LE BRILLANT VISITE LE ZOO D’UPIE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. À partir de Crest les panneaux de signalisation indiquent aujourd’hui encore : « Upie, le jardin aux oiseaux ». Mais ça, c’était avant. Alors bien-sûr, des oiseaux il y en a encore à foison, mais les animaux à poils, ne sont pas en reste, nous le verrons avec cette visite du seul « parc animalier » drômois.

Pour ce qui est des présentations de ce territoire dédié à nos amis les bêtes, je ne saurais que vous conseiller de prendre le temps de lire ce petit panneau qui fait l’exégèse du lieu que nous allons visiter.

Autre panneau qui aux yeux de certains peut apparaître ici comme une sorte d’incongruité :

Et enfin, un dernier avertissement, en phase avec notre actualité estivale :

A présent, quittons cette littérature aussi préventive qu’instructive et pénétrons pour zieuter les zoizeaux du zoo et tous les zautres zanimaux…

Comme à l’accoutumée je ne suis armé que de mon magnétophone et de mon indispensable appareil photo, mais il me manque un guide-historien, spécialiste du lieu… Et là… pour la première fois de ma vie, je m’installe dans une de ces voiturettes qu’on a plus l’habitude de voir sur le green à 18 trous d’un terrain de golf… Mais à l’usage la petite voiture est confortable, silencieuse, et écolo… La visite peut enfin commencer…

