LE LOTISSEMENT D’HERBEMONT: L’AUTRE CÔTÉ DE CREST.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. C’est un endroit très peu ou pas du tout visité, hormis par celles et ceux qui y résident. Pas de panneau qui indique le nom de ce quartier, pas d’éclairage nocturne (pour l’instant), pas de commerces, pas de lieu de culture, pas d’association… uniquement des lieux d’habitation. En France ce genre d’endroit porte divers noms : « Zone pavillonnaire » ou « résidentielle », voir plus simplement « lotissement ». Lebrillant.fr qui décidément s’intéresse à tout et à tous, vous invite à la rencontre des quelques personnes que nous avons croisées et qui résident dans ce quartier : « Les Coteaux d’Herbemont », situé dans les hauteurs, au nord-est de Crest, un quartier de vingt-cinq maisons, qui sentent encore le neuf.

  • Bonjour, je m’appelle Marc, je suis résident ici aux « Coteaux d’Herbemont ». Alors pour l’instant le quartier est encore géré par le promoteur, l’aménageur, une société qui crée les lotissements, mais à terme, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui vont gérer ce lotissement, par le biais d’une association syndicale libre, qui est la forme juridique pour ce type de groupement de propriétaires. C’est un peu similaire à une copropriété si vous voulez. Et pour tout vous dire, j’en suis le Président…
  • Quel coup de chance de tomber sur vous pour commencer notre visite ! Qui vous a nommé Marc ?
  • C’est un vote qui a eu lieu lors de la première assemblée générale constitutive, mais pour le moment il y a encore des démarches à venir pour que ce soit complètement en place.
  • Alors Monsieur le Président, quand vous serez aux manettes, quelle sera votre première décision ?
  • Alors ce ne sont pas des décisions uniquement prises par le Président, parce que tout se décide en assemblée générale, donc ce sont les propriétaires qui décident s’il y a telle ou telle décision à prendre. Mais pour vous répondre, effectivement, il y a des sujets qui s’imposent, je pense notamment à l’éclairage, il y a des lampadaires, mais ils ne sont pas encore en service… Même si je vous l’avoue, c’est très appréciable de pouvoir regarder les étoiles sans pollution lumineuse… sinon il faudra aussi mettre un panneau qui indique le lieu, et après nous verrons selon les demandes… Voilà, des discussions vont avoir lieu sur ces sujets et bien d’autres…
  • Marc, ici il n’y donc que des lieux de résidences, vous êtes excentrés par rapport au centre-ville de Crest et de tous ses commerces et autres lieux de culture, pour vous c’est un avantage ou un inconvénient ?
  • C’est un avantage, tout à fait, vous savez le lotissement est très récent, il n’y a que quelques années, que les maisons sont en place, donc oui… c’est tout à fait agréable et reposant de n’avoir que des habitations, et j’espère que ça le restera.
  • Pourquoi cela ? Vous vivriez comme une intrusion la construction de commerces au sein du lotissement ?
  • Construction, ou utilisation d’habitats privés pour un usage professionnel, donc ça serait effectivement une gène, parce que l’un des intérêts du lotissement c’est que c’est calme, reposant comme je vous le disais…
  • Pour vivre heureux, vivons cachés ?
