MAÏEUSTHÉSIE, OU COMMENT GUÉRIR LES MAUX PAR LES MOTS.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Dans le cadre de notre excursion à Piégros la Clastre, lebrillant.fr tenait à mettre en avant une personne qui exerce sa profession au cœur même du village. Alors bien-sûr nous avons sympathisé avec les adorables employés du bar-restaurant « Le Solaure », mais voilà… nous avons rencontré Julian Agostini. Et nous avons été plus qu’intrigués par le boulot de Julian, il est « psychopraticien en maïeusthésie »… Et là, je ne sais pas vous, mais moi, je me suis vraiment dit  « késako »… ? Et puis, je me suis intéressé au sujet, j’ai beaucoup appris, et vous savez quoi ? La maïeusthésie, c’est beaucoup plus simple, beaucoup plus évident que le nom ne le laisse imaginer.

L’étymologie du mot « enfant » vient du latin « infans », celui qui ne parle pas encore. Ensuite, nous apprenons à parler, nous devenons adultes, et les problèmes commencent diront certains, et bien, nous allons tenter de démontrer qu’en parlant, les problèmes peuvent aussi s’évanouir.

Bienvenus au 14, impasse du Cyprès à Piégros la Clastre, bienvenue dans un endroit où les mots libèrent et soulagent.

  • Bonjour, je m’appelle Julian Agostini, j’habite à Piégros depuis quelques mois, et donc je suis psychopraticien en maïeusthésie, qui est une thérapie brève. Mon cabinet est basé ici à Piégros.
  • Vous avez été bien accueilli par les gens du village ? Je vous pose la question car votre discipline, on va le voir, est assez singulière…
  • Oui, oui, j’ai été bien accueilli, c’est vrai que Piégros est une petite commune, il y a un commerce principal et deux ou trois activités, un bar-restaurant, un glacier, une autre thérapeute, et donc moi… Et justement, ils ont fait une petite brochure, dans laquelle j’ai pu écrire un article qui m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes, donc c’était aussi intéressant, cette découverte et cette ouverture… j’ai aussi échangé avec le Maire, sur ce que je faisais, sur mon approche, et là encore, c’était aussi très intéressant d’échanger avec la commune.
  • Alors peut-être que pour véritablement commencer notre entretien, il va vous falloir remonter dans le temps et nous raconter votre histoire personnelle. Car pour vous, il y a eu un « avant » et un « après »… Et entre les deux il y a eu un trauma, qui au fond, a servi de révélateur. Dites-nous tout Julian…
  • Alors moi à la base j’ai fait des études d’ingénieur, parce que voilà, j’étais bon en math, et donc j’ai commencé ce métier, et j’ai vite beaucoup beaucoup travaillé, voir beaucoup trop… Et au bout d’un moment j’ai commencé à avoir de l’eczéma qui arrivait sur le bout des doigts, et plus le temps passait, plus l’eczéma a commencé à grandir… de plus en plus, et au bout de quatre, cinq ans, j’en avais littéralement sur tout le corps, vraiment c’était très très intense… Toute la journée je ne faisais que résister pour ne pas me gratter, la nuit je me réveillais j’étais en sang, parce que forcément je me grattais, donc je me réveillais, et je ne dormais plus…
  • Donc j’imagine que votre premier réflexe a été de voir un dermato…
  • Oui bien-sûr, je suis allé voir un dermato, je suis allé consulter des médecins pour voir ce que je pouvais faire, et la plupart des solutions qu’ils prescrivent c’est de mettre de la crème, mais donc oui, ça marche… sur le moment ça marche, mais dans le temps, ça ne marche pas. Moi me tartiner entièrement… parce que là j’en avais vraiment, des quantités… à part sur la tête vraiment, j’en avais partout, sur tout le corps… donc mettre de la crème ce n’était pas quelque chose qui pouvait marcher à long terme. Et je suis arrivé à un moment où je n’en pouvais tout simplement plus quoi… J’en pouvais tout simplement plus de tout ça, de cet eczéma, et donc j’ai commencé à chercher d’autres solutions, j’ai essayé différentes approches, et il y a rien qui marchait. Puis un jour, on m’a parlé de la maïeusthésie… et du coup, j’ai fait une séance avec quelqu’un qui était au téléphone, et pendant cette séance j’ai compris que cet eczéma il était dû à des événements marquants dans le cadre de mon travail, des événements qui ont été traumatisants pour moi, et le fait de faire cette séance sur ces événements là, ça a permis que mon eczéma disparaisse. Au bout d’une heure et demie, j’ai senti à la fin de la séance que c’était bon… qu’il allait partir, et au bout de quelques jours tout avait disparu. Voilà, c’est là où j’ai découvert la maïeusthésie, et c’est là où ma vie a vraiment basculé…
  • Comment êtes-vous passé du stade de patient, ex-victime d’un eczéma, à celui de praticien qui peut les guérir ?
