LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: AOUSTE SUR SYE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Comme tous les mardis soir, nous sommes heureux de vous accueillir au sein de ce nouveau numéro de notre Mégaphone. Comme le veut le principe de ce rendez-vous hebdomadaire, lebrillant.fr va une nouvelle fois donner la parole aux habitants du Val de Drôme, à celles et ceux qui vivent la région au cœur, entre natifs et nouveaux arrivants, nous voulons savoir ce qui charme toutes ces personnes qui représentent et portent notre région. Après notre Photogram, à retrouver en cliquant sur l’onglet « Galerie de photo », nous restons à Aouste sur Sye, mais cette fois ce sont les habitantes et les habitants du village qui vont répondre à nos questions.

Je suis accompagné par Noé Richard-Clément, qui tient l’appareil photo. Quand à moi je me contente de tendre mon micro aux passants. Pour commencer cette série de rencontres, nous nous dirigeons vers cette charmante vieille dame qui semble bien connaître l’histoire de Aouste, et elle va tout de suite nous le confirmer.

  • Bonjour je suis Clotilde, mais comme mon prénom est très vilain, tout le monde m’appelle Mamie Coco… Je suis à Aouste depuis 67 ans, et je viens de perdre mon pauvre mari, il avait 97 ans, et il est mort il y a un an, et il me semble qu’il va encore revenir, il me manque beaucoup… il est mort d’un AVC du jour au lendemain…
  • Mamie Coco, je vous prie d’accepter toutes mes condoléances en mon nom propre, en celui de Noé, et bien-sûr au nom de l’ensemble du brillant.fr…
  • Oui, merci beaucoup, vraiment c’est très dur… Il est parti le soir, je lui ai dit « au revoir mon chéri, j’irai te voir demain », et le lendemain, il n’y avait plus rien… Il me l’a dit « je ne veux pas aller à l’hôpital, je ne veux pas te laisser seule », et puis le lendemain c’était fini… Mais je me rassure en me disant qu’il a fait une jolie mort, il n’a pas souffert… On s’est toujours bien entendu, on a eu trois enfants, on est couverts par des petits-enfants, ils sont tous très gentils pour moi… oui, oui…
  • Alors Mamie Coco, si vous me le permettez, je vais vous changer les idées, dites-moi tout simplement ce que vous pensez de la commune de Aouste…
  • Ah mais c’est très bien, on a un joli village, on a le docteur, on a tout ce qu’il nous faut… C’est très bien notre village, on a la Drôme, on ne s’en lasse pas… jamais !
  • Comment la commune de Aouste a évoluée pendant vos 67 années de présence ?
  • Oh, elle a beaucoup évolué, ils ont fait beaucoup de choses… là par exemple ils vont baisser les murs pour qu’on voit mieux la roche, pour mieux apprécier la Drôme, mais bon, peut-être que ce sont des suppléments dont on pourrait se passer, ils feraient mieux d’arranger nos rues, mais enfin que voulez-vous… il faut vivre avec son temps !
  • Mais alors vous êtes plutôt satisfaite de l’action de la municipalité ou pas ?
  • Non, non… Le Maire, Monsieur Denis Benoît, il a fait beaucoup de choses, et puis on a un nouveau cantonnier… heu, un nouveau policier, et il est très bien, c’est un jeune d’Aouste et oui, il est vraiment très bien, il s’occupe beaucoup du village.
  • Mais là, je vais imaginer que le nouveau Maire ce soit vous, Mamie Coco, qu’est-ce que vous changeriez à Aouste ?
  • Vous savez, je vais vous le redire : entretenir bien nos rues, elles ne sont pas si bien entretenues, et puis il y a les chiens qui crottent de partout… J’ai encore dit hier au policier de faire quelque chose, il y a dit « oui », mais bon… je lui avais déjà dit une fois, il m’avait dit « oui, je ferais quelque chose », alors moi, j’ai 85 ans, et ben, c’est moi qui ramasse les crottes de chiens qui sont devant ma porte le matin. Hier matin j’en ai ramassé trois, je me rappelle mon pauvre mari, peuchère, il me disait « mais pourquoi ? Laisse faire ça, c’est au cantonnier de le faire… », et je lui disais « tu sais, ils roulent dans leur voiture, dans ces crottes de chiens, ça sent mauvais comme tout, et voilà… », mais maintenant on ne dit plus « cantonnier », on dit « technicien », voilà… (rire). Alors moi j’ai été assistante maternelle, j’ai soigné 248 enfants, et mon mari, peuchère, il était maçon.
  • Et si Mamie Coco, je devenais votre professeur, et que je vous demandais de noter le village de Aouste de 0 à 10, quelle note vous lui attribueriez ?
  • Oh, mais moi, je lui mettrais bien 8 sur 10. Je suis très contente de notre village, et puis l’été, on a beaucoup beaucoup de visiteurs, puis Aouste c’est très vieux donc c’est très beau…
  • Je vous remercie infiniment Mamie Coco, surtout prenez soin de vous.

