LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: ALLEX.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Aujourd’hui lebrillant.fr continue sa série de promenades dans les villages du crestois et vous embarque cette fois dans le village de Allex. Une commune qui compte pas loin de 2500 habitants, bon, je vous fais grâce ici de l’histoire du village qui vécu, comme beaucoup de communes drômoises, son territoire déchiré par les religions avant d’être placé dans le canton de Crest-Nord en 1800.

Maintenant, je dois ici vous faire part d’un désagrément. Quand Noé Richard-Clément et moi partons visiter ces petits villages qui agrémentent ici le Mégaphone et jeudi le Photogram, nous le faisons généralement en milieu d’après midi pour bénéficier de la lumière du soleil qui illumine nos photos, mais il y a un revers… quand nous visitons ces villages, il n’y a généralement pas âme qui vive pour échanger avec nous. Ce qui fut particulièrement vrai lors de notre promenade à Allex. Vous allez le lire, seules trois personnes ont accepté de répondre positivement à nos demandes d’interview. Alors bien entendu, nous avons croisé plusieurs autres Allexois et Allexoises, mais tous étaient « en retard à leur rendez-vous », ou plus simplement « n’avaient pas de temps à nous consacrer », voir, un grand classique: « refusaient de se faire prendre en photo », donc ils déclinaient notre offre.

Bref, la routine du reporter.

Mais si la quantité n’est pas forcément synonyme de qualité, vous allez pouvoir le lire, les trois interlocuteurs que nous avons rencontrés avaient tous leur singularité, et tous nous ont surpris par la qualité de leurs propos.

A force de déambulations dans les ruelles étroites de Allex, nous tombons nez-à-nez avec un couple. La dame refusera de se plier à l’exercice du portrait-photo, en revanche, son compagnon, le visage blanchi par le plâtre, accepta d’arrêter un instant ses travaux de maçonnerie, pour jouer le jeu du question-réponse, même si son anonyme compagne avait finalement, elle-aussi, son mot à dire.

  • Bonjour, je m’appelle Simon, et je suis nouvellement résident d’Allex. Depuis peu. En fait je bâtis une maison au centre du village, et elle est composée d’un petit studio et une partie maison à rénover, donc pendant la durée des travaux, nous dormons sur place, dans le studio, ce qui nous permet de rénover la maison en fonction du temps… et de l’argent, forcément.
  • Madame, vous qui donc, resterez sans visage, bonjour…
  • Bonjour, je m’appelle Lucie, et oui avec Simon qui est mon compagnon, nous avons acheté cette maison ensemble, en décembre dernier… voilà, nous sommes des « primo-accédants » (rire)… Alors cette maison, nous l’avons cherchée depuis un petit moment, nous sommes dans la Drôme depuis pas très longtemps, on est arrivés en 2020, on ne connaissait pas du tout, ça nous a plu, on a été charmés par les gens, par la nature, enfin voilà… par la Drôme quoi… ! On a vraiment adoré, et on s’est dit qu’on allait acheter, qu’on allait s’endetter, donc on a cherché un an, et puis on a trouvé ce petit bijou… à l’état brut, à retaper et ça nous prend pas mal de temps, mais c’est chouette, c’est un beau projet, on est très contents d’être ici.
  • Mais alors pourquoi Allex, et même j’allais dire « comment » Allex ? Simon…?
