LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: LES PEINTRES DE RUE DE CHABRILLAN.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Avouez que c’est tordant… lebrillant.fr vous invite à Chabrillan… Lebrillant à Chabri… Ok, mauvais départ. Plus sérieusement, dimanche dernier, le 15 mai, le village organisait un évènement qui a titillé notre curiosité, « La journée des peintres dans la rue ». Alors, hop, ni une, ni deux… Je suis parti à la recherche du pictural sur toile, la fameuse palette chromatique, dans ce merveilleux écrin que sont les rues de ce village de Chabrillan, et j’en ai profité pour réaliser le reportage photo que vous allez pouvoir découvrir ce jeudi dans le Photogram du brillant.fr.

Mais, nous n’en sommes pas là. Ici le propos est certes une déambulation dans les rues arpentées du village, mais avant tout, Le Mégaphone oblige, le but reste avant tout de donner la parole à ces peintres qui étaient installés dans les rues, devenues pour le coup, de véritables galeries de peinture à ciel ouvert.

Allez, soyez toutes et tous les bienvenus dans cette balade multicolore.

Commençons par un groupe de dames qui tout comme moi, n’ont pas forcément l’art du maniement du pinceau, mais qui tout comme moi, sont là pour « La journée des peintres dans la rue », et puis… il faut bien le dire aussi, pour la beauté hors-norme de ce village, Chabrillan.

  • Bonjour, je m’appelle Marie, en fait si je suis ici aujourd’hui c’est d’abord parce que j’aime beaucoup Chabrillan, moi je viens de Valence et vraiment ce qui me plaît ici c’est que le village est fleuri, qu’il est beau, et puis j’aime beaucoup faire le tour des remparts, et en plus il y a la vue, ce panorama incroyable que nous offre ces hauteurs. Alors, je ne sais pas si c’est un bien ou un mal, mais c’est vrai que je n’ai jamais vu de commerce à Chabrillan… (rire).
  • Je continue mon tour de table, sans table, et à vous je donne la parole Madame…
  • Bonjour, moi je m’appelle Marie-Hélène, je viens également de Valence, et moi je viens aujourd’hui spécialement pour « La journée des peintres dans la rue », mais je l’avoue, je suis très sensible à ce vieux village typiquement drômois. Moi je suis drômoise, et j’aime beaucoup cette partie de la Drôme.

Je quitte ce groupe d’esthètes drômoises, et je grimpe un peu plus haut dans le village. Les rues sont littéralement envahies de peintres. Femmes et hommes, les chevalets sont partout, et partout il y a des toiles à admirer… ou pas. L’appréciation de l’art n’est qu’une notion subjective. En clair : « ça dépend des goûts »…

Je m’approche vers une première artiste-peintre.

  • Alors, bonjour, je suis Josette, mais je signe mes tableaux sous le nom suivant « JBon ».
  • Alors, quand vous peignez, j’imagine que vous êtes aussi dans la transmission. Que voulez-vous transmettre à travers vos œuvres Josette ?
  • Transmettre… Alors ça c’est une bonne question… (un temps de réflexion, vous savez, celui où vous prenez le bout de votre nez dans vos doigts NDLR). Moi, vous savez, ce que je veux transmettre, c’est uniquement de très bonnes choses par la peinture, parce que le reste, ce n’est pas la peine d’en parler, mais par la peinture, oui, on peut véritablement transmettre un message positif.
  • Pourtant, et n’en prenez pas ombrage, mais vos tableaux sont tous des représentation figuratives, avec bouquets de fleurs, illustration maritime et petits oiseaux. Donc pour vous, cette transmission de ce que vous appelez « de très bonnes choses », passe par une forme de simplicité ?
  • Tout à fait. Je pense que la complexité du monde dans lequel nous vivons a nécessairement besoin de retrouver le sens de la simplicité, et d’une certaine forme de pureté.

