LES COMMERÇANTS DE CREST ONT LA PAROLE. 2ème PARTIE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants, souvenez-vous, le 17 mars dernier, lebrillant.fr vous proposait une balade dans Crest pendant laquelle Noé Richard-Clément armé de son appareil photo et moi, donnions la parole à quelques commerçants crestois. Mais, conscients que nous ne pouvions pas en un seul article « couvrir » l’ensemble des commerces du centre-ville, nous vous promettions alors de vous proposer une suite à ce premier article.

Nous y sommes. Mais cette fois, nous avons délaissé le centre pour nous intéresser à un restaurant thématique, une boulangerie, un vendeur de vélo et une créatrice de poterie, qui tous ont ce point en commun : ils sont installés pour certains sur le quai « rive droite » de la Drôme, et pour d’autres, sont excentrés par rapport à leurs confrères et consœurs du centre-ville.

Commençons. Alors en effet, il faut répéter cette évidence, les quais, les « bords », sont avantagés par la Drôme qui leur fait face…

Mais entre l’entrée de ces commerces, et les rives de notre rivière, il y a une «  ligne de démarcation », et elle s’appelle la route…

A présent, je vous rappelle la règle du jeu qui régit chacune de ces rencontres, elle se résume en seulement trois questions que je soumets à chaque commerçant rencontré :

  • Présentation et localisation de votre commerce.
  • Description du type de clientèle qui fréquente votre commerce.
  • Et enfin… quelles sont les discussions que vous entretenez avec votre clientèle. 

Maintenant, soyez toutes et tous les bienvenus. Notre balade commence depuis le Pont Mistral, ensuite nous longeons le Quai Maurice Faure… A notre gauche la mouvante et pourtant immuable Drôme laisse couler son eau sous les ponts, et à notre droite, notre premier rendez-vous : un restaurant très atypique que chaque crestois va très facilement identifier j’en suis sûr, grâce à sa façade vitrée qui déjà, laisse entrevoir la philosophie du lieu.

  • Bonjour, je m’appelle Floriane, et donc je tiens ce lieu « Rivière Salée » avec mon mari depuis bientôt trois ans, nous sommes situés au 6, Quai Henry Latune, dans le prolongement du Quai Maurice Faure, face à la Drôme, en fait c’est à l’angle de la Rue Paul Pons et du Quai, donc à trois minutes à pied du « Pont de Pierre »…
  • Je précise que votre mari s’appelle Jérôme et qu’il peut intervenir dans notre discussion… Pour l’instant, il est un peu à l’écart, et il écoute avec une grande attention de ce que nous nous disons… Jérôme, tu es le bienvenu ! Floriane, si vous le voulez bien, nous allons passer à ma deuxième question : Quel est le profil type de votre clientèle, alors j’évoque ici les âges, les sexes, ou les conditions sociales… Bref, à quoi ressemble la clientèle de « Rivière Salée » ?
  • C’est une question compliquée… Alors déjà nous, nous avons la chance de travailler toute l’année, donc ça va varier, avec des gens qui sont plutôt crestois, des gens de la Vallée, et quand même des touristes pour les longs week-end, dès qu’il fait beau, en juillet et août… donc, oui, c’est très varié. On a plutôt une clientèle féminine, mais bon… pas que… mais on va dire quand même qu’il y a une majorité de femmes… Alors les après-midi ce sont plutôt des gens qui viennent travailler, prendre des rendez-vous professionnels, ou bien des retraités qui viennent prendre un thé et un gâteau. Quand à midi, c’est plutôt la pause-déjeuner boulot, voilà… Du coup, c’est très variable : des femmes avec des enfants, des bébés… nous ne sommes pas un bar, donc notre clientèle est un peu différente des bars du centre-ville de Crest. Alors, maintenant, si je devais dire ce qui nous différencie d’un bar « normal » crestois c’est que nous offrons également plusieurs activités, donc on est à la fois boutique, café-resto, donc nous avons les horaires d’une boutique, couplées aux horaires d’un restaurant, donc ce qui nous distingue des autres c’est que nous sommes ouverts en continu, donc les gens savent qu’ils peuvent venir à n’importe quel moment de la journée… En fait, nous sommes un lieu différent parce que nous présentons plusieurs profils différents, on est à la fois une boutique et un resto.
  • Bien, au moment de ce premier échange, Jérôme votre mari nous écoute avec une attention presque monacale, on dirait un séminariste qui se garde d’intervenir… (je souris. Il reste de marbre).  Et donc… quand on s’appelle Floriane et Jérôme et que parfois l’occasion vous est offerte d’échanger avec votre clientèle, quels sont les sujets de conversation qui reviennent le plus souvent « sur la table », si je puis dire ?
  • Alors évidemment, nous parlons beaucoup de ce qu’ils ont dans leurs assiettes, comme ils sont généralement très contents de ce qu’ils mangent, on échange sur les recettes, mais sinon, vous savez, une partie de la clientèle est composée d’habitués… Il y a même des clients avec qui nous sommes devenus amis, mais quand les clients viennent, généralement, nous les laissons tranquilles et nous n’intervenons pas dans leur conversation. Etonnamment, les quatre sujets qui ont occupés ces derniers mois et qui sont parfois encore présents, je parle des Gilets Jaunes, du Covid, de l’Ukraine et des Présidentielles, et bien non, ce ne sont pas des sujets qu’on aborde avec eux… Vous savez ici, contre vents et marées nous restons optimistes ! Les gens ne viennent pas à nous pour qu’on les démoralise encore plus ! Ils viennent pour oublier leurs soucis, donc notre rôle c’est aussi d’éviter les sujets qui fâchent (rire).
  • Jérôme, cette fois c’est moi qui viens vers vous… Vous avez été une oreille attentive à ce qui a été dit entre Floriane et moi. Maintenant, et puisque vous êtes resté aussi silencieux qu’un moine shaolin en pleine méditation dans un temple tibétain, je vous imagine forcément « homme de synthèse »… Maître, si vous deviez résumer en un mot l’échange auquel vous venez d’assister…
  • Parfait.
  • Je vous remercie Maître Jérôme… !