  • Non, pas du tout, on est, comme vous pouvez le constater, on est très très proches de Crest, donc on est pas isolés ni cachés, mais ici c’est tranquille, et ça doit le rester.
  • Quel regard posez-vous sur le centre-ville de Crest ?
  • Bon d’abord ici il y a un immense avantage, c’est la vue, ensuite je reviens au calme, il n’y a pas d’allers et venues dans tous les sens, de commerces et autres… et sinon, mon regard sur le centre-ville de Crest, comme tous les centres historiques, ça mériterait peut-être d’être un peu rénové pour peut-être, une plus grande mise en valeur du site.
  • Comment se passe la vie sociale ici à Herbemont, les rapports entre voisins… je vous pose la question, parce que j’ai un peu le sentiment de me promener dans une ville dortoir.
  • Non, pas du tout… c’est très vivant, c’est comme un petit village, simplement, à cette heure là, il est près de 15 heures, les gens travaillent, les enfants sont à l’école… Non, non, il y a une bonne entente entre les résidents, donc oui, ça se passe bien.
  • Faites-nous le portrait de l’habitant du Coteau d’Herbemont, ce sont plutôt des personnes âgées, des retraités ?
  • C’est mixte. Il y a un peu de tout, des personnes âgées, des personnes jeunes avec des enfants, des personnes qui travaillent et qui sont célibataires etc… Vraiment, il y a un peu de tout.
  • Financièrement, les résidents appartiennent plutôt à « la classe moyenne »…
  • Alors je ne pourrais pas trop m’avancer sur le sujet, mais oui visiblement, vu le type d’habitat, c’est probablement vrai, mais je ne vais pas m’avancer sur les revenus ou le patrimoine des personnes qui sont ici.
  • Et si je vous fais part de ma première impression, celle qui m’a sauté aux yeux en arrivant… je parle de la similitude esthétique entre toutes les maisons du lotissement… Il s’en dégage une sorte d’uniformité assez déroutante… Pour tout vous dire, j’avais l’impression d’être projeté dans la série « Desperates Housewifes »…
  • Bon, alors je ne connais pas la série à laquelle vous faites allusion, mais ce n’est pas le cas des personnes qui visitent, au contraire, elles trouvent que c’est un peu « le village gaulois », très disparate… parce que les constructions étaient libres ici, sauf sur certains aspects comme les toitures et autres… mais sinon, non… ce n’est pas particulièrement uniforme, non, je ne trouve pas, au contraire… (rire).
  • Est-ce que moi, je peux postuler pour acquérir une maison ici à Herbemont ?
  • Malheureusement pas, c’est limité par rapport au nombre de maisons sur place, ça n’ira pas plus loin, d’autant que le PLU (Plan Local d’Urbanisme) a été modifié, c’est à dire que tout ce qui est autour n’est pas constructible. Et de toute façon, si ça se développait, ce ne serait pas que notre lotissement qui serait impacté, mais c’est aussi l’accès, puisque ça bouchonne dans Crest fréquemment, donc les voies d’accès sont limitées et ça engendrerait des embouteillages, entre-autres désagréments. La politique de la ville n’est pas d’augmenter l’urbanisme dans ce secteur.
  • Comment faites-vous vos courses ?
  • A vélo, dans le centre-ville. Bon pour le retour ça grimpe un peu, il y a le poids des courses, mais ça se fait, ça se fait… Ça maintient en forme !