  • Bonjour, je m’appelle Alexandre Liauzu, je suis le gérant du Zoo d’Upie, encore appelé le « jardin aux oiseaux », mais comme vous l’avez dit en introduction de votre article, nous avons de « vrais » animaux depuis maintenant quelques années puisque ça a créé l’enthousiasme du public quand on a mis des mammifères. Voilà, « le parc ornithologique » a été créé par mes parents en 1976, et donc depuis quelques années maintenant, nous avons franchi le cap, en présentant des mammifères, ce qui fait que nous avons changé notre nom, du « jardin aux oiseaux », nous sommes devenus « le Zoo d’Upie », mais c’est vrai que pour le fléchage routier c’est beaucoup plus long à mettre en place. Alors les anciens, les plus habitués l’appelle encore « le jardin aux oiseaux », mais aujourd’hui avec votre GPS vous trouvez sans problème « le Zoo d’Upie ». Et puis, depuis peu nous organisons des visites pour « les humains à poils » (rire)…
  • Oui, j’ai appris ça et pour l’instant gardons le mystère car nous en parlerons en fin d’interview. Vous dites qu’à l’origine ce « parc anciennement ornithologique » a été créé par vos parents, on peut en savoir plus…
  • Alors ça a donc commencé en 1976, au mois de juin, le parc a été inauguré par mes parents simplement parce que c’était leur passion… enfin, ça a toujours été la passion de mon père en fait, d’élever des oiseaux, car à la base justement, il était éleveur d’oiseaux. Tout petit déjà, à Paris, dans sa banlieue, il était de Noisy, Montreuil, depuis très jeune, il observait tous les oiseaux. Or, un jour il a trouvé un oisillon en se promenant à Rambouillet ou Fontainebleau, et il me racontait que « le virus » l’a attrapé tout de suite, et ne l’a plus jamais quitté. Je pense que mon grand-père, qui travaillait lui-aussi en animalerie à l’époque, avait déjà cette passion des animaux, et que donc il y a eu transmission de l’un vers l’autre. Alors pour commencer, mon père a travaillé à l’animalerie du Jardin des Plantes, puis au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris, et enfin au Zoo de Vincennes où il a fait mai 68 là-bas, et c’était pas triste, il m’a raconté de belles anecdotes avec le drapeau noir et le drapeau rouge planté sur le grand rocher du zoo (sourire)…
  • … et puis vint le ras-le-bol de la vie parisienne, déjà à l’époque (sourire), il a donc été débauché pour venir monter Le Parc de Villars-les-Dombes, dans l’Ain, qui était déjà un parc aux oiseaux. Mais il n’y est pas resté, il n’a pas été gardé comme Directeur permanent, du coup il est parti dans le privé, il a d’abord travaillé au Zoo Touroparc à Romanèche-Thorins en Saône-et-Loire, et au Parc du Pal dans l’Allier, des parcs qui marchent très bien encore aujourd’hui, mais en 1976, toujours mû par l’idée de « voler de ses propres ailes » (sourire), il a trouvé dans la Drôme cette ferme quasi abandonnée avec quatre hectares de terrain, et une source. Le tout formait un potentiel intéressant, il a donc pris la décision de s’y établir et d’y faire son lit, et c’est de là que l’aventure est née, et qu’elle a pu évoluer au fil des années pour devenir l’actuel Zoo d’Upie.
  • Maintenant la question qui me traverse l’esprit c’est celle de l’héritage, est-ce que cette passion est génétique, donc « naturelle » ou bien, est-ce que vous avez dû travailler pour devenir celui que vous êtes aujourd’hui ?
  • Alors ça c’est le grand débat (rire), est-ce que c’est inné ou est-ce que c’est acquis ? C’est une grande question : comment se transmet la passion ? Ecoutez, pour vous répondre je dirais que cette passion je l’ai, depuis tout petit, et c’est vrai que quand on est passionné on apprend beaucoup plus vite, on s’intéresse et on ne lâche pas quand on a une idée fixe… alors ça n’a pas été le cas pour tout le monde, je vois mon frère ça lui est venu plus tard, mes enfants ce n’est pas encore présent pour eux, donc il y a une part qui est vraiment inexplicable dans la passion… pourquoi elle se partage et pourquoi pas ?
  • Alex, le Parc d’Upie, c’est combien de personnels ?
