LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: MONTOISON.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Il existe dans le Val de Drôme, et précisément dans le crestois, des villages qui passent un peu inaperçus… Vous savez, ces petits villages discrets qu’on traverse sans vraiment s’intéresser à leur architecture, pas plus qu’à leur beauté intrinsèque. Et avouons-le, on s’intéresse encore moins à celles et ceux qui y habitent. Alors certes, ce sont souvent des villages qui sont comme des sortes de « bivouacs » sur la route du boulot ou sur celle des vacances, des étapes qui accueillent momentanément des « gens de passages » qui ensuite, reprennent leur route, vers une autre destination.

C’est un peu le cas de Montoison, une petite commune de 16,11 kms carré, et 1937 habitants. En somme, une commune commune.

Or, nous au brillant.fr nous ne faisons pas de distinguo entre petites, moyennes ou grandes communes. En bref, pour nous ce n’est pas la taille qui compte ! Hum.

Aujourd’hui dans votre Mégaphone, Noé le photographe du brillant.fr et moi-même, avons décidé de mettre à l’honneur l’une de ces petites communes un peu délaissées, mais qui pourtant est habitée par des Montoisonnais et des Montoisonnaises qui sont des trésors de bienveillance, et qui nous ont réservé un accueil formidable pour la forme et très pertinent pour le fond.

Allez, si vous le voulez bien, on va maintenant les laisser s’exprimer…

Bonne lecture. Bon il ne vous étonnera pas que nous avons commencé cette série de rencontre par le cœur du réacteur…

  • Bonjour, je m’appelle Giuseppe, je viens de Palerme… Mais ici dans la Drôme et notamment quand je suis à Montoison, je viens pour manger des plats français, bien du terroir, et là nous sommes chez Valérie qui fait très bien la cuisine, c’est une super cuistot… Ici vraiment c’est super bon ! Alors le restaurant s’appelle « Le Pistou », mais je ne peux pas le citer, parce que tout le monde le connaît ! (éclat de rire), le problème c’est que vous, vous n’êtes pas du coin, parce que forcément sinon vous le connaîtriez Le Pistou… C’est le meilleur restaurant du coin !
  • Vous faites quoi dans la vie Giuseppe ?
  • Moi je suis artisan-maçon, je travaille dans tous les secteurs, du nord au sud, de l’est à l’ouest, alors ma spécialité c’est la pose de cailloux, ou l’agencement intérieur, les « beaux-arts », on va dire…
  • Donc vous savez ce que veut dire « la pénibilité du travail »…
  • Oui, après 47 ans de boulot, malgré mon jeune âge… Oui, je confirme (rire)…
  • Que pensez-vous de Montoison, que pensez-vous de cette commune ?
  • Elle est très calme…

Et là, Valérie, la patronne du restaurant Le Pistou, se fait entendre au loin…

  • Elle est trop calme… ! Sérieusement, vous avez visité le village, vous ne trouvez pas que c’est calme ? Et ce n’est pas à cause de la chaleur, tous les jours c’est comme ça, c’est pas vrai Giuseppe ?
  • Oui, que ce soit l’hiver ou l’été, c’est vrai il n’y a pas plus de personnes.
  • Dois-je en déduire Valérie qu’un village « trop calme », est un village qui dépérit ?
  • Bah, oui c’est ça…
  • Ah, Giuseppe, vous ne semblez pas d’accord…
  • Dépérir pourquoi ? Valérie, tu dis ça parce que les gens d’ici sont tranquilles ?
  • Non, c’est pas ça, mais c’est vrai qu’il n’y a pas d’animation, ça tu ne peux pas le nier Giuseppe…
  • Oui, c’est vrai ? En fait c’est une cité dortoir, mais tous les villages du coin sont des cités dortoirs, les gens vont travailler à droite, à gauche, mais ils veulent dormir dans un coin tranquille, comme Montoison, Alixan, Montmeyran, Chabeuil, et nanani, et nanana… Il y a plein de petits villages comme ça. T’es pas d’accord Valérie ?
  • Oui, mais reconnais qu’ici on a une boulangerie, il y a deux salons de coiffure, on a deux bars, des restaurants là-bas au fond… Mais, alors donc, pour vous parler de ma clientèle… disons que c’est des artisans, c’est des entreprises, en fait j’ai un peu de tout… des Messieurs, des Dames, et puis il y a des gens qui font une étape ici.
  • Mais voilà… il faut juste venir, il faut venir, il faut venir… Mais attention là, je suis le client qui parle, moi je n’ai rien à voir avec elle, nous on vient manger ici… donc il y a une raison, pourquoi on vient manger ici, si Valérie faisait « de la merde », et bien, non… on ne viendrait plus… On est d’accord ?
  • Quel est votre plat préféré ?
  • J’aime tout sauf le poisson. Valérie le sait…(rire). Peut-être que j’en ai trop bouffé dans ma jeunesse, je viens d’une île alors… du coup, c’est comme « les gonzes », leur mère leur faisait du fromage de chèvre dans l’Ardèche, et ensuite le gamin : impossible pour lui de manger un fromage de chèvre ! (éclat de rire).

