LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: MIRMANDE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. En premier lieu, je vous dois quelques explications, vous avez été nombreuses et nombreux à vous demander pourquoi lebrillant.fr s’est brutalement interrompu le 23 juin après notre reportage sur Montoison. L’explication est simple : Noé Richard-Clément et moi-même avons été victimes d’un accident de la route. Une priorité non respectée par une voiture, moi qui braque à droite en freinant, et notre scooter qui part dans le fossé. Résultat : rien pour Noé, et deux côtes cassées pour moi, sans compter le visage comme passé à la râpe à fromage.

Aujourd’hui l’accident est derrière nous et j’ai l’immense plaisir de vous annoncer que lebrillant.fr reprend du service avec la visite d’un des plus beau village du département : Mirmande.

Avant d’entrer dans le village dont le Maire fut le vulcanologue Haroun Tazieff de 1979 à 1989 :

Et dont le Maire est aujourd’hui Benoît Maclin depuis 2020 :

La route qui mène à Mirmande nous parle d’énergie…

Et donc de cette « transition » écologique dont nul ne connait la durée, mais dont on peut déplorer les conséquences…

Les premiers à m’accueillir essayent tant bien que mal à extraire du sol le peu de vert au milieu du jaune…

Et déjà, j’arrive aux abords de la commune aux 587 habitants…

Avant d’entrer véritablement dans ce village qui fut donné aux évêques de Valence par les Adhémar, les co-seigneurs de Montélimar, en 1217, mon index ne cesse d’appuyer sur le déclencheur de mon appareil photo :

Allez, je troque le petit moteur thermique de mon scooter, pour une énergie beaucoup plus décarbonée : mes deux jambes. Et une nouvelle fois, mais cela n’étonnera pas tous les passionnés de villages drômois, Mirmande n’échappe pas à la règle : ça grimpe. Mirmande, en plus de se visiter, Mirmande se mérite.

Aujourd’hui Mirmande fait partie du canton de Loriol, mais est situé sur l’arrondissement de Die, ce village qui au XIXème siècle s’est développé grâce à la sériciculture (élevage du ver à soie), me met des fourmis dans les jambes, et c’est avec le souffle court que je vais faire ma première rencontre dans le cœur de la Chapelle Sainte Lucie…

Je m’approche, et comprend que l’art s’est invité dans ce monument datant de 1887.

Une fois plongé dans la fraicheur relative du lieu, je rencontre l’artiste qui expose ses œuvres dans ladite Chapelle.

  • Bonjour, je m’appelle Ninon Millet-Barbé, je suis artiste plasticienne métal sur verre, et là je suis sur une exposition du 21 juillet au 5 août dans la Chapelle Sainte Lucie à Mirmande. Nous sommes donc dans une Chapelle qui est classée au Patrimoine Historique, un beau monument qui est généralement fermé, mais qui est ouvert pour l’occasion, pour cet évènement, par le biais de l’art.
  • Pour vous, exposer vos œuvres dans une chapelle ne doit pas revêtir le même sens qu’exposer dans une galerie de peinture j’imagine ?
  • Oui, c’est vrai, il y a quelque chose qui s’apparente au mystique, mais pour moi c’est avant tout un rêve. C’est un endroit qui dégage des énergies très positives, et qui est vraiment… En fait, c’est juste un lieu magique pour exposer mes œuvres.
  • Quelle est la passerelle que vous faites entre votre travail d’artiste et cette Chapelle, si toutefois cette passerelle existe ?
  • Je dirais peut-être un travail sur la couleur, sur la lumière, et surtout c’est un endroit qui correspond à mes œuvres car il renvoie à un message de paix et d’amour.
  • C’est vraiment ce qu’il se dégage de toutes vos œuvres : une espèce d’apaisement presque hypnotique…
  • Tout à fait. C’est ça… et même de spiritualité, avec les couleurs. Vous l’avez très bien dit, c’est un apaisement, comme une invitation à un voyage dans mon univers qui est un peu cosmique, voir galactique, avec également des influences orientales, des arabesques, des formes qui s’entrelacent entre-elles, et il en résulte quelque chose qui est du ressort de la poésie.
  • Vous êtes mirmandaise ?
  • Pas du tout, je suis de Étoile-sur-Rhône, mais je suis tombée amoureuse de ce village, et donc j’ai été sélectionnée pour me permettre d’exposer dans cet écrin qui est juste fantastique, qui vaut le coup d’œil et qui mérite d’être découvert ici à Mirmande. Ici nous sommes vraiment dans une sorte de havre de paix au sein du village. Alors il y a d’abord eu l’histoire du village qui m’a séduite, sa beauté intrinsèque, ensuite ici il y a beaucoup de galeries d’art, d’artistes, avec pleins de savoir-faire différents, et pour finir, ici les habitants ont vraiment un cœur en or. Alors, puisque votre visite de Mirmande ne fait que commencer, j’invite toutes celles et ceux qui vont lire votre article sur lebrillant.fr à venir ici pour contempler quelque chose de nouveau, qui est dans le monde du verre, baigné dans les couleurs, les effets d’optique, et peut-être leur faire passer la lumière différemment, par la transparence… donc oui, je vous invite tous à découvrir mon travail qui est singulier, original et unique… Évidemment certains reconnaîtrons quelques-unes de mes influences, dont Vasarely, Escher, il y a aussi pas mal de bleu, qu’on peut retrouver chez Klein ou Matisse, et puis il y a aussi, comme je le disais, beaucoup de poésie parce que j’adore la littérature, la poésie, et je m’inspire beaucoup de ça, et puis il y a la musique, puisque ici en fond musical on peut écouter Joan Baez.