  • En fait, j’étais tellement « scotché » par ce qu’il s’était passé, que j’ai eu une énorme prise de conscience après cette séance… moi je n’étais pas du tout sur ce genre d’approches thérapeutiques un peu différentes, mais j’ai vraiment vu l’impact visuel en fait… parce que l’eczéma voilà, c’est avant tout visuel, et le fait que ça disparaisse, que derrière il n’y a plus rien, je me suis dis « whoua… c’est fort ce qu’il se passe, c’est quand même puissant, et il y a quand même un truc là qui s’est joué pour moi, qui n’est pas du tout anodin », et je me suis dit, « ça me parle énormément cette approche », et c’est là aussi que j’ai pris conscience que mon métier d’ingénieur ne me correspondait pas, et qu’en fait ce que je faisais dans ce métier d’ingénieur… en fait, je ne faisais pas des choses techniques, j’étais plus en relation avec les gens que la partie technique, et je me suis dis après coup « mais, en fait ça ne me va plus de faire ça », donc j’ai arrêté, j’ai démissionné de mon emploi… et puis de façon très naturelle, je me suis suis dit « pourquoi pas me lancer dans cette discipline », voilà. Pourquoi pas essayer, pourquoi pas me former… J’ai donc suivi la formation, ça a duré à peu près deux ans, avec plusieurs stages, puis beaucoup de pratique, et puis il y a aussi les lectures… pour arriver à une certification à la fin, et c’est comme ça que je me suis lancé en psychopraticien en maïeuthésie à Piégros, c’est comme ça que c’est faite la bascule en fait… Tout simplement.
  • Allez Julian, on se lance dans l’explication ?
  • Allons-y Mathias…
  • Alors, on va commencer par préciser que le mot maïeusthésie vient de la maïeutique, un autre mot qui nous ramène à la Grèce antique, et précisément à Socrate. En effet, le philosophe affirmait que la maïeutique, dont l’origine du nom vient de « maieutikê », l’art d’accoucher, et de « aisthésis », la sensibilité… cet « accouchement de soi-même » pouvait libérer, et déboucher sur qualité d’ouverture à autrui…
  • Oui c’est ça… vous êtes bien très renseigné. La maïeutique c’est effectivement l’art d’être sensible à accoucher de soi-même, et l’idée à travers ce mot là, c’est que lors de chaque séance, on va rencontrer celui qu’on a été à un moment précis de notre vie. Je vais vous donner un exemple, imaginons… comme moi je l’ai vécu dans le cadre de mon travail, un événement marquant, voir traumatique… et donc, l’idée c’est d’aller rencontrer la personne que j’étais à ce moment là pour dissocier l’événement et les faits qui se sont passés, et la personne qui a vécu ça… et le fait de dissocier, ça va permettre d’aller à la rencontre de « cette personne là », pour pouvoir lui parler… finalement, il s’agit de créer une rencontre, une rencontre qui va permettre cet « accouchement de soi ».
  • Vous êtes en train de nous dire que « la solution » passe par la verbalisation. Alors, Julian, imaginons… Un patient arrive dans votre cabinet, quels sont les premiers mots que vous allez échanger, lui et vous ?
