épuisées, que nous on était épuisés et on n’en voyait plus le bout parce que on testait et on vaccinait. Parce qu’au départ il n’y avait pas de test, ensuite on a fait des tests, ensuite on a testé et vacciné, et on est arrivé à un moment donné, au moment où il fallait faire cette troisième dose… on était tous littéralement épuisés, le Covid on ne pouvait plus le voir en peinture !
  • Vous avez surtout été affectés par le manque de personnel, par le manque de moyens à disposition, ou par cette trop grande affluence ?
  • En fait tout ça est corrélé forcément, c’est à dire qu’il y aurait eu moins d’afflux extérieur, le personnel qu’on avait aurait suffit, mais étant donné qu’il y avait plus d’afflux, plus de demandes, on n’arrivait pas à répondre à cette demande, et puis même des choses bêtes… on n’arrivait plus à répondre au téléphone… Le téléphone ne faisait que sonner pour des tests, que sonner, que sonner, que sonner… ! Les filles… on a acheté des casques pour pouvoir répondre au téléphone, ce qu’on avait pas avant, et elles avaient beau avoir chacune leur casque et deux lignes, malgré ça, ce n’était pas possible, ça sonnait sans arrêt, on n’arrivait même pas à prendre tous les appels, donc on ne pouvait pas placer tout le monde, en plus il fallait tester les malades, ce qu’on a fait en priorité, ce qui était justifié, et il fallait aussi tester tous les cas contact, y compris les cas contact asymptomatiques. Donc il y avait un nombre de cas contact très important, c’était… c’était pas possible.
  • Est-ce que cette tension a pesé psychologiquement sur vos employés ?
  • Oui… oui, oui ça pèse. Vous en récupérez en larmes toutes les semaines, forcément. C’est normal. Elles ont leur stress personnel… bon, il faut voir aussi que pendant le Covid, certaines de mes collaboratrices avaient des conjoints qui ne travaillaient pas, donc quelques unes parmi elles ont vu leur couple et leur famille éclater, parce que ça met des tensions à la maison. Donc forcément, elles ont eu une tension personnelle qui est plus importante, elle ont eu une tension au comptoir de la pharmacie qui est plus importante (un temps suivi d’un long soupir), oui, ça pèse.
  • Vous avez combien d’employés sous votre responsabilité ici à la Pharmacie Centrale de Crest ?
  • J’ai treize employés.
  • Que vous disaient vos patients ? J’imagine que pour certains il y avait une dose de peur, or vous tous n’êtes pas formés pour soigner ce genre de crainte, voir de paranoïa…
  • Non, c’est vrai, mais en revanche pour bien faire ce métier il faut avoir beaucoup d’empathie. Il faut absolument aimer les gens. Si on n’aime pas les gens, il ne faut pas faire ce métier là, donc oui ça, ça aide beaucoup… mais on a de la chance ici, les gens sont quand même très sympas, on n’a pas été confrontés, on n’a pas eu de conflit majeur… Bon, je ne vous dis pas qu’il n’y a pas eu quelques éclats de voix, mais enfin… pas de conflit ou d’inquiétude majeure, donc moi je n’ai pas eu de stress par rapport à ça, après on sentait les gens inquiets… et inquiets aussi parce qu’ils recevaient des messages de la Sécu, disant « vous devez faire un test tel jour », et quand tout le monde leur dit « vous ne pouvez pas faire de test ce jour », quand toutes les pharmacies leur disent « non, ce n’est pas possible, il n’y a pas de place », les labos c’est pareil, ils étaient complètement submergés, il n’y avait pas de place… oui, les gens étaient inquiets, « oui, mais on m’a dit qu’il fallait en faire un, pour remettre mon gamin à l’école, j’ai besoin d’en faire un sinon, je ne peux pas le remettre », donc effectivement, ils étaient stressés par ça, étranglés par ça, et je les comprends, moi aussi je suis mère de famille, quand on vous dit « le gamin pour le remettre à l’école, il faut absolument qu’il ait un test », les parents qui ont besoin d’aller bosser, ils ont aussi besoin d’un test, et si tout le monde leur dit « non, on ne vous prend pas », ils ne vont pas le mettre dans du formol…
  • Est-ce qu’à un moment vous vous êtes sentis dépendants des impréparations de l’état ?
