LE COMPOST, C’EST LE MOMENT DE S’Y METTRE !

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Aujourd’hui je me dois de vous le dire en introduction, cet article est avant tout motivé par une expérience, un test personnel, enfin non, pas tout à fait puisque ma compagne fait évidement partie de l’aventure. D’abord le constat de départ. Ici à Crest, elle et moi, n’avons jamais trié nos déchets alimentaires. Un peu comme tout le monde : une poubelle pour le recyclable, une autre pour… le reste. Et puis, une troisième pour le verre. Et là, nous rencontrons Flore. Une femme qui a une lumière dans les yeux, qui est motivée, qui sait expliquer ses motivations, et qui surtout est lucide… Je vous invite à lire les mots de Flore.

  • Bonjour, je m’appelle Flore Bazin. Je suis ingénieur environnement. Et jusqu’à maintenant, je travaillais dans un centre d’enfouissement d’ordures ménagères. Avant, j’étais dans une école d’ingénieur, dans une filière où on apprenait à produire des produits chimiques. Par exemple, on apprenait à faire de l’acide nitrique, de l’acide sulfurique, bon voilà, c’était le génie chimique quoi… Et moi, je trouvais ça vraiment immonde, donc je me suis rapidement dit que ce qu’il y avait de mieux à faire de ces études, c’était de traiter les déchets de ces industries polluantes.
  • Vous êtes donc devenue « ingénieur environnement » par réaction.
  • Tout à fait. Il n’y avait pas d’études spécifiées, donc je suis partie à l’étranger, pour chercher des études qui étaient plus ciblées sur le sujet. Donc ça regroupe tous les métiers de l’environnement, déchets, traitement de l’eau, les énergies renouvelables, la dépollution…
  • Vous allez me répondre, on va le découvrir, pour nous faire partager votre initiative sur le tri des déchets alimentaires, mais juste avant, pour épancher ma curiosité… Vous parlez au nom d’une association, et celle-ci porte le nom étrange de « Collembole », et bon, voilà… je voulais juste en savoir plus sur l’origine de ce nom…
  • Alors, le Collembole est un insecte détritivore, il vient dégrader la matière organique, il va manger la matière organique, et il est un très bon indicateur de la vie d’un sol… parce que ce sont de tous petits insectes, ils sont très variés et puisqu’on considère qu’il y a 10 000 espèces dans les sols… et quand ces sols sont très pauvres, qu’il y a des problèmes de biodiversité, on va voir le nombre de Collemboles, et la diversité des Collemboles descendre… ils sont les acteurs du compostage en fait, c’est l’un des insectes qui contribue au compostage de la matière organique.
  • Votre initiative concerne la ville de Crest, vous-même, vous êtes drômoise ?
  • Non, j’ai grandi un peu à côte de Lyon, et puis ensuite, Picardie, Inde… Paris, et Drôme… Mais voilà, je suis maintenant basée à Crest depuis quatre ans.
  • Maintenant que les présentations sont faites, si vous le voulez bien, nous allons concentrer notre attention sur ce qui, au fond, est le mobile de notre rencontre, alors vous l’avez baptisé « Le test du tri-tout »… C’est un test ou c’est une expérimentation ?
  • Bon, Mathias, vous m’avez interrogé sur le nom de l’association, Collembole, vous allez me permettre, dans cette continuité de vous dire quels sont ses missions ou ses objectifs… Je vous l’ai dit, j’ai travaillé dans un centre d’enfouissement des ordures ménagères, et ce que j’ai constaté c’est qu’il y avait 33% de déchets alimentaires qui étaient enfouis avec « le reste », mais vraiment, devant mes yeux c’était des centaines de tonnes d’ordures ménagères qui étaient enfouies, et là… je voyais ces tonnes de matières organiques qui partaient « à la baille », « au trou », comme on appelle ça chez nous… (un temps…), et… et en fait, c’est un gâchis énorme, simplement, parce que ces déchets alimentaires, ils sont plein de ressources, en fait… ils viennent nourrir les sols, ils sont pleins de nutriments, et on peut en faire un super engrais organique, qui pourrait remplacer les engrais chimiques, et qui en plus nourrissent les sols, facilitent la vie dans ces sols, augmentent la fertilité de ces sols, et tout ça… on le perd quand on gâche cette matière organique.
