LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: PONT DE BARRET.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Et si… et si on faisait un break ? Et si pendant ces 13 jours qui nous séparent du second tour, on lâchait prise… ?

Allez, je vous refais la scène :

  • Ma chérie : « Tiens… si on se faisait une balade à Pont de Barret… ? »
  • Moi, qui laisse toujours mon fort-intérieur réfléchir avant de verbaliser : « Ok. Je suis partant mon amour… ».
  • Ma chérie : « Ah, mais donc tu pars avec ton magnéto et ton appareil photo ? »
  • Moi : « Crois-moi… Cette après-midi sera la parfaite alliance entre l’utile et l’agréable ».
  • Ma chérie : « Mouais… On verra qui des deux va gagner à la fin… ».

ELLIPSE.

Oui, parce que je vous réserve les plus belles photos de notre excursion à Pont de Barret pour le Photogram de ce jeudi.

  • « Donc oui, et sans transition, nous voici au cœur de ce village drômois d’environ 700 Pontoises et Pontois, un village qui, c’est notable, tient son histoire depuis l’ère gallo-romaine, qui donc à l’époque, portait le nom de Savenna. Mais c’est la construction d’un pont qui enjambait la rivière Le Roubion, le bien-nommé « Pont de Barre », qui scella le nom de la commune. Ensuite, le village n’échappe pas aux guerres de religion qui décidément firent payer un fort tribu à la Drôme. Sinon, en 1790, on utilisait le courant du Roubion pour tisser de la soie à Pont de Barret ».
  • Un grand merci à toi Stéphane Bern. Tu m’enverras tes notes de frais.

J’arrête ici ce très modeste résumé. Voyons maintenant si les résidents que nous allons croiser sont eux-aussi, et à leur manière… des tisseurs…

Nous avançons dans les petites rues montantes de Pont de Barret, et là, devant-nous, un couple, en plein effort. Ils sont visiblement sur le point de visser une pancarte qui annonce la présence d’un lieu qui s’offre aux promeneurs.

Nous nous approchons, et nous tissons… un lien.

