LE PHOTOGRAM: LA GROTTE DE CHORANCHE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants.

Et si pour ce Photogram je vous conviais à une balade souterraine ou la température n’excède pas les 10 degrés ? Après l’incessante chaleur de plomb qui nous fait tous tomber dans une torpeur paralysante, une visite à 300 mètres sous le sol va nous faire le plus grand bien, en plus, et c’est loin d’être anecdotique, le spectacle est grandiose.

Bienvenus en Isère (oui, j’ai donné un petit coup de canif à mon contrat drômois : je suis sorti du département pour aller voir nos voisins isérois), et bienvenus dans La Grotte de Choranche.

Avant de pénétrer ce lieu féerique, une pause casse-croute s’impose, nous sommes à Pont-en-Royans. Ici c’est le Vercors…

Au pied de Pont-en-Royans, coule La Bourne…

Et, dans La Bourne, Jason semble s’interroger sur sa véritable identité (jeu de mots pour cinéphile NDLR)…

Hop, un délicieux Panini aux fromages de la région, et je suis fin prêt pour l’ultime ligne droite qui me mène à la grotte.

Mon accompagnatrice et moi garons notre véhicule, avant de pénétrer dans cette crypte préservée des humeurs destructrices de l’Homme, je jette un dernier coup d’œil au ciel caniculaire.

J’arpente…

… et là, je tombe devant cette porte qui ne paie pas de mine, et qui pourtant, une fois franchie, nous réserve le plus merveilleux des trésors.

Nous y sommes, et d’emblée la fraîcheur envahit nos corps surchauffés, le moins que l’on puisse dire c’est que le choc thermique est… vivifiant.

Je vous présente Antoine, il sera notre guide et au nom du brillant.fr je le remercie, sans cette manne d’informations délivrées par lui, ce reportage n’aurait pu avoir lieu, donc merci mon Tonio.

C’est en 1871 que cette grotte naturelle a été découverte par hasard par les habitants de Choranche. Parler de La Grotte c’est forcément parler d’une histoire d’amour entre l’eau la roche, le calcaire, et l’argile dont le résultat et un réseau aux innombrables failles et fissures qui toutes sont alimentées par les eaux pluviales et donc, après un voyage de 300 mètre à travers le sol qui est ce plafond au-dessus de nos têtes, leur destination finit juste  à nos pieds.

Antoine nous apprend que les hommes qui ont découvert la grotte en 1871, lui ont d’abord donné le nom de « Coufin », car l’entrée de la grotte est très étroite, à la manière d’un cou qui est fin. À noter pour ceux qui naturellement se poseraient la question : il n’y a jamais eu de présence d’hommes préhistorique dans la grotte, hormis l’excavation qui était formée à l’entrée de la grotte, d’où suintait de l’eau sur les parois et qui donc formait un refuge idéal pour nos ancêtres, ces chasseurs vêtus de peaux de bête.

Je suis pendu aux lèvres de Antoine, notre guide, qui n’oublie aucun détail, comme celui de nous préciser que l’eau de la grotte est à 8 degrés, et que même « enterrés », nous nous trouvons à 576 mètres d’altitude et que de temps en temps quelques truites font des allers-retours entre la rivière et le lac, il y a aussi des crustacés habitués des rivières souterraines.

Arrive le moment des stalactites, et des stalagmites… Vous vous souvenez, on nous l’a dit à l’école : les stalactites tombent, alors que les stalagmites montent… Ah, les cours de Monsieur Noyer à l’école primaire de Marsanne… Que de tendres souvenirs ! Tiens, je vais me reprendre une madeleine…

Alors là, vous êtes en droit de me faire remarquer que je ne vous ai montré que des stalagmites, et vous avez raison, mais attendez, le plus beau est à venir. Notre petit groupe marche en silence, l’atmosphère n’est « troublée » que par des sons aquatiques, que ce soient les minuscules cours d’eau qui se fraient un chemin à travers les aspérités rocheuses, ou l’inlassable goutte à goutte des stalactites. Ah, nous y sommes…

