FIN DE L’ABONDANCE ET DE L’INSOUCIANCE: CE QU’EN PENSENT LES CRESTOIS.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants.

Il est un proverbe qui l’affirme : « abondance de biens ne nuit pas », quand à l’insouciance, le nom est généralement accolé à la jeunesse. Pourtant le Président Macron qui prédit la fin et de l’abondance, et la fin de l’insouciance, lançait dernièrement un appel à l’ensemble du peuple français, y compris aux 9,2 millions qui vivent sous le seuil de pauvreté.

De quoi grimacer :

La déclaration est alarmiste, et forcément lebrillant.fr a voulu collecter les différents avis des crestois, et vous allez le lire, nous n’avons pas rencontrer de personnes qui placent leurs économies dans des paradis fiscaux, mais ça, on s’en doutait un peu… Mini-enquête auprès des habitants de Crest…

Évidemment la parole des jeunes est à l’honneur, cette relève qui représente l’avenir de notre pays.

  • Bonjour moi c’est Alonso, alors quand j’entends Macron dire qu’il va nous falloir « payer le prix de la liberté », moi j’ai envie de lui répondre que la liberté n’a pas de prix. Il ne faut pas croire que tout le monde est milliardaire, alors on est tous plus ou moins riches ou plus ou moins pauvres, mais il n’y a pas pour autant de liberté à payer, la liberté c’est une valeur personnelle, et il n’y a pas à la payer.
  • Mais toi Alonso, tu es lycéen, donc un avenir professionnel et personnel t’attend, et la question du salaire couplée à celle des dépenses c’est j’imagine un sujet auquel tu dois réfléchir…
  • Bah, moi personnellement j’aurais bien voulu être conducteur d’engins, mais si on gagne à peu près bien notre vie et qu’à la fin on nous enlève tout ce qu’on a parce qu’on réussit c’est pas bien non plus… Moi je trouve qu’au lieu de faire payer les gens ils devraient plutôt les remercier en leur offrant des choses tu vois…
  • Ce que tu préconises c’est d’abord plus d’emplois, et surtout que ces emplois soient mieux rémunérés, c’est ça ?
  • Exactement. Parce que les gens deviennent de plus en plus pauvres, et il y en a de moins en moins qui arrivent à gagner correctement leur vie tu vois ?
  • Si on se projette, et si tu deviens conducteurs d’engins, tu estimes que ton salaire mensuel va se monter à combien ?
  • À peu près entre 1800 Euros et 2200…
  • Et donc tu estimes qu’un salaire avoisinant les 2000 Euros sera suffisant pour faire vivre pourquoi pas ta future famille ?
  • Ça dépend, mais oui si je suis seul dans ma famille à travailler, c’est sûr que ça ne fait pas beaucoup quoi. Maintenant il faut être deux à travailler dans un couple… sinon tu ne t’en sors pas tout seul. Si c’est pour être à découvert tous les mois, bah ça sert à rien parce que tu vas de moins en moins pouvoir mettre de l’argent de côté et tu peux vite tomber dans la pauvreté.
  • Tu penses quoi de cette « fin de l’insouciance », celle qui aujourd’hui nous permet de nous offrir des tablettes, des téléphones hors de prix… ?
  • Bon déjà, aujourd’hui, tout le monde ne peut pas se payer ce genre d’objets, et c’est ça la vraie question, c’est qui arrive à se payer ces objets, et qui n’y arrive pas. Parce que soyons lucides, tout le monde ne peut pas se payer une Playstation, ou un ordinateur. Moi perso, j’ai attendu 15 ans pour avoir ma première Playstation parce que j’ai dû travailler pendant deux mois.
  • Ce que tu veux dire c’est que le mot « insouciance » est totalement décalé par rapport à ceux qui n’y ont jamais eu accès ?
  • Ah mais oui, je l’affirme totalement. Et je ne suis pas seul, je connais plein de personne qui n’ont jamais eu la possibilité de cette insouciance de pouvoir s’offrir une Playsation, pour ne garder que cet exemple-là, et même un ordinateur, il ne savent pas ce que c’est.
  • Il ressemble à quoi le Alonso adulte ?