Noé et moi déambulons à travers les rues parfois labyrinthiques de ce magnifique village qu’est Aouste sur Sye, nous sommes épatés par la succession de passages voûtés qui inspirent autant qu’ils fascinent. Au détour d’une ruelle nous tombons nez-à-nez avec une dame que l’on surprend en plein bricolage, elle accepte gentiment d’être interrompue, et de répondre à mes questions.

  • Bonjour, je m’appelle Constance, je suis arrivée à Aouste en 2005, l’année où il y a eu 70 centimètres de neige partout, alors que soi-disant il n’y a jamais de neige ici, il faut dire que moi je venais de la Savoie, et mon mari il était mort de rire, et puis voilà… on est depuis 17 ans ici, j’ai une fille qui a 14 ans, et qui est allée à l’école de Aouste…
  • Vous êtes ici depuis 17 ans, ça vous a pris combien de temps pour vous considérer comme aoustoise à part entière ?
  • Oh, la question qui tue… ! Alors au vue des familles de souche qui sont ici, si être aoustois s’est s’identifier à ces familles là, pour moi ce n’est pas possible. Il y a certaines familles, mais pas toutes, et bien, c’est leur village ! C’est à eux ! C’est à elles, c’est à leur famille. C’est à dire qu’il y a une synthèse entre leur famille et le village, donc nous on est des « estrangers » en fait…
  • C’est marrant, on dirait les propos d’une parisienne…
  • Oui, et non, j’ai quitté Paris en 1988, donc ça fait 35 ans… un peu plus même. Vous savez, j’ai fait les Antilles, la Guyane, ensuite je suis revenue à Aix-les-Bains en Savoie, et ensuite j’ai rencontré mon mari, et voilà, c’est comme ça que j’ai atterri ici…
  • Bon, revenons au bien-vivre, au bien-être, ici à Aouste.
  • Le bien-être, déjà, c’est la proximité de la Drôme, cette rivière qui est magique, et tous les bois qui sont tout autour. Moi, rien que ça, c’est bon, je me ressource, je me balade, je fais mon taï-chi, je regarde les hérons, l’autre jour on a ramassé des aubépines, on s’est fait des tisanes avec… On se soigne en plus ! Donc, c’est juste génial !
  • Mais alors si les habitants sont repliés sur eux-mêmes, si votre seule échappatoire c’est la nature, comment vous y prenez-vous pour trouver une ligne d’équilibre entre vie villageoise et vos échappatoires pédestres ?
  • On se retrouve entres lyonnais et parisiens… ! (éclat de rire), non, je plaisante… mais vraiment ici, les gens de souche c’est compliqué, il faut vraiment être né ici, ou comme mon voisin qui est guérisseur, lui il venait en vacances ici depuis qu’il était tout petit, donc il connaît des aoustois qui sont nés ici, mais moi, ceux-là je ne les connais pas, je n’irais pas boire un café chez eux, ils n’iront pas chez moi. Mais ça fait rien, je me dis « c’est comme ça », je pense même que c’est un peu normal, ils préservent quelque chose. Mais nous, on a la mémoire dans les murs, donc leurs ancêtres, on les connaît… ! C’est habité ici, on n’est jamais seuls ici… !
  • Vous avez rencontré des fantômes ?
  • Oh oui, oui… Il y a des entités, oui oui, il y a plein d’ambiances ici, c’est vieux ici vous savez… C’est ancien, mais moi j’aime bien ça.
  • Vous vous tenez au courant de ce que fait la municipalité pour la commune ?
  • Oui, je lis le journal, mais c’est vrai que… pour avoir participer à « la fête des voisins », à deux ou trois réunions, c’est très compliqué de se faire entendre. D’abord, c’est toujours les mecs qui parlent, c’est toujours les mêmes qui parlent, et puis c’est toujours les grandes bouches qui parlent… même si on a quelque chose d’intelligent à dire, vu que ce n’est pas accepté par l’ensemble des gens… vous le savez très bien : quand on donne quelque chose perçu comme vrai par la majorité des gens, ça devient la vérité. Mais sinon, moi j’aime le milieu rural, et la rue, parce que la rue elle est vivante, contrairement à Paris où dans la rue on doit toujours faire attention, où on peut se faire agresser, on se fait… enfin, je ne sais pas quoi… Ici on est chez nous, donc on peut sortir la table, boire l’apéritif avec les voisins, voilà… Alors, ça s’est fait à Paris par le Covid, mais nous ici, ça se fait naturellement… le pique-nique… dès qu’il fait beau, c’est le paradis en fait…
  • Allez, maintenant, place au jeu… Si vous deviez noter de 0 à 10 votre village, Aouste sur Sye, vous lui accorderiez quelle note ?
  • Oh les chiffres ! Moi je ne les aime pas les chiffres ! Bon, allez… la moitié, 5 sur 10.
  • Donc, « peut mieux faire »…
  • Ah oui, il faudrait tout repeindre, ce serait magnifique, comme à Nice, comme c’est beau toutes ces maisons peintes…!
  • Mais le charme n’est-il pas justement dans le vieillissement de ces murs, je veux dire, si on repeignait une cité aussi emblématique que Venise, avec ses murs un peu lépreux qui participent du charme du lieu, ça changerait l’identité de la ville non ?
  • Ah oui, pourquoi pas ? C’est possible. Vous n’avez pas tort, je n’avais pas pensé à ça. Mais bon, un peu de couleur en plus je dirais, voilà.

