LA ROBE DE MARIÉE SOUS TOUTES LES COUTURES.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. « Je vous déclare mari et femme, vous êtes à présent unis par le lien du mariage, pour le meilleur et pour le pire… Monsieur, veuillez embrasser la mariée ». Rassurez-vous, lebrillant.fr n’a pas ici vocation a théoriser sur les dommages ou les intérêts de cette institution qu’est le mariage, en revanche nous nous sommes intéressés à ce détail qui n’en est pas un, cet accessoire qui ne l’est pas : la robe de la mariée. Et c’est à Crest que nous avons rencontré une styliste spécialisée dans la confection de ces robes d’un jour, que l’on garde pour toujours. Je me rends donc au 22, Rue Georges Bovet pour tout savoir sur cette tradition immaculée qui semble reprendre des couleurs. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens ici à remercier mes collègues de France Bleu-Drôme-Ardèche qui m’ont mis sur la piste de cette couturière, donc un salut confraternel à cette station pour laquelle j’ai travaillé de 1989 à 1992 (ce qui ne nous rajeunit pas…). Commençons par le visuel de « La Maison Aurélie Mey ».

Tout ce que vous voulez savoir sur la robe de mariée sans jamais avoir osé le demander, c’est maintenant… rencontre.

  • Bonjour, je m’appelle Aurélie Mey, je suis créatrice de robes de mariée sur Crest depuis sept ans.
  • J’aimerais connaître votre parcours, comment est née cette idée ?
  • Alors j’ai fait un « BTS design de mode » sur Cannes, il y a beaucoup d’années maintenant… en alternance j’étais dans une maison de haute-couture, où j’ai appris tout ce qui est broderie, on faisait beaucoup de robes de soirée, robes de mariée, donc je suis spécialisée dans les matériaux souples et les matériaux fluides, donc tout ce qui est pénible (rire), c’est à dire le satin, la dentelle, tous les trucs un peu particuliers et minutieux, mais je suis aussi spécialisée dans la fourrure et le cuir, que j’utilise moins… Quand je suis revenue sur Valence après mes études, j’ai fait de la vente parce qu’il fallait travailler et je ne trouvais pas de quoi faire… j’ai bien évolué dans la vente, j’ai fait plein d’autres métiers, j’ai été « marchandiser » pour une marque, donc j’allais ouvrir les magasins à l’étranger, d’ailleurs avec mon mari nous avons depuis dix ans notre société de merchandising toujours dans le marketing et la communication, et quand je suis tombée enceinte, je ne pouvais plus faire de voiture, donc j’ai repris la couture pour ma petite fille et mon mari qui m’a toujours soutenue et qui a toujours été à mes côtés, m’a dit « mais pourquoi tu ne ferais pas des robes ? Comme tu faisais à Cannes… », et je lui ai répondu « ça ne marchera jamais (rire) », et finalement je l’ai écouté, j’ai acheté de quoi faire cinq premières robes. La première qui a été vendue, l’a été en ligne, sur le site ETSY, qui est une plate-forme de créateurs de vente en ligne, et la première robe est partie à New York quelques jours après… Voilà, ça a commencé comme ça, j’ai repris et avec la communication, les réseaux sociaux, tout ça… et voilà !
  • A présent, j’aimerais rencontrer Aurélie Mey petite fille… Est-ce que vous déguisiez vos poupées Barbie ? Petite, aviez-vous déjà cet attrait pour le vêtement féminin ?
  • Ah oui oui, moi petite fille, j’étais le cauchemar de ma maman et de ma grand-mère parce que ma grand-mère, j’allais foutre le bazar dans sa boîte de couture, vous savez ces boîtes qui se déplient en escalier… Et j’ai eu la chance de connaître mes arrières grands-mères siciliennes qui étaient gantières sur Grenoble à l’époque, j’ai eu la chance d’être à leurs côtés et d’apprendre, mon grand-père était peintre à côté de son travail, donc il m’a appris le dessin… et oui, ma maman je la rendais chèvre parce que mes parents avaient un restaurant et je jouais avec les serviettes en papier du restaurant, et avec du scotch, je faisais des robes à mes Barbies non-stop donc oui, depuis toute petite… Dans ma famille on m’appelait « la parisienne », on était persuadé que j’allais finir à Paris, dans le milieu de la mode, et puis en vieillissant on change (sourire), mais oui, depuis toute petite j’ai l’attrait pour les belles choses, les belles robes, les belles matières…
  • Vous l’expliquez comment cet attrait pour le beau ?
