L’AQUARIUM D’ALLEX… TRAORDINAIRE !

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants.

Il a été très simple de résoudre la question du où… Il me restait à résoudre la question du quand… Et vous n’allez pas le croire, c’est tombé sur vendredi. Le jour du poisson ! Alignement des étoiles. Je fonce de toutes mes forces, toujours à bord de mon scooter qui peine à dépasser les 45 km/h en descente, avec le vent dans le dos, et brillant comme l’éclair… j’arrive à Allex.

Allex, lebrillant.fr connaît bien, mais il est vrai que lors de nos précédentes visites nous avons focalisé notre attention sur le vieil Allex, or aujourd’hui je vous propose une visite dans un lieu basé au numéro 23, route de Crest, donc nous sommes dans le bas-village. D’ailleurs, deux mots sur le village dont Gérard Crozier est le Maire, près de 2500 habitants répartis sur 20 kilomètres carrés, pour l’histoire du point de vue féodal il n’étonnera personne qu’Allex était une terre de l’église épiscopale de Valence, plus tard en 1485 le village fut divisé en deux : Burgum Marjerie et Burgum ecclesiae. Bon là, je recopie bêtement ce que je lis sur Internet, donc j’arrête. Vous valez mieux que ça. Mais enfin, tout de même, apprendre qu’à Allex, dans la nuit du 25 au 26 juillet 1944, un parachutiste fut recueilli puis accueilli par les habitants de la commune, que l’homme était « un radio », en provenance d’Alger, et qu’il était surnommé Sibellus, et bien que voulez-vous, moi, ça me transporte.

À propos de transport, nous y sommes.

Il faut l’avouer, nous avons tous un rapport qui nous est propre avec les poissons. Pour certains ils incarnent ce que fut l’Homme avant d’être homme. Mais pour la plupart, le poisson c’est le vivant invisible. Le poisson ? L’homme peut vivre sans eux !  Hurlent les ignorants (oui l’ignorant hurle, c’est même à ça qu’on le reconnaît), mais pour l’essentiel  le poisson c’est un « Filet O’ Fish » bien baveux au Mac Do.

Il ne vous étonnera pas que je suis simplement de ceux qui constatent qu’avant que l’air n’emplisse nos poumons, nous avons tous vécus neuf mois d’apnée, plongé dans le liquide amniotique. Donc, en fait tous ces poissons sont peut-être un peu comme nos cousins lointains. En tous cas pour Cédric, c’est clair, ce sont des « individus ».