  • Donc, ce que vous proposez pour l’instant, mais qui pourrait devenir une obligation, c’est à nouveau, d’imposer « un tri supplémentaire » ?
  • Mais ce n’est pas moi qui le préconise, ça va devenir obligatoire au 1er janvier 2024. Ce sera obligatoire pour tous les professionnels, les restaurateurs, tous les commerces… voilà, tous les gens qui génèrent des déchets alimentaires, vont devoir trier, et ensuite les valoriser pour un retour au sol, pour du compostage ou de la méthanisation…
  • Mais alors, quel est le but de Collembole ? Nous préparez… ?
  • C’est ça, notre but c’est d’accompagner ces changements, et de « lever les freins », de proposer des outils et des solutions, pour la mise en place de cette mise à la source de ces bio-déchets… Mais oui, il y a plein de freins : des techniques, des économiques, des sociaux… enfin, voilà… « on a peur, on a peur que ça nous gène »… et puis, parfois il n’y a juste pas de solution technique, et donc l’une des missions de Collembole, c’est de proposer des collectes, en mobilité douce, c’est à dire à vélo, ou peut être à cheval… si on y arrive ! Bon évidemment, nous restons assujettis à la distance, et si nous devons aller en milieu rural pour une récolte de déchets, nous utiliserons un camion ! En fait, l’idée reste de mettre le compost, au plus proche de la source, donc d’installer une petite plate-forme, qui soit au plus proche du centre de la ville ou du village, pour composter à proximité. Et donc, je vous l’annonce, il y aura une plate-forme qui va voir le jour en septembre 2022, avec la collecte des professionnels, de restaurateurs, d’établissements publics, scolaires…
  • Maintenant, Flore, on va entrer dans le dur. Parlez-nous de ce test, de cette expérience crestoise dont vous êtes l’instigatrice…
  • Alors, voilà… l’idée c’est de faire un test, ou une expérience, auprès des foyers crestois, qui n’ont pas l’habitude de le faire, pour identifier tous « ces freins », pratiques, ou techniques, voir même psychologiques, auquel l’exercice peut nous confronter. En fait, nous voulons surtout avoir l’avis des gens sur ce sujet. Ce sera l’avis de dix foyers crestois sur ce sujet, parce que je suis convaincue que c’est en le faisant qu’on réfléchit mieux, plutôt qu’en restant sur le papier et dans des débats et des discussions… là il va y avoir une parole très intéressante, des retours très constructifs… On va apprendre, et ce sont ces retours là que je voudrais récolter, mettre en valeur, et consigner sur un rapport que je communiquerais à la Communauté de Communes, de nos différents élus, et ce sera une manière de faire circuler une information qui pour moi est précieuse, et essentielle, pour mettre en place le tri à la source des bio-déchets.
  • Donc, je le répète, ma compagne et moi, participons à votre « Test du Tri Tout », comme vous l’appelez, j’en conclue que je fais donc partie des dix potentiels « testeurs », est-ce que vous les avez réunis tous les dix ?
  • Non, pour le moment, nous n’avons pas encore « salle comble », donc trois foyers ont accepté de participer, ils ont commencé le « Test du tri-tout », il y en a deux autres qui se sont proposés, et on va se rencontrer la semaine prochaine, et donc il nous reste cinq foyer à identifier, à convaincre, qui seraient volontaires pour mettre en place ce test.
  • Ok, donc nous allons donner en toute fin d’article, vos coordonnées téléphoniques, si d’éventuels volontaires voulaient se prêter à ce test… Maintenant, Flore, il faut dire ce qui attend les éventuel volontaires, d’abord il y a du matériel…
  • Exactement, alors, moi je viens chez la personne avec un « bio-seau », alors pour ce qu’on appelle le « bio-seau », nous sommes en train de tester différents modèles, il y a ce qu’on appelle des bio-seaux « ajourés », donc avec plein de petits trous pour que ça ventile, et il y en a d’autres qui sont fermés. Qui sont étanches.
