PAUVRETE 2021 : MODE D’EMPLOI

Covid par ici, vaccination par là, restrictions, fermetures administratives, aides aux entreprises… Les mots, que dis-je? Les éléments de langage sont nombreux et sollicitent nos cerveaux dans un cadre médiatique et hermétique qui est revendiqué comme étant la toute transparence.

Nous sommes dans “une guerre” des chiffres dans laquelle les victimes sont décédées, en réanimation ou hospitalisées et on en vient à oublier les fractures sociales à venir. Dans cet article, nous allons expliquer que, pour le gouvernement, c’est en fait le moment idéal pour passer les pires réformes tout en paraissant mobilisé pour les plus fragiles. Un constat paradoxal et presque ubuesque.

Aujourd’hui lebrillant.fr ne va pas vous parler Covid mais plutôt de ses conséquences, soit les reformes qui passent inaperçues, noyées dans la crise sanitaire.

Alors quoi de neuf pour les pauvres et pour ceux qui vont le devenir?

Eh bien ce n’est pas joli, joli!

Savez vous pourquoi un grand nombre d’entre vous a vu son allocation logement baisser en 2021? C’est simple depuis le 1er janvier 2021, le mode de calcul des allocations logements a changé pour prendre en considération vos situations en “temps réel” et ça, c’est compliqué.

Je m’explique : l’APL est dorénavant calculée sur vos revenus des trois derniers mois et pourra être modulée en fonction de ceux-ci. Avant, souvenez-vous, cette allocation était calculée pour un an sur le montant de vos revenus de l’année précédente figurant sur votre avis d’imposition.

Comme ça, cela peut paraître plus juste de calculer en “temps réel” mais si on creuse un peu…

C’est la grande déconfiture!

En ce qui concerne ce nouveau calcul, il est imbuvable, tellement alambiqué que même la CAF (Caisse d’Allocations Familiales) ne peut en donner une estimation correcte sur son simulateur.

En revanche, elle indique une fourchette. Nous, nous pensons plutôt qu’il s’agit d’un couteau. Lebrillant.fr est donc allé simuler et a constaté qu’effectivement le couteau était très tranchant.

Prenons un exemple : pour un couple avec deux enfants mineurs à charge avec un revenu de 2500€ pour le foyer et un loyer de 610€, le simulateur indique une allocation logement entre 389 et 429€ par mois. Cette allocation était de 479€ en décembre 2020.

Sans compter que ce nouveau calcul va prendre en considération les pensions alimentaires perçues dans son ajustement trimestriel, ce qui n’était pas le cas précédemment. Vous suivez?

Je n’en doute pas.

En revanche, pour les pensions alimentaires payées, il n’y a aucune case à cocher!

Maintenant, revenons à notre couple avec ses deux enfants, parce qu’ils ne sont pas au bout de leur peine. Lorsque leur premier enfant sera majeur et éventuellement pourra trouver un job pendant les vacances scolaires, si ses revenus annuels dépassent 4500€ sur les douze derniers mois, le couple sera puni et verra son allocation logement baisser.

Et non, vous ne rêvez pas, vous allez devoir subir les efforts de vos enfants.

Si les deux enfants sont majeurs avec des jobs étudiant, n’en parlons même pas, la coupure deviendra une saignée. Ou alors, il faudra les virer et leur expliquer qu’ils doivent louer un logement étudiant pour avoir leur propre allocation logement. Oui mais s’ils travaillent tout l’été avec un salaire au SMIC, dommage pour leur permis de conduire, ils devront prévoir une baisse progressive des APL sur trois mois et ensuite une allocation logement réduite de moitié.

C’est ce que le gouvernement appelle “une réforme plus égalitaire” parce que “en temps réel”.

A noter que ces baisses d’allocation logement sur trois mois représentent forcément du pouvoir d’achat en moins. Nous sommes comme vous, nous ne comprenons pas tout et encore moins ce rabotage en règle des aides sociales.

Continuons et, juste pour voir, nous avons simulé les droits à l’APL pour une personne seule avec un revenu de SMIC, le montant serait entre 228 et 268€ par mois, exactement le même pour une personne seule avec des revenus de RSA (Revenu de Solidarité Active, soit 565,34€ mensuel). Nous parlions de coupure, mais ne faudrait-il pas dès lors, redouter une hémorragie sociale?