  • Bonjour Cédric…
  • Bonjour, je suis Cédric Ferotin, je suis le gérant de l’Aquarium des Tropiques à Allex, et donc ici à l’aquarium, nous présentons des poissons tropicaux d’eau douce provenant de cinq régions du monde.
  • Nous allons développer ce que vous proposez au public, mais avant, moi j’aurais juste une question basique… Pourquoi « d’eau douce », et pas « d’eau de mer » ?
  • Tout simplement parce que nous nous trouvons sur le continent, donc vous imaginez que refabriquer de l’eau de mer c’est très complexe, et très énergivore, puis en terme de rejet vous êtes obligé de rejeter vos eaux usées et salées dans les rivières, ce qui n’est pas acceptable pour l’environnement.
  • Cédric, l’aquarium d’Allex, en chiffres, ça donne quoi ?
  • Alors déjà l’aquarium existe depuis 1995 sur Allex, on approche des trente ans, et donc ici nous présentons 34 aquariums, nous avons environ 200 espèces de poissons, soit environ 2000 poissons, nous avons également un bassin peuplé de tortues aquatiques, et toujours dans les chiffres, à l’année nous faisons environ 20 000 entrées.
  • Vous le savez comment elle a germée cette idée, comment l’Aquarium d’Allex est né ?
  • En fait l’aquarium est né d’une exposition qui a eu lieu sur Allex, donc nous sommes en 1983, pour laquelle il y a tellement eu de succès que la mairie a mis à disposition une salle communale pour pouvoir implanter le club aquariophile, ensuite une association est née de cette expo, donc une petite exposition permanente est née par la suite, jusqu’à ouvrir sept jours sur sept, donc il y a eu un petit engouement qui s’est créé autour de cet aquarium, au point que les locaux n’étaient plus adaptés pour accueillir autant de monde, donc victime de leur succès, et pour le meilleur, en 1997 l’aquarium a déménagé ici, où nous nous trouvons actuellement. Donc moi, je suis arrivé à ce moment-là, lors du changement de lieu puisqu’il a fallu tout déménager, moi à l’époque j’étais en stage au sein de l’association qui gérait l’aquarium…
  • Vous êtes en train de me dire que l’Aquarium d’Allex est un service public ?
  • Alors maintenant c’est privé, mais voilà, à l’origine l’aventure est partie d’une association qui gérait le club aquariophile de la commune… Non, en fait le problème s’est réellement posé lorsque l’aquarium a changé de local, les dépenses étaient beaucoup plus importantes, il fallait gérer ça comme une société, et donc ce qui s’est passé c’est que l’association n’arrivait plus à joindre les deux bouts, ils n’arrivaient plus à suivre financièrement… parce que gérer un aquarium de cette importance ce sont des dépenses, notamment de fonctionnement, qui sont importantes. Donc, ils ont « laissé la main », et c’est à ce moment donc que je suis arrivé, avec une ex-associée, pour reprendre l’aquarium, et donc là nous sommes en 2004.
  • Cédric, on quitte la paperasse, et on plonge dans vos aquariums. Déjà, moi je me pose cette question : comment vous choisissez les poissons qui sont présents ici ? Expliquez-nous comment se passe le casting de ces 2000 poissons ?
  • Alors, on aimerait bien faire de beaux voyages sous les tropiques et revenir avec nos poissons, mais c’est très compliqué parce qu’il y a une grosse législation pour ce qui concerne les animaux non-domestique, comme peuvent l’être les fauves, les singes et autres… et donc l’importation de ces animaux-là est très réglementée, il faut des autorisations très particulières et donc pour le choix des espèces, nous essayons de mettre en avant quelques espèces dans chaque aquarium. On ne met pas des poissons histoire de dire « de mettre des poissons », non… Chaque aquarium a un thème qui présente une espèce phare, comme les raies d’eau douce, les piranhas ou les poissons couteaux…
  • … et donc ensuite, « on tourne » autour de cette espèce-là, et on voit qui peut cohabiter avec elle, quels besoins ils vont avoir, et donc quand nous avons décidé d’une espèce, nous allons chercher chez des grossistes européens ou français, qui importent, qui ont les autorisations pour importer des poissons du monde entier. Donc il faut que nous restions « à l’affut » des espèces pour qu’on puisse peupler nos aquariums.
  • Vous êtes en train de nous dire qu’il y a un marché des poissons exotiques ?
  • Oui, c’est ça… mais ce n’est pas moche en soit, quand on sait qu’à 99% ces animaux sont nés en captivité, nous par exemple nous avons… 3, 4 poissons qui sont issus de leur milieu naturel, tous les autres poissons sont nés en captivité. Il y a des élevages dans le monde entier qui ont des poissons qui ne sont pas piochés dans le milieu naturel, ils sont juste élevés, ils se reproduisent pour peupler les aquariums… ce qui concerne aussi les aquariums qu’on a à la maison. Ce sont des grossistes qui alimentent… bon, nous on recherche des espèces particulières, mais après… tous ces grossistes alimentent le marché de l’animalerie.
  • « Le marché de l’animalerie » ça sonne trop bizarre… Ok. Cédric, s’il y a un marché, il y a forcément une valeur… Ça vaut combien un poisson ?