  • Alors aujourd’hui, en pleine saison, nous sommes 18 si on compte tous les saisonniers, donc c’est une grosse machine à faire tourner. Bien-sûr, le parc évolue en fonction de la demande. Alors nous n’avons pas une affluence énorme, mais nous sommes en progression constante depuis quelques années, ceci malgré les problèmes Covid et autres confinements, 2021 était une très bonne saison, donc cette année nous avons prévu un renforcement de personnels, et c’est là qu’on se prend une canicule qui peut-être va nous faire relativiser tous ces investissements à venir puisque nous sommes entièrement privés, et que nous vivons uniquement des entrées des visiteurs. Alors pour nous c’est une chance, car nous sommes indépendants, nous n’avons de comptes à rendre à personne d’autre qu’à nous-mêmes, c’est aussi pour ça que nous sommes un établissement commercial, puisque nous devons vivre et, vous le savez en France…
  • … et les chefs d’entreprise vous le diront, ça coûte cher, le personnel, le matériel, enfin tout coûte cher… et encore plus ces derniers temps. Alors qu’on ne soit pas subventionné pour faire de la protection des espèces c’est une chose, après nous sommes responsables et nous sommes très encadrés réglementairement pour des espèces qui sont protégées pour une bonne partie d’entre-elles. Donc nous devons faire tourner tout ça, tout en trouvant en permanence des angles pour que le public vienne visiter notre zoo toujours plus nombreux, parce que la marche d’une entreprise c’est une marche qui est toujours « en avant », une sorte de fuite en avant, où nous sommes sans cesse obligés de réinvestir, de rénover, de faire des aménagements tous les ans, d’inventer des nouveautés animalières, parce qu’il faut faire venir de nouveaux visiteurs tout en gardant les anciens. Tout cela ne nous empêche pas aussi d’investir dans la conservation des espèces, c’est-à-dire d’envoyer des fonds. Nous aidons notre association, nous aidons d’autres associations à hauteur de nos moyens au niveau local, et donc tout ça, il faut l’alimenter.
  • Alexandre, vous évoquiez le soin que vous prenez à sans cesse renouveler l’offre avec de nouvelles espèces animales… parlez-nous de la filière qu’il vous faut emprunter pour trouver ces nouvelles espèces…
  • Alors, il n’y a pas une filière, il y a plusieurs voies. Il y a l’échange et le don d’animaux entre parcs. Mais attention, nous ne sommes pas un commerce qui pourrait s’apparenter à un supermarché, eux ils n’ont pas cette mission de conservation, et de recherche scientifique, ça s’est inscrit dans la loi… mais nous n’avons pas attendu que ce le soit pour le faire, ça fait de nombreuses années que les parcs œuvrent à la conservation des espèces menacées et à la recherche scientifique. Nous sommes en lien avec le CNRS, le Muséum et d’autres organes de recherches publics ou pas, ce qui inclue l’étude comportementale, l’étude génétique sur les animaux, parce qu’on a un réservoir qui est formidable dans nos parcs animaliers. Par exemple, là je ralentis la golfette, nous sommes devant l’enclos des Flamants du Chili…
  • … et bien, si vous voulez étudier le Flamant Rose du Chili, vous n’êtes pas obligés de vous rendre sur place au Chili, les parcs zoologiques français permettent ces études, donc régulièrement les parcs animaliers sont mis à contribution. Par exemple ici, à Upie, nous avons participé à une recherche sur la robotique, avec la modélisation du mouvement de certains animaux, notamment les mouvements du cou avec des avancées concrètes pour la robotique, donc vous voyez, ce n’est pas forcément lié à la recherche fondamentale, ça peut être aussi de la recherche appliquée. Mais je le sais pour avoir fait des études dans ce milieu, la recherche scientifique se fait, un pas après l’autre, leurs applications peuvent advenir des années après, mais voilà… on y contribue aussi, même nous au Zoo d’Upie, à notre petite échelle. Mais Mathias, j’aimerais vraiment insister sur un point qui est fondamental à mes yeux, je parle de la pédagogie. Pour nous c’est la première des conservations, faire découvrir tous ces animaux, c’est aider à mieux les aimer, donc à mieux les protéger… ensuite, comme je le disais, la conservation concrète c’est de participer à des programmes de reproduction des espèces les plus en danger pour les multiplier, et… bon, alors c’est trop rarement le cas, der pouvoir les réintroduire dans leur milieu naturel, mais oui, ici nous en sommes fiers au Zoo d’Upie nous avons pu participer à des réintroductions d’animaux dans leur milieu naturel…
  • Alex, je ne vais pas ici poser la question du déterminisme animal, mais puisque vous parlez de réintroduction d’animaux dans leur milieu naturel, se pose alors la question : est-ce que le Flamant Rose du Chili vit ici à Upie, dans les mêmes conditions naturelles du pays qui s’apprête à le recevoir ?