  • D’abord on se base beaucoup sur le ressenti de la personne. Par exemple, imaginons, comme vous venez de le proposer, qu’une personne arrive, elle va expliquer son problème… Pour reprendre mon expérience personnelle, disons qu’elle souffre d’un eczéma, moi, thérapeute je vais alors lui demander « quand est-ce que c’est arrivé la première fois ? », là, la personne peut me répondre « ça a commencé il y a plusieurs années, quand j’ai commencé mon emploi », donc là je lui dis « qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous avez commencé cet emploi là ? », et donc là le patient peut répondre, comme je l’ai fait à l’époque « en fait je n’avais pas envie de cet emploi, mais je n’avais pas le choix etc… », et ensuite il s’agit d’un « jeu » de reformulations et de questions, et l’idée, quand on arrive à ce stade là, c’est de mettre l’attention sur celui que le patient était à ce moment précis. Et pour faire ça, on va dire « mettez toute votre attention sur celui que vous étiez à ce moment là, ou l’enfant que vous étiez à ce moment là », enfin après il y a différentes façons de procéder selon l’état et selon ce qu’il se passe. Et pour faire ça, en gros… il y a plusieurs solutions, soit on a une image dans la tête par exemple, on visualise, et une fois qu’on l’a dans la tête, on va aller lui parler, lui poser des questions, à cet « autre soi », donc le thérapeute va poser des questions, par exemple « comment il se sent « lui », comment il se sent quand on « le » voit comme ça ? », et du coup le patient ce qu’il va faire, il va répéter à haute-voix, ou alors il va le dire dans sa tête, selon ce qui est juste pour lui, les yeux ouverts ou les yeux fermés, pour mieux se concentrer. Et le but, c’est que le patient réponde comme si était « l’autre », comme si c’était lui avant. Et voilà, il y a ce distinguo qui se fait, entre le patient quand il parle lui, et quand c’est celui qu’il était qui parle.
  • Vous dédoublez la personnalité et vous éliminez l’intrus, c’est ça ?
  • Alors pas exactement, non. On élimine pas l’intrus, on est plutôt dans la rencontre de ce qui se passe, et on considère que tout a une pertinence. A chaque fois qu’il y a quelque chose, cette chose a une raison d’être. Comme moi, je reviens à nouveau à mon expérience personnelle, mon eczéma était sorti parce que ce que j’avais vécu c’était tellement fort que ça avait besoin d’être écouté, d’être entendu… et le simple fait d’être entendu, écouté, mon eczéma a fini par disparaître. Il y a une pertinence à chaque symptôme.
  • Mais ce que vous énoncez est vieux comme le monde : parler ça a toujours soulagé. Je reviens à la Grèce antique, et à Aristote qui a théorisé la catharsis, cette purgation des émotions, cet exutoire, dans la pratique de l’art dramatique, le théâtre. Alors maintenant, je vais pratiquer l’art délicat du grand écart, et je vais passer de Socrate, de Aristote, à Sigmund Freud… quelle est, quelles sont les différences entre la maïeusthésie et la psychanalyse ?
  • Bon, alors il me faut préciser que la maïeutique, vous le disiez, est un art oratoire ancien, mais la maïeusthésie, c’est assez récent, ça date que depuis vingt ou trente ans en fait, elle a été développée par quelqu’un qui s’appelle Thierry Tournebise, qui a écrit beaucoup de livres pour définir cette approche là, pour la comparer à d’autres disciplines, et pour répondre à votre question, la différence par rapport à une séance de psychanalyse, c’est qu’en maïeusthésie on va poser des questions sur la personne qu’on a été, nous on appelle ça « des êtres », et ça en psychanalyse ça ne se fait pas. En psychanalyse la personne va beaucoup parler d’elle-même, et il y a moins de questionnements précis comme il y a en maïeusthésie, les questions n’ont pas le même but, on ne va pas aussi profondément, nous sommes plus dans le ressenti…
  • Que répondez-vous à ceux qui peuvent vous suspecter de manipulation mentale, d’être une sorte de gourou, ok… le mot est très excessif, je vous l’accorde… !