  • Déjà je l’imagine vivre dans une vie de plus en plus chère, donc ça va être de plus en plus compliqué pour moi je pense. Je pense que d’ici quelques années on ne pourra plus rien faire avec les salaires qui nous attendent.
  • Alors, que fait-on quand justement on ne peut plus rien faire ?
  • Bah, justement on fait rien. Alors bien sûr il faudrait corriger, rectifier ce problème, mais visiblement ça ne semble pas si facile, et je pense que si un jour j’ai des enfants, il va m’être difficile de leur offrir des tablettes, des consoles et même des téléphones portables, c’est certain. Tout augmente, alors logiquement il faudrait que les salaires eux-aussi augmentent, parce qui si tout augmente et que les salaires diminuent, il va y avoir un gros problème, c’est certain.
  • Acha, tu es sur la photo, et pourtant nous ne t’avons pas écouter, que penses-tu des propos de ton pote Alonso ?
  • Oui, je le vois, déjà là, tous les prix augmentent, avec le Covid déjà, les pièces ont augmenté, donc oui pour les tablettes, pour les smartphones il va falloir désormais payer plus cher pour les avoir… mais la nourriture aussi elle augmente, l’électro-ménager, le mobilier, enfin tout augmente… et je le redoute, plus tard ça risque d’être très compliqué. Là je rejoins Alonso, sans augmentation de salaire on va devoir priver nos enfants, et nous-mêmes de toute cette technologie. Avec un smic à 1200 (en réalité le smic net est à 1329, 05 Euros. NDLR), donc tu n’as pas assez pour finir la fin du mois, avec les taxes, les impôts, la bouffe aussi, le loyer, et à la fin tu n’as pas assez pour te divertir. Mais vous savez, moi je ne crois pas à l’état français, je trouve même qu’ils sont carrément nuls, ils ne savent pas trop gérer le pays, ils ne prévoient rien, ils ne préparent rien, alors qu’ils sont là normalement pour prévoir les choses, et au final ils ne préparent rien du tout, l’augmentation des prix, l’augmentation du gaz, du carburant, de l’électricité, sans parler du réchauffement climatique, ils ne prévoient rien pour contrer ce qui nous attend, et tout ce qui est en train de détruire le monde, c’est pareil.
  • Alonso, je reviens vers toi. Est-ce que tu es inquiet ?
  • Ah mais bien sûr, parce qu’on ne va pas savoir comment ça va finir dans 20 ou 30 ans, je pense moi, que tout va dégringoler, et que ça ne va pas être beau à voir.
  • Je le redoutais, tout en le sachant, étant moi-même papa d’un bonhomme de 21 ans : les jeunes sont extrêmement pessimistes, et, si ça n’a pas été dit ici, ils ont la dent dure sur la génération des « boomers », ceux qui les ont précédés et qui n’ont absolument pas pris la mesure de cette catastrophe à venir.
  • Pour un moment, mes pérégrinations piétonnes, m’amènent à rencontrer un couple, des adultes cette fois, et vous allez le lire, leurs préoccupations par des biais différents restent tout de même assez similaires avec ce que nous venons d’entendre. Mais pas que…
  • Bonjour les amoureux…
  • Bonjour je m’appelle Margaret.
  • Et moi je me prénomme Fabien. La fin de l’abondance, la fin de l’insouciance, est-elle valable pour les spéculateurs, et les actionnaires ? C’est une vraie question…
  • Je suis complètement d’accord avec ce que vient de dire Fabien, et je pense qu’il est temps de donner un peu plus « aux vrais français », voilà, ceux qui sont là, qui ne nous embêtent pas, et qui travaillent, qui vivent comme nous, ne me dérangent pas du tout, ce que je veux dire c’est qu’il faudrait prendre plus d’argent aux autres, ces gens issus notamment de l’immigration.
  • Vous estimez donc qu’il y a un déséquilibre financier concernant la répartition financière entre les français de souche et « les autres » ?
  • Tout à fait. Et selon moi ce problème devrait être un peu plus surveillé, parce qu’à l’évidence il y en a qui fraudent, et ce n’est pas contrôlé, donc il y a du gaspillage, et donc ce gaspillage, si on le répartissait autrement, il y aurait moins de pauvres maintenant, tu ne crois pas Fabien ?