Noé Richard-Clément, qui est le photographe de ce reportage, et qui signe toutes les photos que nous allons consacrer aux Coteaux d’Herbemont, jeudi dans le Photogram du Brillant, et moi, quittons Marc, et nous nous dirigeons vers une villa qui est l’exception du quartier. Souvenez-vous des mots du Président Marc : «  l’utilisation d’habitats privés pour un usage professionnel, ça serait effectivement une gène »…

Or, ici il y en a un. Un habitat privé qui a un usage professionnel. Nous sonnons. La porte s’ouvre, nous sommes accueillis par une charmante jeune femme, qui tient son petit chien dans ses bras.

  • Bonjour, moi c’est Laurie, je suis esthéticienne, mon cabinet s’appelle « Douc’ Heure », donc je propose tout ce qui est « onglerie », « soin visage », « soin corps », « épilation » chez moi, à mon domicile, donc j’ai créé une cabine chez moi, exprès pour les clientes.
  • Dites-moi, pour vous trouver, c’est super compliqué…
  • (rire), non… il faut suivre le GPS… Mais d’un certain côté, vous avez raison, pour rejoindre mon cabinet d’esthétique, il faudrait un panneau qui indique l’adresse où je pratique, mais ça n’a pas encore été mis en place, parce qu’il faut que je vois avec l’ensemble du syndicat du lotissement. Et c’est très compliqué… Pour tout vous dire, il y a une majorité de personnes qui s’y opposent, et une majorité de personnes qui sont plutôt pour…
  • Laurie, là, ça fait deux majorités (rire)…
  • C’est ça… (rire), donc il faut voir… Il va falloir qu’on passe par une assemblée générale, pour voir tout ça… Mais les choses sont en train d’évoluer, et j’ai bon espoir… enfin, plus ou moins, après s’il faut changer les choses, on les changera, mais il n’y a pas de soucis au niveau de la Mairie, donc je me dis qu’il n’y a plus que le lotissement à convaincre… le plus dur reste à faire (rire).
  • Finalement, pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer dans ce lotissement, plutôt que dans le centre-ville de Crest ?
  • Moi, ce qui m’a donné l’idée d’être à domicile, c’est ma coiffeuse qui est sur Mirabel-les-Blacons, qui a fait aussi son salon de coiffure chez elle, et elle m’a dit « pourquoi pas, essayer dans l’esthétique », voilà… ça été un peu mon modèle on va dire… Mais ça reste un pari… Un pari osé… on va voir, on y croit.
  • Ça fait combien de temps que vous pratiquez ici ?
  • Depuis novembre… donc c’est tout récent, mais je suis esthéticienne depuis dix ans, et je dois le dire, je suis plutôt contente, je commence à me faire connaître, donc oui, je suis motivée ! Qui ne tente rien n’a rien, et quand on aime son métier, on peut tout donner, donc on verra… le temps fera les choses.
  • Laurie, des esthéticiennes, il y en a un peu partout dans la région, alors… pourquoi aller chez vous plutôt que chez une autre ?
  • Parce que je suis très douce. Que j’aime mon métier depuis des années, donc j’ai toujours fait ça, je suis très passionnée, et voilà… il n’y a plus qu’à tester !
  • Merci Laurie, je vous souhaite d’avoir pleins de clients, pleins de panneaux pour signaler votre présence, et…
  • Et un voisinage plus sympa… ! Mais vous savez, c’est comme partout, il y a toujours des râleurs, c’est la société qui est comme ça…
  • Mais vous comprenez ce qu’ils peuvent redouter ? Que vous soyez la première a pratiquer une activité commerciale à domicile et que vous soyez le début d’une épidémie qui envahisse tout le lotissement… Vous voulez rester la seule exception ?
  • Oui, et je l’assume. Mais… on va se battre, s’il le faut.
  • Laurie, comment peut-on entrer en contact avec vous ?
  • Soit par téléphone, au 06 08 46 89 01, après j’ai aussi une page Facebook : « Douc’ Heure by Laurie ».

Allez, Noé et moi reprenons notre marche. Le lotissement n’est pas à proprement parlé « envahi » par une foule bigarrée et délirante, non pour tout dire, en cet après-midi, Herbemont est plutôt très calme. Mais nous deux, nous sommes très très patients. Façon pécheurs. D’abord on appâte, ensuite on ferre. Mais sans vers de terre et sans hameçon. Juste avec de simples questions. Ensuite, on va s’en rendre compte, les habitants des Coteaux de Herbemont, ne sont pas des poissons. Oh, ça non, ce sont de vrais êtres humains, qui sont toujours dans la joie de l’échange et du partage.