  • Alors, ces problématiques font partie de notre expérience, même si nos compétences sont sanctionnées au niveau nationale par un certificat de capacité, par une autorisation d’ouverture au niveau préfectoral qui contrôle nos compétences, et donc avec l’expérience qui est la nôtre, espèce par espèce, nous décidons comment nous allons les présenter. Donc si on reprend votre exemple : le Flamant du Chili, il ne faut pas oublier que cette espèce vit dans les hauts-plateaux des Andes, et donc qu’il ne craint pas du tout le froid. Je me souviens de l’hiver rigoureux de 2012, les Flamants avaient des glaçons autour des pattes et ils bougeaient un peu pour ne pas être pris dans l’étang, et puis c’est tout…
  • … et je me souviens très bien qu’à l’époque je suis arrivé un matin et j’ai demandé à mon père « qu’est-ce qu’on fait ? », et il m’a répondu « ne t’inquiète pas, ils sont habitués, ce n’est pas un problème ». En fait, le seul problème c’est de les nourrir dans ce genre de configuration extrême. Mais nous avons pour tous ces cas exceptionnels, des protocoles qui sont prévus et donc évidemment pour les Flamants, on va leur mettre un bassin qui sera suffisant pour eux, les perroquets vont avoir des volières adaptées, les rapaces vont eux-aussi avoir des volières adaptées, et puis pour ce qui est de la question du climat drômois, évidemment on ne va pas présenter des espèces qui ne seraient pas adaptées, mais en fait, la plupart sont acclimatées depuis des générations, donc la majorité des animaux du parc n’ont pas connu leur pays d’origine. C’est un peu la même question pour les humains sur terre, ils se sont eux-aussi acclimatés. Si vous prenez un esquimau dans le Grand Nord, et que vous l’amenez sur la Côte d’Azur en plein mois d’août, il risque d’avoir chaud… en revanche s’il s’y établit et qu’il fait des enfants, ses enfants eux, seront habitués au climat, et il n’y aura pas de problème.
  • Vous nous avez évoqué les conséquences du Covid sur la fréquentation du parc, et moi je rebondis sur les virus aviaires, ici il y a beaucoup d’oiseaux, comment vous appréhendez cette menace, si menace il y a ?
  • Oui, c’est un phénomène qui est extrêmement prégnant depuis ces dernières années, il y a eu récemment un site qui a été fermé en pleine saison touristique en Alsace, parce qu’il y a eu un cas, c’est donc le troisième en 2022 en France, avec notamment des rapaces qui volent en vol-libre qui ont dû fermer, parce qu’il y a des cas concrets de grippe aviaire qui ont été détectés. Alors oui, nous ça nous inquiète, et c’est pour ça que nous avons tout un protocole qui est établi depuis plusieurs années maintenant, les premiers cas nous ramenant en 2006, c’était l’année de la première crise de grippe aviaire qui était surtout médiatique d’ailleurs, et nous avons failli fermer le parc cette année-là, parce que nous n’avions à l’époque que des oiseaux, et nous avons vraiment subi une perte de 50% de visiteurs…
  • … depuis la vaccination a été mise en place de manière obligatoire dans les parcs animaliers, et ça c’est la règlementation qui a évolué. Alors les médias en parlent un peu moins, ils parlent surtout des élevages de canards dans le sud-ouest avec des abattages qui sont assez importants et assez impressionnants, mais ça c’est pour sauver la filière économique, mais nous, nos animaux ne sont pas des animaux de rente, ce sont des animaux d’ornement, d’agrément, des animaux exotiques, donc ils ont une valeur patrimoniale, alors nous prenons toutes les précautions en vaccinant ceux qui sont dans les enclos, parce que ceux qui sont sous filets ou en volière, sont considérés comme « claustrés » ils ont donc moins d’interaction avec la faune extérieure. Le risque c’est que certains oiseaux soient en contact avec d’autres oiseaux qui sont potentiellement malades, donc ils sont suivis au quotidien…