  • On étaient complètement dépendants de l’état, mais eux de leur côté, ils étaient dépendants de la pandémie. Avec le recul, j’ai été parfois très en colère contre le gouvernement, mais finalement la colère retombe… c’est à dire que nous on n’était pas prêts. Pourquoi ? Parce qu’on avait pas de masque, qu’on avait pas de test, on avait rien au départ donc on nous demandait de distribuer des masques, on nous demandait de faire des tests et on n’avait pas le matériel nécessaire mais je pense que le gouvernement ne l’avait pas non plus. Moi ce qui m’a énervée c’est de voir, sur des chaînes d’info « il faut aller chez le pharmacien chercher des tests, chercher ci, chercher ça… », de toutes façons on n’en avait pas, donc il fallait laisser le temps que ça se déploie. Est-ce que c’est nous qui n’étions pas prêts ? Je pense que pas plus que le gouvernement, on pouvait prévoir qu’il allait y avoir une pandémie comme ça. A l’avenir, on va certainement mettre des cartons de masques de côté, au cas où la prochaine pandémie arriverait… bien que la prochaine catastrophe ne sera peut-être pas une pandémie, ce sera peut-être une attaque nucléaire, et là… on n’aura pas d’iode.
  • Figurez-vous que j’y ai pensé en marchant pour venir vous voir. Tout le monde craint la forme que peut prendre le conflit ukrainien, et notamment les possibles attaques sur des sites comme les centrales nucléaires du pays, et ses inévitables retombées radioactives. Donc oui, on pense aux capsules d’iode qui régulent la fonction de la thyroïde, ces capsules est-ce qu’on vous les demande aujourd’hui ?
  • Alors oui, on nous les demande. Mais on n’en a pas. L’état ne nous en fournit pas. On ne reçoit pas de note de la Direction Générale de la Santé concernant la guerre entre l’Ukraine et la Russie, donc voilà, moi je n’ai pas de réponse aujourd’hui à apporter pour ça, et si demain il y a une catastrophe, on ne serait pas mieux préparés que pour le Covid, sauf qu’à mon sens la catastrophe serait bien plus dramatique que ce qu’elle a été là. Le risque aujourd’hui pour moi, il est beaucoup plus important, c’est bien plus grave ce qu’il se passe en Ukraine que le Covid. Et là, pour le coup, on s’est fait des nœuds au cerveau, alors je ne vais pas dire « pour pas grand chose », parce que bien-sûr il y a des gens qui sont morts, mais aujourd’hui, on n’aura pas de délai d’action… Pour le Covid, on l’a eu ce délai d’action et on n’était « jamais à l’heure », mais on a quand même fait tout ce qu’on a pu, qu’on soit pharmacien, qu’on soit médecin, qu’on soit infirmier et surtout, ça dépendait quand même de nous, soignants. Si demain vous avez une attaque nucléaire extérieure, ou une guerre… là, ça ne dépend plus de nous. Enfin, on fera ce qu’on peut, mais c’est à mon sens d’une telle ampleur et d’une telle violence, comme risque par rapport au Covid, qu’on sera forcément pas préparés à ça. Alors là, pour le coup, on ne sera pas préparés du tout.
  • Bon, tout ça n’est pas très rassurant, mais au moment où l’on se parle, ça ne reste qu’une éventualité macabre. Madame Favre, est-ce que cette crise du Covid a eu des répercutions, des conséquences sur l’ensemble de la profession au niveau nationale, vous qui avez parfois été considérés comme le dernier maillon de la chaîne ?