  • Bonjour, Madame, bonjour Monsieur… Vous êtes mari et femme ?
  • (rire), non, on va dire « compagnon de vie »… Compagnons de route… !
  • Bonjour, moi c’est Annick et on est là depuis le 25 mars de l’année dernière.
  • Bonjour moi c’est Marc…
  • Annick et Marc, je vais vous titiller, mais je ne le fais que dans le but d’obtenir des réactions, rien de personnel… Comment vous vivez cet isolement, par rapport à tous les centres d’intérêts que peut apporter le centre-ville de Crest ?
  • Bon, c’est moi qui vais vous répondre (Annick), on n’est pas du tout isolés, parce que nous on vient d’Upie, où justement on se sentait isolés, et si on s’est rapprochés de Crest c’est justement pour être un peu moins isolés, et là… à pieds, on est à un kilomètre du centre-ville, moi en plus j’ai acheté un vélo électrique pour pouvoir monter et descendre la côte, donc, pour nous, on est en ville là… Marc… tu as quelque chose à ajouter ?
  • Oui, moi, je n’ai pas de vélo électrique, mais j’ai mes pieds… Mais bon, le cinéma, on prend la montée Saint Antoine et l’Eden n’est pas si loin… en fait, on est un peu à l’écart, on a une belle vue, un beau panorama, et en fait, on n’est vraiment pas loin du centre-ville.
  • Est-ce que vous verriez d’un bon œil que des commerces s’installent ici, je parle de commerces « à domicile »… ?
  • Ça dépend où… Pas devant notre fenêtre en tous cas, ça c’est sûr… (rire), mais on n’est vraiment pas loin là, on va au marché tous les samedis, vraiment… on n’est pas loin du centre-ville, on n’a pas besoin d’avoir des commerces en plus. Tu en penses quoi Marc ?
  • De toute façon, ils s’installeraient où ces commerçants ? Tout ça c’est une zone protégée… Annick, je te laisse compléter…
  • Oui… on voulait être à la campagne, sans être en ville, donc si les commerces s’installent ici, à ce moment, on n’est plus à la campagne (rire)…
  • J’ai posé la question à Marc, le Président de votre association de résidents, je lui ai fait part de l’uniformité esthétiques des habitats ici à Herbemont… Quel est votre sentiment à vous ?
  • Bah… nous ça ne nous gène pas du tout, vraiment… Non, en revanche, ce qui est important pour nous, c’est l’intérieur de la maison, c’est pas forcément l’extérieur, donc on s’en fiche de quoi ça ressemble à l’extérieur, en fait. Mais c’est vrai que pour l’instant, dans un lotissement, on n’est pas tellement à l’extérieur avec les autres gens… Peut-être cet été, mais c’est vrai que pour l’instant… bon, on va se voir à des réunions, donc on parlera un peu plus facilement, mais on se croise, on se dit « bonjour »… ouais, on n’est pas chacun chez soi, nous on parle avec nos voisins… Donc oui, il y a un début de vie sociale, parce qu’on est tous là depuis peu de temps, donc oui, il faut le temps que les choses se fassent… Mais les gens sont assez sympas, les gens se parlent, se disent « bonjour », donc il n’y a pas de raison…
  • Marc, je vais vous poser une question. A part vous, Noé et moi n’avons pas eu à loisir de contempler des jardins, or, vous, quand nous sommes venus vers vous, vous étiez en train de jardiner… Et, ici, je le pense, l’environnement végétal manque cruellement…
  • Oui, c’est vrai… Alors moi, j’aménage « à ma façon », ça faisait partie de toute façon, de notre idée : avoir un grand jardin. Par contre vous parliez de l’uniformité des maisons, et là, je ne suis pas d’accord, elles ne se ressemblent pas toutes… Là-bas, il y a une maison en bois, au fond il y a une maison rouge, enfin, elles n’ont pas toutes la même forme.
  • Permettez Marc, vous avez une fleur dans les cheveux… Je trouve ça très romantique que cette fleur, vous la destiniez à votre « compagne de vie », Annick… (rire).
  • Ah, non, ça c’est la fleur du péché ! (rire)…
  • Malgré, l’environnement qui est le votre, est-ce que vous l’aimez, le centre de Crest ?
  • Ah oui ! On aime beaucoup, on aime beaucoup… On aime beaucoup y aller, aller au marché, la « Fête Médiévale », ça fait des années qu’on s’y rend… costumés en plus ! Oui, oui, on aime beaucoup ! Non, vraiment, il est chouette le centre-ville de Crest… Mais nous on voulait la campagne, pour avoir une jolie vue… Voilà, on voulait la campagne, mais pas très loin du centre. On a habité un mois et demi à Montmeyran en attendant de faire construire… c’était une maison qui n’avait pas de jardin, on était malheureux… non, nous il nous faut un extérieur, il nous faut une grande terrasse, et puis Marc, il faut qu’il fasse du jardin, sinon ça ne va pas du tout, il est… il déprime (rire)… C’est pas vrai ?
  • Oui, moi je dois toujours avoir quelque chose à faire… !
  • Mais Marc, tu peux aussi le dire, nous avons un ami qui a une jolie maison à l’intérieur de Crest, sous les escaliers qui montent à La Chapelle des Cordeliers, et bien, il est très très bien son appartement, il a même une terrasse qui donne sur les escaliers, il est très bien… Nous on voulait la campagne, mais sinon, il y a des appartements très bien au centre-ville de Crest. En fait à Crest on a tout sur place, les grands magasins, la Fnac tous ces machins là, on a tout… Donc, nous on est ravis, nous on est bien là (rire). En plus on n’a pas besoin de piscine, on descend, on a la rivière, juste là en bas… l’été dernier c’est ce que je faisais, je prenais ma serviette, et hop… j’allais me baigner !

Tiens, nous parlions de jardinage… Après avoir quitté Marc et Annick, Noé et moi, empruntons « l’artère » principale du lotissement, et nous tombons nez-à-nez avec une dame, les deux pieds dans la terre, avec une pioche, les gants de jardinage terreux en mains. Tout sourire, elle accepte de répondre à mes questions.