Tiens, puisque lebrillant.fr n’hésite pas à promouvoir les gens de bonne volonté, si le cœur vous en dit, vous pouvez réserver une table au restaurant « Le Pistou », à Montoison en composant le :

04 26 42 31 58.

Vous l’ignorez, mais je vous le dis, ma maman faisait la meilleure soupe au pistou de tout le système solaire et au-delà. Je referme cette parenthèse qui n’est qu’un souvenir d’enfance. Noé et moi avançons péniblement, car Montoison n’échappe pas à la caractéristique qui définit la plupart des villages du Val de Drôme : pour connaître, il faut grimper. Nous nous arrêtons devant une porte qui ne paie pas de mine et une jolie jeune femme accepte de nous parler des raisons de sa présence ici, à Montoison…

  • Bonjour, je m’appelle Aurélie, je fabrique des cosmétiques naturels dans le village de Montoison, depuis deux ans. Alors moi ça a été mon métier depuis presque quinze ans, dans l’industrie cosmétique, et il y a trois ans j’ai arrêté de travailler en tant que salariée pour créer ma propre gamme, et pour avoir la maîtrise de mes produits, et notamment du choix des ingrédients. Je viens de l’Ardèche, et ça fait sept ans qu’on est dans le village.
  • Quel est le bilan que vous tirez après ce septennat de présence Montoisonnienne ?
  • Et bien d’abord nous avons acheté une maison, donc c’est la preuve qu’on est bien ici (rire).
  • Qu’est-ce que c’est qu’un « cosmétique naturel » ?
  • Alors c’est, comme son nom l’indique, un cosmétique qui est composé uniquement d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle, il n’y a pas de molécules synthétiques à l’intérieur. Alors ce n’est pas que je m’oppose à l’industrie de la cosmétique industrielle, il en faut pour tout le monde, mais c’est vrai que moi, j’ai envie de faire autrement. Et nous sommes en ce moment, dans un changement global, en terme de consommation, et ça passe aussi par les cosmétiques. Voilà, c’est la même démarche, le même petit effort que chacun fait pour manger local, bio… On peut aussi faire ça sur d’autres types de produits que de l’alimentaire, donc oui, notre démarche se place aussi d’un point de vue écologique, voilà… On ne fait pas de transformation avec des solvants qui peuvent être nocifs, là vraiment, nous sommes sur des ingrédients sains.
  • Aurélie, « cosmétique », c’est un terme générique, de quoi parle-t-on ? De rouges à lèvres, de fards à paupières, de crèmes… ?
  • Oui, tout ce qui est produits de soins, crèmes, huiles, maquillage, savons…
  • Êtes-vous plus chers que les produits industriels ?
  • Oui forcément, parce que moi je suis artisan donc j’ai des coûts de revient qui sont plus élevés que les industriels, donc forcément mon prix final est un peu plus cher, c’est logique… Mais c’est la qualité qui prime, et puis disons qu’avec moi vous ne payez pas le marketing, vous ne payez que les ingrédients et mon travail, et pas toute cette pub qui est faîte autour…
  • Votre travail, parlons-en, pour vous, est-ce qu’il est comparable à celui d’un alchimiste… ?
  • Oui, c’est ça, ce sont des essais au labo, des mélanges, jusqu’à avoir la bonne texture. Alors je tiens à préciser que je teste sur moi-même tout ce que je produis…(rire), et donc il n’y a pas d’allergie possible parce que justement tous les ingrédients sont inertes.