  • … notre vétérinaire est un vétérinaire sanitaire qui officie au sein du parc, il a donc un mandat pour surveiller tout ça, et là-encore nous avons tout un protocole qui est mis en application dès qu’il y a des cas dans la région, ce qui est une sorte d’alerte qu’on pourrait comparer à « Vigipirate », et cette alerte est mise en place en cas de détection de cas vraiment avérés de grippe aviaire, mais encore une fois c’est plus le cas dans les élevage que dans la nature, parce que dans la nature, il y en a régulièrement. Les protocoles sont assez contraignants, par exemple quand on pénètre dans un enclos nous devons éviter de marcher dans les empreintes formées précédemment par les canards, pour éviter que le virus ne passe, car il peut notamment se transmettre par les déjections. Après… c’est un peu comme le Covid, quand vous l’attrapez, vous l’attrapez. Malgré toutes les précautions, ça ne suffit pas, c’est pour cela qu’il y a des cas concrets au moment où nous parlons, donc nous faisons attention et les services vétérinaires, la DDPP (la Direction Départementale de la Protection des Populations – NDLR), nous suit de près pour ça, parce que eux aussi sont très attentifs à ça, derrière il y a un enjeu économique, de santé publique et aussi d’éviter de semer la panique dans la population, si par exemple on vous annonce que le virus peut potentiellement contaminer les populations humaines, bien que ce soit rarissime… Mais on voit tout de même que le virus évolue car c’est le premier été où ça continue, il ne faut pas oublier que c’est une grippe et normalement, arrivé à cette saison, le virus s’endort un petit peu et ça repart avec les premières migrations d’oiseaux à l’automne, en hiver, au moment des fêtes malheureusement pour les éleveurs de canards, et donc ça reprend avec le retour des migrations le printemps suivant. Tous ces mouvements sont étudiés concrètement par les scientifiques.
  • Quelles sont les conséquences de la canicule sur tous « les locataires » du parc ?
  • Oui alors, j’ai par exemple vu ce matin qu’à Gérardmer ils sont en train de sauver des petites truites Lacustre qui vivent dans un lac, parce qu’ils vont pomper le lac, donc des ruisseaux vont être asséchés, donc oui le phénomène est vraiment national. Pour nous, le problème dans le parc, c’est évidemment la sécheresse, le manque d’eau… alors on abreuve nos oiseaux, ça on sait faire, plusieurs fois par jour notre équipe est en alerte pour s’occuper des animaux, mais comme je le dis tout le temps « les animaux eux, ils ne travaillent pas », ils sont à l’ombre toute la journée, ils attendent qu’on leur amène à manger, ils ne bougent pas, les Flamants ont déjà la tête sous l’aile, ils vont se réveiller en fin de journée, ils ont déjà été nourris, et donc leur période d’activité c’est le matin et le soir, entre temps ce sont nos soigneurs qui sont à pied d’œuvre pour s’occuper de nos animaux, et lutter contre ces fortes chaleurs…
  • … ce qui fait que nous douchons nos animaux, on les baigne, on leur donne des glaçons aussi, on peut glacer certains aliments pour les occuper, ça fait partie de ce qu’on appelle « l’enrichissement des animaux », le petits vers, au lieu de le donner comme ça, on le met dans un glaçon, ce qui oblige l’animal à dépiauter le glaçon pour atteindre le vers et croyez-moi, en ce moment ça va très vite ! Mais cette chaleur est aussi un problème en terme d’affluence, les visiteurs viennent moins, forcément, là nous sommes à l’ombre, mais c’est pas le plus agréable pour visiter un site en plein-air quand il fait 40 degrés, alors nous, on est quand même très ombragés, il y a des brumisateurs dans le parc donc ça reste agréable. La plupart de nos visiteurs redoutaient un coup de chaud, et ce n’est pas le cas, les animations et les spectacles ont été adaptés pour être un peu moins longs, pour ne pas avoir à rester assis en plein soleil trop longtemps, mais vous savez ça fait des années que nous avons pris ces dispositifs : dans le sud-est, nous sommes habitués à la chaleur. Maintenant le problème c’est la durée, là c’est la troisième vague et ça risque d’être le cas quasiment tous les étés, et ça va être un enjeu important de pouvoir faire face à tout ça, le problème maintenant c’est de trouver l’or bleu, l’eau… aujourd’hui cette sécheresse est la deuxième plus importante jamais enregistrée en France, donc pour moi la première c’était celle de 1976, je m’en souviens notamment parce que c’est l’année où mes parents ont installé le parc, et à l’époque il n’y avait pas l’eau courante installée partout comme aujourd’hui, donc c’était tout à la brouette, sans compter que les arbres du parcs pompent naturellement l’eau de nos bassins, il n’y a pas que l’évaporation…
  • Alexandre, pouvez-vous arrêter la golfette s’il vous plaît ? Je vois l’une de vos employées en pleine discussion avec des visiteurs. Je peux lui poser quelques questions ?
  • Pas de problème je vous attends ici…