Clic-Clac… Noé a immortalisé Constance, nous la remercions, et nous continuons notre promenade dans le dédale du vieux-village de Aouste, quand, au détour d’une rue, nous rencontrons un Monsieur à l’œil malicieux, il accepte de répondre à mes questions.

  • Bonjour, je m’appelle Hubert, moi je suis né ici à Aouste, il y a déjà un moment maintenant, en 1935. Mes parents avaient une ferme sur le plateau, les Haras, et moi j’en suis parti j’avais deux ans. Parce que mon père était malade du cœur, et il ne pouvait plus faire la ferme. Après je suis parti et jusqu’à l’armée je travaillais un peu dans la maçonnerie, la peinture… et après j’ai fait l’armée, les 28 mois en Algérie, et après en revenant, je suis rentré aux PTT, j’ai fait carrière aux PTT, l’actuelle Poste…
  • Comment vous jugeriez l’évolution de Aouste depuis votre naissance, jusqu’à aujourd’hui ?
  • Ça a bien évolué, ça oui… Mais moi je trouve que dans le temps on était mieux… On était mieux ensemble. Alors que maintenant, c’est un peu « chacun pour soi ».
  • Alors, vous savez quoi ? Nous venons de rencontrer une personne qui nous a dit que les aoustois, et surtout les anciens, les natifs d’Aouste, dont vous êtes… ben, ils vivaient un peu dans un « entre-soi », et que les nouveaux arrivants pouvaient avoir du mal à s’intégrer au sein même du village…
  • Je comprends. Ça c’est vrai oui… Alors on ne refuse pas celui qui vient d’ailleurs, mais c’est vrai qu’on se méfie. Oui, c’est vrai, je dois le reconnaître, il faut un moment pour être considéré un aoustois véritable… Oui, pour ceux qui sont restés ici, ils sont gênés quand quelqu’un arrive, c’est vrai, on a tendance à se méfier, oui…
  • Dans quel registre Aouste sur Sye « peut mieux faire » ?
  • Peut-être au niveau de la circulation par exemple. Il faudrait enlever la circulation de la grande rue, mais je ne sais pas si c’est bien faisable… Il y en a qui ne respectent pas les vitesses par exemple…
  • C’est un bon village pour bien vieillir Aouste ?
  • Oui ça va oui… il y a quand même des espaces, là bas, de l’autre côté du pont, vous avez vu? Le long de la Drôme, il y a des sociétés, il y a la pétanque… (rire), je vous parle de la pétanque parce que c’est moi qui m’occupais de la pétanque pendant longtemps…
  • Vous êtes pointeur ou tireur ?
  • Moi, je suis pointeur !
  • Tiens, comme moi ! Allez, Hubert, si vous deviez donner une note de 0 à 10 au village de Aouste, quelle serait cette note ?
  • Oh, je lui donnerais 7 sur 10, voilà.

