LA FOLLE HISTOIRE DES 4 CLOWNS AUTO-STOPPEURS.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Vous n’avez pas oublié l’initiative de Rémi Gondran, le crestois qui partit faire son tour de France au mois de mai, au profit d’une association qui s’occupe d’enfants malades ?

Aujourd’hui, vous allez le constater Rémi a fait des émules. Enfin disons que le principe est le même, mais l’enjeu est différent.

Ils sont quatre clowns, et j’ai eu le plaisir de rencontrer l’une d’entre-eux.

Suivez-moi avant de les suivre, eux…

  • Bonjour je m’appelle Chantal Poullain, avec deux « L » pour mieux s’envoler (rire), alors moi je suis clown-pédagogue, j’interviens avec « Les Aubes Sauvages » qui est le nom de notre compagnie, avec laquelle je vais participer à « La Grande Traversée » clownesque.
  • Quand vous dites « je suis clown », on doit comprendre que c’est votre métier ?
  • Alors oui, je fais des spectacles, des improvisations, des déambulations, et puis j’ai une autre partie de mon métier qui est celle de formatrice et de pédagogue, c’est-à-dire que j’anime des stages de clowns, au sein des « Aubes Sauvages ». On est plusieurs formateurs, les quatre clowns de la compagnie font des spectacles mais également font de l’accompagnement à la création, et animent des stages pour former des personnes au métier de clown. Alors nos spectacles ne sont pas forcément produits pour des enfants, par exemple moi j’interviens en EHPAD, auprès des personnes âgées. Les déambulations s’adressent autant aux enfants qu’aux adultes, aujourd’hui le clown s’adresse à tout un chacun, il va titiller et réveiller celui qu’on est au plus profond de nous, et c’est ça qui est beau. Une fois qu’on met notre nez rouge, qu’on se laisse traverser par cette énergie, et bien c’est pour laisser advenir ce qu’on est dans l’instant.
  • Racontez-moi comment elle est née cette passion, vous vous êtes réveillée un beau matin en annonçant à vos parents que vous abandonniez vos études de droit pour faire clown, c’est ça ?
  • Non pas vraiment (rire), moi comme on dit, je suis tombée dans la marmite du clown tardivement, quand j’avais 33 ans… en fait mon déclic, c’est que quand j’étais plus jeune je faisais du foot, beaucoup, et à 32 ans j’ai eu une troisième opération du genoux, et là je me suis dit « bon, il va falloir que j’arrête de faire du foot ». Mais je voulais quelque chose qui reste dans le collectif, et on m’a conseillé de faire du théâtre. Alors je me suis lancée pendant un an, et rapidement le prof m’a dit « tu as un talent comique », donc j’ai commencé à écrire et j’ai montré mes textes à quelqu’un, une femme qui m’a dit « fais un stage de clown ». Donc là encore je me suis lancée, c’était il y a douze ans maintenant, et là dès la première semaine, ça a été la révélation « j’ai fait whouaa… mais c’est quoi ce truc ? ». À l’époque j’étais à Paris et je ne connaissais pas du tout ce monde, et un mois et demi plus tard, je suis venu à Lyon faire une école de clowns de 18 mois, le Fraco (Formation Réservée à l’Acteur COmique et clownesque) qui aujourd’hui n’existe plus, mais qui a eu de belles heures en son temps. Donc je ne vous cache pas que devenir clown, malgré le plaisir, c’était un process qui n’était pas toujours facile, parce qu’on croit qu’il suffit de mettre un nez rouge, mais c’est beaucoup plus subtil. C’est aussi la conscience du corps, la conscience de l’autre, jusqu’où je peux aller avec le public ? Comment créer un « ping-pong » et jouer avec ses partenaires ? C’est aussi se définir : est-ce qu’on est plus un clown circassien, donc vraiment très physique ? Nous ça va être plus le verbe, voilà on est sans cesse en train d’affiner notre outil de travail qui est notre corps et notre langage burlesque.
  • Vous iriez jusqu’à dire que c’est un art ?
  • Ah bah oui… c’est même plus que ça, c’est un art de vivre, oui oui.