Je quitte l’optimisme de Josette, et je commence à me faire remarquer. Chabrillan est un petit village, et un mec qui se promène avec un appareil photo en bandoulière, et surtout avec un micro à bout rouge dans la main… et bien ça intrigue… Mais moi, vous me connaissez, je reste aussi stoïque qu’une abeille qui butine de fleur en fleur, et ici, de peintre en peintre…

  • Bonjour, je m’appelle Jean Teyssier.
  • Alors Jean, je vous ai arrêté en pleine création, vous êtes face à votre toile et vous avez 1, 2, 3 , 4 pinceaux dans la main gauche, et un pinceau dans la main droite. J’en déduis que pour vous la peinture est plus qu’un passe-temps, « ça vient de plus loin »…
  • Oh, vous savez, moi j’ai toujours été intéressé par l’image. Jusque dans les années 1990 j’ai fait beaucoup de photos, essentiellement en noir et blanc, en argentique, et… vers les années 90, après la retraite, je me suis passionné à fond pour le dessin et pour la peinture… Mais vous savez ma grande passion, c’est la lumière. Je la travaillais en noir et blanc, les transparences, le grain ce qui fait qu’on obtenait de très jolis gris… Ces fameuses « 50 nuances de gris » (rire), en photo, c’est ce qui me travaillait beaucoup, et puis moi je suis aussi issu du graphisme, et ça a compté, l’espace… comment le paysage se créé dans l’espace.
  • Jean, ne vous vexez pas. Mais vous me parlez de la photo avec précision, j’allais dire avec technicité, et là… Je vous vois en train de peindre un bouquet dans un pot de fleur… Vous avez visiblement traversé le Rubicon…
  • (rire inextinguible), vous savez, ce sont les hasards de la vie… Mais vraiment, je ne sais pas pourquoi… bon, quand j’ai décidé de venir à Chabrillan, je me suis dit « bon, voilà, je vais peindre », et la peinture c’est aussi de l’attente. Alors, vous voyez, depuis que je suis là ce matin, je ne fais que discuter, je rencontre des gens et on échange. Et maintenant, à mon âge, c’est ce qui m’intéresse, alors je peins des choses qui sont « un peu décoratives »… mais en fait pour tout vous dire, je peins le contraire de la peinture que j’aime. Mais simplement pour une raison : c’est que je ne sais pas faire comme les peintres que j’aime beaucoup. Moi je reste un admiratif de ces grands peintres, même abstraits… Mais bon, chacun son niveau (rire). Ce matin quelqu’un est venu me parler de Fabienne Verdier, qui est une peintre qui base son travail sur le graphisme…
  • Oui, ce qui nous ramène à Pierre Alechinsky…
  • Ah oui, magnifique Alechinsky… !
  • Donc, ce que vous êtes en train de me dire, c’est que pour vous, la peinture n’est qu’un « médium social »… ?
  • (éclat de rire), oui… ça en fait partie… Ça en fait partie… La peinture m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais pas rencontré autrement. Vous savez au départ, je travaillais chez moi, et donc oui, la peinture m’a permis de m’extérioriser et donc de rencontrer des gens qui étaient intéressés par ma peinture.
  • Alors Jean, vous êtes passé de la photographie à la peinture parce que vous avez changé, ou est-ce que c’est ce changement qui vous a fait changer ?
  • (rire), alors comme disait Georges Marchais en son temps, « je vous remercie de m’avoir posé la question », (rire), non… Bon, c’est sûr que j’ai dû évoluer. En vieillissant on évolue… et depuis vingt ou trente ans je lis, je regarde, des revues de peinture, je vais sur Internet tous les jours, je me nourris de peintures et de photos, et c’est vrai, je reste un grand admirateur de la peinture « des autres »… Plus que la mienne, mais ça il ne faut pas le dire…

Quel bonheur ! Des artistes, partout des artistes ! À droite et à gauche… ! L’art n’est pas un parti politique, et ça nous change !… Tiens, allons à la rencontre de cette dame…