Je descends de la voiturette, j’attends la fin de « l’exposé » que la jeune femme propose à propos des Lémuriens, puis une fois qu’elle est seule, je lui tends mon micro.

  • Bonjour, je m’appelle Andréa, je suis soigneuse au Zoo d’Upie depuis plusieurs années maintenant… Bon, moi j’ai grandi dans le parc, en fait il faut savoir que ma famille habite à côté et quand j’étais toute petite je venais déjà visiter le parc, donc il me semble le connaître depuis toujours ce parc (sourire).
  • Vous êtes plus proche de Tarzan que de Jane… Vous êtes née au milieu des animaux de cette jungle (rire)…
  • (rire), alors contrairement à mon collègue (elle désigne Alexandre-NDLR) je ne suis pas née au sens littéral dans ce parc, je suis née à côté du parc et en fait je venais sans cesse le visiter, soit avec mon école, soit avec mes parents, ou avec mes grands-parents, et maintenant la boucle est bouclée puisque je travaille ici, et que c’est un vrai bonheur…
  • Quand je vous ai aperçue vous expliquiez aux visiteurs ce qu’il faut savoir sur les Lémuriens, et en même temps vous êtes soigneuse, donc c’est un métier qui vous oblige à porter au moins deux casquettes ?
  • Alors le côté soigneuse, c’est vraiment s’occuper des animaux, c’est-à-dire leur apporter tout ce dont ils ont besoin, que ce soit à manger, à boire, leur fournir des occupations, s’assurer qu’ils soient en bonne santé, nettoyer etc… et ensuite, il va y avoir aussi le côté animation, où on va présenter au public les animaux dont on s’occupe, pour communiquer un peu plus sur ces animaux, pour que les gens apprennent à mieux les connaître, parce plus on les connaît, plus après on peut les protéger derrière. C’est vraiment la transmission envers le public, et pour nous c’est une mission essentielle.
  • Le métier de soigneuse ne doit pas se confondre avec celui de vétérinaire, nous sommes bien d’accord ?
  • Oui, si par exemple je constate qu’un animal est blessé ou qu’il est en baisse de forme, dans ces cas, on va transmettre ces informations au vétérinaire, ensuite il fait son diagnostic, et nous on va appliquer tous les traitements nécessaires à l’animal. C’est pour ça que le métier de soigneur est avant tout basé sur l’observation, parce que nos animaux, nous on les connait, on finit par anticiper leur comportement, savoir comment ils évoluent, et on va tout de suite le remarquer quand quelque chose va un peu moins bien, parce que vu qu’on les voit tous les jours, on sait très vite quand ils vont un peu moins bien.
  • Comment vous pourriez qualifier la relation qui vous lie à tous ces animaux ?
  • Alors… nos animaux on va les aimer. Quand on fait le métier de soigneur il faut d’abord et avant tout savoir aimer tous ces animaux, après ce ne sont pas mes animaux de compagnie non plus, je n’ai pas à leur faire des caresses, des bisous ou des câlins… en fait pour leur bien-être, il faut savoir conserver une certaine distance, ce qui n’empêche pas de les aimer, mais on les aime de loin. On va d’abord les observer, admirer et analyser leur comportement, tout ça pour qu’ils conservent leur zone de confort.