Noé et moi continuons nos tribulations à Montoison, le village est déserté à cette heure de l’après-midi, et nous décidons de nous rendre dans la Mairie de Montoison dans l’espoir de rencontrer Monsieur le Maire Jean-Marc Bouvier…

Nous entrons en posant les pieds sur les armoiries de la commune…

Pas de chance, nous tombons en plein conseil municipal. Il est environ 15 heures 30, et la dame de l’accueil nous conseille de revenir vers 17 heures. Nous faisons donc demi-tour, et nous continuons notre visite, toujours en quête d’échanges avec les Montoisonnaises et les Montoisonnais. Pour reprendre l’adage : « qui cherche trouve », nous faisons signe à ce Monsieur qui accepte de bonne grâce de répondre à mes questions.

  • Bonjour, je m’appelle Michel, je vis à Montoison depuis trois ans et demi… Alors ce village, je le vis bien, j’ai dû récupérer une maison, donc il a fallu tout aménager, tout rénover et maintenant tout va bien (sourire). Alors pour tout vous raconter, initialement moi je viens de l’Ardèche et ma femme est professeure dans un lycée à Crest, donc j’ai eu besoin de trouver une maison pas trop éloignée de Crest, donc cette maison était la bienvenue, j’ai vendu sur Saint-Remèze, et on a trouvé cette maison dans son jus, et comme je suis à la retraite, je profite de mon temps libre pour la rénover.
  • Vous rejoignez l’avis des habitants que nous avons précédemment rencontrés, et qui tous nous ont dit « ici, c’est tranquille » ?
  • Oui, et on se trouve pas trop loin de Valence et de Crest, bon après ici il y a une boulangerie, un bureau de tabac, un médecin, ce qui n’est pas forcément le cas dans toutes les villes ou villages, donc oui, c’est agréable, mais c’est sûr, c’est pas très grand, à part les magasins que je vous ai cités, c’est vrai qu’il n’y en a pas d’autres… Mais vous savez, moi je reste ardéchois, donc c’est vrai que je reste plus tourné vers l’Ardèche, donc je suis plus venu « par défaut »… Mais nos deux départements sont liés, bon il y a le Rhône, mais cette liaison dure depuis très très longtemps…
  • Vous comptez rester ici à Montoison jusqu’à la fin de vos jours ?
  • Je ne pense pas parce que ma femme a encore dix ans de travail devant elle, et elle est bordelaise, donc à terme, on pense partir du côté de l’océan dans quelques années. Mais vous savez Montoison c’est un petit village où les gens sont là par le travail, encore une fois, ils ne sont pas très loin de Crest ou de Valence, donc je ne pense pas que les gens vivent à Montoison pour le village proprement-dit.

Nous laissons Michel que nous avons dérangé en pleine séance de bricolage, et hop… nous nous dirigeons vers l’école de Montoison. Et nous tombons sur un papa qui attend la sortie de son fils face à la porte de sortie de l’école…

  • Bonjour, je m’appelle Gilles, alors moi je suis crestois à la base, et je suis à Montoison depuis onze ans, et « on s’y tient bien »… Bon, il faut dire qu’avant Montoison, je suis passé par Montmeyran, j’y suis resté dix ans, et maintenant c’est Montoison, et on adore ! C’est la campagne, moi j’habite là-haut sur la colline, j’y suis très bien, il n’y a pas de voisin… Et moi ça me plaît, il faut dire que j’ai toujours habité la campagne, j’aime bien la tranquillité, j’aime bien « être pépère », non… je ne suis pas un gars de la ville moi, mes parents étaient agriculteurs, j’ai toujours vécu à la campagne et vraiment, j’y suis bien (rire). Alors attention, je n’ai pas dit que je vivais comme un « moine reclus », mais je suis un peu casanier, voilà… je suis bien dans mon coin.
  • Mais alors du coup, quels sont vos divertissements ici à Montoison ?
  • Vous savez, moi j’ai pas… pfff… bon je bricole beaucoup, et il y a la marche, et le vélo, voilà. Mais là, je vais devoir arrêter de vous parler, parce que là c’est la sortie de l’école, et j’attends mon petit (rire)…
  • Et le voilà qui arrive… ! Il s’appelle comment ?
  • Timéo. Et là on est à Montoison depuis qu’il est né, on a changé de maison parce qu’avant c’était trop petit…
  • Bonjour Timéo, qu’est-ce que tu penses de Montoison ?
  • Bah, c’est bien. Moi j’ai des copains et des copines… enfin plus des copines !

(mdr).