  • Alors nous allons parler de « La Grande Traversée », mais avant nous allons passer en revue celles et celui qui participent à ce voyage un peu fou… Allez, on commence par cette première dame…
  • Alors là c’est Amélie Fouillet, de son nom civil, et son nom de clown c’est Suzie. Alors elle-aussi elle a fait le Fraco comme-moi, donc je la connais depuis cette époque de ma formation, et elle s’était elle-aussi formée dans une école de théâtre « Premier acte » à Lyon. Elle, elle développe, au-delà du clown, toute une partie musicale, elle fait beaucoup de stage clown et chant, elle a beaucoup travaillé sur la voix, donc elle allie autant le chant que le clown.
  • Alors ça c’est Clémentine Jolivet, le nom de clown c’est Cénette, c’est une comédienne qui a été formée aussi à la compagnie « Premier Acte » à Lyon, elle a été formée en « jeu masqué » par le Théâtre du Soleil, elle se forme aussi à la danse, au buto qui est un art japonais qui met en avant la lenteur du mouvement, elle est aussi formée au cirque, à la marionnette, et elle fait aussi beaucoup d’accompagnement à la création, quand les gens ont des projets artistiques et qu’ils veulent aller au bout d’une création.
  • Alors ça, c’est Chantal Poullain, c’est moi-même (rire), mon nom de scène c’est Rita, et ce qui me plaît c’est beaucoup l’improvisation clownesque, aller à la rencontre des gens, par exemple pendant le confinement j’ai fait des « criées clownesques », pendant 32 soirs, c’est-à-dire que j’étais dans un immeuble et tous mes voisins m’envoyaient des messages, et le soir je déclamais les messages. Comme je vous le disais j’interviens pas mal en EHPAD, et je forme des clowns pour intervenir en EHPAD.
  • Le dernier c’est l’homme de la troupe, c’est Joris Morel, nom de clown : Jim Tonic. Lui aussi a une base en formation de théâtre, il est artiste, il propose un « stretching clownesque » où il amène les gens à jouer de leur corps de manière clownesque et de façon participative, et puis il est pédagogue au sein des « Aubes Sauvages », notre compagnie.Il intervient beaucoup dans des déambulations, dans la région Rhône-Alpes.
  • Maintenant que nous avons fait votre connaissance, nous voulons savoir ce que vous allez faire, j’aillais dire, ce que vous allez tenter. Sur la carte nous voyons en vert ce qui, sauf imprévu devrait être votre route, les autres options sont en noir et en gris. Mais d’abord commençons par le lieu de départ…
  • Oui alors « La Grande Traversée » part de Plurien, en Bretagne, dans les Côtes d’Armor. Donc on part de Plurien et on va jusqu’à Vernoux, Vernoux-en-Vivarais en Ardèche, donc Plurien / Vernoux. Voilà, au-delà des 891 kilomètres, pour nous c’est symbolique : le clown doit toujours se laisser émerveiller par l’instant car tout est nouveau dans l’instant, comment je créé avec ce qui est devant-moi ? Même si tout est vide, comment nous, par cette « Grande Traversée », autant la femme et l’homme, autant le clown, qui va pouvoir se réapproprier ces instants quand il n’y a plus rien. Est-ce qu’on a pas tout ? Qu’est-ce que c’est d’avoir vraiment plus rien ? Du rien qu’est-ce qu’il se créé ? Dans le vide, qu’est-ce qui peut s’offrir à nous ? Et c’est aussi réenchanter le lien, et les personnes c’est heu… on part de Plurien, ce qui pour nous pose cette question : « je me délaisse de quoi ? » Et comment, sans rien je peux réenchanter le lien ? Et donc « aller Vernoux »… Vers moi, au fond de moi, vers mes collègues, et vers vous… C’est en repassant vers nous que je vais vers les autres. Comment je me fait accueillir, comment j’accueille les gens, et comment notre cœur peut s’ouvrir dans la rencontre.
