LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: CE QUE LES CRESTOIS PENSENT DE LA GUERRE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Je n’aime pas la guerre. Pour beaucoup ça va sans dire, pour moi ça va mieux en le disant. Je n’aime pas le rôle que Poutine s’octroie, ce « seul contre tous ». Je n’aime pas les conséquences que tout cela présage. Je n’aime pas la souffrance des exilés ukrainiens. Je n’aime pas les rapports s’ils ne sont que « de force ».

Je le confesse, j’ai aussi une deuxième lecture, mais je suis loin d’être isolé, je parle là de la guerre médiatique. On nous offre une info de l’émotion, une série Netflix en direct. Avec, cerise sur le gâteau, les nombreuses interdictions d’informer ! Les fakes-news ! Les complots ! A croire qu’une bonne guerre doit être sans preuve, muette et aveugle.

Avec ce Mégaphone, nous avons modestement voulu sonder le cœur des crestois, mais aussi leur profond sentiment sur cette guerre, si lointaine… et pourtant si proche.

Noé Richard-Clément et moi sommes donc partis sillonner les rues de Crest, et vous allez le lire, ce ne fut que de magnifiques rencontres.

Merci à tous les participants.

Allez, suivez-nous… ! Bienvenus en humanisme.

  • Bonjour, je m’appelle Sylvie, je ne suis pas crestoise, mais j’ai vécu dix ans à Crest, mes parents sont enterrés sur place, donc c’est aussi pour ça que je viens… moi, j’habite à Lyon, mais donc, je viens régulièrement à Crest, pour redécouvrir la ville dans laquelle j’ai vécu, et dans laquelle je me suis beaucoup plu… Heu… Parlons de la Russie ? Donc. L’Ukraine. Je suis très touchée puisque j’ai ma sœur qui est mariée à un russe, qui habite Lénin’… heu, Saint-Pétersbourg maintenant… Qui est pro-Poutine, bien évidemment, et il y a leur fille Xénia, qui souffre énormément de cette situation puisqu’elle a rompu avec son père… alors, elle a quarante ans et elle est très très affectée… elle habite Paris, et elle est entourée d’ukrainiens… elle s’est fait une petite « cour » de relations ukrainiennes… Bon alors elle comme moi, nous sommes très affectées par cette guerre, moi ça me touche, quand même, de près… Bien évidemment, Poutine, c’est un… c’est un fou. C’est un fou qui ne prend pas soin de son peuple, en tous cas, pas des ukrainiens… et heu… (long silence), moi j’ai peur d’une troisième guerre mondiale évidemment, donc je vis dans la crainte… cependant… je n’écoute pas les informations tous les jours…
  • Justement, à propos de ces infos, quelles sont les différences qu’il y a, entre ce que Xénia vous dit, et ce que les médias d’infos vous rapportent ?
  • Alors… (longue inspiration), Xénia a appelé son père, les deux premiers jours de cette guerre… en demandant « mais comment vas-tu papa ? Tu es en plein dans le conflit… », et lui, son père, lui dit « mais, il n’y a rien, il ne se passe rien, c’est une petite offensive, une petite attaque de Poutine, mais rien ne se passe… », ce qui confirme bien la non-information qu’ont les russes, sur place, pour ne pas informer. Tous les réseaux sont coupés, toutes les informations son coupées… Et donc, quand Xénia a dit à son père « mais, tu rigoles, papa… ça se passe très très mal », il lui a répondu « mais non, c’est de la propagande européenne… rien ne se passe en Russie », donc ça prouve bien que les russes ne sont pas au courant de se qui se passe réellement, et d’autant plus maintenant, puisqu’ils ont coupé les réseaux Internet, les réseaux etc.. Donc, ils sont dans un isolement total, ils ne savent pas ce qu’il se passe.
  • Mais, Sylvie… Considérant sa situation, elle est particulière… Quand Xénia et vous, vous êtes au téléphone… elle vous dit quoi ? Elle est rassurante ?
  • Ah, mais Xénia, elle est atterrée… Elle est atterrée… Elle souffre pour ce peuple ukrainien, Alors il y a une propagande aussi… il ne faut pas rêver, mais bon, on est au courant d’à peu près tout, il y a les réseaux sociaux… donc oui, elle est atterrée, elle a très très peur d’une troisième guerre mondiale. Vraiment.
  • Pour vous cette guerre, vous la vivez comme proche, ou lointaine ?
  • Il n’y a pas de distance dans ces moments là, on est proche de la Pologne, on est proche de tous ces pays qui se sont libérés de la Russie, donc la guerre est à notre porte. Donc c’est pour ça qu’on peut craindre… énormément.
  • Sylvie, est-ce que cette guerre ne nous rend pas un peu paranoïaques ?
  • Ah, non… Pas du tout… ! Poutine c’est un fou ! Il se considère comme un Dieu… un demi-Dieu, et il peut très bien appuyer sur LE bouton, pour faire… (…), il, il n’est pas à « ça » près, il n’en à rien à faire des vies humaines Poutine, c’est un grand malade, un grand fou… Donc il faut en avoir peur. Moi je suis très pessimiste. Franchement. Franchement. Messieurs, Messieurs, vous les grands de ce monde, s’il vous plaît, faites attention.