  • (Rire), effectivement ! Alors « manipulateur »… justement, nous on n’est pas dans la manipulation, nous ce que nous voulons c’est voir ce qui est juste pour la personne. Quand je fais une séance avec quelqu’un, je suis extrêmement attentif à chaque mot que je prononce, et si c’est juste ou au contraire, si ce n’est pas juste c’est la personne qui corrige parce que elle, elle sait. Moi je suis juste là pour la guider, mais c’est la personne qui a ses propres réponses en fait… moi je ne suis pas là pour lui donner des réponses, je suis là juste pour « ouvrir » ce qu’elle a en elle. Donc l’idée c’est de suivre ce qui est là, la pertinence qu’il y a, et en aucun cas c’est à moi d’apporter des solutions… ça m’est déjà arrivé en séance, des patients me disent « mais qu’est-ce que je dois faire, dans ce cas là ? », et moi, en aucun cas, je vais répondre « vous devez faire ça », en revanche je vais le dire par exemple « c’est important pour vous que je réponde à ça, c’est important pour vous que je trouve la solution à votre place, ou c’est important pour vous d’avoir une solution concrète, là maintenant », non, je vais plutôt le poser sous forme de questionnements ou sur un mode interrogatif pour la ramener à soi, pour la ramener à elle-même, pour qu’elle puisse se dire « oui, c’est important pour moi d’avoir cette réponse là », mais en aucun cas, c’est moi qui apporte les réponses. Moi, je suis juste là pour guider, et pour permettre que ça « s’ouvre »…
  • Ce que j’ai appris, c’est que cette « ouverture » vers la conscience qui était en gestation chez vos patients, elle se manifeste souvent, comme d’ailleurs pour l’accouchement physique d’un enfant par une maman, par des douleurs, des douleurs que vous appelez « symptômes », ou « problèmes ». Alors la maïeusthésie le dit : ces symptômes ne sont pas des maux à combattre, corriger, ou éliminer…
  • Oui, ces symptômes, comme je le disais, ils sont là pour une raison, ils ont une pertinence, même si l’intention première c’est de s’en débarrasser… mais l’idée c’est de constater que le symptôme est là pour nous dire quelque chose, comme moi avec mon eczéma, il était là pour me dire « regarde ce qu’il s’est passé dans ta vie professionnelle, il y a des choses à écouter et à aller voir », comme le ferait un lanceur d’alerte, c’est vraiment ça, le symptôme nous dit quelque chose. Alors les symptômes peuvent être assez variés, pour résumer, il y en a deux sortes, il y a les symptômes psychologiques, et les symptômes physiques qui peuvent être douloureux… ça peut être des douleurs inexpliquées, ça peut être des maux de ventre récurrents, après il y a les problèmes de peau, on peut parler d’eczéma, de psoriasis, de maladies auto-immunes, ça peut être assez varié… et après il y a tout ce qui est psychique aussi, qui peut faire mal d’une autre façon, et là ça peut être du stress, ça peut être des phobies, ça peut être des peurs, des angoisses, des traumatismes qu’on a vécu, le manque de confiance en soi… voilà, c’est assez varié.
  • Mais alors si le symptôme disparaît, est-ce que cela signifie que le patient est guéri, ou alors est-ce que le symptôme reste en nous, mais n’est plus « nécessaire », si je puis dire ?
  • Oui, c’est exactement ça, une fois qu’on a rencontré celui « qu’on est », une fois qu’on l’a entendu, qu’on l’a écouté, et que du coup, derrière, le patient se sente mieux, ça va permettre qu’il s’apaise de lui-même. Il va pouvoir se dire « là je me sens bien, je me sens apaisé, je me sens entendu, écouté, reconnu dans ce que j’ai vécu, et il va se sentir mieux, et derrière, automatiquement, le symptôme, lui, va disparaître parce qu’il n’a plus de raison d’être là, il n’est plus comme vous le disiez, « nécessaire », parce que ce qu’il cherchait a été entendu, donc ce symptôme, comme il est lié à ça, il disparaît de lui-même.
  • Vous soignez en donnant des informations ou vous passez par la communication ?