  • Je pense que je dois ça à ma famille, même du côté paternel, mon père était passionné d’histoire, il me racontait les légendes… du côté de ma mère c’était très artistique, donc on n’allait pas forcément au sport le week-end, mais on allait au musée, on faisait beaucoup de visites, beaucoup de culture générale, et je pense que c’est ça qui m’a mis le pied à l’étrier.
  • Tiens, à propos d’histoire, j’ai fait de rapides recherches et il en ressort que dans l’Égypte des pharaons, puis plus tard dans la Grèce antique, déjà le mariage se faisait en tenue d’apparat…
  • Oui c’est vrai, il y a toujours eu des tenues d’apparat, après, la mariée en blanc, c’est très très récent… le côté « meringue » qu’on a beaucoup eu dans les années 2000, c’est très récent aussi, mais c’est aussi sociologique, c’est du à Disney, parce que les princesses Disney avaient de grandes robes… La robe de mariée c’est une cristallisation de la société et de ce qu’il s’y passe, ce sont des images que les petites filles ont, et qu’elles retranscrivent quand elles sont grandes. Mais par exemple dans les années 70 c’était des robes de mariée fluides comme celles que je fais. Oui, la robe de mariée ça a toujours été… Et ça reste…
  • Vous voulez dire qu’on peut cartographier les époques à travers la robe de mariée, son évolution et son symbolisme ?
  • Ah oui, complètement. Par exemple avant, dans les grandes familles catholiques, on ne se mariait pas en blanc, on se mariait en bleu ciel, parce que la vierge Marie est en bleu, pas en blanc. Souvent dans les films historiques on les voit en blanc, mais c’est faux… il y a toute une partie de l’histoire de l’art qui est aussi consacrée aux robes de mariée et d’apparat, les robes de bal, tout ça… Oui, on peut retracer l’histoire avec les tenues et notamment les robes de mariée, c’est passionnant d’ailleurs.
  • Certainement… D’ailleurs aujourd’hui la femme peut très bien se marier en mini-jupe…
  • Oui, le côté sociologique on l’a en ce moment. Moi par exemple, beaucoup de mes clientes sont de jeunes mamans qui sont déjà en couple depuis des années, et le mariage c’est une validation de l’amour, après la venue des enfants, après l’achat de la maison… ce n’est pas forcément dans le même ordre qu’avant, donc du coup les robes se veulent beaucoup plus pratiques, beaucoup plus sensuelles aussi, on a une mariée qui est beaucoup plus sensuelle parce que on peut se marier à trente ou trente cinq ans, du coup, elles sont femmes, elles ne sont plus jeunes filles, ce ne sont plus des poupées… Voilà, il y a plein de choses comme ça, donc je pense qu’au niveau sociologique et social de la France, comment les gens évoluent, et comment les couples évoluent aussi, cette évolution est flagrante.
  • C’est amusant ce que vous dites, on se marie parfois tardivement, ce qui n’empêche pas la présence du blanc virginal symbolisé par la robe. Selon vous il tient à quoi cet attachement au blanc ? Vous même, de votre côté vous y êtes attachée ?
  • De mon côté pas forcément. Je ne suis pas une « pro-blanc », j’ai aussi des robes de couleur… Attention, il y a en ce moment une tendance qui vient des États-Unis, on se détache du blanc, alors on reste sur des couleurs pastelles, on va sur les blush, les robes poudrées, des choses comme ça… on se détache du blanc pur. Là, le blanc que vous voyez ce n’est pas un « blanc blanc », c’est un blanc naturel. Mais je pense qu’il y là encore, un côté historique sur le blanc, qui demeure symbolique sur les mariées. La mariée en blanc, mine de rien, dans la foule des invités, elle se détache mais visuellement parlant, ça reste le repère : la mariée est en blanc. Mais personnellement je ne suis pas… vous voyez, il y en a une noire juste au-dessus de vous (rire).