  • « Comment Allex ? », alors ça c’est une très bonne question. En fait, nous on est arrivés dans cette région à cause d’un changement de travail et compagnie… on ne connaissait pas du tout la Drôme, c’est un coin qu’on avait jamais visité, et moi à la base j’ai bougé pas mal en France, et on est arrivés ici, parce qu’on voulait absolument changer de région, et oui, on est tombé amoureux directement parce qu’on a très vite trouvé de très bons voisins, qui nous ont fait aimer la région, et l’environnement d’ici nous a immédiatement plu et du coup on s’est dit « vas-y, c’est ici qu’on se pose », et donc on a trouvé cette maison ici à Allex, alors qu’on ne connaissait pas du tout Allex.
  • Et donc, vous avez décidé de bâtir, de construire votre nid d’amour ici à Allex, vous et Lucie…
  • Tout à fait. Moi je suis menuisier de base, mais dans mes « jeunes années », j’ai aidé mes parents lorsqu’ils ont acheté leur maison, avec mon frère et ma sœur, donc oui, retaper une maison ça ne me fait pas trop peur, et c’est pour ça qu’on s’est lancés dans un diamant aussi brut que celui-là, parce qu’il y avait vraiment tout à refaire, plomberie, électricité, fenêtres et compagnie… tout. Et voilà, c’est devenu le projet de notre vie, enfin… pour les quelques années à venir.
  • Alors, autant je trouve que votre projet est, sans jeu de mot, « foncièrement touchant », vous êtes deux amoureux en pleine installation, mais je vous pose la question puisque Noé et moi n’avons croisé personne dans les rues du village, après votre installation, il va falloir penser à créer un lien social avec ces habitants qui ne rentrent chez eux qu’après le travail…
  • Oui, effectivement c’est un village très, très, très, très, très… calme. En fait c’est un village plutôt familial, donc on dépose les enfants et ensuite on part travailler… Bon, là il s’avère qu’en pleine semaine, vous tombez sur nous, mais c’est une chance, parce que moi je me suis blessé, et je ne reprends qu’à partir de la semaine prochaine, donc oui, vous n’allez pas en croiser beaucoup des habitants… Bonne chance à vous! (rire).
  • C’est gentil. Merci. Lucie, je reviens vers vous, est-ce que s’installer ici à Allex a une motivation de prendre un peu de distance, voir de s’isoler ?
  • Pas particulièrement. Mais c’est aussi vrai, on est venus dans la Drôme pour être au calme, donc ça on l’a trouvé, et on aime bien les ambiances de village, avoir nos voisins, en plus il y a des festivités le week-end, l’été… et ça nous suffit, il n’y a pas besoin d’avoir un bar, nous avons un super-toit-terrasse, donc pour nous c’est inutile…
  • J’ajoute que Allex n’est pas très éloigné de Crest…
  • Exactement. Avant nous étions sur Divajeu, enfin voilà… cette région, je ne sais pas… elle amène la proximité, avec les voisins, avec les différentes rencontres qu’on fait, voilà… C’est suffisamment grand pour qu’il y ai « tout confort », magasins, bar, tabac et compagnie… et suffisamment calme, par rapport à n’importe quelle autre ville.
  • Simon, quand la maison sera terminée, vous comptez vous remettre à votre spécialité, la menuiserie, ici localement ?
  • Moi je suis auto-entrepreneur donc en fait je continue, et là je reprends… donc j’ai un grand garage pour pouvoir faire mes meubles et autres… mais oui, je vais continuer comme ça, mais je fais beaucoup « chez les gens » en fait, je suis en déplacement tout le temps. Alors là, je pourrais profiter de votre venue pour vous donner mon numéro de téléphone, mais… je l’avoue, avec le chantier, j’ai pris deux ans de retard… Mais on reste en contact ! (rire).