  • Le dernier ou le premier (rire), ça dépend comment on le voit… Je vois pourquoi vous dites « le dernier », après nous avons été aussi le premier des maillons, parce qu’on est quand même ouverts six jours sur sept, et chez nous, sur toute la zone de Crest, un dimanche sur quatre. La pharmacie reste quand même un lieu où vous trouvez tout le temps quelqu’un, alors peut-être pas pour vous apporter une réponse en immédiat, mais en tous cas pour vous accueillir. Après, quels sont les enseignements, qu’on en a tirés… ? Moi je pense qu’il n’y a pas eu assez de rassemblements entre les confrères, et que franchement, c’est dommage. Mais il faut dire que chacun était submergé, et restait dans son coin… et c’est quelque chose qui est à déplorer, d’ailleurs c’est aussi pour ça que j’ai accepté votre proposition d’interview, parce que je trouve que les pharmaciens n’échangent pas spécifiquement ni sur leur métier, ni entre-eux, ça reste un milieu relativement fermé, et peut-être pas très moderne, pas très ouvert dans son fonctionnement, et c’est pour ça que je suis contente par contre, d’exercer dans une zone où on a la chance de pouvoir travailler ensemble et de vraiment bien s’entendre, et de pouvoir échanger. Il y a des zones d’exercices qui ne m’auraient pas plu, être en plein centre-ville à rêver de lancer des fléchettes sur la vitrine du voisin, parce qu’il met des prix sur des affichettes jaunes, pour mettre le gel douche dix centimes moins cher que celui d’à côté, moi je n’ai pas envie de travailler comme ça. Ce n’est pas ce que j’aime dans ce métier là… bien-sûr que sauvegarder le pouvoir d’achat de nos patients c’est important mais je pense que nous avons une dimension humaine qu’il faut garder. En travaillant ensemble on est meilleurs, mais la plupart de nos confrères ne sont pas dans cette dynamique, mais quand je dis « la plupart de nos confrères », ce ne sont pas les confrères du coin, parce que pour le coup, ici on a vraiment la chance de tous se connaître et donc de pouvoir tous travailler ensemble, mais il y a beaucoup de zones où les pharmaciens ne travaillent pas ensemble.
  • J’imagine que vous n’allez pas me contredire, tout ce temps que vous avez consacré au Covid vous a poussé à délaisser la vente d’autres produits puisque aujourd’hui, la pharmacie est devenue un « commerce » du bien être. Pendant cette période, comment les labos, vos fournisseurs, se sont comportés avec vous ?
  • Ça a été. Honnêtement ça a été. On n’a pas eu une pression folle, et même aujourd’hui on n’a plus de retour de « périmés »… c’est à dire que lorsqu’on a des produits périmés on se doit de dire aux labos « j’ai périmé ça, ça, ça… », les invendus… Alors on voit le labo Untel, et on lui dit « je suis désolé, j’ai un peu plus d’invendus qu’habituellement », alors oui, on a un peu plus d’invendus parce qu’on a fait moins de conseil, parce que les gens sont venus pour des tests, et que c’était leur priorité… la priorité ce n’était pas la crème pour la cellulite, mais tout ça ne représente pas des proportions qui sont dramatiques, et les labos globalement se sont montrés compréhensifs. Avec certains labos on a acheté un peu moins que d’habitude, ce qui a quand même facilité les choses, et il y a des marchés… alors quand on dit « des marchés », c’est à dire qu’il y a des labos, où on vous dit « pour pouvoir travailler avec nous, il faut faire X Euros par an, ou X références par an, là en 2022, les marchés ont repris un cours normal, mais en 2021, il y a des labos avec qui on avait des marchés bien allégés, et où ils ont été assez sympas.
  • Vous semblez dire que les labos ont allégé leur pression, doit-on comprendre qu’avant cette pression des labos faisait partie de votre quotidien ?