  • Bonjour, je m’appelle Solange, j’habite Les Coteaux d’Herbemont, à Crest. Donc moi je travaille, je suis encore en activité, et habiter ici n’est pas une « mise en retrait », même si pour l’instant vous me voyez dehors en train de jardiner, avec les doigts pleins de terre… donc ce n’est pas un retrait, c’est plutôt une envie de profiter de cette magnifique Tour… mais, de loin. Cette vue est magnifique, et les crestois sont tous très sympathiques, et l’endroit est très paisible.
  • Vous ne vous sentez pas, parfois, éloignée du centre de Crest ?
  • Pas du tout… pas du tout, on n’est pas du tout loin du centre, le marché est à dix minutes d’ici, à pieds, donc non… c’est parfait, les écoles ne sont pas très loin… Bon, moi mes enfants sont grands, donc je ne parle pas là de ma situation personnelle, mais par exemple, le cinéma j’y vais à pieds, donc oui, on peut tout faire à pieds, le « Carrefour Market » est à dix minutes d’ici, vraiment, tout est à proximité. Ici, c’est le juste compromis. La juste distance.
  • Vous ne pensez pas, donc, qu’entre le centre-ville de Crest et vous ici à Herbemont, c’est un peu « deux salles, deux ambiances » ?
  • Non, non… Je ne pense pas. Mais c’est vrai que peut-être qu’on est bien chacun dans notre coin, tout en se retrouvant, surtout l’été, puisque l’été il y a beaucoup plus d’animations dans le centre-ville, donc oui, les habitants des lotissements descendent, à ces moments-là.
  • Vous dites que vous n’êtes pas loin du centre-ville, mais « eux », est-ce qu’ils sont loin de vous ?
  • Peut-être. Mais on est bien comme ça aussi je crois. On aime bien avoir notre tranquillité, et je pense que « eux » aussi… Mais moi je ne fais pas de clan, c’est pas mon habitude déjà de faire « des clans ».
  • Maintenant Solange, nous allons entrer dans une forme de fiction, qui donc par définition, n’aura jamais lieu… Imaginons. Imaginons, que d’un coup, décision soit prise « d’habiller » Herbemont de commerces, de lieux de culture, de services publics, bref de tout ce qui fait l’attrait d’un centre-ville… Vous le prendriez mal, non ?
  • C’est une grande question. Je ne sais pas si je le prendrais mal. Je pense qu’il faudrait alors se consulter réciproquement, pour discuter d’un projet… mais tous les projets sont intéressants… Est-ce que je le vivrais mal ? Là, aujourd’hui, en effet, si j’ai un cinéma qui s’installe à côté, alors qu’il y en a un en bas, pareil pour des magasins… je vais dire « quel est l’intérêt ? », et là, l’intérêt pour la vie de Crest, je ne le verrais pas pour le lotissement.
  • Est-ce qu’on se sent « à l’abri », ici à Herbemont ?
  • Ah oui, complètement. Il y a une seule chose qui est pénalisante, c’est l’adresse. Ou plutôt, la longueur de l’adresse : « Lotissement Les Coteaux d’Herbemont, route des Sétérées à Crest », je crois que je n’ai jamais vu une adresse aussi longue… C’est juste ce petit handicap, qui me fait sourire, voilà.

Noé et moi laissons Solange à ses occupations de jardinage, et nous revenons vers le haut de Herbemont, et là… comme le hasard ne voyage jamais seul, après avoir rencontré Marc, le Président du quartier, nous voici face-à-face avec Madame la Vice-Présidente de cette association.