Nous quittons Simon et Lucie et… et personne. Mais nous avons un recours, nous nous dirigeons vers le bas du village, là où se trouve le Bar-PMU, et la boulangerie. Nous l’avons appris, le patron du Bar-PMU est installé depuis plus de huit ans à Allex, il pouvait nous en apprendre beaucoup. Aïe… le fameux Bar-PMU est fermé. Mais, le hasard faisant, nous tombons tout de même sur lui, le patron, nous l’invitons à la conversation. Il décline, prétextant qu’il revient des courses et qu’il a des produits congelés dans le coffre de sa voiture, et que ça ne peut attendre. Bref, choux blanc. Reste la boulangerie. Et là, une nouvelle belle rencontre nous attendait.

  • Bonjour, je m’appelle Pierre, je suis arrivé sur le secteur d’Allex il y a à peu près quatre ans, je viens de Bourgogne, rien ne me prédestinait à arriver à Allex, et c’est en voulant changer de vie, de trouver un boulot qui me convient, que j’ai trouvé un poste au sein de la commune d’Allex, et donc j’ai vite cherché à habiter ici, et depuis que je suis ici, je n’arrive plus à en partir en fait (rire).
  • Pierre, vous travaillez donc dans la fonction publique ?
  • Publique et privée en fait. J’étais animateur dans le secteur d’Allex, mais maintenant j’ai changé de voie, je travaille à la protection des mineurs, donc je suis éducateur dans des foyers de la protection de l’enfance, et en habitant Allex, c’est vrai que j’ai un choix qui est assez large au niveau de la géographie, et comme Allex se situe tout près de Valence, et pas loin de Crest non plus, donc on est au milieu de tout, et pour le boulot, c’est quand même beaucoup plus simple. Donc, moi j’ai un champ d’action de vingt kilomètres, parce que forcément, avec le prix de l’essence, on évite de se déplacer plus loin, mais c’est vrai que par rapport à mon travail, j’aime bien garder une distance entre mes lieux de travail et mon domicile. Donc vous voyez, j’ai une distance de travail qui va environ à vingt, voir trente kilomètres autour d’Allex, voilà, il y a Valence, il y a Die… et c’est pour ça que j’aime bien cette commune, parce qu’on est vraiment autour de tout et au centre de tout en fait.
  • Pierre, je reviens si vous le voulez bien sur votre travail. Donc vous vous occupez de jeunes qui, vous nous l’avez dit, ont besoin d’une « protection », vous pouvez nous dire à quoi il ressemble le jeune drômois auquel vous êtes confronté… si je puis dire…
  • Alors forcément dans ma profession d’éducateur, moi j’interviens sur les foyers de la protection de l’enfance, donc l’aide sociale à l’enfance, j’ai aussi travaillé pour la protection judiciaire de la jeunesse, qui est basée à Valence… Sur les jeunes drômois qu’on accueille ici, ce sont malheureusement des familles issues de milieux défavorisés, avec beaucoup de problèmes dans leur vie forcément. Alors c’est un métier qui est passionnant, mais pas facile au quotidien parce qu’on est vraiment au cœur de tous les problèmes qui sont liés à la génération actuelle, que ce soit la violence, la drogue, la prostitution, les choses comme ça… Mine de rien, ce n’est pas parce qu’on est sur un secteur qui peut-être peut faire rêver d’autres gens en France, il y a quand même beaucoup de trucs que personne ne voit… Et vous savez, il y a beaucoup de personnes qui ne comprennent pas pourquoi j’exerce ce métier, mais c’est un métier qui mérite d’être exercé avec cœur et passion, il en faut, et il n’y en a pas assez. On est pas assez nombreux dans ce domaine en fait.
  • Pierre, qu’entendez-vous par « il y a des choses que personne ne voit », vous parlez de quoi ? De pathologie psychologiques ? Psychiatriques ?
  • Forcément, ça touche à ça. Mais ce que je voulais surtout évoquer ce sont toutes ces maltraitances faites autour des mineurs. Moi je m’occupe des enfants de 0 à 18 ans, voir jusqu’à 21 ans, pour ceux qui sont encore accompagnés, mais beaucoup ne voient pas ce que ces enfants vivent au quotidien, que ce soit même dans l’institution de la protection de l’enfance, parce qu’ils peuvent très bien être maltraités à partir de 1 an, jusqu’à 15 ans… Malheureusement, il n’y a pas d’âge pour l’enfance maltraitée.
  • Pierre, je voudrais vous entendre sur ce fléau qu’est la présence des stupéfiants chez ces gamins dont vous avez la charge…
  • Vous savez, la drogue, que ce soit la cocaïne, ou… enfin bref… toutes les sortes de drogues… Actuellement, on est dans une société où les jeunes commencent de plus en plus tôt, mais pour moi c’est comme un « effet de mode » pour les jeunes, pour entrer dans « un moule », et à partir de la 6ème, on commence à voir naître des réseaux de drogues, et c’est horrible quand on voir l’évolution, c’est de pire en pire… Mais vous savez, la drogue ça a toujours été, moi il y en avait moins à mon époque et c’était beaucoup plus caché qu’aujourd’hui. Par exemple à mon époque, c’était « le chichon » à la sortie du collège, ou même du lycée pour moi, et maintenant on parle de drogue qui ont vu le jour il n’y a pas très longtemps, alors je ne pourrais pas vous dire tous leurs noms… Mais ce sont des drogues faites pour se faire du mal, mais les jeunes qui les consomment, ils le font juste pour « se péter la tête », en fait… tout simplement.
  • Elle vous inspire quoi cette jeunesse ? De l’espoir ou du désespoir ?
  • Non, on a de l’espoir. Sinon je ne serais pas éducateur aujourd’hui, et là je parle en mon nom, mais aussi au nom de tous ceux qui travaillent dans le social et la protection de l’enfance. Mais vous savez, nous n’avons aucune bonne nouvelle à leur transmettre, le « monde idéal », ce serait qu’il n’y ait plus aucun enfant placé, même si ça allait bien chez tout le monde, on n’aurait plus de boulot (sourire triste)… Mais c’est vraiment ce qu’on souhaite au final. Et on se battra toujours pour ces jeunes qui en ont besoin… Ils sont jeunes, ils ont toute la vie devant eux, et il la commence déjà difficilement, et tout le monde sait que la vie est dure actuellement, donc si on peut leur donner de la force pour commencer, bah… C’est cool.

Nous laissons Pierre reprendre la laisse de son chien, et pour vous dire la vérité, lui et moi, je parle de Pierre, pas du chien, lui et moi avions tous deux les yeux un peu embués à la fin de notre rencontre.

Mais, hop, boum, bimbalaboum, bimboum… Une charmante dame résidente de Allex, accepte de se plier à la douce torture de mes questions.