  • Il est vrai, que pour beaucoup, le compost est synonyme de nuisances olfactives… Bref, on a peur que ça pue dans la cuisine… !
  • Oui, tout à fait, c’est l’objet de l’expérience, c’est aussi se rendre compte qu’il n’y a pas forcément d’odeurs, et qu’il y a plein de moyen de le gérer correctement… mais c’est sûr, que dans une boîte fermée, au bout de deux semaines, il risque d’y avoir des odeurs… mais dans un bac aéré, un bio-seau « ajouré », les odeurs sont très réduites, voir inexistantes.
  • Mais votre « bio-seau » est assez peu volumineux. Celui qui le possède devra le vider combien de fois par semaine ?
  • Ce qui est préconisé c’est de le vider au moins toutes les semaines, voir deux fois par semaine, mais cette question dépend de la taille du foyer et de son alimentation, si on mange beaucoup de viande et de fromage, ça ne fait pas les mêmes odeurs… et en été… ça ne va pas se comporter de la même manière que si on ne mange que des légumes, et qu’il n’y a rien de cuit, vous voyez ? Donc, c’est vraiment à chacun de trouver son rythme…
  • Je reviens à la logistique, c’est important. Donc, il y a ce bio-seau, à l’intérieur, il faut insérer un sac en papier… Ma question est dès-lors, toute bête, mais ne peut-on pas craindre qu’avec l’humidité des épluchures et autres déchets alimentaires, le sac nous lâche, qu’il se troue pendant le transport ?
  • Alors, rassurez-vous, ce sont des sacs spécialement faits pour le tris des déchets alimentaires, et vous remarquerez qu’il y a une petite « cartonnette » au fond, qui vient renforcer la base du sac, pour absorber les éventuels liquides, mais pour tout vous dire, moi je l’utilise à la maison, et ça se passe très bien , mais ce test est justement là pour ça : pour connaître les différents types d’utilisation, et là, les différents types d’alimentation, et pour nous, ce sera intéressant d’avoir ces retours là… Par exemple, je pense aux gens qui mangent beaucoup de plats en sauce, là le papier kraft de l’emballage ne pourra pas tout absorber… Mais je tiens à le dire, ce sac, celui qui doit être placé dans ces bio-seaux ajourés, c’est le nec plus ultra du sac de tri de déchets alimentaires (rire)… C’est le top de la technologie !
DANIELLE, QUI PARTICIPE AU « TEST DU TRI-TOUT ».
PIERRE-ANTOINE, SYMPATHISANT.
  • Alors, je ne sais pas si vous allez la fournir à tous vos « testeurs », mais moi j’ai eu aussi droit à une balance, sensée, on l’aura compris peser mes déchets alimentaires, avant de les déverser dans le bac prévu à cet effet… Juste, expliquez-moi, c’est quoi ? « Dis-moi quelles sont tes épluchures, je te dirais qui tu es ? »
  • Non, enfin pas vraiment, c’est juste pour confirmer les chiffres de consommation spécifiques par habitants. En fait, nous avons beaucoup de chiffres par retours d’expérience de différentes collectivités, qui ont mis en place des collectes… et moi, ce que je trouve très intéressant, c’est : sur la base de dix foyers crestois… combien, ont produit de déchets alimentaires en un mois exactement, et ensuite, moi je connais le nombre de personnes qu’il y a dans le foyer, et donc, ensuite, on sait qu’elle est la production sur un mois, par personne. Ça permet de reconfirmer certains chiffres théoriques… en l’occurrence je vous ai donné une balance, mais je ne le donne pas à tout le monde… Bon, certains testeurs sont déjà équipés d’une balance, et puis je ne demande pas à tous le monde de peser… C’est s’ils le veulent bien, et s’ils ont le courage, parce que j’en suis consciente, ça peut être une contrainte supplémentaire. Et puis, vous savez, moi, à l’arrivée, je vais peser ce qu’il y a dans les bacs de récolte, donc comme je vais savoir combien de foyers vont déverser dans les bacs, il me suffira de faire une division. Mais c’est vrai que c’est mieux si c’est pesé dès le début, pour avoir des données plus précises.