  • Ça me fait penser au film de 1968 de François Truffaut, « La mariée était en noir », avec la formidable Jeanne Moreau. Est-ce qu’en mêlant la couleur du deuil à celle d’une célébration comme le mariage, on est pas là dans une forme de tabou suprême ?
  • Encore une fois, c’est social, parce qu’il y a une centaine d’années de cela, c’était l’inverse, on enterrait en blanc, et on se mariait en noir. Ça dépend des communautés aussi, vous allez en Chine, on se marie en rouge. Alors que chez nous, le rouge est une couleur associée au sang, qui est violente. Donc vous voyez, ça dépend de la culture, j’ai déjà eu des mariées indiennes par exemple, on avait fait un sari doré sur la robe blanche… C’est vraiment… ça varie en fait, et dans mon processus personnel psychologique et pour aider mes clientes aussi parce qu’on fait un métier qui est très psychologique, puisqu’on est sur l’image. J’ai appris à me détacher de tout jugement, peu m’importe ce que la cliente veut, je ne juge pas et je vais faire le maximum pour que la robe soit tendance, jolie, esthétique, et qu’elle s’adapte à la morphologie, sans jugement.
  • Très bien, donc vous n’allez pas me juger si je vous mets face à une hypothèse fantaisiste : je suis une femme, je vais me marier, je m’adresse à vous Aurélie Mey, et je vous commande une robe de mariée, comment vous dialoguez avec moi pour mieux me connaître, mes goûts, mes sensibilités… ?
  • Le premier rendez-vous dure entre une heure et demi et deux heures, en plus je suis excessivement bavarde donc je parle beaucoup avec mes clientes, mais pas que de la robe, ce qu’elles veulent c’est une chose, mais il y a aussi l’analyse physique, morphologique, c’est à dire que quand une cliente arrive je regarde ce qui lui irait le mieux, j’essaie de l’orienter mais sans aller contre son souhait, si par exemple elle veut vraiment « une sirène », on le fera… le sur-mesure c’est aussi savoir s’adapter à la cliente, donc moi je conseille, mais après je pose beaucoup de questions sur l’utilisation de la robe, la manière de la porter… parce qu’une jeune maman qui doit porter ses enfants en bas âge, elle ne va pas porter un dos-nu « V », ça va la gêner parce que l’épaule va tomber toute la journée, donc je pose énormément de questions et en une heure et demi, deux heures, j’arrive à me livrer à mon jeu favori : décrypter les caractères des clientes. Si par exemple une cliente n’arrive pas à rester assise sur une chaise pendant une heure et demi, deux heures, et qu’elle est à droite, à gauche, une « jupe sirène » où elle na va pas pouvoir bouger, ça ne va pas lui convenir… j’aime bien cerner la personnalité de mes clientes en discutant avec elles, en connaissant leur vie de famille, l’ambiance du mariage aussi, souvent je demande comment va être la déco, je pose beaucoup de questions, je suis très indiscrète… pareil pour les questions pratiques, « est-ce qu’il faut absolument un soutien-gorge pour la poitrine », voilà toutes ces petites choses très féminines… car en fait, si le jour J on n’est pas à l’aise, ça sert à rien.
  • Je ne sais pas si vous connaissez l’anecdote. C’est Pierre Bellemare qui a importé en France le système du télé-achat. Or, au début de ce nouveau type de vente, les achats pouvaient aussi être faits sur des robes de mariée. Puis ils ont arrêté de les vendre. Pourquoi ? Parce que la robe de mariée étant la robe d’un seul jour, des clientes peu scrupuleuses, utilisaient la robe pour la cérémonie, se mariaient, et ensuite elles renvoyaient l’article en prétextant une mauvaise taille ou autre motif d’insatisfaction… Vous en pensez quoi de ce constat ? Vous travaillez de nombreuses heures sur des modèles de robes qui ne vont servir qu’une seule fois et peut-être finir leur vie dans un placard ?