Je quitte Ninon, et cette atmosphère méditative pour continuer ma promenade en me faufilant dans les ruelles de Mirmande. Je suis un être grimpant, attentif au moindre détail que mon regard croise. Le spectacle est total.

Puis, pas à pas, la sueur mouillant mon front, je m’approche du point culminant de Mirmande, l’Église Sainte Foy, ancienne Chapelle Saint Didier, rebaptisée en 1124, et devenue Église paroissiale au XVIème siècle.

Et, à ma grande surprise, ici aussi le bijou qu’est l’art s’est invité dans cet écrin sacré.

J’entre dans le saint des Saints…

À ma droite, ils sont deux, tout de blanc vêtus, et ils semblent m’attendre, présentation…

  • Bonjour je m’appelle Cathia Dubreuil, habitante de Mirmande depuis plusieurs générations, ma famille étant là depuis très très longtemps, et surtout maintenant, je participe à des associations comme « Haute Voltige », dont le président est actuellement à ma droite, qui organise des expositions ici à l’Église Sainte Foy depuis déjà quelques années.
  • Bonjour, donc moi je m’appelle Jean-Louis Monnet, alors je suis ardéchois et pas drômois, donc je suis un peu immigré (sourire), et donc comme l’a dit Cathia, je suis le Président d’une petite association « Haute Voltige », et depuis 2013 nous organisons des expositions dans cette Église Sainte Foy.
  • Pour tout vous dire, c’est Ninon qui m’a dit de venir vous rendre visite, pouvez-vous nous présenter cette exposition, bien que l’artiste ne soit pas présent aujourd’hui, Cathia, je vous écoute…
  • Alors le peintre s’appelle Pierre Boncompain et il est né à Valence. Quand il était enfant il venait faire des séjours ici à Mirmande, parce que ses parents étaient pharmaciens à Valence et donc il venait en vacances ici. C’est un monsieur qui aujourd’hui a 84 ans, il partage sa vie entre Paris pour six mois de l’année et Faucon, un petit village qui est juste en dessous de Vaison-la-Romaine, face au Ventoux, et c’est un monsieur qui peint encore tous les jours et qui est connu internationalement. Donc en ce moment, la seule exposition en France c’est ici à Mirmande, mais il y en a une en même temps à New York, et une autre aux Pays-Bas.
  • Jean-Louis, je me tourne vers vous, comment vous pourriez décrire les toiles, et même l’univers de l’artiste Pierre Boncompain ?
  • D’abord si vous me le permettez, j’aimerais faire un aparté avant de vous répondre, si nous faisons cette expo, c’est grâce à la collaboration de Monsieur et Madame Sapet qui ont une galerie à Valence et qui sont des amis intimes, et même des amis d’enfance du peintre. Alors pour revenir aux œuvres de Pierre Boncompain, je dirais que c’est très coloré, que c’est très serein, ce n’est pas un art conflictuel, certains disent qu’il y a dans son œuvre des influences de Matisse et de différents autres peintres comme Bernard Cathelin qui est un autre peintre drômois, que nous avons exposé l’année dernière, donc oui, je dirais qu’on baigne dans la couleur et la sérénité.
  • Cathia, êtes-vous d’accord avec tout ce que vient de dire Jean-Louis, ou avez-vous un avis plus féminin peut-être ?
  • C’est une bonne question que vous me posez parce que beaucoup de gens qui entrent dans cette Église, et qui ne connaissent pas le peintre, nous posent la question, et nous disent « est-ce une femme ? », donc oui, toute sa sensibilité ressort, et c’est très intéressant. D’ailleurs même ses céramiques ont des tas d’influences et de sensibilités aussi bien féminines que masculines.
  • Pouvez-vous nous dire un mot sur les tapisseries qui ornent les murs de l’Église ?
  • Oui alors ce sont effectivement des tapisseries qui sont réalisées par « l’Atelier 3 » à Pantin, avec lequel Pierre Boncompain travaille, un atelier qui a tissé pour les plus grands. L’artiste donne à cet atelier un tableau ou une lithographie, donc une œuvre gravée sur une pierre, et ensuite ces Lissiers mettent environ six mois à recréer l’œuvre originale sur toile.