  • Bonjour, je m’appelle Nawal, je suis originaire d’Allex depuis toujours, puisque mes grands-parents y habitent, j’ai un peu grandi à Valence, mais j’ai passé toutes mes vacances, mes temps de loisirs ici, depuis toute petite, et là j’habite ici depuis… enfin, j’ai mon appartement indépendant depuis maintenant douze ans à Allex. Donc, voilà… je suis ici parce que c’est l’endroit où je suis née en fait… Je suis née à Crest, mais du coup, voilà…
  • Vous allez sans doute me reprocher l’attention que je porte aux détails, mais votre prénom Nawal, a quelque chose d’exotique, je me trompe ?
  • Mon papa est marocain. Mais il est lui aussi tombé amoureux… il est enterré ici à Allex, donc pour moi Allex, c’est quelque chose de très important au niveau familial.
  • Qu’il repose en paix. Mais vous Nawal, c’est quoi votre vie à Allex ? Vous travaillez ?
  • Pas actuellement, mais sinon, je travaillais en restauration. Bon, le Covid a un peu bouleversé tout ça, mais en fait, à Crest il y a un peu de travail, il faut dire qu’ici à Allex, c’est plutôt l’agriculture.
  • Vous êtes allexoise depuis longtemps, cette agriculture que vous évoquez, elle vous concerne ou pas du tout ?
  • Mon oncle a repris la ferme de mon grand-père, il vient de la transmettre à ma cousine, donc oui, je suis issue d’une famille d’agriculteurs, oui… et donc ma cousine a repris la ferme familiale, et elle fait du bio à Allex, voilà.
  • Nawal, qu’est-ce qui vous emballe, à Allex, et qu’est-ce qui vous déballe ? Allez, on commence par vos emballements…
  • La tranquillité. Et puis moi je suis attachée de par mon enfance. Oui, c’est ça… Ici il y a tous mes souvenirs d’enfance. C’est un village tranquille, où on peut avoir tout à portée de main.
  • Et maintenant, qu’est-ce qui vous « déballe » ?
  • La montée des prix. C’est un gros souci. Il y en a beaucoup qui veulent venir habiter et moi-même, je ne sais pas si je pourrais me reloger, je suis sur un loyer qui date d’il y a pas mal d’années. Bon là, je ne fais que parler de l’immobilier, mais il y a beaucoup de jeunes de mon âge, moi j’ai 37 ans… du coup, si on n’est pas en couple pour acheter, c’est compliqué, même pour louer… Vous savez, moi j’ai un loyer qui est un peu « ancien », ça fait longtemps que je suis là, et les tarifs n’ont pas trop augmenté, mais je sais que beaucoup ont du mal à se loger, ça va être un problème ici… Allex, Grane, tous ces petits villages sont devenus assez chers pour les jeunes couples… Après, pour le négatif… Ça ne bouge pas beaucoup, et encore, il y a un bar associatif, mais moi je n’y vais pas.
  • Nawal, lorsque je vous ai vu, vous êtiez accompagnée d’un petit gars…
  • Oui, j’ai un petit garçon. Il a fait toute sa scolarité ici, ma mère aussi a fait sa scolarité ici, enfin voilà quoi…
  • Dites-moi, et bien sûr que votre fils fera son choix, mais… Vous l’imaginez être résident de Allex plus tard, quand il « sera grand »… ?
  • (long silence), heu… ça dépend de lui aussi. Mais moi en tous cas je tiens à conserver ce pied à terre que j’ai ici, au moins un petit terrain de loisirs ou autre… parce que justement, même nous, on a du mal à se projeter pour acheter quelque chose, vu la montée des prix. Mais moi, je veux avoir un petit bout de terre ici, pour que mon fils puisse en profiter dans l’avenir… pourquoi pas ?
  • Un arbre ne donne pas de fruit, s’il n’a pas de racines…
  • (rire), oui, vous avez raison, je travaille sur mes racines.

1, 2, 3… Trois allexois et allexoises, et… trois belles rencontres.

Le PMU était fermé, son propriétaire aussi, mais je m’en moque, j’ai gagné le tiercé dans l’ordre.

Merci à vous trois… ! Et merci au village de Allex. Rendez-vous ce jeudi pour le Photogram du brillant.fr (on vous a réservé les plus belles photos!), et juste pour que vous puissiez le vérifier : A Allex les murs eux-aussi ont un droit de parole.

Photos : Noé Richard-Clément. Textes : Mathias Deguelle.

Une réflexion sur “LE MÉGAPHONE DU BRILLANT: ALLEX.

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