  • Il y a toujours aujourd’hui, non pas cette notion du télé-achat, mais vous avez beaucoup de sites chinois qui ont des robes pas chères, et c’est finalement la même chose, les femmes commandent et revendent par exemple sur Vinted, où il y a beaucoup de robes de mariée juste après l’utilisation… On va dire qu’ici, ma clientèle est comme un ébéniste auquel vous vous adresseriez pour faire un meuble, au lieu d’aller l’acheter chez Ikéa… C’est vraiment du sur-mesure, et puis depuis le début de l’année on a le label « Made in France », puisqu’on travaille à plus de 80% de matières françaises, on veut pousser le savoir-faire français, et la robe de mariée est un bijou. Mais c’est vrai, il y a pas mal de mariées qui me demande à ce que la robe soit « reportable », on peut la couper, on peut la scinder, on peut retravailler… et je pense que le Covid, nous a aidé en ça, revenir à l’artisanat, au fait main, et aussi à la transmission, c’est à dire qu’aujourd’hui une mariée va me dire « potentiellement, ma robe je vais la transmettre à ma fille », chose qui avait été complètement effacée dans notre société actuelle, aujourd’hui une robe de mariée, elle revient, on la retravaille, j’ai racheté un stock de robes de mariées vintage l’année dernière, j’en ai 107, et le but c’est de les transformer, pour les réutiliser pour avoir ce côté écoresponsable, on revient beaucoup à ça, beaucoup, beaucoup, beaucoup…
  • Et ça ne pose pas de problème aux acheteuses de porter une robe de mariée qui a déjà servi ?
  • Alors les robes de mariées vintage, je n’ai pas encore communiqué dessus, mais le peu qui m’en ont achetées l’année dernière, elles se la réappropriaient, parce qu’on la transforme entièrement, et j’y reviens, le côté écoresponsable est en train de vraiment prendre le dessus, sur le côté tradition.
  • Vous me parlez traditions, sociologie… est-ce que la robe de mariée a aussi une représentation, une fonction politique ?
  • Alors moi, je l’avoue, je ne suis pas féministe mais en revanche je suis égalitaire, pure et dure, j’ai la chance d’avoir un conjoint qui est dans le même esprit que moi, on est tous les deux à notre compte, donc il n’y a pas de comparaison sur qui fait quoi à la maison… A la maison c’est le premier qui a fini qui va faire à manger, il n’y a pas de question qui se pose là-dessus. Donc, j’ai beaucoup de chance, j’ai une petite fille… donc quand je vois qu’il y a des femmes aujourd’hui qui notamment, tout ce qui est représentation du corps, dans la mode, tout ça… je suis très opposée à tout ça, donc du coup oui, il y a aussi une dimension politique sur le fait de… on est comme on est, on porte ce qu’on veut, et chez moi toutes mes clientes sont belles, qu’on fasse un 42 ou qu’on fasse un 36, on est belle, enfin il n’y a pas de diktat. En France nous sommes encore beaucoup sur les diktats du corps. En France il faut savoir qu’il y a énormément de suicides chez les jeunes filles, vers 16 ans… l’Italie et l’Espagne ont fait beaucoup d’efforts là-dessus, notamment sur les visuels, vous savez, sur Photoshop, le fait qu’il n’y ait pas trop de maigreur, en France on est à la ramasse complet là-dessus, et les réseaux sociaux n’arrangent rien, moi du coup quand des clientes arrivent ici qui me disent « il faut que je perde 10 kilos pour le mariage », alors là je dis « non, si vous perdez 10 kilos c’est pour votre santé, pour vous, parce que vous en avez envie, mais pas pour le mariage, les gens qui vont venir à votre mariage, ils vous connaissent et ils vous aiment telle que vous êtes, vous n’avez pas besoin de vous travestir, vous n’avez pas besoin de vous transformer pour ce jour là ». Et je pense que déjà ça les apaise parce que le jour d’un mariage il y a beaucoup de pression, il y a beaucoup de stress. Souvent dans les familles, les mariages, les décès, les enfants, ce sont des cristallisations de tous les problèmes qu’il peut y avoir aussi dans une famille, donc déjà si on enlève ce côté « il faut que je sois parfaite », bah… ça aide vachement en fait (sourire).