Je laisse Andréa qui est visiblement très occupée, et je rejoins l’homme qui est né au milieu de cette faune et qui m’attend dans sa golfette.

  • Alexandre, nous n’avons pas évoqué l’essentiel, je devrais même dire les essentiels, parlez-nous de vos locataires ici au Zoo d’Upie…
  • Alors le compte exact de l’ensemble des animaux, je ne l’ai pas, parce qu’il est sans cesse en mouvement, mais on va dire qu’on tourne environ avec 700 animaux, mais ça dépend aussi des naissances tous les ans, et donc on a environ 200 espèces différentes. On a une majorité d’oiseaux, dans les enclos, mais aussi pour les perroquets et les rapaces dans les volières, et puis on élève aussi des oiseaux pour les familiariser, pour les imprégner comme on dit, pour qu’ils puissent ensuite participer aux spectacles, bon ce n’est pas une finalité en soi, mais c’est juste pour qu’on puisse les présenter en vols-libres devant nos visiteurs et faire un commentaire plus adapté et plus percutant qu’une simple pancarte sur un enclos. Et puis il y a aussi nos mammifères : les nouvelles stars de ces dernières années, depuis 2019 : il y a les Lémuriens comme vous avez pu le constater avec Andréa qui est vraiment très douée dans ce qu’elle fait, c’est pas pour rien que c’est notre adjointe aujourd’hui…
  • … donc il y a les Lémuriens Maki Catta soit une dizaine d’adultes de mémoire, d’ailleurs il y a eu une nouvelle naissance récemment, les Lémurs à Ventre Roux, qui sont avec eux, alors là il y a trois individus, mais ils sont dans un programme d’élevage, donc on va peut-être échanger avec d’autres parcs, on a aussi quatre Vari Roux, ce sont également des Lémuriens mais c’est une autre famille, ce sont quatre femelles c’est ce qu’on appelle un « bachelor groupe » parce leur reproduction est contrôlée dans les parcs animaliers pour éviter la surpopulation. Dans nos nouveautés récentes, il y a les Tamarins, ce sont des Ouistitis, ce sont de tous petits singes du nouveau monde, sud-américains, très très mignons, assez actifs avec des cris très stridents, qu’on entend jusqu’à l’autre bout du parc. Donc ce sont là nos nouveautés, mais nous faisons attention parce que nous avons été victime de vols !
  • Vous plaisantez, il y a des vols d’animaux ici dans le Zoo d’Upie ?
  • Oui, ça a fait la Une des médias l’année dernière, on nous a volé deux Tamarins, et dix Lémuriens l’année dernière. Et les Lémuriens il faut être sacrément motivé pour les voler, alors heureusement nous avons retrouvé la majeure partie de ces animaux dans la semaine qui a suivi les vols, ça a été assez rapide, grâce au travail de la gendarmerie, il faut le souligner, ainsi que l’élan de solidarité du public qui a contribué à ce qu’on les retrouve, ainsi il y a eu une sorte de pression pour retrouver ces animaux. Malheureusement il en manque encore quatre à l’appel, deux jeunes Lémuriens et les deux Tamarins, que nous avons donc dû remplacer par un nouveau couple. Cet échange s’est fait notamment grâce à la solidarité entre parcs et grâce à la AFDPZ (Association Française des Parcs Zoologiques – NDLR), c’est un gros travail d’organisation, cette association œuvre également auprès du Ministère de l’environnement, et des instances européennes, ainsi sont coordonnés tous les mouvements d’espèces entre parcs pour une juste répartition.
  • A vous écouter parler de ces associations françaises, européennes et même mondiales, on mesure combien la protection des animaux est aujourd’hui un enjeu pour la sauvegarde de la biodiversité, et donc que c’est devenu aussi un enjeu politique, j’en veux pour preuve la présence aux dernières élections présidentielles d’un Parti Animaliste qui veut interdire la corrida, les animaux ne sont plus présents dans les cirques. Alex, je voudrais vous entendre sur la liberté ou le manque de liberté pour les animaux qui font vivre votre zoo à Upie…
  • D’abord, qu’est-ce que la liberté ? Vous avez deux heures… (rire), non, plus sérieusement le Parti Animaliste, c’est la dernière mouture en date, mais on connait ce problème depuis très longtemps dans les parcs animaliers, mes parents en parlaient déjà à leur époque… Alors les arguments sont toujours les mêmes : vos animaux sont malheureux, ils sont enfermés, ils sont en cage. Est-ce que les animaux que nous voyons ont l’air malheureux ? Alors ensuite, vient une autre question : qu’est-ce qu’être malheureux ? Qu’est-ce que l’enfermement ? Des gens peuvent être très heureux dans une HLM de 20 mètres carrés, et il y a des gens qui peuvent être malheureux dans un château, donc voilà, ce ne sont pas seulement des questions de volumes et de barrières. Les animaux ont un territoire déjà, moi je fais voler des oiseaux, parce que je suis fauconnier et dresseur… Et là, on peut se poser la question, pourquoi ils reviennent systématiquement ces oiseaux ? Parce qu’ils sont chez eux, tout simplement. Alors oui, ils sont conditionnés à revenir, au même titre que vous et moi nous sommes conditionnés à rentrer chez nous le soir, parce qu’il y a le frigo, parce qu’il y a le ou la partenaire, il y a les enfants… nos animaux c’est pareil, ils sont chez eux, ils ne vont pas changer du jour au lendemain de territoire. La nature est hostile, elle est cruelle, donc les animaux ne prennent pas de risque, ils se sont adaptés depuis des générations à vivre dans un milieu donné, donc à établir un territoire avec tout ce que ça comporte comme partenaires potentiels, ou comme rivaux potentiels, comme prédateurs, ou comme proies…