  • Quand tu n’es pas à l’école, comment tu occupes ton temps libre ?
  • Bah, avec les écrans, les jeux vidéo…

Gilles, le papa, intervient :

  • Il ne veut pas faire de sport cette année. Il a fait de la danse, il a fait des sports de combat, mais cette année, il ne veut rien faire, c’est la tablette et le portable…
  • Timéo, quelle est la matière que tu préfères à l’école ?
  • Les mathématiques.
  • Ok. Alors dit moi combien ça fait 25230 multiplié par 2,3 ?

Un temps. 6 secondes en vérité.

  • 58029

Vous connaissez l’expression « les bras m’en tombent » ? Là, mes deux bras étaient sur le trottoir, devant l’école de Montoison. Vous savez quoi ? Je n’ai pas vérifié. Je ne veux surtout pas savoir si le résultat est bon. Surtout pas. Mais son regard… ! Jamais je n’oublierais ce regard, le regard de celui qui ne doute pas de ce qu’il dit.

J’ai donc ramassé mes bras.

Noé et moi avons salué Gilles et Timéo, un peu groggy, puis on est passé devant la

Nous avons pris chacun une dose d’EPO (Espérer Pour Optimiser), et nous avons repris nos esprits, enfin chacun le sien…

  • Bonjour, je m’appelle Valérie, et si on parle du « bien-être » de Montoison, moi j’y habite depuis 25 ans, et le bien-être de Montoison c’est surtout ma maison, j’dirais. Et vu l’endroit où elle est située, je n’ai pas beaucoup de connexions avec la vie du village.
  • J’imagine tout de même qu’en 25 ans de présence vous avez vu Montoison évoluer. On en parle… ?
  • Écoutez, j’ai vu surtout des lotissements se construire, mais… je ne suis peut-être pas la bonne personne à interroger… Disons qu’on a perdu nos petites épiceries sur Montoison… Voilà, du coup je vais à Allex, où je vais dans les grandes surfaces. En revanche, c’est vrai que l’installation du bureau de tabac, c’est très bien, j’aime aussi le bon pain de la boulangerie… ! Bon, ils ont changé plusieurs fois de boulanger mais la qualité est toujours au rendez-vous, mais bon voilà… c’est vrai qu’on a perdu quelques commerces de proximité, et puis on a perdu La Poste… (un temps) et ça vraiment, c’est un gros problème… un gros problème de perdre ces Services Publics dans les petits villages. Alors oui… je vois bien des petites associations, qui essaient de faire de l’animation… Bon là ils ont construit un espace pour les jeunes ados, mais il n’est pas très fréquenté, c’est dommage… (un souffle), on va dire que je suis peut-être « un peu sauvage », mais pour moi il ne se passe pas grand-chose. Où alors oui, si vous êtes des parents avec des enfants petits à la Maternelle, ou alors si vous êtes séniors, quoi… Mais entre les deux… ? Par exemple, si on veut une activité de « type », je ne sais pas… Danse ou autre… Là il n’y a rien sur Montoison. Et pourtant le village s’agrandit et il y a de plus en plus d’habitants.

Je me dois d’être honnête avec vous. Les photos d’illustration de la commune de Montoison qui ont agrémentées cet article, ne sont pas les plus belles que Noé Richard Clément a pris. Pour une seule et simple raison, nous vous savons de raffinés connaisseurs du bon goût, que vous êtes des esthètes  qui transcendent ce que nous sommes, nous simples mortels, et que donc, vous savez que cet « instant » de pure grâce aura lieu jeudi dans le Photogram du brillant.fr qui va « boucler la boucle » de la plus belle des façon, ici à Montoison.

PS : J’y pense, à 17h 12, Noé et moi nous nous sommes à nouveau présenté à la porte de la Mairie de Montoison. Mais cette dernière était fermée. Fermée mais en verre, donc translucide. Je regarde à travers. Je vois que dans l’entrebâillement d’une porte femmes et hommes semblent quitter la salle, elles et ils sont debout et semblent rassembler leurs affaires. Je toc à la porte. Un homme me voit, il baisse les yeux. Je retoque. Et là, visiblement je suis entré dans une « no-go zone ». J’en suis vite sorti.

Il est maintenant 17 heures 30, Noé et moi reprenons la route de Crest à 40 km/h en scooter.

À jeudi.

Textes : Mathias Deguelle. Photos : Noé Richard Clément.

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