  • C’est ce qui explique que votre lieu de départ soit Plurien. Si vous étiez partis de Vernoux, ça aurait donné Vernoux / Plurien et là, l’ordre n’était pas respecté…
  • (rire), oui, on aurait très bien pu partir de Vernoux, mais non… En fait, là on va vraiment de plus rien à vers-nous quoi…
  • Vous avez dû vous faire et vous refaire le film de ce qui vous attend, comment vous imaginez une étape de ce voyage en auto-stop ?
  • Oui, on imagine sans savoir ce qui nous attend… Parce que ce qu’il faut bien préciser c’est que donc on part de Plurien sans argent et sans savoir où on va dormir, voilà… Il n’y a qu’une seule chose qui est sûre : on part de Plurien le 13 août (il y a 3 jours. NDLR), et qu’on doit arriver le 21 août à 18h 00 à Vernoux, où on sera attendus et il y aura une fête pour notre retour après neuf jours de voyage…
  • Ce qui vous fait une moyenne de 100 kilomètres à parcourir tous les jours…
  • Oui, mais peut-être qu’un jour on fera 300 kilomètres… et un autre jour on fera 10 kilomètres, voilà, on ne sait pas… Il y a plein de gens qui nous ont dit « mais si vous passez là, on peut vous héberger », mais l’idée c’est de rester dans l’inconnu… Donc merci à tous ces gens qui nous ont proposé de nous aider, mais là le défi c’est de se dire « tiens aujourd’hui on veut aller là… on va aller là », et de là, on va partir à la rencontre des gens pour leur parler de notre projet pour qu’ils nous hébergent. Ce sont les rencontres sur la route qui vont décider, nous on ne planifie rien à l’avance. Alors, il faut aussi que je vous dise qu’on a créé le SPLASH, Le Service Public Libre Au Service de l’Humain, et l’idée c’est pour nous, les quatre clowns, de venir offrir aux gens leurs besoins de l’instant. C’est aussi pouvoir les reconnecter à leurs rêves, s’ils nous disent « moi j’ai le rêve de faire ceci ou cela », alors nous, l’équipe, on va lui permettre de réaliser son rêve. Alors vous allez me dire « si il a envie d’aller en Indonésie au bord de la plage », l’idée c’est qu’on va transposer en cherchant ce qu’il y a derrière l’idée de cette plage, peut-être avec de la musique, des petits massages… voilà, nous les quatre clowns ont va recréer l’atmosphère de cet instant. Voilà, on peut autant délivrer des « services ménagers », on peut venir faire le ménage, on est également très attentifs à l’affectif, si quelqu’un a besoin d’une épaule, nous on arrive… en fait, tout est possible pour un clown. Donc c’est aussi avec foi et conviction qu’on va faire cette traversée, sans oublier que c’est aussi dans l’échec que le clown se grandit, et par exemple si un jour on a du mal à trouver de quoi manger, ou de quoi dormir, on va voir comment nous dans les méandres de cette traversée, comment nous on va garder la foi et rebondir.
  • Donc La Grande Traversée n’est pas préparée, vos numéros de clowns ne sont pas préparés, en fait vous élevez l’improvisation au rang de boussole, c’est un concept global…
  • Bon, il y a des numéros qui ont une base, une trame qui est écrite, mais c’est vrai qu’il y a toujours une part d’improvisation, et pour ce projet précisément, on a tout misé sur l’inattendu, et quoi de mieux que l’inattendu si ce n’est l’improvisation ? Parce que c’est vrai qu’à un moment on s’est posé la question « est-ce que nous devons proposer des spectacles déjà écrits et connus de nous ? », et bien non, nous avons décidé de prendre le risque de créer dans l’instant, avec les gens, et voir ce qu’il se passe… se laisser « cueillir » par ce qu’il se passe. Alors nous avions fait déjà une mini-traversée vers Tain l’Hermitage et ça a été assez fou de voir l’impact que peut provoquer l’arrivée de quatre clowns dans un endroit, je vous jure, ce n’est pas neutre… (sourire), et puis ça ramène du cœur, de la chaleur humaine, de la joie, du lien… je sais que suite à cette première expérience, pendant trois jours, je… j’avais le cœur qui avait grandi, je me sentais très nourrie… mais c’est sûr que c’est un challenge, physiquement aussi, c’est un challenge… alors on ne sera pas avec le nez rouge 24 heures sur 24, je pense qu’on sera quatre heures par jour en clown et d’être dans ce partage.