Antoine nous apprend qu’il s’agit de stalactites fistuleuses, ou plus vulgairement de « macaronis ». Des fistuleuses aussi longues et en aussi grand nombre ne se trouvent qu’à Choranche. Elles sont le résultat du parcours des gouttes de pluie. Une fois que cette goutte commence à pénétrer le sol, elle se charge en CO2, en dioxyde de carbone, puis elle va continuer sa route dans le massif calcaire à travers des fissures, elle va ensuite dissoudre le calcaire, mais elle va emporter avec elle de petites traces de ce calcaire, jusqu’au plafond de la grotte, ensuite elle va entrer en contact avec l’air présent, là se créé une réaction chimique, la goutte d’eau va dégazer son CO2, alors que le calcaire va se déposer et se cristalliser pour devenir de la calcite, et ainsi la calcite va former des anneaux qui années après années vont former ces fistuleuses qui vont grandir petit à petit. Mais le plus impressionnant c’est que toutes ces fistuleuses sont creuses ! Les gouttes d’eau voyagent très lentement à l’intérieur de ces stalactites extrêmement fragiles, ce qui explique qu’on les appellent « les macaronis », et pas les spaghettis !

Maintenant, place à l’émerveillement des images…

Je suis bouleversé par ces sculptures formées par des millénaires (sur 100 ans elles ne grandissent que de 5 centimètres), goutte après goutte ces œuvres d’art s’offrent à nous, et leur fragilité nous ramène à la brutalité des hommes, bien qu’elles aient la chance de ne pas être concernées par le réchauffement climatique. Je suis contemplatif et je deviens philosophe, aussi fragiles puissent-elles être, je désire que toutes ces fistuleuses me survivent. Je ne sais pas si c’est l’air de la grotte, mais mes yeux sont embués. Allez, je reviens sur… ou plutôt sous terre, car la visite continue. Je marche à l’arrière du groupe de visiteurs, j’esquisse un sourire en me disant que désormais les macaronis, n’auront plus tout à fait le même goût…

Antoine nous parle de galeries fossiles, donc sèches, de siphons, de voutes mouillantes, des 33 kilomètres de galeries accessibles pour les seuls spéléologues, des ramifications qui, à l’instar d’un arbre finissent toutes par rejoindre « le tronc », à savoir ce lac que nous avons vu en début de visite. J’interpelle Antoine : « l’eau a l’air si pure qu’on pourrait la croire potable », notre guide dément cette impression, l’eau qui vient de l’extérieur passe par ces 300 mètres de calcaire, mais le calcaire n’est pas un filtre, donc il faut mieux ne pas la boire, elle est naturelle, mais pour autant, elle reste impropre à la consommation. Une visiteuse demande à Antoine si cette stalactite qui nous fait face a été cassée…

Antoine confirme la remarque en expliquant que pendant longtemps la grotte était en accès libre, et que certains visiteurs ne se montraient guère respectueux, voire, allaient jusqu’à emporter des souvenirs à moindre frais. Je ne sais pas vous, mais personnellement, il me semble que 300 mètres ce n’est pas assez profond pour sonder la connerie humaine, fin d’une réflexion personnelle.

Maintenant, attention… (roulement de tambours), vous allez voir les animaux qui vivent dans La Grotte de Choranche… ! Brouuu… J’en frissonne d’avance !