  • Je dois comprendre que vous agissez comme une sorte de thérapeute anti-angoisse !
  • Voilà, ça c’est dans ma bibliothèque : « A corps et à cris » de Eve Cambreleng… et c’est sous-titré « la révolution féministe des corps », c’est un féminisme égalitaire, c’est à dire : on ne juge pas sur un corps ou sur une apparence. Même si mon métier est à la base un métier où l’esthétique a beaucoup de place, il n’y a pas de jugement.
  • J’ai noté une chose, en tout début de rencontre, en parlant de votre compagnon vous avez employé le mot « mari », puis plus tard, le mot « conjoint », j’en déduis que vous êtes vous-même mariée ?
  • (rire), je me marie en août ! Je n’ai jamais été mariée, je suis avec mon conjoint depuis 16 ans, on a une petite fille qui a 8 ans, et en fait on est deux grands… je ne pourrais pas dire « timides », mais on n’aime pas s’afficher, donc le mariage pour nous c’était quelque chose de trop compliqué et pas le temps… jamais le temps, avec nos deux sociétés, et puis là en avril, Monsieur a fait sa demande, donc vous voyez… je porte une belle bague, et oui, je me marie en août…
  • Félicitations de la part du brillant.fr je suis super content pour vous… Dites-moi, on dit que les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés, parlez-nous de votre robe de mariée à vous, ça a dû être un casse-tête…
  • Elle n’est pas encore faite ! Léa, mon assistante me connaît très bien, je suis une vraie artiste dans l’âme, je peux changer d’avis jusqu’à la veille… oui, c’est un peu de pression la robe de mariée pour soi, parce que les gens s’attendent à un truc de fou, alors que moi vous voyez, je suis relativement simple, je suis même un peu « garçon manquée » sur les bords, donc même les talons tout ça, ça va être compliqué pour moi (éclat de rire), et il va falloir que je m’applique ce que je dis à mes clientes, c’est à dire de ne pas me travestir, pour le jour J et pour faire plaisir aux autres.
  • Revenons à présent au local si vous le voulez bien, vous avez ce qu’on appelle un métier « de niche », réservé à une minorité, on ne se marie pas ou très rarement dix fois par an… Alors parlez-moi de la crestoise ou de la drômoise, d’ailleurs je ne sais pas si votre rayon d’action vous permet d’habiller des femmes qui sont éloignées de notre département… Quelle est votre clientèle « type », si elle existe…
  • Alors oui, je vends plus loin que les frontières drômoises, on a des clientes qui viennent de toute la France. Encore la semaine dernière, j’avais une cliente de Nantes qui est venue en train, je suis allée la chercher à la gare pour faire notre rendez-vous, donc oui, toute la France, j’ai pas mal de parisiennes et de lyonnaises… après, la majorité reste drômoise… les drômoises sont des femmes qui sont très concernées par l’écologie et par les démarches écoresponsables, on y revient. Il y en a vraiment beaucoup, le fait par exemple que nous réutilisions les chutes pour faire les robes des petites filles, tout ça ce sont des choses qui plaisent beaucoup… le côté « made in France » aussi, la Drôme c’est un peu le berceau de l’écologie, donc il y a cette fibre créative et la fluidité, « les robes bohèmes », c’est d’ici, je veux dire les photos dans les champs de lavandes on en aura toujours, même dans cinquante ans… non, moi j’ai une belle clientèle ici, je suis contente.
  • Ça représente combien de personnes qui se marient grâce à vous… pardon, je veux dire avec vous… enfin, là encore c’est une façon de parler ! Donc oui, combien de mariées habillez-vous chaque année ?
  • Une cinquantaine de mariées. En fait, j’ai fait le choix de ne pas être excessive dans mes tarifs et en avoir plus.
  • Les tarifs… C’est une question d’importance. Quelle la fourchette de vos prix ?