Elle est pratique cette tranche et fera en sorte que ceux qui gagnent le minimum syndical en contrat à durée déterminé (CDD) et qui se retrouvent une énième fois au chômage, l’APL sera modulable mais finalement pas modulée et n’augmentera pas, alors que le prix du litre d’essence… je vous laisse finir la phrase.

D’après Emmanuelle WARGON, Ministre chargée du logement, “cette réforme est plus juste et correspond mieux à la réalité des français”. Toutefois, elle précise “qu’il y aura des gagnants et des perdants”.

Comme au loto, Madame WARGON?

Et nous avons un gagnant! L’Etat!

Oui! Lebrillant.fr s’est renseigné et vous informe que le but de cette réforme du calcul de l’allocation logement est un enjeu financier majeur pour le gouvernement qui va lui permettre d’économiser environ 700 millions d’euros.

C’est chiffré comme le nombre de demandeurs d’emploi, mais ce chiffrage, l’avez-vous remarqué, on ne nous le communique plus.

Ah tiens, nous avons aussi entendu parler de la réforme Pôle Emploi, celle qui ramène la durée d’affiliation de quatre à six mois pour ouvrir des droits. Initialement prévue pour le début de l’année 2021, cette réforme est reportée cause crise sanitaire, mais jusqu’à quand? Le 1er juillet prochain, parait-il le mode de calcul des indemnités va aussi changer.

Comme disait Héraclite : “Rien n’est permanent, sauf le changement”.

Comme d’habitude, c’est très complexe et pas accessible du tout pour qui n’a pas les deux pieds dans l’économie. On nous explique que pour calculer le montant de l’indemnité journalière, cette réforme prévoit un calcul qui prendrait en compte la totalité des salaires divisée par t’ensemble des jours de la période, qu’ils soient travaillés ou pas… Comme vous, nous n’avons rien pigé mais nous allons tout de suite vous donner le résultat final, qui se traduit par une baisse global des indemnités de 24%. Et ça, en revanche, nous l’avons bien compris!

Pour le moment, pas d’inquiétude, rien n’est encore acté mais souhaitons aux nouveaux demandeurs d’emploi d’avoir des droits modulables à l’allocation logement pour avoir de quoi payer le loyer et ne pas rejoindre le “cercle privé” des SDF.

Evidemment, comme à son habitude, lebrillant.fr emploie la forme ironique jusqu’à la dérision, ce qui ne l’empêche pas de vous informer sérieusement sur les dispositifs particulièrement complexes de notre système solidaire que tous les politiques revendiquent sans exception.

Nul doute que nous sortirons du marasme de la Covid mais pour celui de la solidarité, nous manquons de Coluche pour dénoncer la misère. D’ailleurs, il est à craindre que les pauvres ne se prennent le camion du libéralisme en pleine face.

Mais nous ne manquons pas d’anecdote sur nos élites en responsabilité. En effet, en déplacement en Seine et Marne, pour défendre le développement du tourisme, Valérie PECRESSE, Présidente de la région Ile de France n’a-t-elle pas annoncé que la désertification touristique impactait peu la Brie… Connaît-elle sa géographie ou croit-elle que Disneyland Paris se situe sur le Champs de Mars parisien?

Avec un clin d’œil environnemental sur les budgets régionaux qui prévoient des dépenses pharaoniques en vue de construire des viaducs de contournement routier appelés “ouvrage d’art”. Et il n’y a pas qu’en région parisienne que les septièmes merveilles routières font tousser…

Et oui, nous avons appris que Laurent WAUQUIEZ, Président de la région Auvergne Rhone Alpes, a lui aussi présenté son projet d’un viaduc autoroutier long de 10 kilomètres en Haute Loire, pour un coût de 260 millions d’euros et qui permettra aux habitants de gagner du temps. Selon les calculs du quotidien “L’éveil”, le gain de temps se situerait entre 2,40 et 3,50 minutes! Le temps d’un long feu rouge!

Est-il interdit de penser que les économies réalisées sur les aides sociales telle l’allocation logement et qui touchent environ 3 millions de foyers qui en bavent, servirait quelque part, à financer via des dotations de l’Etat, une partie des lubies de nos élites éclairées?

Comme lebrillant.fr a beaucoup d’humour, il pourrait conclure par une pensée rigolote : Tous ces ponts gigantesques sont-ils aussi pensés pour accueillir les plus défavorisés sous leurs courbes artistiques?

Mais lebrillant préfère le réalisme : Crise Covid ou pas, il y aura toujours deux menus, celui des restos du cœur et celui des restaurants du CAC!

Mathias DEGUELLE.

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