  • Bonjour, je m’appelle Agnès Eustache, et je suis venu ici à Chabrillan pour exposer mes peintures faites avec un pastel sec, et je profite de cette magnifique journée pour montrer ce que je fais, et pour partager avec les personnes. En général, j’ai de bons retours, ça plait… alors, je suis contente !
  • Pourquoi avoir choisi d’utiliser le pastel « sec », plutôt que le pastel « gras » ?
  • Alors moi, j’ai choisi le pastel « sec », parce que c’est infini pour moi… Je commence une œuvre et puis, après, j’y reviens de temps en temps, jusqu’au moment où je me dis « elle est terminée », mais en fait, ça pourrait durer longtemps, mais c’est « elle » qui me dit « ça y est, je suis terminée ». Mais ce que j’aime dans le pastel sec, c’est que c’est du pigment pur, donc la couleur ressort également de façon très pure et très éclatante.
  • Vos œuvres sont très colorées, vous est-il arrivé de travailler le noir, à travers le fusain par exemple ?
  • Alors… peu en fait, parce que je me sers des couleurs pour créer une certaine harmonie… Mais oui, j’ai effectivement fait quelques tableaux en noir et blanc, mais c’était toujours avec du pastel sec.
  • Ce qui est assez singulier dans vos œuvres c’est que vous élaborez une création circulaire dans un cadre qui lui, est par définition carré…
  • Oui effectivement, l’œuvre est circulaire. D’abord si elle est circulaire c’est pour qu’on puisse l’accrocher dans plusieurs sens, et donc, représenter en un tableau, plusieurs tableaux, en fonction de la personne qui la regarde. Alors moi, le cercle m’inspire, et après j’aime bien le mettre dans un cadre carré parce que tout ça, ça s’équilibre : le cercle dans le carré. Je ne pourrais pas mettre un cercle dans un cercle.
  • Vous êtes en train donc, de me parler de géométrie… ?
  • Je pense que oui, mes tableaux sont à leur manière géométriques, mais je n’utilise aucun instrument, aucune règle… Non, c’est juste fait « à la main », même les traits droits, mais vraiment ma recherche c’est l’harmonie, et cette harmonie c’est ma main, et tout « ce qui arrive » ensuite pendant l’acte de création…
  • Une harmonie qui n’est pas dénuée de contrastes…
  • Oui, une harmonie qui n’est pas dénuée de contrastes… C’est joliment dit. En fait les contrastes sont des compléments de l’harmonie, c’est vrai.

Je laisse Agnès et ses ronds multicolores dans ses carrés rectilignes, et je reprends ma marche. Bon, il faut bien le dire, Agnès fait partie d’une minorité des exposants présents dans la rue qui propose une peinture « abstraite »… Oh là… ! Tout doux Jolly Jumper ! Pas si vite ! Mon œil est comme magnétisé par ces toiles qui dénotent joyeusement…

  • Bonjour, je m’appelle Claire Berne, alors ici à Chabrillan c’est la deuxième expo que je fais dans la rue, et vraiment, je trouve le concept très sympa en fait, et du coup, pour moi c’est devenu une espèce de challenge… Alors, moi je fais de l’acrylique sur toile, avec des truelles ou ce genre « d’outils », mais jamais de pinceau en tous cas…
  • Comment vous procédez au tout début de chacune de vos créations ?
  • En fait, il n’y a aucun calcul, « ça » se créé au fur et à mesure, moi je n’ai jamais d’idée particulière quand je commence à peindre. Je choisis trois couleurs, et après la toile elle née « au fur et à mesure », de ce que je fais.
  • Comment vous expliquez l’absence de cercle, ou de ronds dans vos œuvres. Il semble que vous travaillez sur les horizontales, les verticales et les perpendiculaires…
  • Pfuuu… En fait j’aime bien tirer des traits. Tirer des traits qui finissent ou qui ne finissent pas, qui peuvent même sortir de la toile, c’est un peu « vif » quoi… Alors évidemment ça peut évoquer un univers assez urbain, un peu industriel, mais moi j’aime beaucoup ce qui est un peu « indus’ », mais vous savez, on est tous pareil, on est avant tout fait de paradoxes.

Tiens, à ce propos. Au propos d’art « urbain », en quittant Claire et en découvrant un petite place nichée au cœur de Chabrillan, je tombe nez à nez devant un graffeur, aérosol à la main, il est concentré sur la réalisation de sa fresque. Je ne perturbe pas son travail. Juste, je me permets de l’immortaliser en pleine action.