  • Nous on démarre les robes de mariée, les robes courtes, on démarre à 1000 Euros, les robes longues on est à 1700 Euros de démarrage sur les robes simples, et après ça peut aller… en fait, il n’y a pas de limite, je veux dire j’ai déjà eu des robes à 5000 Euros, après ça dépend du budget de chacune, mais on démarre à 1700 Euros parce qu’on prend plus de mariées que certaines créatrices qui sont à 3000 Euros, c’est un choix, on est que deux à l’atelier donc ça compte, mais par contre on les entoure, c’est à dire qu’à partir du moment où j’ai mes 50 clientes, je suis entièrement dédiée à elles, la petite capture d’écran sur le portable qui dit « Aurélie, les chaussures ça va bien », je ne veux pas en avoir trop parce que moi je les aide sur toute la silhouette, je ne fais pas que la robe de mariée, en fait moi j’ai une formation « stylisme », pas « couture », je ne suis pas couturière, je suis styliste, donc moi je suis là pour les épauler : la coiffure, le maquillage, les bijoux… donc j’aime bien avoir ce temps avec chaque cliente, de conseils. Il y a aussi la partie sous-vêtements, alors ce n’est pas moi qui les fabrique, mais il y a une partie sous-vêtements, on a tous les gainants pour celles qui veulent porter une gaine, on a toutes les parties soutiens-gorges dos-nu, parce que les robes dos-nu c’est super beau, mais il faut pouvoir les porter quand on fait un bonnet D c’est un peu compliqué, donc oui, il y a aussi une partie « conseil sous-vêtements »…
  • En moyenne, vous passez combien de temps, combien d’heures de travail sur chaque robe ?
  • Alors je ne parle pas « par robe », je parle « par cliente », parce qu’avec les rendez-vous qu’on a, c’est à dire environ cinq rendez-vous pour chaque cliente, on va dire qu’on est entre 50 et 60 heures en moyenne par cliente. Après, bien-sûr, il y a certaines robes qui en demandent moins, et d’autres qui en demandent plus, ce qui justifie aussi les variations de prix.
  • Quels sont les enseignements que vous tirez de la crise du Covid ?
  • Au niveau de « la machine », ce qu’on appelle « la wedding sphere », c’est à dire, tous les prestataires mariages, il y a eu un gros point positif parce que avant nous n’avions pas de syndicat, et maintenant il y a un syndicat qui s’appelle l’UPSE, l’Union des Professionnels Solidaires de l’Événementiel, donc ça déjà je trouve ça cool, parce qu’on n’est plus tout seuls dans notre coin, parce qu’il y a beaucoup de professionnels qui gravitent autour du mariage, les photographes, tout ça… ce sont des professions qui sont un peu esseulées, alors moi je suis un peu geek sur les bords, vous avez pu le voir si vous êtes allé sur mon site, Instagram, tout ça, il n’y a pas de souci… mais pendant le Covid c’était encore plus, on a pris des mesures à distance, en visio, avec les clientes, donc voilà, on s’est adapté, et je trouve que ça fait du bien parce que ça donne un petit coup de pied dans les fesses pour se mettre à jour.
  • Vous êtes la première personne que je rencontre qui tire autant de positif de cette crise sanitaire !
  • (sourire), moi justement, le travail que j’ai pu faire en psychologie fait que je vois toujours le verre à moitié plein, donc oui, ça a été une période difficile, mais on est en France, on est quand même vachement plus aidés que dans d’autres pays, il ne faut pas l’oublier. Nous l’événementiel on a été très bien aidés, notamment par la Région, Monsieur Wauquiez a fait beaucoup sur la région. On a eu plein de rendez-vous, de visios, de soutiens… pas que financier, moral aussi, on a une très bonne Chambre des Métiers, Chambre du Commerce en Drôme, qui soutiennent beaucoup… C’est important de le dire. On dit souvent quand ça ne va pas, mais on ne dit pas quand ça va, et je trouve que c’est important aussi. Moi j’ai des collègues qui sont à l’étranger, et je peux vous dire, que notamment aux États-Unis, ça ne marche pas pareil, c’est « marche ou crève ». En France on se plaint beaucoup, mais en fait, on est bien.
  • La création d’un syndicat renvoie à une profession menacée, or selon certaines prévisions, il est attendu une hausse de 40% des mariages pour 2022. Paradoxe ?