  • Bonjour, moi c’est Mélanie, nous ça fait sept ans qu’on habite à Pont de Barret, et il y a deux ans et demi, on a eu l’opportunité d’acheter ce grand lieu, donc le chantier a duré deux ans et demi, mais là… ça y est… ! Là ça y est ! On pose l’enseigne, on ouvre complètement… et donc « Les Ateliers du 120 », ça s’appelle comme ça parce que ce sont d’abord des ateliers d’artistes et de création, et c’est situé au 120, route de Félines à Pont de Barret. Tout simplement.
  • Mélanie, on va le constater, l’espace est immense… et moi, quand je pense à l’espace, je pense à la petite graine qui l’a fait germer. Elle ressemble à quoi votre « petite graine » à vous ?
  • En fait, je dirais qu’on s’est laissés faire avec cette occasion qui nous a été offerte par et à travers cette maison, nous au départ on ne cherchait que des ateliers, donc il nous a été possible d’acquérir ce lieu immense, un lieu beaucoup trop grand pour nous deux, donc vraiment… on a «écouté » la maison, ce qui nous a permis de suivre nos rêves, mais là ce sont les espaces qui nous ont guidés.
  • Bon, après avoir parlé du « contenant », nous allons bien-sur parler du « contenu », « Les Ateliers du 120 », vont accueillir quels types d’ateliers ?
  • Alors c’est d’abord un lieu qui accueille nos propres ateliers… Laurent, est photographe et sculpteur sur pierre, et moi j’écris, je peins, et je fabrique des tambours aussi…
  • Mais ensuite on a des espaces qui sont polyvalents, dans lesquels on peut accueillir des stages de création. Notre focus c’est : comment on passe de l’esprit à la matière, comment on matérialise ce qu’on voit, ou ce qu’on imagine… et après, allez, on y va ! On fabrique ! Donc du coup, il y a deux espaces qui sont polyvalents, dans lesquels on peut accueillir des gens, des artistes, mais aussi des gens qui forment, comme en ce moment, où nous accueillons Max Cilla, qui est un grand maître flûtiste…
  • Alors on a un petit gîte aussi, qui peut être loué pour des touristes, mais qui offre aussi la possibilité de loger les gens qui viennent ici pour travailler, donc je reviens à lui, à Max Cilla, qui habite ici pour une semaine, le temps de son stage, mais ce qui est génial c’est que certains musiciens locaux qui connaissent la réputation de Max, sont venus le rejoindre et le soir, ils nous gratifient de concerts de flûte, et c’est assez incroyable.
  • Ah, tiens… Je vois arriver Laurent qui a visiblement délaissé la perceuse à percussion pour venir nous rejoindre, bonjour…
  • Bonjour, oui donc moi c’est Laurent… Je vous écoutais parler tous les deux, et j’ai beaucoup aimé ce qu’a dit Mélanie « le rêve prend forme dans la matière »… Donc, Mélanie, qui est ma compagne et femme… rêve depuis… je ne sais pas… des années, des années, des années… de s’occuper d’un lieu. Et puis, vous savez… en construisant, en avançant, en imaginant… il y a ici des pièces que nous voulions fermer, puis on s’est dit « non, au contraire, on va les ouvrir », et ça a tout changé, et du coup ça représente un vrai lieu où il y a beaucoup d’accueils possibles. Mais vous savez… Quand Mélanie rêve, je rêve…
  • Mélanie. Quand tout est dit, je n’ajoute rien. Mais… et oui, il y a toujours un « mais »… Sans rire, comment la municipalité, comment les habitants de Pont de Barret vous ont accueillis au tout départ ?
  • On est super bien accueillis ici. C’est étonnant parce que ici il y a beaucoup de « néo », en fait… mais il y a aussi pas mal de gens qui sont nés ici, qui sont partis, et qui reviennent. Mais nous on a été hyper bien accueillis, c’est vrai que ça c’est fait très vite… moi je viens de la région parisienne et… oui, là Laurent, je sens que tu as envie de t’exprimer…
  • Oui je voulais juste dire que même par les anciens, les familles d’ici… il y a déjà cet accueil, vous savez, je pense par exemple aux agriculteurs, ils ont beaucoup réfléchi… maintenant les gens font des regroupements de terres, pour s’entraider, pour servir l’humain… et l’humain est vraiment très très fort sur Pont de Barret, et il y a énormément de potentiel artistique, ce qui ne néglige pas une bonne ambiance dans tout le village.
  • Oui, tu as raison Laurent, et moi j’ajoute aussi qu’il existe ici une vraie solidarité. Dès qu’une décision est prise, elle est accompagnée et tout le monde s’y met, par exemple, là il y a une épicerie associative qui vient de se monter, et là… ça est, on a une épicerie à Pont de Barret ! Et c’est associatif et c’est collectif… !

Bon. Pas de bol. Ce jour-là, l’épicerie était fermée.

Nous repartons et ma chérie me suit. Mais en même temps je la précède. Donc elle y gagne. La pauvre, elle marche avec peine. Il faut dire qu’elle porte sur son dos 98 kilos de charge utile, en cas d’invasion des Russes, mais le pire c’est qu’elle n’y croit pas… elle porte ce quintal juste pour que je me taise. Elle me dit que tout ça « c’est dans ma tête »…

Bref, j’accorde une pose à ma chérie, avant qu’elle ne forme un syndicat.

C’est alors que se dessine au loin la silhouette d’une dame qui sourit en constatant notre détresse. Mais ce sourire, n’est-il un pas un début de dialogue ?