  • C’est un mélange en fait. Après c’est vrai, on est beaucoup dans la communication, mais il y a aussi des informations qui s’échangent. Tout dépend où est située notre attention. En temps que praticien, quand un patient vient me voir pour des faits ou des événements qui peuvent être très durs, l’idée c’est de ne pas se baser sur les faits, mais de se baser sur ce qu’a ressenti la personne en vivant ces faits là. Tout le monde peut vivre le même événement, mais tout le monde va le ressentir de manière différente, d’ailleurs ça m’est arrivé de faire des séances lors desquelles j’ignorais tout de l’événement qui s’était passé. Parce qu’en fait on n’en a pas besoin en maïeusthésie, on a juste besoin de « qu’est-ce qu’on a ressenti quand il s’est passé ça »…
  • Mais il faut tout de même « géolocaliser » le mal…
  • Tout à fait. Mais ça peut se faire sans connaître l’événement.
  • Si vous le voulez bien Julian, nous allons nous pencher sur votre lexique professionnel, parce que, pardon, mais votre spécialité a recours à des mots, des expressions qui sont pour moi de véritables barabarismes. Donc je commence, qu’est-ce que « le tact psychique » ?
  • Ah. Sacrée question ! (rire), en fait, quand on fait une séance avec quelqu’un, en temps que praticien, on va sortir certaines choses. Quand je dis « sortir certaines choses », c’est qu’on va avoir une sorte d’intuition sur ce qu’il se passe quand la personne le dit, le verbalise. Parce qu’au-delà des mots prononcés, il y a aussi le non-verbal et donc en temps que praticien, on est très sensible au non-verbal, sur ce qu’il se passe, sur les intonations, les mouvements du corps… est-ce que le patient va se gratter, quels regards va t-il avoir, est-ce qu’il va bouger, baisser la tête… voilà, on est sensible à ce non-verbal là, qui est hyper important, parce qu’il faut savoir que le non-verbal c’est plus de 94%, alors que le verbal, les mots, c’est très infime en fait. Donc le tact-psychique, ce que j’aime bien dire c’est par rapport à cette intuition qui est là, ce que le praticien va ressentir avec une sorte d’anticipation : la personne dit, et moi je ressens. Mais ce qui est vraiment important en maïeusthésie, c’est qu’on peut ressentir des choses, en temps que praticien, on va les dire, mais quand on va les dire, on conçoit que ça peut être faux ce que l’on dit… La seule personne qui sait, c’est le patient, donc on peut dire des choses qu’on a senti mais ça peut être faux, il faut donc être ok avec ça, et se dire « bon d’accord, ce n’est pas là », donc on a enlevé une piste, et ça nous donne l’opportunité d’en envisager une autre. C’est un peu comme un chercheur, qui se dit « oui, ce n’est pas là, on va allez ailleurs », et ainsi procéder par élimination, et les séances sont ainsi faites, on recherche pour trouver le bon chemin entre le patient et le thérapeute, trouver cet équilibre.
  • Alors je vais continuer dans ma découverte de cette langue qui n’appartient qu’à vous, j’ai appris qu’un échange est constitué de six points de validation, alors il y a « l’accusé de réception », « le message de compréhension », « le message d’accueil », « le message de gratitude », « le message de cohérence », et enfin « le message de considération »… Ouf…
  • Tout à fait (rire), décidément vous êtes très bien renseigné ! L’idée à travers ces différents points de validation, c’est que communiquer c’est inconsciemment livrer des messages. Quand quelqu’un va nous dire quelque chose, ça va au-delà d’en comprendre le sens, c’est d’abord être présent, à l’écoute de ce qui va être dit. Parce que c’est logique, s’il n’est pas là, ça ne sert à rien qu’il le dise, on ne va rien entendre… Ces différents stades sont surtout là pour faciliter la compréhension des échanges. Mais celui que j’aime beaucoup c’est le dernier message, « le message de considération », là on est un peu plus dans ce qui est existentiel, où en gros, on remercie l’autre pour ce qu’il nous dit, alors il y a le « message de gratitude » où on dit « merci », mais là, ça va au-delà… alors c’est un peu compliqué à expliquer parce que ça se vit, on voit plus l’autre dans ce qu’il dit, et pas juste dans les informations livrées.