  • Maintenant que nous avons passé en revue le matériel, il faut ajouter pour le testeur que je suis et pour les autres qui voudraient s’adonner à ce test, ça ne rigole pas, il y a une obligation de compte-rendu qui doit être consigné sur cette feuille :
  • Flore, vous savez quoi ? Je pense que nous abordons-là un sujet crucial. Faire un compost à la maison, dans de petites poubelles, avec sac en papier, c’est tout à fait gérable, maintenant, une fois que le sac est plein, il faut bien le mettre dans une benne, une benne dédiée… et là, je pense notamment aux personnes âgées, je me mets à leur place, elles n’auront pas forcément envie de parcourir des centaines de mètres pour quelques épluchures vertueuses, vous comprenez ce que je veux dire ?
  • Oui, c’est vrai, mais on peut retourner le sujet dans l’autre sens car en fait c’est la communauté de communes qui a la charge de la gestion des déchets, donc c’est à la communauté de communes de réfléchir à ce que seront les moyens mis en œuvre pour ces bio-déchets. Alors après, est-ce qu’il y aura des bacs ? Combien ? Et où ? C’est eux qui vont le décider. Moi je me contente de juste travailler sur l’expérience-utilisateurs de ces bio-seaux, et l’expérience menée dans dix foyers crestois, et ensuite c’est donc la communauté de communes qui va définir toute l’infrastructure qui va permettre de gérer ces bio-déchets, alors actuellement il y a une étude en cours de réalisation, qui se terminera à la fin mai, sur ce sujet.
  • Bon, pour bien comprendre, nous allons donc faire comme si ces bacs de collecte pour bio-déchets existaient. Une fois qu’ils sont remplis, que deviennent-ils ?
  • Alors dans le cadre de l’expérimentation, j’ai installé trois bacs marrons de 120 litres, sur lesquels est marqué « Expérimentation Collembole, ne pas utiliser », ils sont dédiés exclusivement à ces dix foyers qui font l’objet de l’expérimentation, et là c’est moi qui suis en charge de les collecter, les vider, les peser, et ensuite je vais les composter. Bon pour l’instant, je vais le faire dans mon jardin parce que je n’ai pas encore accès à la plate-forme, dans un composteur que je suis en train de développer, comme ça, ça va me permettre de tester mon composteur, ce qui m’arrange aussi (rire), donc tous ces déchets vont être compostés, et à la fin de l’expérimentation, j’enlèverais les bacs, je les nettoierais, et ce sera fini. C’est vraiment à destination de l’expérimentation.
  • C’est compris. Mais ce que je voulais savoir, c’est quel est leur deuxième vie à ces déchets, une fois sortis du bac à compost ?
  • Alors en fait, ce qu’on fait, c’est assez simple, ça peut paraître presque trop simple… En fait, les déchets alimentaires ils sont très riches en nutriments, en azote, alors ce qu’on va faire c’est qu’on va rajouter des déchets verts, des branchages… pour qu’il y ait un bon équilibre entre le carbone et l’azote. Donc, on vient tout simplement mélanger les déchets alimentaires avec des déchets verts broyés, qu’on appelle du broyat, ensuite on le remue régulièrement, tous les mois, en général on procède à deux retournements par mois, et au bout de six à neuf mois, la matière est dégradée… alors au début ça va chauffer sur les premiers retournements, il y a les bactéries qui vont commencer à « travailler », elles sont très contentes parce qu’elles ont un bon équilibre, elles ont suffisamment de broyats, suffisamment de déchets alimentaires, elles se mettent à « travailler », ça chauffe, ça chauffe, ça chauffe… et là elles vont tout nettoyer en fait, elles vont « hygiéniser » toutes les bactéries qu’il peut y avoir dans la viande, ou les petites graines de tomates, tout ça… Tout ça va être complètement dégradé, et donc le produit sortant va être propre de tous pathogènes qui viendraient polluer une fois qu’on va le répandre dans notre potager. Et au final en sort un compost qui est très homogène et de bonne qualité. Alors évidemment il y a quelques gros morceaux qui ne sont pas dégradés, donc on tamise, et à la fin on a que la partie qui est bien dégradée, quand aux gros morceaux, on les remet en bac pour le lot d’après.