  • On avait des objectifs moins importants. Bon, d’abord il y a toute la partie santé, puis il y a également la partie parapharmacie. Vous prenez une gamme de parapharmacie avec des marques de renom, chaque labo vous dit « pour pouvoir travailler avec nous, vous devez faire par exemple X Euros par an, X produits, ou X références, ou coupler avec tant d’Euros représentant tant de références etc… et c’est vrai que sur ces années Covid, qu’ils ont été plus souples, on avait des objectifs, alors quand je dis « des objectifs », ce n’est pas forcément des objectifs de vente, mais en même temps, les produits, si vous les avez achetés, il faut quand même les vendre, puisque vous avez payé votre stock. Si par exemple vous achetez 3000 Euros de stock et que vous en vendez que 20%, ça va mal quoi… économiquement, votre structure va mal je veux dire.
  • Est-ce que ces objectifs à tenir sont une pression supplémentaire pour vous ?
  • Non. Pour moi non. Pour moi non, parce que l’on a quand même des outils performants en terme de statistiques d’achats et de statistiques de ventes, c’est à dire que le logiciel informatique est capable de nous dire, voilà « tu as acheté tant de produits, tu en as vendu tant, il t’en reste tant en stock », donc on sait qu’il va nous en falloir à peu près une telle quantité. Ensuite l’avantage de travailler ensemble, de travailler à plusieurs pharmaciens, de bien s’entendre, ça permet de dire « au fait, sur tel produit moi je suis nulle, c’est une catastrophe, j’ai un surstock, il faut que j’en refasse », et on a des chances d’avoir par là un copain qui nous dise « attends, attends, ça moi je le vends, par contre ça je ne le vends pas… », et puis on s’organise comme ça.
  • Nous arrivons au terme de notre rencontre Madame Favre, j’ai très envie de vous poser cette question… Je ne vous apprends rien, ici dans la Drôme nous sommes dans le paradis des médecines alternatives ou douces, des huiles essentielles. Quel est votre regard à vous qui êtes pour certains « une vendeuse de molécules » ?
  • Bon, l’esprit drômois au départ quand on ne le connait pas, je vous l’ai dit tout à l’heure, je suis grenobloise, donc c’est mon conjoint qui est drômois… au départ, c’est vrai que c’est un petit peu déroutant parce qu’on n’y est pas habitué, mais après les gens on les connaît, on connaît leurs habitudes, on sait qu’ils vont aimer ce type de produits, et on se rend compte en l’utilisant qu’il y en a effectivement qui marchent très bien, donc pourquoi pas, et puis il faut respecter les besoins et les souhaits de chacun, après il y a certains de ces produits qui permettent d’être de très bons compléments de pathologies lourdes, de cancers par exemple, ou d’autres pathologies beaucoup plus lourdes. Il faut savoir les utiliser, il faut les utiliser avec un minimum de précautions. Ces produits là, ils ont beau être naturels, ils peuvent interagir avec d’autres traitements majeurs chez des gens greffés, ou chez des gens qui sont sous anticoagulants par exemple. Cet esprit drômois, moi honnêtement il ne me dérange pas.
  • C’est tout de même amusant de constater que ces « apprentis herboristes » font eux-mêmes leurs préparations magistrales, un exercice qui était autrefois du ressort des pharmacies, et qu’aujourd’hui vous semblez être dépossédés de cet art de la préparation d’un remède, à cause des labos…
  • Non, ça honnêtement je le vis très bien, je pense qu’il faut respecter les souhaits de chacun, mais c’est vrai par contre peut-être plus qu’ailleurs, régulièrement, on pose la question « est-ce que vous souhaitez plutôt quelque chose pour vous soigner d’allopathique, quelque chose de traditionnel, ou est-ce que vous voulez plutôt être dans quelque chose de l’ordre de la phytothérapie, aromathérapie, et nous sommes capables d’apporter des réponses à ces deux types de patients, on est formés pour ça. Bon, c’est vrai qu’on est pas formés pour ça à la Fac par exemple, « l’aroma » et la « phyto », moi je n’en avais jamais fait, après c’est vrai que je commence à avoir un âge qui fait que ça fait un certain moment que je suis sortie de la Fac, et peut-être qu’aujourd’hui ils en font un peu plus, enfin j’espère pour eux qu’ils en font un peu plus…
  • Je conclue en passant de ces médecines alternatives qui ne font pas forcément consensus, à un phénomène qui personnellement m’a toujours beaucoup intrigué, je parle de l’effet placebo…
  • L’effet placebo, si on prend la définition stricte, c’est l’effet d’un produit qui n’est pas considéré comme une substance active, peut avoir sur un organisme. Je pense qu’il y a forcément un petit effet placebo surtout quand il y a une composante… on va dire, soit douleur, soit psychologique. Il y a des patients qui, parce qu’ils prennent quelque chose, même si c’est… on va dire n’importe quoi, du sucre, du lactose etc… s’ils pensent que c’est un médicament, ça les soulage en partie… je pense que c’est parce que le fait de prendre quelque chose, ils ont l’impression de se prendre en charge et de se sentir déjà, un peu soignés.