Je vous ai parlé de ruelles labyrinthiques, de dédales… bon, il me faut tout de même relativiser. Vous n’avez pas besoin de fil d’Ariane pour être sûr de retrouver votre chemin, pas plus que vous n’avez de chance de rencontrer un Minotaure… En revanche, des personnes juchées sur leur montures métalliques, nous en avons croisé deux, deux cyclistes qui ont accepté de me répondre avant de partir en excursion :

  • Bonjour, moi je m’appelle Laurent. Nous habitons depuis maintenant trois ans à Aouste, parce qu’avant nous habitions sur Valence, et on avait l’habitude de venir ici, puis on a eu envie de venir parce qu’on adore… Voilà, on y vit bien…
  • Alors, bonjour, moi je m’appelle Anaïs, on s’est rapproché aussi parce que j’ai une frangine qui a une maison sur Aouste, et c’est vrai qu’on est à 50 minutes de route de Valence, alors pour se voir ça n’avait aucun intérêt, donc du coup maintenant, on est à 200 mètres… et c’est plutôt pas mal (rire).
  • Comment vous le définiriez votre coup de cœur commun pour cette petite commune ? Laurent… ?
  • Alors c’est vrai que nous avons la chance de vivre à quelques mètres de la Drôme, on a l’impression d’être en vacances toute l’année, particulièrement en été évidemment, et puis il y a la facilité de créer un réseau… les gens sont sympas à Aouste, en très très peu de temps on s’est fait un réseau d’amis important, voilà… c’est déjà qualifier le village d’une belle façon, non ?
  • Anaïs, que répondez-vous à ceux qui nous ont dit, que les natifs de Aouste sont un peu « réservés » sur l’accueil des nouveaux venus ?
  • C’est vrai qu’il y a deux parties, il y a beaucoup de gens qui arrivent de Normandie, enfin… il y a peu de aoustois en fait… Quand on regarde, il y a beaucoup de maisons vides finalement, nous on a eu de très bons rapports avec nos propriétaires qui sont d’ici, après c’est vrai qu’ils ont quand même la sensation d’être envahis à certains moments, c’est à dire que quand il y a « la guinguette » l’été, voilà… c’est un peu l’invasion, ça fait du bruit… Mais il y a aussi tous les autres avantages de Aouste… enfin, quand on est à Valence il faut faire 40 minutes de route en voiture pour aller se balader à pieds, ici hop, en cinq minutes on est sur un champ de lavande, on peut prendre nos vélos super facilement…
  • Comment vous vivez la présence de cette proche voisine, la grande sœur, la ville de Crest ? Anaïs ?
  • Pour moi ce n’est pas la grande sœur, la zone commerciale elle est sur Aouste… ! Qu’est-ce que tu en penses Laurent ?
  • J’ai l’impression, mais sans doute que ça ne tient qu’à moi, j’ai le sentiment que les aoustois auraient du mal à aller habiter à Crest. Parce que lorsqu’on en parle avec les gens… alors là, je vais me faire assassiner…! Mais j’ai le sentiment que les aoustois se disent « bah, non, Crest c’est trop la ville »… Je ne sais pas si c’est ce que tu ressens Anaïs ?
  • Oui, c’est complètement ça… et puis voilà, il y a des choses différentes comme les dix gendarmes présents sur le marché de mardi matin ! A priori, sur le petit marché de mardi matin à Crest, il y avait entre la police municipale et les gendarmes, ils étaient dix, voilà… Bon, alors nous on va sur le marché de Crest parce qu’on aime l’atmosphère du marché, on aime nos commerçants… mais par contre il y a une espèce d’ambiance sur Crest qui est oppressante…
  • Oui, je suis d’accord avec toi, c’est vrai que j’ai une certitude, Monsieur Mariton n’égaye pas la ville, on va le dire comme ça… Ça donne pas envie quoi… en revanche ici à Aouste on a une municipalité qui fonctionne bien, qui est plutôt agréable…
  • … et qui nous aide à monter des projets aussi. On est bénévole sur le « Festival Aoustock », en fait… Et d’ailleurs j’en profite pour le dire, il va y avoir une reprise du festival avec plusieurs dates, ça commence le 21 mai…
  • Et si vous deviez noter Aouste de 0 à 10 ? Lui donner quelle note ? Laurent, je commence par vous…
  • Moi par rapport à ce que j’ai pu connaître ailleurs, je mettrais 7 sur 10, parce que je pense qu’il y a quand même des choses à faire, à améliorer… Tu valides Anaïs ?
  • Moi je mettrais 8 sur 10, quand même…