Ensuite, c’est Jean-Louis qui va me servir de guide. Si les œuvres de Boncompain sont toutes remarquables, l’écrin que constitue l’Église Sainte Foy, ne l’est pas moins. Je laisse la parole à Jean-Louis…

  • Ici il y a une particularité : aux piles des ogives, où vous avez les figures d’un homme et d’une femme qui se font la tête, ou la grimace, et sont surmontées d’une main gauche et d’une main droite pour imager la confrontation des opposés, toutes finissent par se réunir en haut de nos têtes avec le rassemblement de ces ogives en croix.

Je salue Cathia et Jean-Louis, non sans qu’ils me rappellent que l’expo de Pierre Boncompain est visible ici à Mirmande jusqu’au 30 septembre de 11 heures à 19 heures. Je quitte Sainte Foy pour reprendre mon chemin, qui n’a rien d’un chemin de croix, puisque plus belle est la descente, mais avant de me rendre en contrebas de Mirmande, je ne peux contenir ma jubilation devant le paysage.

Je souffle. Je suis repu. Repu de paysages, d’architectures intemporelles, de couleurs, de culture, et de bienveillance. Arrivé au bas du village, mon regard est attiré par une boutique aux allures d’échoppe…

Curieux, je pénètre dans cette antre multicolore qui sent bon un passé ressuscité.

  • Bonjour, je m’appelle Jean-Luc Favre, j’habite à Pont-de-Barret, et je viens de monter cette petite brocante avec une friperie rétro ici à Mirmande depuis 25 jours.
  • C’est tout récent ! Qu’est-ce qui vous a amené ici à Mirmande ?
  • Ce sont des rencontres. Et notamment une personne qui m’a aiguillé sur cette boutique… parce que normalement, je fais ma saison sur la rivière la Drôme et cette année j’ai décidé de changer de voie, par rapport à la météo, et la sècheresse qui impacte la rivière qui déjà était assez basse en début de saison, parce que moi à la base je suis photographe et notamment je faisais des photos de touristes, qui par exemple faisaient du canoé kayak sur la rivière Drôme à Saillans, voilà je représente l’atelier « Lynx Photo ».
  • Ok, donc pour vous est-ce qu’on peut parler d’une forme de reconversion ?
  • Non, j’aurais pu faire la saison, mais vu le niveau d’eau, je me suis dis que… voilà, j’allais commencer sans savoir si j’allais pouvoir terminer la saison, et comme j’ai eu cette opportunité à Mirmande, je n’ai pas hésité.
  • C’est étonnant de tenir une friperie quand on sait que l’été Mirmande est traversé par des gens de passage…
  • Oui et non, parce qu’il y a des gens de passage… des parisiens, des hollandais, parce qu’il y a un camping pas loin, donc non, ces personnes s’arrêtent et je vois les jeunes filles de 18 / 25 ans qui aiment bien les friperies, et elles repartent avec deux robes, un pantalon, deux ou trois petits hauts, et je m’aperçois que les jeunes aiment de plus en plus les friperies, et les mamans aussi ! Quand elles voient leurs filles qui fouillent, et bien elles se mettent aussi à fouiller, et elles trouvent des belles choses.
  • Et c’est vrai que finalement, vous vous inscrivez dans une forme « d’air du temps », le neuf à tout prix n’est plus de mise, le recyclage et le pouvoir d’achat en berne, font que votre friperie « Le Cube » a tout pour plaire…
  • Oui tout à fait , moi ça fait longtemps que je vide des maisons, que je fais un petit peu des vide-greniers, et que je constate que finalement que ce qu’il y avait il y a trente ou quarante ans, est quand même plus solide que ce qu’il y a aujourd’hui, c’est plus beau et plus solide, c’est principalement du coton et non de la viscose qui est quand même un gros polluant… Pour ce qui est de l’échelle de prix, ça va de 3 Euros pour une petite voiture, un petit camion pour un cadeau à un enfant, jusqu’au sac Dior année 70 en super état à 300 Euros… Mais c’est selon ce qu’il y a, selon ce qui passe…
  • J’ajoute que je fais aussi du dépôt-vente sur des petits objets, comme notamment des plaques émaillées de collection comme celle-ci qui est très recherchée, d’ailleurs je vous invite à me joindre au téléphone au 06 73 48 36 74. Merci au Brillant ! 