On l’ignore trop souvent, la rue est l’écrin de beautés féminines qui n’ont pas leur langue… dans la poche. Je demande à Marie-France si ça ne la dérange pas d’être prise en photo par Noé, elle me répond « non… ! Si vous m’assurez que je ne vais pas me retrouver sur un site… enfin, vous voyez ce que je veux dire… ! ».

Moi, dans ce genre de situations, je fais le galant « Madame, ne me tentez pas, votre corps n’est qu’une invitation au voyage… », bref, des trucs de mecs, ou de femmes… !

Hum, je m’égare.

  • Bonjour, je m’appelle Marie-France. Vous savez moi, cette guerre je la vis comme tout le monde, avec la télé… mais une guerre… d’abord c’est la première fois qu’on en voit une, malgré tout… Parce que moi je suis de 1949… Alors j’en ai jamais vu… Mais, ça fait peur, ça fait peur, voilà… ça fait peur, mais bon, par rapport à ceux qui vivent là dans ce pays attaqué… c’est l’autre, le Poutine, il veut récupérer son état qu’il avait laissé… Qu’on lui avait déjà volé avant.
  • Alors, au fond qu’est-ce qui vous fait le plus peur ? La guerre ou Poutine ?
  • Ah, Poutine… ! Poutine, parce que dans ma tête, je pense qu’il est fou ! Il y a un neurone qui a sauté chez lui…
  • Pardonnez-moi, mais quels sont les indices qui vous mènent à ce diagnostic ?
  • Hé… bon… Soit il a fait du Botox… vous savez ? Ce qui fait gonfler les gens… Ou il a un bon cancer, et il est en traitement… qu’il lui fait… comment dire ? En fait, dans sa tête, ça déconne quoi ! Voilà, il veut que tout le monde y passe en même temps que lui, ou j’en sais rien, mais bon… il y a un truc qui va pas. Il ne dit pas la vérité à son propre peuple, alors maintenant ils sont partis en Turquie, pour arranger la chose sur « un plan neutre », un pays neutre, ils y sont pas arrivés, donc il va aller jusqu’au bout. Moi j’ai peur qu’il appuie sur le bouton !
  • Nous sommes environ à 2000 kilomètres de cette guerre. Pour vous vous elle est proche, ou lointaine ?
  • Oh, non… c’est proche. C’est proche. Il y a même des français qui partent. Donc forcément, ça va engager toutes les personnes qui vont s’y engager… Concernés ou pas… et tous les gens qu’on reçoit,, par contre, ça c’est très bien, c’est super de les recevoir… mais attendez… ce que je trouve pas normal, c’est que tous les migrants qui sont venus, la guerre du Golf, l’Irak, tout ça… Il y avait des réfugiés… Personne n’a rien dit… Alors là, pourquoi ? Parce qu’ils sont blancs et blonds ? Vous ne l’avez pas remarqué ? Je ne suis pas la seule à l’avoir vu…
  • Selon-vous est-ce que la guerre peut réveiller les consciences ?
  • Peut-être oui… Parce que ça peut arriver à tout le monde. Parce que déjà nous on est en guerre contre les jihadistes… Ils nous ont bien attaqués ! Vraiment, je n’en sais pas plus, je ne sais pas ce qu’il se passe, j’en sais rien… Voilà, ce n’est que pouvoir et territoire… Mais je pense qu’il ne va pas s’arrêter là, lui… oh, non, je vous le dis, et vous allez penser à moi… Poutine il est fou. Cette guerre elle se passe entre le Président de l’Ukraine et Poutine, il suffit de supprimer l’un des deux et la guerre est terminée… Mais, je vous dirais pas le nom…! (rire).