Mes jambes commencent sérieusement à tirer (je crois que je vais résilier mon abonnement à ce club de gym), et là… Autour du lavoir municipal, qui n’a plus qu’une fonction décorative depuis l’avènement du lave-linge, il y a une autre exposition de peinture. Son particularisme ? Seuls des animaux de la brousse ou de la savane sont peints. Je m’approche, persuadé de rencontrer un artiste noire, d’origine africaine, mais non, tout faux. Même si l’artiste ne tenait pas à montrer son visage, l’épiderme de ses mains, vous en conviendrez, nous éloigne de la Centre-Afrique… Mais les mains sont joueuses…

  • Bonjour, je m’appelle Nicole Lavigne, alors mon inspiration c’est principalement l’Afrique, car dans mon enfance j’ai eu l’immense privilège de faire un séjour de trois ans en Afrique, et j’en suis revenue, littéralement, métamorphosée. Alors à l’époque j’avais entre dix ans et treize ans, et quand j’ai mis les pieds dans le premier jardin que j’ai visité, j’ai été immédiatement émerveillée par la végétation équatoriale, par les papillons, par les oiseaux magnifiques de toutes les couleurs. Alors, pour tout vous dire, mon père allait faire des films dans la savane, dans la brousse africaine… Puis ensuite, il nous projetait ses films… et les hippopotames, les buffles, les éléphants, les girafes… J’étais fascinée par tout ça. Nous passions des journées entières dans la brousse, on empruntait des pistes de couleur ocre-rouge, que j’adore toujours… Et c’était une époque où les gens étaient heureux en Afrique Équatoriale, en Centre-Afrique, à Bangui, là où je me trouvais… C’était juste au moment de l’indépendance (le 1er décembre 1958 NDLR), les gens étaient en bonne santé, les villes étaient en bon état, les enfants et les femmes étaient joyeux et riaient tout le temps, et c’était un bonheur !
  • Ne vous fâchez pas, mais vous avez aujourd’hui dépassé l’âge canonique de 13 ans, l’âge de votre départ du continent africain, y-êtes-vous retournée depuis ?
  • Non, jamais. Et je ne veux pas y retourner. Parce que je vois des images, à la télévision, des reportages… non, je ne veux pas.
  • Mais alors, cette Afrique que vous n’avez connu que pendant trois ans, pendant vos jeunes années, elle est devenue comme une sorte de « madeleine de Proust », donc vos peintures, revenons-y, elles sont issues de vos souvenirs de jeune fille, ou bien vous travaillez à partir de photos ?
  • Oui, je travaille avec des photos, obligatoirement. Mais comme je ne veux pas être en infraction avec la loi, les photos, je les achète, ces photos d’animaux africains. Sur Internet, c’est pas cher, et on trouve de belles photos… je sélectionne donc ce que j’ai envie de peindre.
  • C’est pas frustrant de ne pas être en contact « direct » avec la panthère, le lion ou le buffle ?
  • Alors moi, je travaille sur les yeux, sur leur regard. Vous le voyez, ils ne sont pas agressifs « mes » animaux, ils sont soit débonnaires, soit bienveillants… Mais, vraiment, croyez-moi, le rapport émotionnel que j’ai avec l’Afrique je le tiens de ces trois années de présence sur place, des années merveilleuses, le paradis…

Tiens, et pour terminer, si vous m’accordiez la possibilité de vous proposer ces derniers clichés, qui nous prouvent, si c’était utile, que l’art est avant tout une acceptation.

Maintenant, et après cette déambulation dans ce musée à ciel ouvert, je vous donne rendez-vous jeudi pour le Photogram du brillant.fr, histoire de constater que même sans les artistes peintres, Chabrillan est et restera un village qu’on peut voir en peinture… et en photos !

Hey… merci de nous suivre les amis, franchement vous êtes toutes et tous brillants, voir éblouissants… À jeudi… !

Textes et photos : Mathias Deguelle.

Une réflexion sur “LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: LES PEINTRES DE RUE DE CHABRILLAN.

  • 17 mai 2022 à 20h40
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    Merci pour la transcription de nos échanges, j’ai bien dit quelques conneries mais c’est bien sympa😂 jean

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