Alors là, il faut que je partage avec vous une remarque qui m’a été faite par Jérôme : « Vous savez quoi Mathias ? Pour venir jusqu’à nous vous avez donc longé le… »

Bon, là je prends un risque de dingue. Je vous transcris un échange qui a eu lieu « en off », c’est mon oreille contre sa parole. Rassurez-vous, il n’y a rien de méchant.

  • « Or, comme tu le peux le constater, « La Rivière Salée », se situe pile-poil à l’angle que forme le Quai Maurice Faure et la rue… »
  • « Et donc, tu vois, cette rue Paul Pons marque selon-moi, une sorte de « frontière » entre le centre-ville de Crest et tous ces commerçants qui ne sont pas implantés au cœur de la ville. C’est comme une espèce de centre-ville décalé qui forcément, travaille moins sur le flux piétonnier du centre. Et cette Rue Paul Pons délimite ces deux territoires ».

La carte et le territoire. Nous quittons l’analyse géographique de Jérôme, et oui… A Noé et moi, ça nous donne à penser. Donc on pose nos fesses sur un banc et on en parle. On fait le point. Et puis, au bout d’un moment, ce côté « Forrest Gump » sur un banc, surtout quand tu n’as pas de boîte de chocolat… Pfuuu…

Bref.

Noé et moi continuons donc notre rallye pédestre, direction La Poste. Pourquoi La Poste ? Pour deux raisons. Ou plutôt parce qu’ici sont implantés deux commerces : « La poissonnerie du Bourg », et « La Cave du Bourg », mais, et c’est la loi de toutes rencontres, il faut toujours emporter un mouchoir pour sécher nos larmes en cas de refus de communication, ce qui fut le cas avec les deux commerces précités.

Pour autant, nous vous encourageons vivement à leur rendre visite, avouez… sur le même trottoir, vous avez le poisson et le Muscadet… !

Mais soyons sérieux. Est-ce que vous croyez une seule seconde qu’il est dans les habitudes du brillant.fr de se laisser abattre et de baisser les armes des bras face aux désagréments ?

Que nenni… !

Tiens… Ça tombe bien, Noé qui est un photographe dont la nostalgie ne trouve d’équivalence que dans sa mélancolie naturelle, me dit : « Mathias, moi cette vitrine je trouve qu’elle révèle une véritable vérité vraiment vraie »…

Bon, en langage jeune ça veut juste dire : « Ce truc,  je le kiffe trop ».

