JE LIS, TU LIS, IL LIT, NOUS: LIVRON.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Alors je ne vais pas ici faire mon intéressant, mais il n’empêche, Montesquieu l’a dit, donc on peut le croire : « Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie »… Et toc.

Hier, samedi, lebrillant.fr s’est rendu dans la Médiathèque de Livron, car dans cet endroit dédié à la culture, et plus précisément à la lecture, était organisé une initiative formidable intitulée : « Au creux des petites oreilles », en clair, il s’agit de lecture destinée aux enfants de zéro à cinq ans, une forme d’initiation pour les tous petits, qui a stimulé notre curiosité.

Soyez toutes et tous les bienvenus dans le paradis des histoires…

Et pour commencer ce reportage consacré à la lecture pour les tous petits, je vous propose de faire connaissance avec l’homme qui transmet, cet homme passeur de rêves et de savoirs…

  • Bonjour, je m’appelle Antoine, et je travaille à la Médiathèque de Livron depuis trois ans. Alors ce samedi matin vous allez assister à des lectures d’albums, d’histoires, à destination des enfants de zéro à cinq ans, mais ça peut aller au-delà si les enfants sont intéressés. C’est une initiative que nous faisons une fois par mois, le samedi. Alors nous n’avons pas inventé ce concept, il y a beaucoup de Médiathèques qui par ce biais initient les enfants à la lecture.
  • La question que je vais vous poser maintenant, je vais aussi la poser aux mamans et aux papas qui accompagnent leurs enfants ce matin ici à la Médiathèque de Livron : N’est-ce pas une façon de contrer, de « donner le change » au tout numérique avec l’envahissement dans les foyers des tablettes, des ordis, des smartphones… Bref, de réinvestir dans la lecture comme pour proposer une alternative aux écrans ?
  • Pas nécessairement, parce que le numérique peut aussi avoir de bons côtés pour nous accompagner dans la narration de certaines histoires, on peut notamment avec une enceinte ajouter du son, de l’audio… donc, non, ce n’est pas une manière de contester, c’est juste une manière de mettre en avant « l’objet livre », et la lecture, pour les enfants. Nous notre objectif c’est clairement de valoriser la lecture pour les enfants, et de stimuler l’intérêt de cette activité avec tous les enjeux pédagogiques qu’il peut y avoir derrière, mais ça va plus loin que la pédagogie puisqu’il ne faut pas négliger le ludique, l’émotionnel… enfin, voilà, la lecture peut apporter beaucoup de choses, et ce sont toutes ces approches qu’on met en avant ici.
  • Alors, personnellement, j’ai été biberonné aux contes de Grimm ou d’Andersen, aujourd’hui elle ressemble à quoi la littérature enfantine ?
  • C’est une pluralité d’auteurs, de dessinateurs, d’autrices et de dessinatrices, venant des quatre coins du monde, et qui englobent tous les thèmes de la vie quotidienne.
  • Alors, et puisque je suis papa, à l’époque je suis tombé sur un livre pour enfants qui s’appelle « Monsieur Caca »…
  • Oui, aujourd’hui la littérature jeunesse n’a plus de tabou, on essaie de dépasser certaines idées, parce qu’il est aujourd’hui nécessaire d’aborder tous les sujets avec les enfants. Vous savez, la littérature enfantine est elle-aussi imprégnée dans notre époque, donc oui, toutes les thématiques sont abordées, et c’est vrai… la littérature jeunesse s’est libérée de tous les codes qu’elle pouvait avoir il y a quelques décennies, et donc oui, comme je vous le disais, tous les sujets sont ouverts et abordés avec les enfants, et vous savez, je crois qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre, donc non, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’on apprenne « trop tôt », il s’agit juste d’une ouverture pour l’esprit.

Vous savez quoi, ici dans la Médiathèque de Livron, je me sens bien. Moi qui sans prétention aucune, revendique un certain bagage livresque : j’ai par exemple lu « Oui-Oui et la gomme magique » et « Le club des cinq et le trésor de l’île », que j’ai lu jusqu’à la dernière page, alors ici je me sens vraiment dans mon élément.

