LE PHOTOGRAM DU BRILLANT-2.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Soyez les bienvenus dans ce deuxième volet de notre Photogram, que désormais vous pouvez consulter en cliquant sur l’onglet « Galerie de photos ». Nous aurions pu reprendre le titre du film de Robert Redford pour intituler cette nouvelle collection de photos, « Et au milieu coule une rivière », car Crest n’échappe pas à cette règle commune à bien des villes : les premiers bâtisseurs, ont au Xième siècle, choisi de construire la cité à proximité d’un cours d’eau. C’est donc à une balade sur les bords de Drôme à laquelle je vous convie en 28 clichés attrapés sur terre et les pieds dans l’eau, suivez-moi…

Le photographe amateur que je suis, l’a vite compris : lors d’une promenade, il est important de parfois se retourner, pour savoir ce qu’on laisse derrière soi. Je dis un au revoir provisoire à la Tour, la gardienne de la ville.

Devant moi s’offre cette perspective, qui semble là pour me rappeler que la destination importe peu, et que seul compte le chemin du voyage. Je me sens léger, il fait frisquet mais le ciel est d’un bleu parfait, je mets un pied devant l’autre, et j’avance vers l’inconnu.

A ma droite, un petit chemin descend en contrebas, je décide de l’emprunter. Comme le disait le poète espagnol Antonio Machado : « Le chemin se construit en marchant », je me prends à croire que ça se vérifie aussi ici.

Mes pas croisent ce lecteur et son chien. L’un semble prendre des nouvelles du monde alors que son compagnon veille à ce que personne ne vienne troubler la quiétude de ce moment serein et calme.

Je me sens en empathie avec ces arbres qui tout comme moi, semblent avoir un penchant pour le lit… de la rivière.

J’y suis. Je descends vers celle à qui j’ai donné rendez-vous : La Drôme, qui m’accueille avec une bienveillance hivernale et qui semble rehausser son statut de dernière rivière sauvage d’Europe.

La preuve par l’image : La Drôme n’a pas le caractère d’un lac, pas question pour elle de rester stagnante, elle sait aussi se montrer vivante et parfois même, son caractère tumultueux semble ne demander qu’à être réveillé. Prudence.

Comme sorti de terre, une avancée dans les flots, un ponton de roche qui peine à pouvoir traverser le cours d’eau, qui lui répond avec sa fluidité de passage. « Il en faut plus pour me détourner de mon objectif ».

Je me décide, et littéralement « je me jette à l’eau ». Enfin, je relativise, j’ôte mes chaussures, chaussettes, je retrousse mes bas de pantalons, je mets un, puis deux pieds dans cette eau glacée, je frissonne un instant. Je suis remercié par cette composition presque parfaite qui semblait attendre ma venue. Merci.

Je reste en arrêt. Je suis touché par la solitude de ce rocher qui émerge de l’eau, comme une île trop petite pour intéresser un milliardaire, mais si grande pour un simple rêveur.

Duel symétrique entre l’eau qui court et les pierres qui laissent courir, une rivalité entre deux complices.

Au moment où je m’apprête à rejoindre la terre ferme, je baisse les yeux, mes pieds sont congelés, je marche sur les galets qui semblent rigoler et se régaler de ma présence de gars laid.

Une nouvelle fois je me retourne et je me retrouve face à ce monstre végétal qui semble émerger des flots, et me revient en mémoire la phrase de Sénèque : « L’arbre devient solide sous le vent ».

Un cœur de pierre. Dessiné à la craie. Dessin éphémère sur son support intemporel, puis… un peu plus loin, comme un écho, un autre cœur qui n’a rien de minéral. Vertige et vestige.

Comme un camouflage, les bords de Drôme accueillent les flâneurs, les penseurs, et tous ceux qui aspirent à la tranquillité de l’esprit, entourés de ces géants végétaux qui veillent comme des gardiens immobiles.

Je m’imagine que l’œuvre de ce bûcheron a certainement été influencée par l’architecture de la Tour de Crest. Je souris intérieurement. Puis extérieurement.

Je deviens pisteur. Je soupçonne que ces empreintes dans la terre appartiennent à un chien, cet animal à quatre pattes… heu, pardon, à trois pattes.

Ma promenade continue, je croise l’homme invisible qui se frotte les mains. J’en conclus que ne pas être vu, peut parfois donner froid dans le dos et ailleurs.

Point de vue : certains y voient des troncs d’arbres, j’y vois un « K ». Dino Buzzati, sors de mon corps !

Le ciel, l’eau, la terre… Les branches d’arbres. Le décor est dressé. Manque juste un feu de camp. Hum… Je gonfle mes poumons, j’en ai l’eau à la bouche et le terrien que je suis se met à rêver d’une soirée grillades entre amis. Vivement la chaleur des beaux jours !

La rivière touche nos âmes par son inlassable débit qui semble sans fin, la rivière nous touche aussi par sa musique. Je suis relaxé. Tranquille. Et je me réjouis de n’être pas le seul à apprécier cette douceur vagabonde.

Je m’apprête à revenir doucement sur mes pas. Je tombe en arrêt sur cette borne, et à nouveau j’imagine… J’imagine m’être trompé. Ce n’est peut-être pas une simple borne. C’est peut-être une tombe. Alors je me dis que tous les cimetières devraient être en bord de rivière, pour que nos chers disparus reposent au côté de la vie aquatique. Mais sans doute, je m’égare.

Un escalier comme une ligne de fuite, au bout, trois promeneurs bivouaquent au bout de cet entonnoir plein de promesses. Quand le vivant intègre la géométrie.

Je suis sur le chemin du retour, je ferme les yeux un instant. Je les rouvre, et me voici au Japon. En japonais le mot « pont » se traduit par « hashi ». Le premier qui ajoute « parmentier », je le… ok, je sors !

Avant de quitter ce coin de nature si proche du centre-ville, je voulais aussi vous faire passer un vrai coup de gueule. Ma promenade a été perturbée par des canettes de soda, des mégots de cigarettes, des masques jetés à même le sol. Cette photo est juste là pour rappeler que la citoyenneté ce n’est pas que moi, ce n’est pas que vous, c’est nous tous. Qu’être citoyen de cette planète, ce n’est pas être indifférent à cette dernière. J’ajoute et pour finir, que le plastique met entre 400 ans et 1000 ans pour se décomposer. Faisons en sorte que nos successeurs soient fiers de nous.

Car la nature et tous les arbres sont l’œil de notre conscience.

Bon, à présent je rentre. Je grelotte. Mes pieds sont toujours congelés. Avant l’amputation, je me presse. Je suis impatient de vous faire partager cette petite parenthèse bucolique sur les bords de Drôme.

C’est maintenant fait.

La rivière est sans retour.

Photos et textes : Mathias Deguelle.

Une réflexion sur “LE PHOTOGRAM DU BRILLANT-2.

  • 30 janvier 2022 à 14h04
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    Revisiter les lieux hyper connus, avec un regard neuf, c’est chouette…

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