Noé et moi quittons Marie-France, après moult bises échangées, et nous continuons notre balade, un coup à droite, l’autre à gauche, bref, vraiment, nous « dédalons », parce qu’il faut le savoir, avant la rencontre, il y a l’atmosphère qui précède la rencontre.

  • Bonjour, je m’appelle Francine, voilà… moi je suis un peu désespérée par cette guerre et cette escalade. Je me sens dépossédée de tout pouvoir, de toute possibilité d’action, qui vraiment pourraient aller à l’encontre de cette guerre.
  • Vous avez pensé aux conséquences que cette guerre peut avoir sur nous ?
  • Oui, forcément… Il va y avoir des conséquences… on n’a pas le choix de toute façon, quand on parle « d’efforts »… encore une fois, ça ne dépend pas de nous, et puis il y a tout ce qu’il aurait fallu faire « avant », préalablement, pour éviter cette guerre, et ça n’a pas été fait, donc une fois que la catastrophe est là, on en subit les effets, voilà c’est tout.
  • Vous faites ici référence à l’élargissement de l’OTAN ?
  • Oui, il y a ça, bien-sûr… mais moi je penche plutôt vers une restriction, voir une fin de l’OTAN, je vais plutôt dans ce sens là… Mais même, plus largement, sur des modèles de sociétés, qui mènent à la catastrophe, écologique… capitaliste… voilà, tout ça fait qu’à un moment, on se retrouve dans des états de guerre, de nationalisme, de territoire… et… on n’a plus aucun pouvoir. Là-dessus. On subit cet état de fait. Ce qui n’empêche pas, évidemment de soutenir le peuple ukrainien, ce qu’ils vivent, les individus, mais c’était la même chose en Syrie, c’était la même chose en Irak, et voilà… on est toujours à ce même point, de destruction, de largages de bombes, et de vies détruites.
  • Quelle est la réponse que la France, peut-être que la Drôme, doit apporter à ces réfugiés ukrainiens ?
  • Bon, d’abord l’Europe est vaste, et je pense qu’elle est tout à fait en capacité d’accueillir deux millions de réfugiés, et puis ce n’est pas forcément sur la durée, en tout cas, je l’espère pour les ukrainiens, qui pourront revenir chez eux, à un moment, et dans de bonnes conditions… donc, oui moi je trouve ça normal d’accueillir les réfugiés qui fuient des états de famine, qui fuient des états de guerre.
  • Est-ce que vous avez peur ?
  • Peur ? Bon, je ne sais pas si c’est le mot… de l’inquiétude, ça oui, ça aucun doute.

Vous savez quoi ? Pour tout vous dire, à ce moment de notre petit micro-trottoir, Noé et moi avons subi un phénomène bien connu des psychanalystes, « le phénomène de transfert », en clair, nous avons été sous emprise. L’emprise de l’inquiétude. Et franchement, croyez-moi, ni Noé, ni moi n’avions besoin de ces gouttes d’inquiétude.

Allez, mon gars, on y croit… On va le trouver l’espoir… !