  • Bonjour, je m’appelle Marie, je suis avec ma petite fille… donc nous on habite dans la Loire, à Firminy, près de Saint Étienne, et on est juste venus pour s’occuper de nos petits-enfants, et comme elles adorent les livres et les bibliothèques, on est venus ce matin. En plus il va y avoir un conteur, donc on va écouter les contes. Alors mes petites-filles : la plus grande a deux ans et demi, et la plus petite elle a cinq mois.
  • C’est important pour vous, ce « décrochage du numérique » ?
  • Tout à fait, alors vraiment, tout à fait… parce que moi j’adore les livres, les parents de Mathilde adorent les livres, donc oui, c’est vraiment quelque chose que nous voulons conserver, vraiment. Mais attention, je ne mets pas en opposition les écrans et les livres, parce que déjà, je ne peux pas dire que je ne m’en sers pas, je me sers de l’ordinateur, je me sers du portable… En revanche pour les enfants je pense que c’est trop tôt, il faut d’abord découvrir les livres avant de découvrir le numérique. Mais ce n’est pas une question d’âge, je pense qu’avant tout, c’est une question de demande… après, moi je ne suis pas contre que l’enfant découvre le numérique, mais il faut d’abord qu’il comprenne l’importance de la lecture à travers les livres. Alors, oui, le numérique est aussi important… mais plus tard, bien plus tard. Il faut à mon sens d’abord passer par la lecture. Avant tout. Pour moi la lecture est supérieure pour acquérir du savoir. Moi je suis vraiment contente que ma petite-fille aime les livres, en fait pour moi la lecture c’est un préalable, ensuite on peut parler des écrans, mais d’abord savoir lire et se laisser transporter par la lecture est primordial.
  • Vous vous souvenez d’un livre de jeunesse que vous avez lu toute petite et qui vous a définitivement marqué ?
  • Oui, je me souviens très bien de mon premier livre, c’était « Sylvain et Sylvette »…
  • … et j’ai adoré ! Et à partir du moment où j’ai lu cette B.D d’enfant, j’ai commencé à adorer les livres. Ça a été le déclencheur… Je me souviens parfaitement, à l’époque j’ai été opérée de l’appendicite, et j’ai eu ce premier livre, et du coup c’était plus qu’une belle découverte… Mais aujourd’hui, en tant qu’adulte, j’aime beaucoup les auteurs comme Laurent Gounelle, mais aussi Maude Ankaoua, ce sont des auteurs que j’aime beaucoup lire, mais il y en a d’autres… Quand j’étais jeune j’ai étudié Boris Vian que j’ai beaucoup aimé, et malheureusement je regrette un peu qu’aujourd’hui la lecture soit un peu délaissée, vraiment, vraiment… Je trouve que ça nous prive d’un imaginaire.

Je laisse Marie derrière moi, et je continue à fureter dans la Médiathèque de Livron à pas feutrés. Médiathèques, bibliothèques… ce sont des endroits où le murmure est de mise : Ici la lecture nous élève mais à voix basse.

  • Bonjour, je m’appelle Mélanie, alors moi je viens à la Médiathèque de Livron pour prendre des livres, mais aussi aujourd’hui, vu qu’il y a les contes pour enfants. Je suis la maman d’une petite fille qui va avoir cinq ans, donc j’en profite pour qu’elle vienne écouter les histoires. Pour moi c’est vraiment important la lecture pour les enfants, parce que ça permet de développer leur imaginaire, et pour tout vous dire je n’échappe pas au rituel de « l’histoire avant le dodo », ma fille a besoin de sa petite histoire, mais après, entre les livres que nous avons à la maison, et ceux que nous empruntons à la Médiathèque je serais incapable de vous citer le livre du soir qui précède le coucher (rire)… Mais c’est vrai que son papa et moi faisons en sorte qu’elle regarde un minimum la télé, et la lecture c’est plus important pour elle, donc on développe ce côté-là, et je ne vous cache pas que ça nous permet d’avoir un moment calme avant d’aller se coucher (rire).
  • Bonjour, je m’appelle Vincent, et j’accompagne mes deux enfants pour la lecture de contes ici à la Médiathèque de Livron, je le fais parce que ça leur fait plaisir, et puis c’est aussi le moment où on vient chercher des livres, et où on vient chercher un peu de culture pour la semaine. Mais vous savez, pour moi, la lecture est avant tout, un instant, un moment récréatif… ouvrir un livre c’est quand même mieux que d’être devant la télé, et c’est ce plaisir qu’on recherche une fois à la maison, rester vingt minutes allongé, tranquille, à découvrir une histoire avec les enfants.
  • Le livre est supérieur à la proposition numérique ?
  • Non, pas forcément, ce n’est pas le même plaisir, et surtout, c’est un plaisir « qui se construit » dès le plus jeune âge. Mais je pense que c’est à nous, en tant que parents de leur faire découvrir ce que c’est que d’ouvrir un livre, leur faire ressentir ce plaisir qu’est la lecture, et franchement je n’ai pas peur que plus tard ils soient « accros » aux tablettes… le but pour moi c’est qu’ils se découvrent eux-mêmes, et qu’ils fassent ce qu’il leur fait plaisir. Alors moi à la maison, je lis beaucoup, mais je suis un mauvais lecteur : je ne lis que des B.D, voilà… moi je pense qu’il ne faut pas forcément s’obliger à lire des romans, ou des thrillers, il faut vraiment trouver ce qu’il nous plaît, et allez « là-dedans ». Donc voilà, c’est ce vers quoi je pousse mes enfants, qu’ils découvrent ce qu’ils aiment, et puis… ils vont y aller !
  • Hors-micro vous m’avez dit que vous êtes le papa d’un petit garçon et d’une petite fille… Ont-ils des goûts de lecture différents ?
  • La petite c’est plutôt les animaux, etc… Elle aime bien apprendre quel est tel et tel animal, et le petit qui a six ans il aime bien les Kididocs, ce sont des petites B.D pour les enfants qui leur expliquent un thème. Donc, vous pouvez avoir les camions, le chantier, l’orage, les dents etc… Une B.D instructive.