Je laisse Jean-Luc dans les odeurs d’un passé qui ne demande qu’à revivre et je me pose la question de l’épilogue de ma visite, quand j’approche d’un restaurant qui accessoirement sert aussi des rafraichissements…

Et voyez-vous, cette conclusion c’est une tablée de quatre. Pas des joueurs de poker, non… Mais des rieurs et des gourmets qui savent apprécier ce que la vie nous réserve de plus beau : l’émerveillement.

  • Bonjour, alors moi c’est Raphaël…
  • Alors Raphaël, on dit tout sur lebrillant.fr, voilà, j’ai commencé notre rencontre alors que mon micro n’était pas branché… Voilà, reporter c’est un métier et moi, je continue d’apprendre… Bien. Donc, en off, votre épouse me disait qu’elle venait à Mirmande, notamment pour acheter des bijoux, et elle me disait également qu’au-delà des bijoux, c’est l’écrin, le village lui-même qu’elle appréciait… Raphaël, est-ce que vous validez les mots de votre chère et tendre ?
  • Oui (rire), oui… je valide et je cautionne. C’est tout à fait exact, et même j’ajouterais que nous sommes des habitués du lieu, puisque mes parents avaient une maison pas très loin d’ici, et donc que ce lieu nous est familier, et donc on se fait un plaisir d’y retourner, toujours accompagnés avec des amis pour leur faire découvrir ce merveilleux petit village qui vit au fil des saisons, et nous apprécions beaucoup cette atmosphère de quiétude.
  • Madame Françoise, l’épouse de Raphaël, cette fois mon micro est bien branché, alors, une réaction… ?
  • (rire), « quiétude », c’est très bien, j’ajouterais le mot « charmant », vraiment on tombe littéralement sous le charme de Mirmande. Regardez, les gens qui sont là, en face de vous qui viennent de Reims, sont tout à fait heureux de, chaque année, nous accompagner, pour nous y retrouver dans cet endroit charmant où on se pose, où on mange, où on discute, où on passe du bon temps.
  • Françoise, je me tourne donc vers vos amis de Reims, vos amis Rémois, bonjour madame…
  • Bonjour, je m’appelle Noëlle, et oui… moi aussi je valide tout, tout, tout, ce qui a été dit par Françoise et Raphaël (rire)… Mais c’est vrai que les petites ruelles de Mirmande sont irrésistibles, les vieilles pierres, les petites boutiques, oui… moi aussi, je trouve que c’est vraiment charmant.
  • Monsieur, c’est votre tour, sans me risquer, je vous imagine l’époux de Joëlle…
  • Exactement… (rire), on est tous époux, mais chacun la nôtre… ! (éclat de rire général), plus sérieusement c’est vrai que Mirmande a ce charme typique et très singulier, vraiment ce village, cette ambiance… et puis c’est vrai qu’en sillonnant les ruelles, c’est un peu le patrimoine drômois que l’on foule du pied… et ça c’est vraiment génial, faire cohabiter la culture et le plaisir, il n’y a rien de mieux.

Je remercie mes quatre joueurs et, vous savez quoi ?

Je n’ai rien à ajouter.

Textes et photos : Mathias Deguelle.

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