Hum…

Antoine nous explique que ces animaux gardés dans des aquariums sont de la famille des salamandres et des tritons, qu’ils s’appellent des Protées (proteus anguineus), ensuite, chose étonnante, Antoine nous précise que les Protées ne sont pas présentes dans La Grotte de Choranche, qu’elles proviennent de Slovénie, que chaque « animal » fait une trentaine de centimètres, qu’ils pèsent chacun une dizaine de grammes, et donc que c’est le plus grand animal cavernicole connu. Il se nourrit de Nyfarus, de minuscules crustacés souterrains, mais vu le peu de proies, le Protée ne va pas partir à la chasse, il va préférer tranquillement attendre que le Nyfarus vienne à lui. Ainsi ils peuvent facilement ne pas manger pendant un an ! Et il a même été observé qu’en sept années un Protée n’avait pas bougé de sa place d’un seul centimètre ! Mais, il y a aussi des Protées « hyperactifs » qui progressent de 30 centimètres en 8 mois ! La couleur de leur peau n’est pas pigmentées parce qu’ils ne voient jamais le soleil, ils sont aveugles, mais sont très sensibles aux ondes sonores, et aux vibrations du sol. Comme nous, le Protée atteint sa majorité sexuelle à 15 ans, ils peuvent vivre jusqu’à 80 ans, voir même une centaine d’année, en gardant leur corps de 15 ans (« Je suis jalouse » : Carla Bruni), et pour finir les Protées peuvent auto-régénérer leur tissus et même leurs membres…

Et puis, Antoine nous apprend qu’à cause de pluies diluviennes, et/ou de la pollution, il est arrivé que des Protées remontent à la surface terrestre, et que pour les paysans slovènes qui les ont découverts dans leur champ, cette présence était de mauvaise augure, car pour eux c’était rien de moins que des bébés dragons et donc leur parents pouvaient être dissimilés dans des grottes alentours !

Il n’est toutefois pas question d’introduire des Protées dans les eaux de La Grotte de Choranche, parce que ce n’est pas leur milieu naturel.

La promenade reprend, et je pense évidemment à Protée, cette divinité marine qui selon Homère dans l’Odysée était le vieillard de la mer, qui gardait les troupeaux de phoques de Poseïdon et qui était doté du don de prophétie. Des vers pour un ver…

Maintenant, nous nous approchons ce que j’appellerais « le bouquet final », nous sommes prévenus par Antoine, il va nous falloir grimper les quelques cent marches (104 en vérité) pour voir ce qui ici porte le nom de «Cathédrale », 80 mètres de long, 50 mètres de large, et 25 mètres de haut…

La Cathédrale est « une pièce » aux dimensions incroyables sur les « murs » de laquelle sont projetés des lumières colorées et des sons incroyables que malheureusement je ne peux vous restituer, mais qui font clairement référence au début de l’humanité, de la naissance de l’homme, et de sa fertilité.

Et moi, je suis comme hypnotisé, et j’ose l’avouer, j’ai l’impression de me retrouver dans la matrice maternelle, un sentiment utérin, serein et protecteur. Je suis, donc nous sommes. La nature fait ce que nous sommes. Nous sommes dans ce grand tout qu’il faut choyer, respecter et préserver.

Et c’est maintenant, au moment où je pose toutes mes photos sur le site lebrillant.fr que je réalise une chose : j’ai vraiment un appareil photo médiocre, les photos avec flash n’étant pas autorisées, je réalise combien ce que je vous offre à voir est loin des réelles beautés que l’œil humain peut percevoir sur place. je conclue mes pérégrinations souterraines dans cette grotte pas grotesque… Notre promenade nous ramenant maintenant à notre point de départ…

Attention à la tête…

Pour conclure cet article voici le plan en transversal, de notre visite :

Et très bizarrement, j’ai trouvé des similitudes entre cette stalactite et mon onzième doigt :

Pardon, je me suis emmêlé les clichés, je voulais parler de cette analogie :

Encore merci particulièrement à toi Antoine, et merci à vous de soutenir lebrillant.fr et vraiment, allez faire la balade, et allez visiter La Grotte de Choranche, l’émotion sera toujours plus forte que sa reproduction.

En espérant vous en avoir donné l’envie.

Textes : Antoine et Mathias Deguelle. Photos : Mathias Deguelle.

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