Toujours sur la pointe des pieds, je tombe soudainement, comme la foudre sur un paratonnerre, sur un enfant de 77 ans, tranquillement assis en train de feuilleter l’hebdomadaire Marianne…

  • Bonjour, je m’appelle Dominique, je suis un lecteur régulier des deux Médiathèques de Loriol et Livron, ici l’intérêt c’est que je peux faire ma « revue de presse » à partir des hebdomadaires qui sont présentés. Alors curieusement, j’ai un petit regret, c’est que « dans le temps », le Canard Enchaîné, était dans le présentoir, or… il n’y est plus. Alors je ne sais pas si c’est une décision qui vient de la Médiathèque elle-même, ou du Maire… Sinon, je dois le reconnaître, il y a ici une proposition en terme de B.D qui est remarquable, il y a vraiment de bonnes B.D. Mais Monsieur, il faut que vous sachiez que je suis fils de professeurs de lettres, donc il y a eu une « imprégnation » familiale qui fait que bien entendu j’apprécie les classiques… Mais curieusement, ce ne sont pas ces « classiques » qui sont présentés prioritairement dans les Médiathèques. Mais je crois très fort en la circulation des livres. Il faut que les livres circulent, mais la grande difficulté des Médiathèques, c’est que forcément il faut plaire à tout le monde.
  • Qu’est-ce que je dois comprendre ? Que la littérature, comme le monde qu’elle reflète, régresse ?
  • Votre remarque est assez pertinente, et finalement nous en sommes arrivés à trouver élitistes des auteurs comme Hugo, Baudelaire, ou Dumas, pour n’en citer que trois, mais oui, je le vois un peu comme ça effectivement. Alors, et vous allez me dire que je passe du coq à l’âne, mais lors de la campagne présidentielle, Macron avait promis d’ouvrir les Médiathèques le week-end, y-compris le dimanche, alors moi ça m’aurait plu, mais… je ne vois toujours rien venir… Mais vous savez, à l’âge que j’ai, 77 ans, on n’échappe pas à faire des comparaisons par rapport à « notre ancien temps », et donc oui, on ne peut être que forcément critique par rapport à des évolutions forcément inévitables, mais qu’on a tendance à regretter, mais mon point de vue est personnel, donc par définition égoïste, et je ne tiens pas à imposer mes conceptions aux autres, j’ai une forme de tolérance. Mais vraiment, cette initiative de sensibiliser les plus jeunes à la lecture je trouve ça formidable ! Parce que, il ne faut pas se leurrer, tôt ou tard, ils vont tous se trouver « addicts » à leur smartphone, à leurs écrans, et tout ça…

Ah… Nous y sommes… C’est le moment où Antoine lit un conte pour tous les enfants qui sont assis devant lui. Jusqu’à maintenant j’étais silencieux, mais à ce moment, je me fais courant d’air. Et comme vous et moi avons garder une part de notre âme d’enfant, sauf au moment où il faut faire sa déclaration d’impôts, je vous propose la retranscription de ce conte.