  • Dans nos ordures ménagères, j’imagine que tout n’est pas recyclable à 100%…
  • Alors, dans nos ordures ménagères, il y a 40% de matières dégradables, il y a 7% de tissus, de textiles, ou de mouchoirs qui se dégradent, et 33% de déchets alimentaires. 33% c’est énorme ! Dans le tri des déchets alimentaires, si personne ne met aucun plastique, dans le meilleur des mondes (rire), évidemment tout se dégrade, et tout fini par être réutilisé.
  • Je note une chose, vous m’avez dit que dans votre bac à compost vous allez aérer l’ensemble de la matière avec des branches et des feuilles, cependant dans la listes des éléments qui sont proscrits, qu’on ne pourra pas mettre dans notre petit bac à la maison, il y a les branches et les feuilles en quantité justement…
  • Excellente remarque ! En fait, c’est tout simplement parce que le déchet alimentaire, c’est quand même toute une affaire pour le collecter, on le met dans un petit seau de dix litres, ensuite ça va dans un bac de cent vingt litres, et c’est petit cent vingt litres… pour nos ordures ménagères ce sont des bacs de trois cent voir six cent litres… Alors si on en vient, pour les personnes qui ont un jardin, à mettre les branchages dedans, ça va saturer les bacs, et priver d’autres personnes de disposer de ces bacs. C’est juste une question de volume. Donc les déchets verts vont en déchetterie et en plus, là ils ne sont pas broyés, alors que pour faire du broyat, nous ces branchages, nous les broyons pour que ce soit plus structurant, comme ça les bactéries ne perdent pas de temps à attaquer l’écorce.
  • Comment se sont établies les deux listes, celle qui indique ce qu’il est possible de mettre dans le bac, et celle qui indique ce qu’il ne faut pas mettre dans ces bacs ? Par exemple pourquoi les cendres froides de bois non-traités sont admises dans les éléments qu’on peut mettre dans ces bacs ?
  • Mais c’est une excellente question décidément ! Alors les cendres… vaste sujet, elles ne sont pas tout le temps acceptées dans le compostage, là c’est vraiment dans le cadre de l’expérimentation qu’elles sont acceptées. La cendre en fait, elle est déjà dégradée, comme vous pouvez l’imaginez, et il ne reste plus que de la matière minérale, et ces minéraux sont hyper riches, et super bons pour les plantes, donc c’est une bonne chose de l’ajouter à un compost, ça vient l’enrichir. Là dans le contexte où on vient le mélanger à une grosse quantité de déchets alimentaires et une grosse quantité de déchets verts, et une fois qu’on a bien homogénéisé tout ça, c’est alors possible de prendre les cendres parce qu’on va bien mélanger le tout, mais par exemple dans les composteurs de quartiers, il ne faut pas amener les cendres, parce qu’en fait, si on amène des cendres ce sont des seaux complets, et comme c’est très compact, ça va étouffer et l’air ne peut plus circuler, et quand l’air ne circule pas, ça pourrit.
  • Maintenant, il y a aussi la question du temps de décomposition, j’imagine que des épluchures vont se dégrader plus vite que des os, au même titre que les coquilles de moules, les deux faisant pourtant partis des produits admis dans vos bacs.
  • C’est que pour reprendre votre exemple, les coquilles de moules, on va les retrouver à moitié en sortie, alors l’huître, je ne vous en parle pas, on va la retrouver pendant deux ans, mais elles aussi vont finir par se dégrader, petit à petit, au fur et à mesure des manipulations, elles vont se déliter, et en fait, comme je vous l’ai dit, à la fin nous tamisons, donc tout ce qui n’est pas dégradé en fait, c’est plus gros, donc ça repart en tête pour un autre cycle, tout ce qui n’est pas dégradé, ça repart pour un tour (rire).
  • Ensuite, je continue ma petite analyse, les filtres à café, les sachets de thé, c’est ok… alors que les mouchoirs en papiers, les essuie-tout et les lingettes c’est pas ok…
  • Et oui… parce que vous savez, il y a beaucoup de gens qui utilisent des lingettes, qui sont en fait textiles, et qui ne se dégradent pas… et comme c’est très difficile pour tout un chacun, et même pour moi d’ailleurs, de différencier celles qui vont se dégrader de celles qui ne vont pas se dégrader, car ce n’est pas marqué sur l’emballage, on a aucun moyen de savoir, alors dans le doute on préfère ne pas prendre de risque pour éviter de se retrouver avec des lingettes pas dégradées qui viennent polluer le compost.