  • Moi ce que je constate c’est que le riche devient de plus en plus riche, le pauvre un peu moins pauvre, et celui du milieu, il se tape tout. C’est la classe moyenne qui est la plus sanctionnée, et c’est elle qui paie pour tout. Il n’y a que nous, les classes moyennes qui payons pour tous les autres, parce que forcément, nous sommes en capacité de payer pour tout le monde. Ces personnes qui vivent d’allocations familiales, de ci, de là, eux ne paient rien, pas d’impôts, ils ne paient rien. Alors que nous, les classes moyennes, on paie tout, aussi bien les impôts, que l’électricité, que celui qui est locataire et qui paie son loyer dans les logements sociaux, et je sais que tu partages ce point de vue Margaret…
  • Oui, nous on n’a droit à rien. Aucune aide. Nous on a quatre enfants, et je n’ai jamais eu pratiquement d’aides. Les primes pour les rentrées des classes, moi je n’ai quasiment pas connu ça. On a toujours travaillé tous les deux, et ces primes de rentrée des classes qui servent normalement à pouvoir payer les vêtements, les chaussures, et les fournitures scolaires, ne servent pas forcément pour les achats de tablettes, et pourquoi pas la trottinette, ou le téléphone, parce que en fait cette aide elle sert à ça.
  • Vous pensez qu’il faut arrêter ces aides destinées aux plus nécessiteux ?
  • Non, moi je dis non. Ça représente quand même peu, alors non, Mais moi ce que je dis d’abord, c’est de limiter le pouvoir des actionnaires, les spéculateurs, les banquiers tout ça, ce sont eux qui font du mal au pays, il jouent sur cette situation. Ce n’est pas l’Ukraine qui fait qu’on a plus de moutarde, que l’essence elle flambe, ou le gaz qui ne vient que minoritairement de Russie chez nous. C’est un faux alibi, qui se cache derrière tous ces spéculateurs.
  • Vous prônez une redistribution des richesses. Vous êtes de gauche ?
  • Non, je ne suis pas de gauche. Mais oui, je trouve qu’il y a des abus avec les actionnaires, parce qu’on paie d’abord les actionnaires et ce qu’il reste… et bien on le partage, voilà… mais c’est trop énorme ce que prennent les actionnaires, c’est beaucoup trop.
  • Selon vous, il faudrait les taxer les super profits ?
  • Ah oui. Quand on arrive à faire des milliards de bénéfices, sous le Covid, sous la guerre en Ukraine, c’est bon… Ça ne passe plus. Tu ne crois pas Elisabeth ?
  • Bah moi, surtout je crains pour les nouvelles générations, et tous ces jeunes je les vois blasés. Là où je travaille, sur le centre Leclerc de la région, on manque de personnels, et moi je les vois, ils sont blasés et ils essaient, mais ils ne sont pas motivés, il n’ont pas envie. On a l’impression que dans leurs yeux, il n’y a plus d’avenir, il n’y a plus rien, et c’est très triste.
  • Vous imputez ce manque de motivation à l’éducation nationale ?
  • Ça fait longtemps qu’elle part, il y avait des réformes à faire. Mais fondamentalement ce que je crois c’est que ce sont les professeurs qui ont détruit leur propre outil, ce qu’on détruit en fait, ce sont tous les profs, tous ces instituteurs qui eux-mêmes ont détruits leur vraie fonction, et ça depuis une décennie, ce n’est pas d’aujourd’hui. Quand on recherchait des informaticiens, là tout le monde voulait faire informaticien, l’éducation nationale n’a jamais réussi à faire du concret, en plus ils sont très à gauche, des idéalistes, tout ça, c’est bon hein… Margaret…
  • Oui, on bourre le crane des jeunes. Quand on dit que les jeunes ont voté majoritairement à gauche, c’est parce que les jeunes ils ne comprennent pas forcément tout, et dans les cours qui leur sont prodigués on leur dit « tout est rose, tout est parfait, tout le monde est beau et gentil », mais ce n’est pas vrai, les Bisounours, c’est quand on est petits, quand on a trois ans, mais pas quand on est adultes, ou quand on est adolescents et qu’on va devenir adultes un jour, ça c’est du faux. Tu ne crois pas Fabien ?