Noé et moi quittons ce binôme amoureux qui s’apprête à pédaler sur les chemins environnants, et nous nous enfonçons dans Aouste. Quand tout à coup… (non, ça c’était pour créer un suspens…), quand tout à coup… Nous entrons dans une petite épicerie. Et soudain, tadada…! Nous décidons d’entrer pour simplement faire connaissance…

  • Bonjour, je m’appelle Guillaume et je suis installé à Aouste depuis deux ans et demi à peu près… Tiens… ! Voilà mon responsable ressources humaines ! (éclat de rire). Alors, plus sérieusement, Monsieur s’appelle Bertrand, et au sein de l’association, il est bénévole et responsable du lien entre la structure associative et les salariés, et aussi l’agencement de tout ça, aussi bien en termes administratifs, que de la circulation d’informations…
  • Bonjour Bertrand, je suis Mathias, je représente le site lebrillant.fr…
  • Bonjour Mathias, que voulez-vous savoir ?
  • D’abord, quand comptez-vous rendre l’argent ? Non, je plaisante… (rire), allez, je redeviens sérieux… Cette épicerie est associative, elle est une association « Loi 1901 » ?
  • Oui, Monsieur Mathias, complètement… Nous sommes tout à fait sous le sceau de la Loi 1901, et toutes les associations peuvent aussi faire œuvre de commerce, et nous on a choisi ce vecteur de développement. Néanmoins ce statut nous empêche de verser des dividendes, on peut faire des bénéfices, mais ces bénéfices sont réinvestis dans l’association, ou au profit des salariés puisque nous avons deux salariés, ou au profit de matériels, parce que vous le voyez, nous sommes encore en cours d’installation, on est petitement logés, depuis le 7 octobre 2020, ça fait donc un an et trois, quatre mois, voilà… On a fêté notre première année de fonctionnement le 7 octobre 2021, c’était une année bénéfique sans toutefois être une année de référence parce que le Covid, et… et voilà.
  • Installer une épicerie à Aouste est tout sauf innocent, après tout, vous auriez pu monter un garage, donc si votre choix a été orienté vers une épicerie, j’imagine que c’était pour répondre à une demande, mais aussi à un manque…
  • A la base de la base on va dire, il y a d’abord un collectif qui s’est créé, qui s’appelait « Et si on osait », déjà depuis quatre ou cinq ans… Moi j’ai été l’un des premiers à en faire partie, et ce collectif a comme démarche particulière, de créer de la convivialité, de faire du « bien-vivre ensemble », donc on a quand même pas mal baroudé, et au départ, on s’étaient plutôt dirigés vers un café associatif, et puis il y a trois, quatre ans, les deux commerces intra-muros de Aouste, les deux épiceries sont parties. A la suite de ça, la boulangerie aussi est partie, donc : désert vivant à Aouste, et donc, de-facto, on a pris une décision, ce ne sera pas un café associatif, ce sera une épicerie associative. Voilà le pourquoi de cette épicerie, c’est vraiment fait pour et par les habitants de Aouste et des environs.
  • Vous êtes déçu d’être passé d’un projet de lieu d’échange et de partage, à un lieu mercantile ?