  • Oui et non… Parce qu’en fait, il y a encore les reports de 2020. Nous par exemple on a encore cinq clientes, ce sont des mariées de 2020 qui n’ont pas pu se marier, donc en fait les lieux pour célébrer le mariage sont pleins, mais pas forcément de nouveaux mariés. Donc oui, il y a beaucoup de mariages, mais attention, les professionnels du mariage, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y en a qui vont travailler sur des mariages avec une date qui était déjà prise en 2020, et vous voyez, ils n’ont pas pu re-signer de nouveaux mariés. Alors nous on n’a pas ce problème là parce qu’on a un portefeuille, et on s’en fout s’il y en a huit le même jour, mais un photographe qui doit se déplacer un jour J, il ne peut pas prendre deux mariages, donc pour certains, en 2022, il y a encore une perte financière.
  • Que vous disent les futures mariées quand vous les rencontrez ? Quels sont les mots, les émotions qui traduisent le mieux ce qui doit être « le plus beau jour de leur vie » ?
  • Ça dépend… Il y en a qui sont dans le côté très romantique des films à l’eau de rose… J’ai des mariées où il y a le mariage à la cathédrale, avec le voile, là on est vraiment dans le traditionnel… attention, quand j’utilise des adjectifs, c’est jamais péjoratif… et après, j’ai toute une part de clientes qui n’est pas romantique en fait… qui, après des enfants, après tout ça, juste ce qu’elles veulent c’est faire une belle bringue avec leurs amis, profiter de ce jour J, je pense que le mot c’est « profiter » ! Quand aux Messieurs, pour tout ce qui est vêtements, ils ont beaucoup plus de choix qu’avant aussi, donc les Messieurs deviennent romantiques, là où les clientes le sont un peu moins. Il y a un équilibre, une balance qui se fait, même sur le mariage, notamment j’y reviens, sur les costumes des Messieurs, maintenant ils ont des petits détails, le petit nœud papillon… ils ont plus de choix, ils sont plus raffinés… puis les clientes veulent aussi des tenues « plus pratiques », il y a de plus en plus de pantalons par exemple, donc oui, il y a une métamorphose qui se passe aussi au niveau du mariage.
  • Elle existe cette tentation ? La tentation de remettre sa robe de mariée après 15 ou 20 ans de mariage, juste pour voir « si je rentre encore dedans » ? Mais le corps n’échappe pas à la règle, lui aussi il change avec le temps…
  • Ah ben, justement… ! Nous on n’aime pas ça… Parce qu’en fait c’est normal de prendre du poids au cours de sa vie, moi comme je le dis souvent à mes clientes « on est humains, et un humain n’est pas constant », et ça il faut le garder en tête, en revanche j’ai beaucoup de clientes qui me demandent de transformer leur robe, après le mariage. On la coupe aux genoux, on peut la teindre, on peut séparer le haut du bas pour faire un haut qu’on pourra porter avec un joli pantalon pour un événement… la robe de mariée ne reste plus dans le placard !
  • Vous l’avez évoqué en début d’entretien, et j’aimerais que vous développiez ce point de détail : est-ce qu’il arrive encore que les filles se marient dans la robe de leur maman ?
  • Alors oui, là ça fait deux ou trois ans que je retouche des robes de mamans pour le mariage de leurs filles. On transforme la robe et à ce sujet j’ai vécu deux ou trois très belles histoires, une avec une maman qui était décédée, donc il y avait beaucoup d’émotion à transformer la robe, une autre anecdote me vient, c’était une grand-mère, elle reprenait son exploitation agricole et voulait porter la robe de sa grand-mère, donc oui, ça se fait encore… Nous ce qu’on aime bien faire c’est couper la robe de petite fille dans les chutes des robes des mamans, comme ça elles sont assorties, ça devient une histoire de partage et de patrimoine, et par exemple il y a quelques années j’ai vécu une autre belle histoire, une cliente qui m’a ramené sa robe, trois ans après son mariage, pour je coupe la robe pour la transformer en robe de baptême de sa petite fille… on revient beaucoup à ces choses là… paradoxalement, on a des mariées plus modernes, et on revient aussi sur cette notion de perpétuation des traditions… mais je pense que le Covid a beaucoup joué sur le « côté famille », on revient sur des rites familiaux plus forts je trouve… même dans les mariages, le partage avec les enfants, les choses comme ça se voient de plus en plus.