  • Oui, l’école c’est l’apprentissage du savoir et de la connaissance, et aujourd’hui il n’y a plus rien de tout ça, quand on leur demande qu’est-ce que le 11 novembre, pour eux c’est juste un jour férié, pareil pour le 14 juillet, pareil pour le 8 mai, et ils ne savent pas pourquoi ces jours-là ils ne vont pas à l’école. Fabien ?
  • Oui d’un mot je voudrais aussi revenir sur le manque de mixité dans les classes, il se créé une sorte de culture au sein de l’école qui ne ressemble pas à nos mœurs.

Je quitte ce couple aux idées claires et définies, et je mets un pied devant l’autre. Là je rencontre un homme qui s’apprête à partie au boulot, l’homme est en retard, il accepte malgré tout de me répondre.

  • Bonjour je m’appelle Mohammed, alors si je dois vous donner mon avis sur les mots du Président sur la fin de l’abondance et de l’insouciance, je pense que c’est un peu trop appuyé, vraiment je le pense. Moi je serais plutôt contre ce genre de déclarations. Je serais plutôt pour aider les gens, parce qu’on est jamais à l’abri, même si on travaille, même si on est actif etc… je pense qu’il faut aider les autres, plutôt que de vouloir les mettre à l’écart.
  • Si je comprends entre les mots que vous prononcez, c’est que vous êtes simplement en faveur d’une augmentation des salaires…
  • Exactement. Parce que je suis moi-même un patron. Donc j’ai des salariés effectivement, donc comme le coût de la vie devient assez élevé, avec des hausses en permanence, il me semble nécessaire d’augmenter les salaires des salariés, parce que sans les salariés, on est rien.
  • Mohammed, j’imagine que vous savez que le prix de l’électricité est passée de 85 Euros l’année dernière, à aujourd’hui 1000 Euros au kilowatt heure, ça signifie des charges supplémentaires. Comment vous la sentez cette rentrée… ?
  • On est assez inquiet, en tant que chef d’entreprise, on constate qu’effectivement de grosses augmentations nous attendent, et puis les charges restent assez lourdes, voilà… je pense que nous entrons dans une période très délicate, donc un peu partout dans le monde les coûts augmentent, alors ça nous oblige à anticiper, et ensuite nous sommes obligés de nous donner les moyens, et puis surtout il va falloir nous entraider. De toutes façons… Avons-nous d’autres solutions ? Maintenant la vraie inquiétude que nous avons, nous chefs d’entreprise, c’est « combien de temps va durer cette période de récession ? », et là je ne peux répondre, mais je reste optimiste, tout ça va rentrer dans l’ordre… enfin, j’espère.
  • Et si cette période de pénurie devait continuer, vous, en tant que chef d’entreprise, vous pourriez envisager des licenciements de personnels ?
  • Bon, les licenciements, je ne pense pas, parce qu’on a quand même beaucoup de travail, et je le précise j’officie dans le BTP, et nous manquons cruellement de main-d’œuvre parce qu’aujourd’hui il y a beaucoup de personnes qui pensent que le secteur du BTP est un métier difficile, et c’est vrai, c’est un travail difficile, pénible, et c’est vrai que ce n’est pas évident, et particulièrement pendant l’hiver, avec le froid, la poussière, mais j’y reviens, je pense qu’il manque vraiment un coup de pouce au niveau salaires, pour encourager les gens à aller bosser dans ce secteur du BTP, même si c’est vrai, c’est un travail pénible.
  • Mohammed, vous devez avoir un avis sur ce point ; est-ce que la jeune génération a changé, est-ce qu’elle est moins volontaire ?