Moi aussi j’aime bien. Je pousse la porte, et au moment de notre irruption, le magasin est désert. Je présente lebrillant.fr, et une très une sympathique jeune femme accepte à son tour, de se présenter à nous…

  • Bonjour, je m’appelle Coline, je travaille à « La Viennoiserie Bio » à Crest, située en face de La Poste, nous sommes installés Rue Émile Loubet. Bon alors pour votre deuxième question… En fait, elle est un peu compliquée parce que vraiment, notre clientèle est très variée, nous avons des personnes âgées, des jeunes, des enfants… qui viennent chercher du pain, comme des goûters, parce qu’on propose des produits assez variés qui correspondent à tous types de clientèle. Mais vous savez… en fait, ici on ne se sens pas trop excentrés… On est proche de la Gare, du coup on a des clients qui viennent jusqu’ici, on a également les clients de La Poste qui viennent chez nous. Et puis… Ah oui, vous me demandiez de quoi je parle avec ma clientèle, et bien vous savez, je vais vous dire, c’est tout bête, mais c’est la météo qui reste le premier sujet de conversation… Voilà, on se dit qu’il n’y a plus beaucoup d’hiver et que les étés sont de plus en plus chauds… Mais c’est vrai qu’il se créé aussi des affinités avec certains clients… Et on s’attache à eux, d’ailleurs, sincèrement, sans ça, franchement… je ne ferais pas ce métier… Vraiment, j’aime énormément le contact avec ma clientèle.

Noé et moi quittons Coline avec un « énôrme » bouquet d’églantine… Laï, laï, Laïlaï… Et donc, forcément on tombe sur…

Sur ?

Le bas de la Rue de L’Hôtel de Ville… Absolutly ! Et oui… Il faut suivre 😉

Et c’est vrai, concernant la Rue de l’Hôtel de Ville, on peut objectivement le constater, le bas de cette Rue n’a pas la même « gueule » que son haut… un peu comme chez moi.  Ho… Noé ? Tu m’écoutes ? Relâche ce chat, ce n’est pas celui-là… celui que tu cherches, il est blanc et il bosse chez Feu Vert… Dis-moi… Tu ne veux pas qu’on fasse connaissance avec celui qui occupe ce petit atelier qui ne paie pas de mine ?

  • Salut, je m’appelle Olivier, je suis « mécano-vélo », donc voilà je répare des vélos, ma boîte s’appelle « OliVélo », et je suis installé au 79, Rue de l’Hôtel de Ville, à Crest, voilà… C’est entre La Poste et la rue piétonne… Au fond du couloir, à droite (sourire). Vous pouvez m’appelez pour un rendez-vous au 06 50 24 74 02, et là, on se met d’accord pour que je répare votre vélo. Alors si on revient en arrière j’ai créé cette micro-entreprise en 2017 dans le Finistère, et je suis arrivé à Crest en octobre 2020.
  • Alors oui… Je vais suivre le fil de tes trois questions, et pour ce qu’il s’agit de dresser un « portrait-type » du client qui vient chez moi, je vais te dire ce que j’imagine on t’a déjà dit, il y a un peu de tout… Il y a des retraités, beaucoup de femmes célibataires, ou femmes dont le mari n’est pas bricoleur, et puis, en général ce sont tous les gens, sans parler de sexe ou d’âge, des gens qui n’ont pas le temps, ne sont pas intéressés, ou n’ont pas l’outillage, ou même la place pour réparer…Alors ici il y a des confrères : « Intersport » à Aouste et « Nicodin », « Nicodin » m’aide beaucoup, ils m’envoient des clients, et puis après… c’est le bouche à oreille… Oui, parce qu’en fait au départ je faisais de la réparation en itinérant, je n’avais pas d’atelier, donc je réparais les vélos sur les marchés… Et donc, depuis que je suis à Crest, j’ai mon « atelier fixe », du coup, j’ai arrêté de faire « l’itinérant », seulement voilà… Il y a eu le Covid et depuis la fin du « coup de pouce », il va falloir que je reparte sur les routes, faire des permanences dans les petits villages… Après tu me demandais quoi ? Ah oui… ! De quoi je parle avec mes clients…Bah, ça parle vraiment vélo parce que les gens sont contents d’entretenir leur « petit bijou »… Ou même de le retrouver, parce qu’il était au fond de la cave, ou du grenier… Et c’est notable grâce à la prime et au Covid les gens se sont remis au vélo, parce que c’est plus pratique, ça fait du bien, ça pollue moins et compagnie quoi… ! On connaît tous les bienfaits du vélo ! Ça peut même servir à méditer, éventuellement…  