  • On n’est pas déçus parce que… on a tous rêvé, et peut-être vous Mathias, de jouer à la marchande… ! Et bien, « jouer à la marchande », c’est aussi être en relation avec qui des clients, qui des vieilles personnes, qui viennent pour nous acheter facilement des produits à trois fois un Euro… mais c’est aussi leur sortie, donc on n’est pas du tout déçus, et puis en plus, ce projet associatif… alors c’est vrai que dans 25 mètre carrés, on ne peut pas créer un coin café, mais on espère bien avoir plus grand un jour, et du coup, on vous donnera rendez-vous parce qu’on espère bien créer un coin pour que nos clients puissent boire un jus ensemble, échanger et goûter toutes les fabuleuses boissons que nous avons… quoique non, parce que nous ne sommes pas licence IV, et d’ailleurs, on n’y tient pas (rire).
  • Bertrand, quelle note, de 0 à 10, donneriez-vous à la commune de Aouste ?
  • Ah, ah, ah… ! Là c’est vache ! (rire général), écoutez, c’est une commune où le conseil municipal est à l’écoute des gens qui y habitent, bon, alors c’est vrai qu’on aimerait qu’il soit plus dynamique, plus ci… plus ça… Mais bon, ce sont des gens qu’on connaît, qu’on apprécie, et ça c’est beaucoup… Alors je donnerais un bon 7 sur 10…
  • Guillaume, je reviens vers toi… J’aimerais que tu me décrives le profil de celles et ceux qui viennent ici dans l’épicerie…
  • Houla… ! C’est très varié ! C’est impossible de te donner un profil type, même au niveau des âges, des sexes… enfin, il y a peut-être plus de femmes que d’hommes, mais je pense que c’est dû au fait qu’il y a de jeunes couples qui sont venus s’installer, donc oui, les femmes restant majoritairement plus à la maison pour s’occuper des enfants, il y a plus de femmes que d’hommes, sinon, c’est tous les âges, et après, pour le profil social, là aussi c’est délicat… en plus on fait un peu de solidarité, on choisit par exemple de vendre des produits pas très chers, donc il y a aussi des gens qui viennent et qui n’ont pas beaucoup de moyens, ils viennent pour se dépanner, pour ne pas aller jusqu’à Crest ou plus loin, non… socialement c’est assez large. Mais ce que je remarque, c’est qu’au début, certaines personnes venaient de façon active en se disant « voilà, c’est un commerce de proximité, je veux qu’il se maintienne et se développe, et on vient là sans ce réflexe de comparer ». Et en fait, nous sommes un service avec une démarche positive vis-à-vis de cette « chose » qu’est le commerce, et maintenant, au bout d’un an d’existence, il y a beaucoup de gens qui sont réceptifs au commerce de proximité, et qui n’ont pas forcément envie de soutenir le côté associatif de la démarche, et pourtant ils viennent quand même, parce que ça dépanne, et que finalement c’est un service qui satisfait tout le monde, parce que prendre la voiture c’est compliqué… tout ça quoi…
  • Alors Guillaume ? Tu veux bien nous livrer ta note de 0 à 10 sur Aouste ?
  • Allez, je donnerais 8 sur 10.

Nous quittons, Noé et moi, ce beau… ce magnifique village de Aouste sur Sye, nous promettant d’y revenir très vite. Nous en parlons, et à l’évidence nous sommes tous les deux tombés sous le charme.

Enfin, et pour clore le petit jeu des notes attribuées par celles et ceux que nous avons rencontrés, nous arrivons à une moyenne générale de 7,14 sur 10… Un score plus qu’honorable pour un village qui mérite d’être plus qu’honoré !

J’espère que ce plaisir que nous avons pris à été communicatif, et que, pourquoi pas, vous aussi, vous prendrez plaisir à déambuler au centre de ce village si singulier, si pittoresque, et si authentique.

Textes: Mathias Deguelle. Photos: Noé Richard-Clément.

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