  • Bonjour je m’appelle Rachida, et suis ici à Pont de Barret depuis 1987… Et voilà… Il y a beaucoup de gens qui sont partis, et il y en a beaucoup qui sont arrivés… Et non, ce ne sont pas les mêmes. Les partants ont cédé la place à « d’autres » arrivants… Alors il y a beaucoup de jeunes, de jeunes parents, avec de jeunes enfants… et puis donc forcément il y a eu des constructions ici… depuis 1987, ça c’est bien construit autour, voilà, il y a pas mal de « gens nouveaux » qui se sont installés, et puis, ce sont les anciens qui sont partis quoi… les gens qui sont natifs du village, qui ont passés toute leur vie ici… Mais bon… Voilà, ça a changé c’est vrai, mais c’est ni en mieux, ni en moins pire (sic)… Le village est toujours aussi sympa, et les gens aussi, sauf que c’est des gens différents quoi…
  • Rachida, tu m’as dis que tu avais acheté ta maison en 1989, ici à Pont de Barret, tu n’es évidemment pas obligée de me répondre, mais c’était quoi les prix à l’époque, il y a 33 ans ?
  • Bon… (un temps), je ne l’ai pas payée très chère comparée à… au prix… qu’elle vaut aujourd’hui. Donc oui, en ce sens je te donne raison, les nouveaux arrivants ont participé à cette plus-value (éclat de rire).
  • Allez, nous allons nous quitter sur la question « Emballe / Déballe »… On commence par ce qui « t’emballe » à Pont de Barret…
  • En fait j’habite dans le village parce que je travaillais à 3 kilomètres d’ici, c’est la raison pour laquelle je me suis installée dans le village… au départ. Puis j’ai perdu mon emploi au bout de 18 ans… Et donc voilà, je reste à Pont de Barret, même si maintenant je travaille à 15 kilomètres de chez-moi.
  • Maintenant, Rachida, qu’est-ce qui « te déballe » à Pont de Barret ?
  • Mais tout va bien… ! Bon, c’est vrai, il n’y a pas beaucoup de commerces dans le village… Mais la vie ce n’est pas que du commerce… ! (éclat de rire).

« Je valide cette dernière phrase, d’ailleurs je vais en faire mon slogan pour le programme Windows 666, que je vais mettre sur le marché dans 87 ans. Merci lebrillant.fr »

Signé : Bill Gates.

Pardonnez-moi, je n’avais pas mis mon portable en mode « avion ».

En fait, vous savez ce que je réalise, c’est que « les anciens », les vieux, ils « pensent » les paysages autrement que vous et moi. Enfin, surtout autrement que moi. En fait. Mais cette phrase est incompréhensible. En fait.

Oui mais moi je l’aime bien. En fait.