« Quand on partait de bon matin

Quand on partait sur les chemins

A bicyclette

Nous étions quelques bons copains

Y ‘avais Noé et pis y’avais moi… »

Je vais vous dire, il vaut mieux posséder un bon chameau que deux mauvaises bicyclettes. Allez, Noé avance… Attends, voilà, nous y sommes presque, porte mon sac à dos, ça va t’alléger.

Et là… Dans la rue… Deux potes rient !

Stop !

Quelle transition !

Deux potes rient.

  • Bonjour je suis Bérangère, je suis potière à « La Poterie du Donjon », nous sommes installés au 3, rue Sainte-Euphémie à Crest, c’est dans la montée de l’ancien hôpital, à cent mètres de la rue piétonne… Alors nous sommes ici depuis 2005, donc ça fait maintenant 16 ans… Mais bon, il faut dire qu’au début, on a fait beaucoup de marchés. En fait, avant de s’installer ici on s’est beaucoup déplacés pour se faire connaître. Alors oui les produits ont l’air de plaire, mais nous sommes deux… Deux potiers et trois productions différentes, le gré, le raku, et la porcelaine… Alors pour préciser concernant le raku, en fait il s’agit d’une technique de cuisson japonaise, qui produit cet « aspect craquelé », parce qu’en fait il y a un choc thermique dans la cuisson, et après on enfume le pot, ce qui créé le contraste entre le noir des fissures et la couleur blanche de la terre.
  • Maintenant, si je suis le mode d’emploi de votre interview, je dois maintenant vous parler de ma clientèle… C’est bien ça ? Ok. Donc, au début il y avait des locaux, puis il y a les touristes l’été. En plus comme nous avons fait beaucoup de marchés on est un peu sur « la route des vacances » on va dire, donc les gens reviennent ici pour compléter leurs collections. Alors, oui… c’est vrai qu’on ne pourrait pas tenir sur le seul marché local, si on vend bien l’hiver à Noël… pour les locaux, mais l’été c’est les touristes. En fait, on a deux saisons, Noël et l’été.
  • J’arrive à ma troisième et ultime question, est-ce qu’ici dans votre magasin-galerie, votre clientèle vous parle de la poterie comme une tradition, et est-ce qu’ils vous considèrent comme une artiste-artisane qui perpétue une tradition ?
  • Bah, non… Parce qu’on est pas d’ici… En fait, voilà. Nous ne faisons pas la poterie traditionnelle du coin. Ici, c’est la faïence et la terre vernissée, et nous on ne fait ni l’une ni l’autre. Donc en fait, on est venu avec nos productions et notre créativité… Et, vraiment, on vit super bien ici, on a fait nos enfants ici, on les a élevés ici, mais oui… alors oui, on n’est pas des potiers « traditionnels » du coin. Après, il y a des poteries dans le coin, je pense notamment à celles de Cliousclat, là, ça se voit… ils travaillent là depuis des dizaines d’années, voir plus… avec les four à bois, avec la terre qu’ils trouvaient dans le coin… Mais nous, maintenant, la terre, on l’achète à un « fournisseur-céramique »… mais alors attention… Ensuite, on fait tout de A à Z… On fait nos pots, on fait nos cuissons, on fait nos émaux… Et puis (très long silence…)  ne le répétez pas, mais nous avons aussi nos recettes secrètes…

Et c’est connu de tous… lebrillant.fr a une qualité, il sait garder les secrets…

Vous savez quoi ? Je vous donne un truc…

Faites vos courses avec un micro à la main, vous verrez… C’est une sacrée monnaie d’échange !

Merci de nous suivre.

Photos : Noé Richard-Clément. Textes et coups de fouets : Mathias Deguelle.

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