  • … nos animaux sont nés dans des parcs, donc ils ne connaissent que ça, tout comme un citadin qui serait né en ville et qui ne connaîtrait que la ville. En fait le message des Animalistes est juste basé sur l’émotion, parce qu’ils ont besoin de fonds, donc ils vont faire des publications chocs… alors des fois c’est justifié quand on voit des élevages d’animaux en batteries et autre, oui c’est scandaleux et oui il faut faire évoluer les choses, mais vous savez les parcs animaliers sont nettement moins attaqués, et je pense que nous faisons un travail exemplaire depuis pas mal d’années, ce qui ne nous empêche pas d’être critiques envers nous-mêmes, les mauvais parcs n’échappent pas aux critiques, et les meilleurs sont montrés en exemple. Ce n’est pas en fermant les parcs que ça va changer les choses, bien au contraire parce que là vous allez être confrontés à un autre problème, parce que par exemple nous récupérons de plus en plus des animaux de saisies, avec les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie – NDLR), des animaux exotiques qui passent illégalement  les frontières, et qui ne sont pas adaptés pour vivre en appartement, donc c’est un des rôles des parcs animaliers que d’accueillir ces animaux. Nous nous avons une mission de sensibilisation et pas de montrer des animaux maltraités pour gagner des voix à chaque élection, d’ailleurs quel a été le score du Parti Animaliste aux élections ? Alors oui, il s’agit d’une minorité très bruyante grâce à l’écho que leur fournit les réseaux sociaux, mais le buzz c’est juste pour leur collecte de fonds.
  • Alexandre, nous arrivons au terme de notre rencontre, et donc voici ma toute dernière question : Alors que le règlement intérieur du parc interdit de s’y promener pieds nus, quelle mouche vous a piqué de proposer des visites entièrement nues à vos visiteurs du Zoo d’Upie ?
  • Alors, déjà ce n’est pas moi… (rire), bon, c’est vrai que j’ai validé, mais ce n’est pas moi qui a été piqué par la mouche (rire), en fait c’est une idée qui vient de l’équipe, alors on a une employée qui est naturiste mais l’idée ne vient pas d’elle, bon évidemment elle, elle était partante. L’idée est venue après le visionnage d’un reportage à la télé où des naturistes font des balades plus ou moins confortables dans le plus simple appareil, donc en l’occurrence c’était des naturistes qui visitaient un musée, et voilà, avec l’équipe on est parti en brainstorming, et on s’est dit « pourquoi pas nous ? », parce que nous sommes ouverts à tous les publics… Mais voilà c’est une offre exclusivement estivale, en hiver ça aurait été plus difficile (rire), c’est la première année, donc nous allons voir le résultat pour d’éventuels ajustements pour l’été prochain, donc nous avons décidé avec l’aide de la Fédération Française de Naturisme de faire ces visites de deux heures en soirée, à tarif réduit… donc c’est très cadré, pas de capture d’images pour éviter qu’il y ait des photos qui circulent, l’équipe du zoo est très restreinte, et voilà… l’idée est avant tout amusante, elle fait parler de nous, et même le journaliste du Dauphiné Libéré est venu « couvrir » l’évènement en étant lui entièrement découvert ! (rire), mais voilà, les flamants roses sont restés roses, ils n’ont pas rougi, les Ibis Rouges étaient déjà rouges ça n’a donc rien changé pour eux… donc si le cœur et le corps vous en dit, venez mardi prochain dès 19h 30 pour la toute dernière soirée animalière à fleur de peau…

Chassez le naturiste, il revient au bungalow… !

Pour clore cet article, je ne vous cache pas que j’ai appris à mes dépends que photographe animalier, c’est un véritable métier, et que surprendre un oiseau ou un mammifère sous son meilleur profil est avant tout histoire de patience, surtout en ces temps caniculaires, où la fraicheur ombragée devient la meilleure des cachettes.

Dans cet article les clichés ne nomment pas les animaux, car lebrillant.fr vous invite et vous incite à vous rendre sur place au sein du parc d’Alexandre Liauzu, que je remercie pour son accueil impeccable, et ainsi, vous aurez à loisir de mettre vous-même des noms sur ces drôles de têtes animales qui parfois nous ressemblent tant.

Textes et Photos : Mathias Deguelle.

Une réflexion sur “LE BRILLANT VISITE LE ZOO D’UPIE.

  • 8 août 2022 à 6h37
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    Merci pour cet article bien sympathique.
    Au plaisir de se recroiser dans nos allées!

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