  • Encore une chose, concernant les gobelets en cartons, les boîtes à pizzas, pour vous, c’est dans la liste des « non ».
  • Alors, pour les gobelets, malheureusement il y a beaucoup de gobelets en carton qui se développent en ce moment, et parmi eux, il y en a encore beaucoup qui ont de petits films plastique à l’intérieur pour les rendre étanches. Et là, pareil, il ne faut pas prendre de risque, et donc tant qu’on n’interdit pas le plastique à l’intérieur des gobelets en carton, on ne peut pas les mettre dans une consigne de tri. Cela étant dit, pour les cartons à pizza, il y a par définition du carton, et le carton ça va en recyclage, et le recyclage sera toujours priorisé pour les matières qui peuvent être recyclées. Il vaut mieux qu’elles soient réutilisées comme carton, plutôt qu’en compostage. Si ça peut être recyclé c’est toujours mieux.
  • Alors dans la liste des éléments non compatibles, il y a évidement les mégots de cigarette, les sacs plastique, les médicaments, l’huile de vidange… tout ça paraît assez logique, et puis là, mon regard tombe sur la photo d’une petite souris morte, donc l’animal mort c’est non, alors que la viande et les os sont autorisés… Pourtant, si je peux le formuler ainsi, les os et la viande, ne sont finalement que les restes d’animaux morts…
  • Et bien non, c’est un animal tué… Nuance. C’est comme dans une ferme, si vous trouvez un animal mort, il devient impropre à la consommation, par contre si vous le tuez vous-même, il est consommable. C’est réglementaire, un animal mort n’entre pas du tout dans la même catégorie de produits animaux qu’un reste de viande propre à la consommation humaine, et qui n’est pas consommé. Ce n’est pas la même catégorie, donc ce n’est pas géré de la même manière.
  • Alors pour vraiment essayer d’être le plus exhaustif possible, je tiens à le signaler : il existe des sacs plastiques biodégradables, compost-compatibles, et on les reconnaît à un petit logo « Ok Compost Home », malheureusement il faut vraiment avoir l’œil, le logo en question n’est pas très visible, et surtout on ne connaît pas trop l’existence de ces sacs.
  • Exactement… d’où la distribution de sacs kraft, parce qu’il existe encore beaucoup d’ambiguïtés entre « sacs biodégradables » et « sacs bio-compostables », et pour la qualité de compost qu’on veut obtenir, il est important de définir les critères. Alors un sac biodégradable est acceptable, seulement s’il a ce logo « Ok Compost Home », sauf qu’il y a encore beaucoup de sacs biodégradables qui ne sont pas « Ok Compost Home » qui circulent, donc c’est pour ça que je n’incite pas vraiment à l’utilisation de ces sacs biodégradables, dans le sens où il y a encore cette ambiguïté qui existe. Cependant il est possible d’utiliser ces sacs biodégradables si on s’assure qu’ils sont « Ok Compost Home ». Mais de manière générale, c’est pour ça que je distribue des sacs kraft, parce ce qu’il faut savoir, c’est qu’il reste tout de même un petite partie de plastique dans les sacs biodégradables qui ne sont pas « Ok Compost Home », dans de moindres proportions, mais il y en a quand même.
  • Revenons à votre « Test du Tri-Tout », c’est une expérimentation que vous avez planifiée sur combien de temps ?
  • Alors cette expérimentation a vocation à durer un mois, pour les citoyens volontaires, après, tout le monde ne démarre pas en même temps donc ça va s’étaler probablement sur deux mois, et il sera peut-être renouvelé un mois, s’il y a d’autres choses à explorer. Il y aura peut-être, en deuxième salve, d’autres choses à essayer, ce n’est pas impossible que ça se prolonge sur un mois, mais voilà, la durée prévue, c’est un mois. A la fin mai, ce devrait être bouclé.