  • Je pense qu’effectivement, il y a ça aussi. Les gens ont maintenant tendance à vouloir chercher des travaux « plus confortables », mais ça n’explique pas tout, quand on voit ce qu’il se passe dans la restauration, là aussi il manque de main-d’œuvre, mais aussi dans les transports, la livraison… en fait il n’y a pas que le BTP qui est impacté pas le manque de main-d’œuvre, et puis il y a la question de l’apprentissage, aujourd’hui les apprentis ne veulent pas, il n’y a pas assez de volonté pour aller se former pour avoir un métier, et vraiment je trouve ça dommage, alors que ça se passe de plus en plus. Pourtant oui, c’est un boulot sûr, mais dans lequel on peut progresser, moi j’ai commencé apprenti, et aujourd’hui je suis patron parce que quand on est sérieux, on se donne les moyens, et on y arrive. 
  • Je continue ma labyrinthique déambulation dans les rues de Crest, car on le sait tous, connaître le centre de Crest c’est être Icare, non pas pour les quitter avec des ailes qui ne supporteraient pas la chaleur caliculaire, mais juste pour envisager des rencontres abondantes et insouciantes.
  • Bonjour Niels…
  • Oui donc moi je m’appelle Niels, j’ai 16 ans.
  • Dites-moi, avant les mots du Président de la République, étiez-vous un homme insouciant ?
  • Oui, plus ou moins. Vous savez, moi je ne regarde ou n’écoute pas forcément la radio ou la télé, j’avoue ne pas être trop au courant de tout ce qu’il se passe, donc oui, je suis plutôt insouciant.
  • Vous êtes un jeune homme qui me paraît détaché des problèmes actuels. Je vous la pose la question, est-ce que c’est maman et papa qui paient vos frais de vie ?
  • Oui, c’est ça. Je n’ai pas encore de permis, pas de bagnole, ni rien du tout, mais bientôt je vais avoir mon propre appart’ et oui, il va me falloir remplir le réfrigérateur, alors pour l’instant je n’ai aucun revenu, mais je suis issu d’une famille d’auto-entrepreneurs, d’artistes, qui n’ont pas vraiment de salaires ni de revenus fixes, donc voilà. Je ne roule pas sur l’or, mais oui, ils m’aident…
  • Maintenant, je vous donne la parole Maël, et ma question est simple : « comment allez-vous faire face à une augmentation générale de tous les produits de consommation courante… » ?
  • Tout va augmenter certes, mais ça ne pourra se faire indéfiniment, mais moi, pour l’instant je ne constate pas les conséquences de l’inflation, parce que je ne dépense pas beaucoup d’argent, mais il n’en demeure pas moins que pour les gens modestes, ça ne peut augmenter indéfiniment.
  • Vous le comprenez, qu’on puisse dire aux bénéficiaires du RSA que c’est la fin de l’abondance ?
  • Peut-être que Macron, quand il a dit ça, lui dans sa petite vie, où il gagne beaucoup d’argent, qu’il ne faisait rien dans sa grande maison, et que là il veut dire à tous ces copains riches, que c’est fini de rien faire et qu’on va financer des trucs, mais c’est vrai que, ces propos, moi, je les trouve un peu obscènes…
  • Tu veux dire quoi par-là ? Les riches seraient une « espèce » protégée par notre Président ?
  • Oui, c’est vraiment ce que je pense. Ils sont hypers privilégiés, par forcément le Président, mais aussi par la société toute entière.
  • Alors moi, je m’appelle Élouan, j’ai 16 ans, alors c’est vrai qu’à nos âges nous ne sommes pas encore impactés, parce qu’on n’est pas encore dans la vie active, et que nous ne nous rendons pas encore compte de tout ça, mais oui dire que c’est la fin de l’insouciance, c’est un peu une provocation envers toutes ces personnes qui galèrent.
  • Comment maintenant en 2022, vous vous projetez dans le futur monde des adultes qui vous attend ?
  • Moi, je l’avoue, je ne me vois pas forcément gagner énormément d’argent, j’aimerais bien être artiste dans le cinéma, ou faire de la musique, et je le sais ce ne sont pas les métiers les plus rémunérateurs, mais ce n’est pas quelque chose qui compte vraiment pour moi, et je me dis que vivre dans la galère des fois, si c’est pour faire des choses fantastiques, ça vaut le coup.