  • Est-ce qu’on peut faire un lien avec la catharsis ? Là je pense à Aristote qui prétendait que l’art dramatique est une sorte d’exutoire, mais je pourrais aussi parler pourquoi pas de la confession à l’église, qui sont deux « outils » qui sont là pour soulager par le verbe…
  • Oui, sur une partie c’est certain, parce que le simple fait de parler ça soulage, de dire ce qu’on ressent, dire ce qu’il se passe déjà… s’il y a quelqu’un qui est à l’écoute, rien que ça, ça fait du bien… et justement en maïeusthésie, on considère qu’il y a différents points, différents niveaux de communication, le premier niveau c’est qu’on se base sur l’information, par exemple je vais dire « la table elle est carrée », donc la personne en face va aussi dire « la table est carrée », et cette personne reste sur cette information. Le deuxième niveau ça va être une personne qui dit « la table est carrée », et la personne en face va dire « cette personne trouve que cette table est carrée », et là c’est basé sur lui. C’est une différence de dire « là il y a les faits, l’information : la table est carrée » ou de voir l’autre qui dit « lui, il pense que la table est carrée », il y a donc une différence de perception, soit on se base sur l’information, soit on se base sur celui qui l’a dit. D’ailleurs ça arrive souvent lors de séances, on reste là à seulement écouter le patient, dans ce qu’il vit aujourd’hui, et ça peut être très intense quand notamment la personne n’est jamais entendue dans son quotidien, être là provoque du bien, mais le praticien doit voir derrière les informations ce qu’il se passe, ce qu’elle ressent.
  • Aujourd’hui nous sommes plus dans l’ère de l’information, que dans l’ère de la communication, est-ce qu’il n’y a pas pour vous une sorte de déshumanisation qui va de paire avec ce constat ? Est-ce que l’être humain est assez humain ?
  • C’est une bonne question… c’est clair qu’aujourd’hui on est très ciblés sur l’information, c’est ça qui est prioritaire, on ne cherche que ça… de l’information, et dès qu’on n’est pas là-dedans, ça devient presque bizarre, et moi je trouve ça presque amusant, d’être regardé bizarrement dès qu’on n’est pas dans cette recherche d’informations. Quand par exemple on salue quelqu’un, on lui dit « bonjour, ça va ? », et l’autre va répondre « oui, ça va », mais on n’écoute même pas la question en fait, et l’information on n’y fait même plus attention, alors que l’idée derrière c’est de dire « comment est-ce que je vais », « comment est-ce que tu vas toi ? », « comment est-ce que je vais ? », et le but c’est d’avoir un échange au delà des mots, et de se sentir écouter aussi, et aujourd’hui c’est clair, tout ça on le perd de plus en plus. Moi j’essaie de le faire un peu plus, et de poser un peu plus que de demander juste « ça va ? », mais plutôt de répondre vraiment à une question « comment tu vas ? », et déjà rien que quand on change la question, les gens percutent un peu plus, ils lèvent les yeux, ils disent « ah, tiens, il m’a posé une autre question, il veut peut-être savoir comment je vais réellement en fait ». Parce qu’on a tendance à se dire « il me pose la question, mais en fait il ne veut pas savoir, je vais le déranger avec mes problèmes », parce qu’on est tellement ciblés sur l’information qu’on voit que les problèmes de l’autre, et on ne voit pas celui qu’il est avec ces problèmes là. Donc tout dépend où on fixe notre regard, est-ce que je vais fixer sur la seule information, ou bien sur celui qu’il est vraiment. C’est clair que si on se fixe que sur les problèmes, c’est juste horrible parce que ça ne donne pas envie de lui poser davantage de questions, par contre si on voit celui qu’il est avec ces problèmes là, du coup c’est différent, on a de la compassion pour lui, et même de l’empathie.