  • Ça va dépendre des espèces ça peut aller de quelques centimes, à plusieurs milliers d’Euros… Alors si maintenant vous me demandez quel est le poisson le plus cher de l’Aquarium d’Allex, je vous dirais qu’en fait tout est relatif, le prix d’un poisson est très aléatoire, parce qu’on l’achète petit et il a une certaine valeur, une valeur « plus ou moins faciale », on va dire… Mais après, lorsqu’il grossi, là nous sommes dans le système de l’offre et la demande. Si vous le cherchez, vous allez le payer très cher, et si vous voulez vous en débarrasser, il faudra presque le donner… donc… c’est un peu ce marché-là, c’est l’offre et la demande, tout simplement. Après voilà… il y a des individus forcément qui sont plus difficiles à trouver… les poissons les plus chers… qu’ils soient gros ou petits… on sera dans les raies d’eau douce par exemple, là il y a des poissons qui sont entre 2 et 3000 Euros pièce.
  • Le plus cher, ça veut forcément dire le plus rare ?
  • Pas forcément. Pas forcément le plus rare, mais le plus recherché. Ça peut être des espèces qui ne se reproduisent pas bien en captivité… et vu qu’aller piocher dans le milieu naturel, c’est de plus en plus difficile… ce qui est logique, parce que toujours aller chercher des animaux dans leur milieu naturel, c’est quand même pas une bonne chose en soi. Mais il y a des espèces qui sont difficiles à reproduire, qui font très peu de petits, ou alors dans certaines conditions très particulières, il faut des volumes importants pour avoir de la reproduction, voilà… c’est « dans ces eaux-là » que ça se fixent les tarifs.
  • Ce qui nous amène à parler du fond du problème : un aquarium c’est une cage, une cage c’est le contraire de la liberté…
  • Alors, on est bien d’accord qu’un animal, en milieu naturel, aura beaucoup plus d’espace et de volume que dans un aquarium, ça c’est une certitude, il ne faut pas se voiler la face, donc c’est vrai que s’il n’y avait pas ce « marché animalier » ces animaux n’existeraient pas, alors effectivement, après on peut se dire « si c’est pour les maintenir dans des mauvaises conditions, ce n’est pas forcément une bonne chose », alors ici à l’Aquarium d’Allex, on leur donne quand même un espace assez conséquent pour qu’ils puissent se mouvoir correctement, avoir des comportements naturels qui soient restitués, nous c’est notre intérêt, si c’est pour avoir des poissons amorphes, ça n’a aucun intérêt…
  • …Après on peut comprendre que certaines personnes trouvent ça un peu anormal de maintenir ces animaux-là, la problématique c’est que si on ne présente pas ces animaux, et qu’on ne montre pas la diversité animalière et l’importance qu’il y a de garder cette diversité dans le milieu naturel, de faire comprendre aux gens que si on ne connait pas les milieux, il est très délicat de les conserver. Sur notre circuit de visite nous veillons à mettre en avant les comportements, on n’est pas là pour entasser des poissons, encore une fois chaque aquarium a un thème, et donc on essaye de montrer la diversité de ces milieux-là. On parle beaucoup des milieux d’eau de mer, des océans et finalement les poissons d’eau douce, on en parle beaucoup moins, sachant que les poissons d’eau douce sont fixés à un seul milieu parce qu’il vivent dans des fleuves, dans des rivières, ou dans des petits ruisseaux, et si le ruisseau disparaît, l’espèce disparaît, surtout si elle vit dans un seul endroit dans le monde, contrairement aux poissons d’eau de mer qui bien qu’ils aient des préférences géographiques en terme de climat, peuvent quand même migrer… Le poisson d’eau douce vivant dans un seul milieu, il est obligé de s’adapter pour pouvoir vivre dans ce milieu précis, il n’ont pas de possibilité de migration.
  • Préserver et apprendre, semblent donc être les deux directives que vous vous êtes fixées…
  • Oui, de toute façon pour c’est avant tout une passion. La première chose c’est qu’on ne fait pas ça pour gagner de l’argent, c’est pas l’intérêt. Ici effectivement nous faisons de la conservation, c’est-à-dire que nous avons des espèces qui sont en voie de disparition dans leur milieu, donc être un lieu de conservation implique de pouvoir reproduire en interne ces espèces là pour les maintenir en captivité chez nous, et si jamais un jour ils disparaissent de leur milieu, ils puissent être réintroduit, alors ce n’est pas vraiment un programme de réintroduction, mais imaginons qu’il y ait une maladie quelconque qui intervient dans leur milieu naturel, le fait qu’ils soient diffusés dans plusieurs aquariums permet de garder la souche en bon état pour éventuellement les réintroduire.
  • Bon là, je mets sur pause. Ok. Alors si on regarde bien cette photo on voit bien que le public regarde un documentaire sur écran mural, forcément un reportage sur les poissons, et là le public se trouve face à la tête d’une girafe. Alors pas d’inquiétude, il s’agit d’une photo d’illustration pour parler du Poisson Girafe, présent dans l’aquarium. Je relâche le bouton « pause ». Cédric, pourquoi selon vous, le poisson d’eau douce fascine moins que le poisson d’eau de mer ?