  • Bonjour, je m’appelle Christian… bah, vous me demandez comment je vis cette guerre… C’est un peu bizarre d’assister à cette invasion qui se passe à moins de 3000 kilomètres d’ici… Donc, quelque part on n’est pas concernés, mais paradoxalement on est concernés, parce qu’il y a un nouveau dictateur qui attaque un pays… Regardez un peu l’histoire, et vous allez voir que si vous cherchez dans les années 1936, 1938… Hitler a annexé l’Autriche, qui l’a accueilli à bras ouverts… il me semble que Poutine a fait pareil avec la Crimée il n’y a pas très longtemps…donc, voilà…là, il a attendu que les J.O chinois se passent… Pfuittt…Voilà, il fait la même chose que Hitler, il s’en fout complètement de la réaction, vu comme il est armé… enfin, c’est ce que je pense, il se fout complètement de ce que les occidentaux disent.
  • Vous voulez dire quoi ? On est tous condamnés à refaire toujours les mêmes conneries ?
  • Oui, on refait toujours les mêmes conneries, regardez depuis vingt ans, calculez le nombre de dictateurs, de pseudo-démocrates qu’il y a… l’extrême-droite elle est partout, allez dans les pays de l’Est, elle est partout… ! Poutine a envahi l’Ukraine parce que en Biélorussie, c’est un pote à lui, dictateur, la Tchétchénie, c’est pareil… Il a tué tous ceux qu’il a voulu, et après il met des potes à lui… Voilà… (long silence), moi, j’arrive pas à comprendre… pourquoi les gens, ils veulent être… avoir les couilles, plus grosses quoi… En parlant poliment,..
  • Et si je vous dis qu’à nouveau l’histoire se répète, que l’Europe n’est unie que dans la crise…
  • Oui, mais elle est impuissante de toute façon, parce que… bon, il n’est pas fou, il va peut-être annexer les pays qui sont limitrophes etc… Mais… Bon, je suis sûr qu’il s’attaquerait bien à la Pologne, les russes aiment bien ce pays, je ne sais pas pourquoi, mais comme la Pologne est dans l’OTAN, alors il y aurait réaction… Mais, je vais vous dire, il s’en fout lui, Poutine c’est un fou, il s’en fout des conséquences.
  • Les réfugiés ou les migrants ?
  • On doit accueillir… Vous vous rendez compte, les gens ils perdent tout là… Il faut les accueillir, comme les africains qui viennent, à qui on a tout pris, et n’ont plus rien… qui cherchent juste un endroit pour pouvoir vivre et manger à leur faim. C’est pour ça qu’ils viennent. Et ils ont raison (un temps… un temps très long), c’est marrant… nous vivons dans un monde essentiellement catholique, bon, on va dire chrétien, et moi… moi j’ai pas bien compris ce passage de la Bible où « il faut s’aider les uns les autres, s’aimer les uns les autres, etc… », il me semblait que c’était ça… et bien, non. On prend l’argent, on s’enrichit, et les autres… On les rejette. Pire, on s’en sert.

Bon sang. Autant vous le dire franchement, là, Noé et moi, nous entrons dans une phase hyper dépressive, nous nous regardons et nous sommes obligés d’en convenir « noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir »… Johnny on t’aime… Mais il y a toujours une lueur au bout de tous les tunnels. N’est-ce pas?

Oh, Madame… Vous acceptez de nous parler ?

  • Oui, bonjour, je m’appelle Josette, j’ai 86 ans, et tout ça… ça me rappelle mon enfance. Moi je ne l’ai pas vécu directement, mais voir ces gens… ces maisons démolies… Mais ce ne n’est pas mon avis qui compte, ce sont nos actions, il faut faire des dons…
  • Si je vous dis que la guerre reste une spécialité d’hommes, de mâles…
  • Bien-sûr, jusqu’à présent il n’y avait pas de femmes qui faisaient la guerre ! Ça c’est un jeu d’hommes. Uniquement. Donc je ne sais pas pourquoi, puis en plus là… on a un spécimen… hors-norme ! J’ai l’impression qu’il est hors du temps, qu’il ne s’en rend pas compte de ce qu’il fait, qu’il suit son idée, uniquement, sans penser aux conséquences. Ce que je souhaite… je ne sais pas, que quelqu’un lui tire une balle dans la tête, ou quelque chose d’autre, mais c’est comme ça, ça débarrasserait toute l’humanité d’un dictateur.
  • Vous vivez à Crest, vous êtes ici en sécurité, vous est-il arrivé de penser que cette sécurité ne puisse être que provisoire ?
  • Oui, je le pense, cette sécurité n’est que provisoire. Parce que même s’il n’y aura pas la guerre ici en France, il y aura toujours des choses qui vont se passer, ne serait-ce qu’au niveau alimentaire, au niveau de l’essence ça se voit déjà, et en général au niveau de l’énergie, donc on sera impactés de toutes façons, et puis je trouve que… (long silence), les mentalités changent en bien dans notre pays, au moment des élections, donc s’il y a quelque chose d’un peu « positif » dans ce que je dis,peut-être, que ce serait ça…

Je vais conclure ce Mégaphone par une véritable question : Si la Terre était plate, y’aurait-il actuellement ces 25 guerres sur le globe (chiffre de l’ONU), qui gangrènent aujourd’hui notre planète ?

L’avenir pour une Terre pacifiée, c’est quelle soit comme un terrain de foot, avec un arbitre, et acceptation d’un éventuel match-nul.

Textes: Mathias Deguelle. Photos : Noé Richard-Clément.

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