  • Flore, si vous me le permettez, j’aimerais revenir un instant sur le tableau que nous évoquions en début d’interview, il y a cette case qui s’appelle « votre humeur », et je trouve la présence de cette case assez révélatrice, au-delà de la démarche du recyclage, c’est la prise en compte de l’acceptabilité de chacun pour l’acte, et de fait, cette case tient compte de la psychologie des personnes qui se portent volontaires pour ce test…
  • Exactement, et en fait… si vous faites un sondage dans la rue, et si vous demandez aux gens « est-ce que vous êtes d’accord pour trier vos bio-déchets ? », tout le monde va vous répondre « oui », en fait on en a tous envie… mais la réalité, c’est qu’on a tous un rythme de vie, on a tous des habitudes, des contraintes… et en fait c’est à cette réalité là qu’il faut aussi se confronter pour bien comprendre comment anticiper et accompagner tous les freins qui peuvent intervenir et ralentir, voir troubler le tri. Le but c’est que ce soit le moins contraignant possible, mais on ne va pas se leurrer, ça peut être considéré comme une contrainte, mais ça peut aussi être considéré comme un soulagement pour certains, parce que il y en a que ça dérange de mettre des déchets alimentaires à la poubelle, parce qu’il savent qu’en fait, ça a de la valeur. Même si on n’a pas de jardin, on a tous un grand-père, une grand-mère… on a tous une attache à la terre plus ou moins proche, ou plus ou moins lointaine, et il y a beaucoup de gens qui ont encore ce rapport à la terre, et qui se disent « tout ça, ça a de la valeur », en fait, moi quand j’étais gamine, ça je le mettais dans mon jardin, et ce qui est intéressant c’est de confronter ces différents points de vues, et il y en a pour qui ce ne sera qu’une contrainte, il y en a qui vont trouver ça génial, et c’est très intéressant de mettre ces différents avis en valeur.
  • Est-ce que vous vous considérez comme le colibri cher à feu Pierre Rabhi, est-ce que « vous faites votre part ? », bref… elle est comment votre humeur à vous ?
  • Mon humeur ? (rire), je suis très impatiente, en fait, pour tout vous avouer, moi en 2012 la réglementation commence à changer sur les bio-déchets, et à l’époque je travaillais déjà sur la valorisation de ce type de déchets, et j’étais très excitée à l’idée qu’on allait enfin sortir nos déchets alimentaires de nos ordures ménagères, et on allait enfin créer toute cette manne de compost riche, et j’étais super contente. Mais depuis 2012, je vois que ça met énormément de temps à se mettre en place, et là il y a cette échéance qui va rendre la démarche obligatoire, et donc je suis très impatiente de voir ce que ça va donner, et toute la richesse, les emplois, bref, toute l’économie que ça va générer autour… et surtout l’introduction d’un engrais organique, donc non chimique, qui va être dédié aux agriculteurs locaux.
  • Vous savez quoi ? Votre initiative pour moi c’est un cercle, un cercle vertueux, certes… qui devrait nous permettre d’utiliser, vous l’avez dit, un engrais naturel. Ok. Alors deux choses : d’abord, première chose : des paysans, il y en a de moins en moins, et ceux qui restent travaillent sur de très grandes surfaces, deuxième chose : pourquoi quelqu’un qui a un petit jardin irait acheter votre engrais bio, puisqu’il est en capacité de le créer lui-même avec son propre compost ?
  • Tout ça n’est pas encore défini, et la décision ne sera pas forcément de mon ressort, et oui, vous avez raison, c’est un vaste sujet (rire), mais pour ce qui est de la question agricole, c’est un compost qui a vocation à retourner à la terre, pour des cultures vivrières, soit potagères pour des particuliers, soit pour des agriculteurs qui ont des besoins en engrais organique.
  • Flore, quel est le numéro de téléphone qui peut permettre à des volontaires de participer à votre « Test du Tri-Tout » ?
  • Alors on peut me joindre au 06 99 16 01 88.
  • Merci Flore.

Enfin, et pour conclure cet article, c’est le moment ou jamais de se remémorer la citation du chimiste Antoine Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », mais ça vous le saviez.

Mathias Deguelle.

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