  • Pour changer d’avis il faut venir nous voir, nous présentons des poissons d’eau douce mais tropicaux, ce qui signifie que nous n’avons pas de poissons d’Europe parce qu’ils auraient beaucoup trop froid, nos poissons vivent dans des milieux autour de l’équateur, donc ce sont des régions où il fait chaud tout le temps, toute l’année, et c’est pour ça qu’on maintient nos poissons dans un bâtiment fermé, pour pouvoir réguler la température comme on le souhaite. Donc là, cet été, nous n’avons pas eu besoin de chauffer, il a fait tellement chaud, en revanche eux, ça ne les perturbe pas du tout, au contraire, plus il fait chaud, plus ils sont contents, plus ils ont une activité importante étant donné que les poissons sont des animaux à sang froid. Nous ce que nous proposons ressemble à un voyage représenté par cinq régions du monde : Afrique, Asie, Océanie, Amérique Centrale et Amérique du Sud, et voilà, c’est comme un tour du monde aquatique où on passe de thème en thème, et bien-sûr on présente les particularités de certaines espèces et les poissons qui sont ici se sont adaptés à leur milieu et donc ont créés tout un tas d’aptitudes d’adaptation, de comportements en fonction de ce milieu, certains poissons vont avoir des systèmes de respiration très particulier parce qu’ils vivent dans des milieux très pauvres en oxygène, d’autres poissons sont aveugles parce qu’ils vivent dans des cavernes, d’autres vont avoir des comportements en fonction de leur reproduction, certains poissons protègent leurs petits, d’autres pas…
  • … Ensuite il y a une histoire d’eau, il y a des poissons qui vivent en eau plus ou moins dure c’est-à-dire avec du calcaire, et d’autres qui ont besoins d’eau plus adoucie, donc on est obligés d’adoucir leur eau sinon leur comportement serait modifié et ils auraient une espérance de vie beaucoup moins longue. C’est vraiment du cas par cas, en therme d’eau, de température, d’éclairage, d’alimentation, certains poissons sont herbivores, d’autres sont carnivores, il faut donc adapter la nourriture à chaque individu, certains poissons vont être nourris trois fois par semaine, d’autres sont nourris trois fois par jour, donc c’est nous qui nous adaptons aux poissons et jamais l’inverse.
  • Vous êtes combien de personnels ici à l’Aquarium d’Allex ?
  • Nous ne sommes pas très nombreux, nous sommes juste trois. Il y a moi le gérant et deux salariés, et on perdure comme ça en étant ouvert sept jours sur sept toute l’année.
  • D’un mot, j’aimerais vous entendre sur la nourriture, comment ça se passe, vous vous faites livrer tous les jours ?
  • Non, pas tous les jours, souvent c’est du congelé que nous achetons, c’est de la nourriture pour la consommation humaine, ce n’est pas de la nourriture avariée, il y a des moules, des crevettes, des filets de poissons, des petits pois, des épinards pour les herbivores… après on adapte la dose de nourriture à distribuer à chaque individu. Alors les poissons ne peuvent pas mâcher, à part quelques exceptions comme le piranha ou les requins, d’où leur réputation, mais sinon tous les autres poissons gobent donc forcément, en fonction de la taille de leur bouche nous adaptons le format des doses que nous leur donnons. Alors on évite de mettre des petits poissons avec des gros, mais des fois nous arrivons à les associer étant donné qu’ils ont des comportements différents.
  • Nous avons parlé de l’importance de la découverte, est-ce que vous avez des « trucs » pour transmettre l’amour des poissons au public ?
  • Effectivement, nous sommes très fixés sur l’aspect pédagogique. A l’entrée nous remettons des livrets aux enfants, sur le circuit de visite il y a des petits ateliers en bois qui permettent aussi la découverte, et à chaque région du globe nous avons associé un thème, pour l’Amérique du Sud c’est les sens du poisson, pour l’Asie c’est la respiration, pour l’Océanie c’est sur l’alimentation, Pour l’Amérique centrale c’est la reproduction et pour l’Afrique c’est la locomotion. Alors ça se présente donc sous la forme de livrets, il y a le livret « Goutte » pour les enfants de trois à sept ans, je vous le disais c’est un jeu d’observation avec des photos de poissons qui sont à retrouver pendant la visite, et dès qu’ils ont repéré le poisson en photo, ils doivent prendre une gommette et la placer en face de la photo…
  • …et puis il y a le livret « Bulle » qui est accessible à partir de huit ans parce qu’il faut une bonne acquisition de la lecture, donc souvent les adultes jouent le jeu, donc il s’agit de faire une enquête pour retrouver le poisson mystère qui bien sûr se trouve dans l’un des aquariums de l’exposition, mais on ne sait pas lequel, donc il faut essayer de le retrouver en relevant les cinq indices pendant le circuit, et ces indices sont des parties de poissons, la forme du corps, les nageoires, la tête, les taches du corps… Donc il faut noter ces indices dans le livret, ce qui permet au visiteur de redessiner et de trouver la forme de ce poisson mystère, et son nom qu’on va pouvoir retrouver grâce à un mots-fléchés qu’il faut remplir.
  • Cédric, vous êtes de quel signe astral ?
  • Ah, je suis cancer, hé non… je ne suis pas poisson ! (rire)…

Houla… celui-ci m’a fait frémir.

Je ne saurais que vous enjoindre à vous rendre à l’Aquarium d’Allex, le prix de l’entrée est fixé à 9 Euros pour les adultes et 6,50 Euros pour les enfants. Vous l’avez compris c’est une visite de l’émerveillement qui combine l’éducatif et le ludique, avec une touche de poésie… surtout n’oubliez pas, que comme l’a dit le chanteur Iggy Pop :

« If the fish don’t think it’s because the fish knows everything ».

Textes et Photos : Mathias Deguelle.

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