  • C’est amusant tout ce que vous dites. A vous écouter, j’ai l’impression que vous voulez casser l’image du clown qui ne serait là que pour faire rire les enfants, vous voulez émouvoir, sensibiliser, faire rêver… Êtes-vous des clowns du XXIème siècle, des clowns qui sont en relation avec ce qu’il se passe autour de nous ?
  • Alors, je ne sais pas si c’est forcément nous qui avons créé cette façon d’être, mais oui, d’une certaine façon le clown d’aujourd’hui, il a une fonction de transmetteur d’émotions, l’émerveillement, le rêve… Il y a des clowns qui arrivent à faire rire avec un simple nez rouge, mais on peut tout aussi bien ajouter de la poésie à ce rire, sans oublier que le clown a le droit de foutre un bon coup de pied là où ça dérange. Il est à contre-courant, donc il a plusieurs rôles, plusieurs fonctions… mais générer un sourire ou un rire, c’est quand même merveilleux. Alors on va voir, ce que l’improvisation va accoucher, car oui, le rire est là, mais il n’est pas seul, oui.
  • Bon Chantal, on ne va pas s’amuser à lister les problèmes qui nous entourent, tant ils sont nombreux, disons simplement que nous vivons une époque troublée et derrière ce constat, je me demandais si le clown n’avait pas une fonction, une utilité, comme un antidote à toutes ces catastrophes…
  • Oui, personnellement je le pense. Le clown est plus que jamais utile. Et vraiment notre Grande Traversée s’est modestement donnée la mission d’avoir une véritable utilité. D’ailleurs si on s’autoproclame « Service Public », c’est qu’à nos yeux c’est important. Nous vivons vous l’avez dit, une période qui n’est pas facile, alors oui, on se pose quotidiennement la question « comment semer les graines de la coopération ? », comment donner ou redonner espoir ? Et s’il n’y a vraiment plus rien, c’est peut-être là que la solidarité va prendre racine, et vous savez notre Grande Traversée, vous l’avez compris, ne se fait pas en solitaire, chaque jour il va falloir nourrir quatre personnes, quatre clowns de surcroit… mais nous, on a foi en l’humain, on est sûrs que les gens vont nous héberger, pendant ces neuf jours… c’est évident, on va trouver des gens qui vont nous accueillir, mais ça marche dans les deux sens, parce que là, nous notre rôle c’est d’enlacer les cœurs amochés, de rassembler plutôt que diviser, voilà… le clown est un être qui réunifie en mettant cette vivacité du vivant dans chacun de nous par le regard que l’on pose sur les problèmes. Nous sommes un service public d’intérêt général (rire).
  • Et vous devriez être rembourser par la Sécu ! Donc j’y reviens, près de 900 kilomètres en auto-stop, à quatre… Quatre c’est généralement la place qu’il y a dans une voiture, hors chauffeur…
  • Oui, ça sera ce qu’il se présente à nous, on verra… dans quels « engins » on va faire ces 900 kilomètres, parce que c’est sûr, en neuf jours on ne fera pas les 900 kilomètres à pieds, s’il y a une certitude (rire)… Alors oui, à quatre en stop, il est probable qu’on fasse parfois deux fois deux, et puis je l’espère des moments à quatre, et puis on verra bien comment on va avancer jour après jour.