  • Bonjour, je m’appelle Marie-Antoinette.
  • Bon, alors Marie-Antoinette, lors de cette discussion, je vous promets de ne pas vous couper… enfin, le moins possible, et je ne parle là que de votre tête (rire).
  • (rire), oui, oh ben celle-là et bien d’autres, on me les a faites… vous l’imaginez, avec mon prénom, on me les a toutes faites… Bon. Moi ça fait 65 ans que je suis à Pont de Barret, et j’ai connu mon mari aux Moulinages, à l’usine, et voilà… ça fait 65 ans qu’on est mariés. Mon mari il a 88 ans, et bon, il ne va pas trop mal…
  • Il a évolué comment « votre » Pont de Barret, celui dont vous avez été témoin pendant 65 ans…
  • Oh, vous savez, ce n’est plus les mêmes personnes… c’est plus la même chose quoi… Moi j’ai forcément connu des personnes âgées quand je suis arrivée mais, il me semble qu’il y avait plus de convivialité, alors que maintenant ce sont des jeunes qui sont très très gentils, qui sont très serviables, mais on a du mal à s’adapter à eux, parce qu’on a pas les mêmes idées, les mêmes codes…
  • Mais peut-être que cette convivialité que vous évoquiez, elle demeure… mais les anciens entre les anciens, et les jeunes entre les jeunes…
  • Eux entre-eux et nous entre-nous, c’est ça voilà… Pourquoi ? Mais parce que, on ne sait pas trop que leur dire nous les anciens, comment les aborder, comment parler avec eux quoi… Mais c’est vrai aussi que des anciens de Pont de Barret, il n’y en a plus beaucoup, petit à petit ils disparaissent, et voilà quoi…
  • Mais, Marie-Antoinette, vous les anciens, vous ne pouvez pas les conseiller tous ces nouveaux jeunes qui arrivent ?
  • Oh, non… Sûrement pas non. Enfin, pas à mon niveau… Moi je veux bien répondre à leurs questions quand ils demandent quelque chose, mais à part ça, moi je ne leur donne pas de conseil… Et puis ça change souvent. C’est souvent pas les mêmes personnes… En fait, ou ils travaillent ailleurs, ou c’est des artistes, ou des artisans… mais c’est surtout des artistes. Soit ils font de la peinture, soit ils font de la céramique, là-bas, à l’ancien Moulinage, il y a pas mal d’ateliers comme ça quoi…
  • Marie-Antoinette, je vous écoute, et j’entends qu’il y aurait pour vous, comme un « choc des générations »…
  • Oui, oui… Il y a ce choc des générations, oui, ça c’est sûr… Mais bon, comme je dis, ils sont très sympas, très polis… mais bon voilà, c’est pas… c’est pas comme avant quoi !
  • Alors, est-ce que c’était mieux « avant » ?
  • C’était mieux dans un sens, mais dans un autre sens, c’est peut-être mieux maintenant, je ne sais pas… C’était qu’avant… on se connaissait beaucoup, alors que maintenant… mais ces jeunes là, si seulement ils restaient… mais comme je vous dis, ça change souvent… S’ils s’implantaient vraiment dans le village, ça finirait par faire comme c’était avant… Parce que souvent ils ne sont que de passage, ils restent un an, ils restent deux ans, ils restent six mois ou trois mois… et puis c’est d’autres qui reviennent et puis voilà… Ils ne peuvent pas s’implanter vraiment quoi…
  • Allez Marie-Antoinette, nous sommes en 2022, est-ce qu’il fait toujours « bon-vivre », à Pont de Barret ?
  • Ah bé ça oui… ! Il fait bon-vivre à Pont de Barret quand même ! Et même, je vous le redis et vous le répète : Il fait bon-vivre à Pont de Barret… ! Point barre (rire).

Et puis, le lendemain, « Les Ateliers du 120 », dont il fut question en début d’article, organisèrent un petit concert qui était annonciateur de l’esprit du lieu, je vous laisse juger par vous-même:

Je ne sais pas vous, mais mon petit doigt me dit que de cet espace multi-culturel, nous allons encore en entendre parler. Et si entendre parler est un délice de la vie, donner à voir en est un autre, pas moins appréciable…

Nous comptons sur vous, nos plus belles photos de Pont de Barret, et c’est pour ce jeudi…

Et tiens, allez, profitons-en… jusqu’au dimanche 24 c’est un peu comme si nous étions présidé par personne… N’est-ce pas là une parenthèse délectable ?

Juste parce que nous savons qu’elle ne va pas durer.

A jeudi, et merci à vous de nous suivre.

Mathias Deguelle.

3 réflexions sur “LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: PONT DE BARRET.

  • 12 avril 2022 à 20h11
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    Bonsoir Mathias, j’ai passé un bon moment en lisant cette ballade Pontoise autant qu’avec vous lors de l’interview entre deux vis d’accroches de pancarte. Beau travail humaniste, sans filtre et humour. Vous feriez un beau spécimen parmi nous au village ! Merci. <3

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  • 13 avril 2022 à 12h39
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    Yep, depuis 7 ans sur Pont de Barret, venant d’un village voisin, il fait bon vivre ici, depuis les confinements un réseau social destiné uniquement à l’entraide, échanges, dons, vente à très bas prix sur le secteur à resserré les liens, par ce biais on rencontre des personnes très différentes, c’est vivant et ça fait du bien!! L’offre culturel ici est top et ça aussi c’est chouette !!

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