  • Je m’ennuie…
  • T’es cap’ ? De manger cet insecte ?
  • Bien. T’es cap’ ? De manger cet oiseau ?
  • Voilà. T’es cap’ ? De manger ce rocher ?
  • Ok. T’es cap’ ? De manger cet arbre ?
  • C’est fait.
  • T’es cap’ ? De me manger ?
  • Ah, ah, ah, ah… !
  • Miam miam !

Voilà… Je viens enfin de comprendre l’expression « j’ai dévoré ce livre », lire c’est vrai, est aussi un plaisir gustatif, dont les papilles sont notre cerveau.

  • Bonjour, je m’appelle Aurélie, j’ai deux enfants, un petit Lucas de deux ans, et Charlotte qui a presque cinq ans, donc on est venus ici écouter les histoires qui sont racontées de temps en temps le samedi matin, ça permet de changer un peu d’air et de découvrir d’autres histoires que celles qui sont à la maison, et de récupérer deux ou trois livres pour justement renouveler ceux qui sont à la maison.
  • À la maison, c’est tablette, smartphone, télé ? Vous êtes une famille « pro écrans » ?
  • À la maison pas trop quand même, on fait l’effort de ne pas trop utiliser les écrans, et même pas du tout, donc on a énormément de livres, après les mamies sont instits’ donc ça aide à adorer les livres. Avant on habitait à 200 mètres d’ici quand Charlotte était petite donc c’est vrai qu’on est venus très souvent à la Médiathèque. On adore ça.
  • Est-ce que vos enfants vous voient lire, vous parents ?
  • Non, peu… parce qu’avec un enfant de deux ans j’avoue que je lis deux pages et je m’endors rapidement (rire), mais je lisais beaucoup avant… avant d’avoir deux enfants donc là j’espère que quand ils seront un peu plus grands je pourrais reprendre la lecture tranquillement (rire). Mais je n’échappe pas à la lecture avant le dodo, ils sont habitués à ça, c’est forcément deux histoires minimum tous les soirs, ça on n’y échappe pas (rire).
  • Les livres ont « les amis », et les écrans sont « les ennemis » ?
  • Non, pas les ennemis, mais forcément à petite dose. À petite dose c’est bien parce qu’on le voit, Charlotte est entrée en « moyenne section », or quand elle était en « petite section », elle n’avait jamais vu un dessin animé, donc c’est vrai qu’on a été un peu obligés de la mettre devant les écrans pour qu’elle ne soit pas perdue quand ses copines d’école lui parlait de dessins animés qu’elle ne connaissait pas du tout. J’avais un peu peur qu’elle soit exclue de son groupe de copains et de copines, donc on l’a mis devant les écrans pour qu’elle sache de quoi ses amis parlaient, pour la socialiser, pour qu’elle ne soit pas mise à l’écart avec des choses qu’elle ne connaissait pas : « La Reine des Neiges », « Pat’Patrouille » etc… c’est vrai que c’était des dessins animés qu’elle ne connaissait pas du tout, et du coup on s’est obligés à l’autoriser à regarder, pour qu’elle ne soit pas mise à l’écart par ses copains et ses copines. Après, il en faut aussi, il faut qu’il vivent avec leur temps, et on le sait : ils vont devoir vivre avec les écrans, beaucoup plus que nous. Je sais que moi à l’époque… et encore plus avant, ce n’était pas le cas, donc on se force un petit peu, mais c’est vrai qu’on les sent hypnotisés devant les écrans dès qu’ils sont devant… C’est compliqué, mais bon… On y va par petite dose. Un petit peu d’écrans, beaucoup de livres, et c’est déjà très bien (rire).

Nous arrivons au terme de cette visite à la Médiathèque de Livron, et comment dire… ? Qu’y a-t-il de plus silencieux qu’un courant d’air ? Oui, je sais : un marcheur d’air.