  • Bonjour, je m’appelle Lila, je demeure, mais vous le savez, au lotissement des Herbemont…
  • Lila, vous en pensez quoi de ce mot « lotissement » ?
  • C’est un terme qui n’est pas adapté en fait, je n’aime pas ce terme parce que c’est un mot valise, qui ne signifie rien, qui ne veut rien dire, et qui ne fait pas état d’un collectif. Parce qu’ici on vit en collectivité, chacun, chacune, vit dans une petite maison, mais il y a un savoir-être avec les uns et les autres, il y a un partage, il y a du lien social, c’est comme un petit quartier. On se connaît, on connaît les enfants, les enfants circulent, les gens circulent… enfin, il y a un mode de vie pour un lotissement qui n’a qu’un an et demi.
  • Vous en parlez comme d’un « autre centre-ville »…
  • Oui, je dirais que c’est un quartier voilà, un autre centre-ville, un petit quartier qui est différent, qui est un petit peu excentré, qui est sur les hauteurs de Crest, où il y a une véritable vie de quartier qui se reflète, qui commence à se refléter, les gens se parlent, s’apostrophent, se donnent des conseils pour le jardinage, pour les gardes d’enfants, il y a un échange à tous les niveaux…
  • Cependant, Marc nous l’a confié : pas de panneaux de signalisation ou indicatifs, pas d’éclairage public… Malgré ces petites lacunes, vous vous ne vous sentez pas oubliée… ? Vous vous sentez plutôt « à l’abri »…
  • Disons que comme nous sommes décideurs de ce qu’on fait, l’éclairage nous allons en discuter, donc oui, nous nous sentons à l’abri… Vous savez, vous me parliez de Marc notre Président d’association, or moi j’en suis la Vice-Présidente, de ce collectif de quartier, de ce lotissement. Nous nous connaissons, nous nous sommes rencontrés, mais on n’a pas encore fait d’assemblée générale, et c’est au niveau de cette assemblée générale que nous allons décider du fonctionnement du lotissement, ensemble, chaque locataire aura droit et voix de ce qu’il veut dire, de comment ça fonctionne. Donc, c’est un fonctionnement plutôt démocratique.
  • J’ai une analyse à vous soumettre : est-ce que le centre-ville de Crest, n’est pas le « Crest des pauvres », et autour de Crest, dans les hauteurs, ce serait réservé au « Crest des riches » ?
  • Non, pas tout à fait, parce que dans les lotissements il y a aussi des gens qui ont des revenus très modestes, comme vous le voyez, chacun construit et met la main à la pâte, y va doucement, se construit doucement son petit logement, parce qu’ici les loyers… enfin, par rapport à un crédit, c’est similaire, quand on voit les loyers du centre-ville, c’est similaire à des loyers de petites maisons de 70 mètres carrés.
  • Lila, acheter une maison ici, à Herbemont, c’est un investissement de combien d’Euros ?
  • Je dirais 220 000 Euros à peu près. Avec le terrain, tout compris, les travaux finis… pour un petit produit, 220 000 Euros… Mais je ne connais pas tous les tarifs, mais voilà… Je dirais 220 000 Euros pour une famille.
  • Quel plaisir vous retirez à habiter ici ?
  • Le plaisir c’est d’être un peu plus dans la nature. Sur les hauteurs, d’avoir de la perspective devant soi, de regarder et de ne pas être dans un espace fermé. Et puis aujourd’hui, d’un point de vue écologique, on est bien obligé de regrouper les habitats, donc c’est aussi être en lien avec la nature. Lorsqu’on prend un terrain, on a de moins en moins de constructions possibles, hors lotissement, hors petits regroupements, c’est aussi préserver la nature que de regrouper les besoins de plusieurs maisons, plutôt que de les disperser dans la nature et de polluer, donc c’est aussi participer au bon fonctionnement de la nature, puisqu’on regroupe certains fonctionnements, contrairement aux grosses maisons qui vont avoir un vide sanitaire, un tout-à-l’égout, ou je ne sais quoi… là c’est plutôt regroupé, donc oui on participe à la préservation de la nature. Alors c’est vrai que nous sommes préservés, mais en même temps, il faut cohabiter avec les agriculteurs, il faut cohabiter avec la ville, donc c’est un entre-deux, un entre-deux qui n’est pas inintéressant. Et puis bon, nous on a des petits bouts de terrains, et on ne va pas s’en plaindre.
  • Allez Lila, votre portrait de Herbemont est tellement idyllique, que la question s’impose : quel est LE point noir de votre lotissement ?
  • Les transports pour les enfants. Il y a beaucoup d’enfants dans les lotissements, il y a beaucoup de familles, et il faudrait peut-être que la Mairie pense à adapter des lignes de bus en fonction des lotissements, dans le PLU valide, et ça préserverait en terme de pollution, ça éviterait qu’on utilise tout le temps nos voitures pour les courses, pour accompagner les enfants pour des activités, s’il y avait des bus, ce serait parfait.

Enfin, et pour terminer ce reportage « d’outre-Crest », Noé et moi, repérons un homme bien charpenté, visiblement en plein travail… Nous grimpons la petite côte qui mène à sa villa, et nous tombons nez-à-nez avec une piscine qui va faire la joie de tous dès cet été. L’homme est bienveillant, nous sommes les bienvenus.