  • Chantal, si vous le voulez bien, je vais reprendre les mots que Rémi Gondran, qui je le rappelle a lui aussi fait un tour de France dans le plus grand dénuement, il avait une théorie de départ : « Quand on fait de l’auto-stop, ça ne sert à rien de marcher, il faut juste être bien placé », ensuite il avait fait un constat à son retour : « En fait j’ai marché pendant des heures »… En plus je vous l’annonce, il risque de faire chaud…
  • Bon, je vais peut-être me répéter… mais nous on a une grande foi, c’est que le clown trouve toujours des solutions… mais oui, il y a peut-être des moments où on va se retrouver dans l’échec, on aimerait que ça avance vite, et non… donc comment reprendre du temps, le temps de l’immobilisme pour trouver des solutions créatives. Mais le stop on le fera en clown, parce que ça donne forcément soit une attirance soit une répulsion, nous on mise sur l’attirance bien-sûr ! Ce n’est pas tous les jours que tu embarques quatre clowns dans ta voiture, qu’est-ce qu’il peut se passer dans une voiture avec deux ou quatre clowns ? Parce que encore une fois, si on est pris en stop, on va fournir un remerciement, et on va offrir des situations cocasses ou tendres pour celle ou celui qui nous aura accueilli, ça peut être un chant, un texte, une impro… et puis il y a la personnalité du chauffeur qui nous aura accueilli qui va jouer à plein. C’est la même chose quand on va être accueillis chez les gens, en échange on va offrir « nos services publics » quoi…
  • Est-ce qu’on va pouvoir suivre vos pérégrinations via les réseaux sociaux ou Internet, nous qui restons ici dans la Drôme ou l’Ardèche ?
  • Oui, avec grand plaisir pour nous suivre, vous pourrez nous suivre via la page Facebook ou Instagram « les aubes sauvages » et sur Youtube aussi, mais cette fois en différé, parce que chaque jour, en fin d’après-midi, bon on ne peut pas donner d’heure précise vous avez compris pourquoi… mais voilà, l’idée c’est que chaque jour il y ai un Facebook Live qui sera retransmis pour un peu « faire le conseil des clowns du jour ». Une pépite ? Une galère ? Chaque clown fera un petit topo de la journée passée. Ensuite, je vous invite toutes et tous à venir nous rejoindre le 21 août, on arrive en Ardèche, à Vernoux-en-Vivarais, vers 18h 00, à l’école maternelle, l’occasion pour nous-quatre de vous restituer en 40 minutes ces 9 jours dans un spectacle live.
  • Le clown fait rire, mais pour pas mal d’enfants le clown fait surtout peur, une peur que Stephen King a su mettre en mots avec son roman « Ça », quelle astuces a le clown pour transformer la peur en joie ?
  • Vous savez, le clown fait « avec ce qu’il a ». Parce exemple si un enfant part en hurlant à la vue d’un clown, peut-être que ce clown va également partir en hurlant. Nous n’avons pas d’autre choix que de jouer avec ce qu’il y a… Et c’est le rôle du clown de faire face à une phobie ou une peur et de savoir créer à partir de ça, et peut-être que ça peut se terminer en concert de peurs de clowns, on ne sait pas (rire)…
  • Je continue dans ma posture du rabat-joie de service, et si vous êtes sur la route, et que l’un d’entre vous a un pépin de santé ?
  • Bon, alors déjà, nous avons tous nos peurs. Chacun de son côté a sa petite appréhension, nous le savons très bien, se lancer dans cette Grande Traversée, ce n’est pas rien, et ce n’est pas sans risque. Alors vous parlez de santé, et oui moi c’est ma grande préoccupation parce que j’ai eu des petits soucis, rien de grave, mais là j’ai une sorte de sciatique… Donc on ne fera pas différemment que tout le monde, si il y a un pépin de santé, on ira aux Urgences, mais il y a une solidarité hyper forte entre-nous, le SPLASH a pour mission de donner des services aux autres, mais ça vaut aussi pour nous. Par exemple un jour j’ai évoqué ma peur, il n’y a pas longtemps j’avais une entorse, donc je ne pouvais pas marcher, et eux il m’ont dit « mais c’est pas grave, si tu ne peux plus marcher, on te met dans un Caddie, et tu fais avec nous… », (rire), donc c’est vraiment ensemble qu’on peut et qu’on va, qu’on doit, trouver des solutions, comment se dire les choses et comment transcender ensemble, c’est à toutes ces questions que nous allons sans doute devoir répondre… Je vous le disais, moi j’ai fait du foot, là c’est la même chose : on gagne et on perd ensemble…
  • Vous avez songé à la possibilité que votre amitié ne résiste pas à cette Longue Traversée ?