  • A croire que la pulsion de survie a pris le pas sur la pulsion de vie…
  • Oui, d’ailleurs ce sont des termes qu’on utilise en maïeusthésie. Par exemple quand on vit un traumatisme, « je me suis cassé une jambe quand j’étais enfant », et ce qu’il se passe, au niveau de la psyché, quand il se passe un événement qui est trop dur à supporter pour la psyché, il y a ce qu’on appelle en maïeusthésie « la pulsion de survie » qui arrive. Cet événement traumatique, va donc être « mis de côté », pour que la psyché puisse continuer son chemin, parce que sinon c’est trop dur à supporter pour elle, et là il peut se passer un drame. La psyché met le trauma de côté, et elle va compenser le vide, et après, il y a la pulsion de vie qui arrive, et elle a pour but que la psyché se réintègre avec toutes les parts que la pulsion de survie a mis de côté, elle c’est là que va se créer un symptôme pour refaire le lien avec cette part de soi qui a été mise de côté, pour ensuite qu’on puisse le rencontrer.
  • Voilà… on peut être « touché », mais il ne faut pas être « affecté »… 
  • Oui, « touché » sans être « affecté » c’est quelque chose qu’on aime bien dire en maïeusthésie, je le redis, vous êtes décidément bien renseigné (rire), en fait on est affecté par les faits et les informations, et on est touché par les êtres, par celui qu’on a été, par l’enfant qui est là. Si on voit un enfant qui est malheureux, on va être touché de le voir, mais on est touché dans le bon sens, alors que si on est affecté c’est comme si on plongeait avec lui, avec ses problèmes. Comme si par exemple, on voyait quelqu’un se noyer, en gros être affecté c’est être dans l’eau avec lui, donc on ne va pas être bien non plus, si on se noie avec lui aussi, alors que si on est touché, c’est plutôt qu’on est avec lui, on lui tend la main, mais en restant en dehors de l’eau. C’est la même pendant les séances, montrer qu’on est touché et bien ça aide l’autre en fait, il y a un lien qui se crée… ce que j’aime bien dire, ce que le fondateur Thierry Tournebise dit, c’est qu’on est distinct sans être distant. Voilà, on va être distinct des faits, mais on ne va pas être distant de ceux qui les vivent, on va même être en proximité par rapport à eux. Pour être touché. On est là, et on voit ce qu’il se passe avec eux, dans certaines séances, ça m’est arrivé plusieurs fois de le dire « ça me touche de voir ce qu’il se passe, cet enfant qui peut être seul, qui pleure et à la fois il a cette force, cette énergie », voilà il y a ce distinguo qui se fait.
  • Combien de séances sont nécessaires pour « guérir » ?
  • C’est quelque chose d’assez variable. En maïeusthésie, la plupart des patients que je vois c’est pour un symptôme précis, et là ça se fait en une ou deux séances, la plupart du temps, que ce soit un symptôme physique ou psychologique… après, selon l’événement, selon ce qu’il s’est passé, selon la personne aussi, où est-ce qu’elle en est, ça peut prendre plus de temps. Tout est relatif en fait, il n’y a pas de règle, mais la plupart du temps ça s’étale sur une ou deux séances.
  • Combien coûte une séance ?
  • 70 Euros.
  • Et bien sûr on peut vous joindre par téléphone…
  • Oui, au 07 82 19 29 79, ou par Skype et What’sApp…
  • Pour terminer cet entretien cher Julian Agostini, et puisqu’il ne s’agit pas de toucher l’être mais d’être touché par lui, je vous remercie parce que j’ai été touché par vous…
  • Super… vous avez bien compris le principe ! Il faut rester à la recherche de la pertinence, à chaque fois qu’il se passe quelque chose il y a une raison derrière, et voilà, après il faut juste trouver la raison pour que la personne se sente mieux. Mais merci à vous Mathias pour cet échange, c’était très intéressant pour moi aussi d’expliquer avec des mots ma spécialité…

Avant de vous quitter, notez que lebrillant.fr s’accorde une petite trêve et vous donne rendez-vous dimanche prochain.

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Et ça… ça fait du bien de vous le dire!

Textes et photos : Mathias Deguelle.

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