  • Bonjour Mathias, je m’appelle Aude, je suis ici car je garde mes petits-enfants ce week-end, et ici à la Médiathèque de Livron a lieu une activité qui me paraissait très sympathique. Nous on adore les livres, on adore raconter des histoires, donc quand ces histoires sont racontées par quelqu’un d’autre c’est très bien, en plus accompagnées d’une chanson, c’était parfait, et je pense que même le plus petit était content, il n’a qu’un an mais il vadrouille, il connaît l’endroit, ils sont déjà venus avec leurs parents, donc il est à ses aises.
  • Chez vous c’est « écran or not écran » ?
  • Alors à la maison il n’y a pas d’écran. Donc le livre est la seule et unique approche culturelle, ce qui permet de varier les points de vues à travers ces lectures. Chez moi j’ai gardé tous les livres de mes enfants quand ils étaient petits, ce sont des livres plutôt intemporels, car je me rends compte qu’ils existent encore aujourd’hui comme les albums du « Père Castor »…
  • … alors bien sûr, la littérature pour enfant a évolué, mais il y en a beaucoup que les enfants sont heureux de retrouver, et quand je leur raconte que c’était les livres de leurs parents, d’ailleurs il y a souvent le prénom des parents écrit dessus, et bien ça les amuse beaucoup, et comme nous n’avons pas d’écran, et bien finalement, ça nous oblige à nous donner un peu plus de mal pour trouver des choses à faire et la lecture a toujours été un grand bonheur dans nos vies. Donc on essaye de commencer dès le plus jeune âge…
  • Aude, juste avant vous, je viens de rencontrer une maman, Aurélie, qui me confiait, que sa petite fille se sentait exclue par ses copines, par ses copains, parce que comme vous, il n’y avait pas d’écran à la maison. Comme si l’absence d’écran à la maison se traduisait par un rejet du groupe…
  • Alors Constant n’a que trois ans, et je pense qu’il est encore trop jeune pour partager des expériences différentes et pouvoir dire « ça, je ne connais pas », mais vous savez, je crois que chacun a ses richesses, et finalement faire découvrir la lecture à des enfants qui ne sont pas confrontés à ça, c’est aussi un rôle important à avoir, faire découvrir la lecture à des gens qui pensent que ce n’est pas fait pour eux, que c’est trop compliqué, et là je parle même des adultes, je trouve ça extrêmement important. Moi j’ai découvert un auteur, il y a un mois, qui s’appelle René Frégni, c’est un auteur qui doit avoir 70 ou 75 ans, qui est un garnement marseillais d’origine corse, qui a vécu mille péripéties dans sa vie. C’était un enfant qui petit avait un handicap, il était extrêmement myope, à la frontière de l’aveugle, donc il portait des verres de lunettes tellement épais que tout le monde se moquait de lui. Et un jour, il a mis ses lunettes à la poubelle, et de fait il n’allait plus à l’école, parce qu’il était trop proche de la cécité, donc il était quasiment illettré, puis il est parti au service militaire, et là, après moult péripéties, il est « tombé » littéralement dans la lecture, parce qu’il était plus dans la prison militaire que « actif », et aujourd’hui c’est un auteur qui est édité par Gallimard, c’est quelqu’un qui fait des ateliers dans les prisons, alors que les détenus ne se sentaient absolument pas concernés par la lecture, et bien en fait, si… Tout le monde est concerné par la lecture, tout le monde est concerné par l’imaginaire que ça représente.
  • Si vous me l’autorisez, je vais vous faire part d’une expérience personnelle. Juste avant de devenir papa, j’ai voulu transmettre un classique de la bande dessinée à mon fils, j’ai acheté l’intégrale des aventures de Tintin. Alors, il les a lu, mais aujourd’hui mon fils s’est forgé sa culture à lui, et il ne lit que des mangas. Vous pensez que nos lectures peuvent imprégner l’esprit des enfants, alors que tôt ou tard, il vont devoir s’émanciper intellectuellement ?
  • Alors oui, il y a eu Bécassine, il y a eu Martine… Mais il me semble que l’enfant découvrira de nouvelles lectures et le plaisir de la découverte viendra après la « confrontation » à l’échange, à la voix, à l’histoire racontée… Donc c’est un plaisir qu’on va transmettre à l’enfant avant que lui-même s’ouvre à d’autres choses. Quand on l’amène à la Médiathèque, c’est lui qui choisit ses livres, alors bon… on fait un tri dans les livres, parce qu’ils sont « pour plus grands », des sujets qu’il ne doit pas aborder tout de suite, mais au final c’est quand même lui qui va choisir. Cette connivence, elle commence par ces sorties.

Voilà, nous allons maintenant tourner la dernière page de ce reportage, en vous encourageant à la lecture, celle qui reflète notre temps, celle qui nous révèle la nature humaine, et celle qui nous fait voyager dans des univers conçus pour que nous puissions nous les approprier.

Et si déjà, vous avez lu cet article jusqu’au bout, c’est que d’une manière ou d’une autre vous aimez les lettres, les mots, les phrases et ce qu’elles racontent.

Un immense merci à la Médiathèque de Livron où j’ai été reçu très chaleureusement. Et ça… ça se lisait dans leurs yeux !

Textes et Photos : Mathias Deguelle.

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