  • Bonjour, je m’appelle José. J’ai 65 ans. On est résident ici depuis deux ans. Depuis la retraite. On était sur l’Isère, et on est venu habiter sur Crest, sur un coup de cœur… Alors peut-être que je dois vous dire comment il a eu lieu ce coup de cœur… Alors voilà, c’est tout bête, en fait on a passé un week-end avec des collègues d’enfance à Mirabel-les-Blacons, et en visitant Crest le coin nous a bien plut, voilà… et à la retraite, on est venu s’installer ici.
  • La piscine c’est pour les enfants ?
  • Et pour les petits-enfants ! On est plein-sud, on a un peu de vent, mais écoutez, ça fera l’affaire…
  • Je reviens à votre « coup de cœur » qui vient de Crest, et là j’imagine que vous parlez du Crest historique, pour ensuite vous retrouver ici, à Herbemont, où il n’y a pas le charme des « vieilles pierres »…
  • Absolument… C’est vrai. Mais le lotissement nous offre la vue, une vue incroyable. Quand nous sommes arrivés ici, il n’y avait rien du tout, on était les deuxièmes à avoir notre maison, et puis moi c’est vrai… Ce paysage, cette vue, c’est irresistible…
  • Vous dominez ?
  • On domine… (rire), peut-être pas dans tous les sens du terme… (éclat de rire), elle est pas mal celle là… !
  • Ça vous a coûté cher pour avoir cette vue, ce paysage ?
  • Moins cher que sur l’Isère ! (rire).
  • D’accord mais l’Isère est à combien ?
  • A 114 kilomètres (éclats de rire).
  • Contrairement à votre maison José, vous, vous êtes impayable ! On nous a parlé d’un investissement d’environ 220 000 Euros, vous confirmez ?
  • Oui, voilà, c’est dans ces eaux là…
  • Comment en deux ans de présence, avez-vous réussi à tisser un lien social avec les autres habitants du lotissement, comment ça s’est passé ?
  • Très bien. On est 25 maisons, et écoutez, il y a une entente qui est relativement bonne. Bon, je vois dans vos yeux que je n’aurais pas du dire « relativement », c’est ça ? (rire). Non, écoutez, vraiment ça se passe bien, enlevons le mot « relativement », il y a une très bonne entente dans le lotissement. C’est vrai…
  • Vous comptez vous impliquer dans l’association des résidents que préside Marc que nous avons rencontré en début de reportage ?
  • Oui, oui… absolument. Marc est au courant, on est très bons voisins, il sait qu’il peut compter sur moi et il n’y a pas de soucis.
  • José, est-ce que Herbemont ne mérite pas l’indépendance, ou au moins, l’autonomie ?
  • (Mort de rire), Oui… enfin, non… ! Ici on n’est absolument pas isolé !

Et oui, Les Coteaux d’Herbemont n’est pas une île, pour autant vous me l’accorderez, le lieu dénote du Crest historique du XIème siècle, mais soyons objectifs, Noé et moi n’avons pas rencontré d’habitants de Crest qui eux aussi étaient nés au XIème siècle. CQFD.

La théorie de l’évolution des espèces selon Darwin peut également concerner nos habitats, nos implications ou nos refus, bref… la vie n’est pas une mode, contrairement à nos modes de vies.

Ah, une toute dernière chose, jeudi Noé Richard-Clément le photographe du Brillant, a sélectionné ses clichés pour le Photogram, j’ai regardé, et vraiment c’est génial et très créatif.

Donc, on compte sur vous, à jeudi pour le Photogram.

D’ici là… restez brillants.

Textes : Mathias Deguelle. Photos : Noé Richard-Clément.

Une réflexion sur “LE LOTISSEMENT D’HERBEMONT: L’AUTRE CÔTÉ DE CREST.

  • 25 mars 2022 à 5h47
    Permalien

    Je trouve étrange de la part du journaliste de qualifier le lotissement de « ville dortoir » alors qu’il se pointe à 15h un mardi du mois de mars et qu’il rencontre quand meme 5 familles sur 25 dehors et pretes à échanger. Je crois qu’à 15h un mardi du mois de mars il n’y a pas non plus grand monde dans les rues du centre ville. 😉

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