  • Ce risque-là, on en a conscience, après nous sommes quatre et même si nous n’avons que peu travaillé ensemble hormis nos déambulations, nous avons des outils pour évacuer, pour faire des « points météo », et si le besoin s’en fait sentir, rien n’empêche à l’un d’entre-nous d’aller hurler dans la nature. On doit prendre le temps de pouvoir se dire les choses, moi j’ai confiance en ce groupe, en nous quatre… autant à nous en tant que clowns, et autant à nous en tant qu’homme et femmes qui composons ce groupe.
  • Donc je rappelle que vous partez de Plurien, près de Saint Brieux en Bretagne, le 13 août, vers 10 heures du matin, pour une arrivée le 21 août à 18 heures à l’école maternelle de Vernoux-en-Vivarais, en Ardèche… Dites-moi, il est possible que vous ne respectiez pas cette moyenne de 100 kilomètres par jour, et que vous arriviez en retard le 21 août à Vernoux…
  • Non, ça c’est pas possible ! Nous avons cet objectif du 21 août parce qu’il y a du monde qui nous attend à Vernoux, il y a une fête qui est même organisée « Les culottés », une association ardéchoise, donc non, on a vraiment cette obligation, ce point. D’ailleurs c’est Clémentine, alias Cénette, qui est en charge de l’itinéraire et donc de voir si on est en retard ou pourquoi pas en avance. Donc si on est trop en retard, nous allons consacrer la journée suivante au stop en faisant 300 ou 400 kilomètres pour rattraper le temps perdu.
  • Tiens je pense à un truc. Celles et ceux qui ont lu le reportage que lebrillant.fr a consacré au Zoo d’Upie, ont appris que Alexandre Liauzu, le directeur du zoo, a consacré des soirées de visites à un public de naturistes. Or vous quatre, les clowns, vous avez pensé à réaliser cette traversée de la France entièrement nus…
  • Alors, au départ ça s’appelait « nez et culotés »… alors on ne va pas faire comme « nus et culotés » où il se mettent des cache-sexes en brindilles et des feuilles pour aller vers les gens pour demander des habits, nous on part avec notre costume, notre maquillage et notre exigence artistique, mais c’est vrai, juste avant de partir de Plurien, nous allons passer du temps avec un druide pour vraiment comprendre comment appréhender le dénuement, ce qui sera un moyen pour souder le groupe, et donc entre-nous, on va devoir naître, donc tout nus, et rouvrir, voilà le départ pour nous, avant le départ officiel, se fera pour nous, avec juste un nez de clown et nus, alors moi c’est vrai que ça me met en joie de partir de Plurien avec donc cette nudité physique, et aussi la nudité émotionnelle. Je fais fi de tout quoi… Pour finir, je tiens à rappeler que cette aventure a été financée par un crowdfounding, et donc il y avait des contreparties assez originales, notamment une qui était de porter une lettre d’amour à un inconnu, donc là nous sommes en train de recevoir ces lettres, et donc le quatuor que nous formons va déclamer la lettre d’amour et on va enregistrer la réponse du destinataire, que va ensuite renvoyer à l’expéditeur.
  • Formidable, vous allez vivre neuf jours très intenses, je n’en doute pas, comme un fragment de vie exacerbée…
  • Oui, mais vous savez, le clown vit intensément, même si cette intensité n’est qu’une présence, et oui comme vous le dites si bien, ça ne peut qu’être neuf jours d’intensité, et à nous ne nous laisser porter de Plurien à Vernoux.   

Au moment où vous terminez de lire cet article, ça fera quatre jours que le petit quatuor de la compagnie Les Aubes Sauvages sont sur les routes de France, suivez leurs pérégrinations sur Facebook, et pour en savoir plus…

http://www.lesaubessauvages.fr

Vous l’avez vérifié, être clown est un état, pas une fonction… donc comptons sur Suzie, Cénette, Rita et Jim Tonique pour muscler les zygomatiques, et pourquoi pas, faire travailler nos glandes lacrymales.

Textes Mathias Deguelle. Photos : Mathias Deguelle & Les Aubes Sauvages.

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