  • En fait, la conviction prend le pas sur la molécule… c’est fou !
  • Oui, ça c’est vrai… après, la psychologie on en fait tous les jours, et j’allais vous dire « on ne fait que ça », mais non, on ne fait pas « que ça »… mais c’est quand même une part énorme de notre métier… Et ça je pense que les gens ne l’imaginent pas, on ne passe pas nos journées à délivrer des médicaments. Vous voyez, ce matin, il y a une patiente qui est venue, qui est une patiente habituelle, que je connais bien, elle est venue pour un sirop, elle était un peu prise des bronches… bon, on a fait le nécessaire, mais on a passé peut-être une demie-heure à discuter du conflit entre la Russie et l’Ukraine, parce qu’elle avait habité en Russie, parce que c’était un stress, d’ailleurs c’est un stress pour tout le monde, mais pour elle c’était particulièrement un stress, et finalement… bon, je pense qu’elle est venue parce qu’effectivement, elle avait ce problème de toux et parce qu’elle voulait un sirop, mais elle avait aussi besoin d’échanger, de discuter, qu’on l’écoute, et rien que ça, je suis sûre… bon, je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle toussait moins, en revanche je suis sûre qu’elle est ressortie un peu plus apaisée, un peu plus rassurée d’avoir pu échanger, d’avoir pu discuter. On parle beaucoup au comptoir ! Les gens viennent pour ça, mais ils viennent aussi parce qu’ils ont confiance, et ça c’est ce qu’il y a de plus important… enfin moi, c’est ce que je trouve de plus important dans notre métier, il faut les conseiller correctement, les prendre en charge correctement, même si on a un versant commercial que je ne nie pas du tout, mais il faut qu’ils soient un peu « cocoonés », qu’ils soient un peu chouchoutés, cette dimension psychologique elle est hyper importante.
  • D’un mot, que vous disent vos collaborateurs et collaboratrices de cette guerre en Ukraine ?
  • Ce que mes collaborateurs et collaboratrices me disent c’est qu’on étaient heureux de se dire « on sentait qu’on allait enfin se sortir du Covid là depuis une dizaine de jours, et c’est assez dur moralement, enfin moi je trouve ça très dur personnellement de se dire « ouf »… On était comme la Reine des Neiges : « libérés, délivrés »… (rire), et c’est vrai que cette actualité, qui couvait sans qu’on soit forcément au courant (longue inspiration), oui… ça fiche un coup.

Allez, surtout ne nous laissons pas envahir par la paralysie de la peur…

Répétons cette phrase 13 fois : « Croisons les doigts, touchons du bois, faisons des bouquets de trèfles à quatre feuilles, vive les pattes de lapin, évitons les chats noirs, portons un fer à cheval dans nos blousons », et surtout… surtout… à la prochaine étoile filante, faisons le même vœu…!

Essayons du mieux que nous pouvons, d’être tous solidaires avec le peuple ukrainien, et espérons que le pire n’advienne jamais.

Que la paix soit dans nos cœurs, et que jamais elle ne cesse d’alimenter nos esprits.

Texte et photos :

hias Deguelle.

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