  • Donc la réponse est oui : le mariage n’est pas démodé. Il devient même moderne…
  • Oui, il suffit de voir le travail des prestataires, il faut leur faire confiance, parce que, que ce soit les fleuristes etc… il y a des choses hyper modernes qui se font… ensuite, et c’est un point de vue personnel, moi je dis « ça dépend ce qu’on en fait le jour J », moi… enfin, je veux dire nous , mon conjoint et moi, on veut du basique, on veut juste s’amuser avec nos amis… après pour moi, il y a beaucoup de travail à faire, et c’est pour ça qu’on fait des robes « modernes », pour désensabler, alors attention, ça reste que mon point de vue personnel, mais le côté « chi-chi pompon » du mariage… Voilà. Parce que dans certains magasins, quand vous y allez pour une robe, on va vous dire que c’est obligé d’avoir un jupon dessous. Non. Enfin, vous ne voulez pas mettre de jupon, vous ne mettez pas de jupon. C’est obligé de mettre des talons. Non. Vous voulez mettre des baskets, vous mettez des baskets. Moi, je prône la liberté, la liberté de penser, la liberté de faire ce qu’on veut, et le jour du mariage doit représenter la personne. Si c’est une personne qui est tout le temps en baskets, si le jour J elle arrive avec des talons de douze… heu… ça sert à rien parce qu’elle va être mal à l’aise, et elle ne va pas profiter. Tout ça pour faire plaisir à des gens… ! Et encore, je dis « faire plaisir », elle serait en basket, ça ne gênerait peut-être deux personnes qui auront l’image de la mariée « d’avant », voilà… moi, je prône la liberté.
  • Je profite que vous soyez la confidente des mariées… les mariages sont plutôt civils ou religieux ? Est-ce que sur ce sujet, les lignes bougent ?
  • Non, c’est stable. Je n’ai pas vu plus de mariages à l’église qu’avant. Mais il faut savoir qu’il y a beaucoup d’officiers en mariage qui proposent des mariages laïques. Donc comme il arrive que la mariée soit croyante, mais pas le Monsieur, ou l’inverse, mais oui, il y a des choses comme ça… la cérémonie laïque se fait au domaine en général, donc là où se fait le mariage, avec de jolis rituels, donc ça plaît beaucoup, on a beaucoup, beaucoup, de cérémonies laïques, oui…
  • Si j’ai bien compris, ce qui favorise l’expansion de votre petite entreprise ce sont aussi les re-mariages, donc pour vous les divorces sont une aubaine… !
  • (éclat de rire), ben non… parce qu’en général, mes mariées, elles viennent tard dans leurs vies, donc le but c’est pas de divorcer ! Vous voyez ? Et encore, elles se marieraient toutes à vingt ans, je dis pas… Mais là, elles se marient à trente cinq, et là en général on sait un peu ce qu’on veut quoi… ! Moi par exemple, au bout de seize ans, je sais qui j’épouse… ! Vous voyez ce que je veux dire ?
  • Aurélie, rien n’est inapproprié dans ce que je vais maintenant dire : comment peut-on entrer en contact avec vous ?
  • Alors, site Internet : aureliemey.com, Instagram et Facebook.
  • Que puis-je vous souhaiter pour 2022 ?
  • Un beau mariage avec Laurent ?!
  • Accordé !

Pour conclure cet entretien, j’ajoute qu’Aurélie Mey et ses robes de mariée sont aussi visibles aux États-Unis. La créatrice a en effet participé à la prestigieuse « Bridal Fashion week » de New York en octobre 2019, et depuis ses robes sont en vente au « Designer Loft Bridal » toujours à New York. La classe !

Mais cela-dit, pourquoi vous rendre en Amérique si toutes ses créations sont à portée de main, ici à Crest dans la Drôme ?

Quoiqu’il en soit, et selon la formule consacrée : « vive les mariés ! », et comme le chantait si joliment Michel Polnareff : « Ta robe de mariée est faite pour épouser mes regrets ».

Texte et photos : Mathias Deguelle.

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