  • Moi, je n’ai pas encore trop d’idées, du genre études supérieures à suivre, et vraiment mon devenir, c’est une question que je ne pose pas trop en vérité. Je vis un peu au jour le jour.
  • Moi aussi, je me vois dans l’artistique, après oui, c’est un peu de l’insouciance parce que je ne me vois pas gagner beaucoup d’argent, pour moi ça n’a pas vraiment beaucoup d’importance, mais peut-être que oui, plus tard de l’argent, j’en voudrais, mais pour l’instant ce qui m’importe c’est de faire ce qu’il me plaît, ce qui me fait kiffer.
  • Je vous vois avec votre barda, caméra, micro et le reste…ça veut dire quoi ? Que vous êtes déjà prêts à offrir vos prestations de vidéastes pour des entreprises ?
  • Filmer pour quelqu’un oui, pourquoi pas, mais ce que nous voulons c’est plutôt filmer des fictions, mais ça ne nous est pas encore arrivé, mais il y a la musique, on a déjà fait des concerts, mais oui, travailler pour des entreprises pourquoi pas ? Ça pourrait être bien, d’ailleurs je profite que tu nous tendes ton micro pour donner notre numéro de portable pour qui voudrait mettre sa spécialité en avant sous forme de film, alors c’est le 07 66 22 64 95.

Je quitte les trois potes vidéastes, et hop… je remarque un beau jeune homme, aux mystérieuses lunettes de soleil, aussi beau qu’Alain Delon ou que Jordan Bardella.

  • Bonjour, je m’appelle Paul, alors moi les propos du Président sur la fin de l’abondance ou de l’insouciance, je trouve que ça se place dans la suite logique des choses, de priver de plus en plus le peuple pour le soumettre. Plus vous soumettez les gens, plus ils seront serviles, et plus ils obéiront à ce qu’on leur dit de faire, ça va avec le vaccin, ça va avec la sécheresse, il ne faut pas arroser, alors là avec la fin de l’abondance, on dit qu’il va y avoir des factures de gaz à 30 000 Euros, et tout simplement les gens vont arrêter de se chauffer, ils vont arrêter de s’éclairer… et tout ça parce qu’ils ont été soumis ces dernières années, ils ne vont donc pas sortir dans la rue pour contester tout ça.
  • Vous le pensez, notre gouvernement est autoritaire mais son autoritarisme nous est imposé dans la douceur ?
  • C’est exactement ça, mais c’est ce vers quoi l’ensemble de l’occident se dirige, vers un nouvel ordre mondial, et pour que ça fonctionne, il faut que les gens soient complètement soumis, pour ensuite pouvoir instaurer un système « à la chinoise », sans toutefois dire qu’on assume ce type de système.
  • Selon vous, le modèle chinois est envié par les autres grandes démocraties ?
  • Forcément parce qu’on voit qu’aujourd’hui la Chine est en passe de devenir la première puissance mondiale, donc elle devient de fait un modèle, sauf que les français ont toujours été un peuple qui savait se révolter contre les injustices de chaque réformes, un peuple qui sortait dans la rue, on a toujours été contre tous changements, or là, bizarrement, depuis le Covid, le peuple est devenu beaucoup plus servile et donc leur plan est en train de marcher et les privations vont dans ce sens.
  • Vous croyez qu’à terme on puisse se diriger vers une gouvernance mondiale ?
  • Là justement, ils sont en train de se casser la gueule, parce qu’on voit que le gouvernement mondial, c’est uniquement les pays de l’Union Européenne plus les États-Unis… par exemple quand on voit la guerre en Ukraine, on le constate, le gouvernement mondial n’est pas concerné par les pays de l’Europe de l’Est, ne concerne pas les russes, ne concerne pas tous les pays russophones, le Kazakhstan… et tous les autres, donc ça tombe un peu à l’eau, donc ce ne serait qu’un gouvernement mondial réservé qu’aux seuls Occidentaux.
  • Vous, personnellement, vous vous sentez prêt à renoncer à votre liberté, à votre abondance et à votre insouciance ?
  • Non pas du tout, déjà moi personnellement je ne vois pas mon avenir en France, j’irais plus vers des pays moins taxés, parce qu’aujourd’hui si on veut gagner de l’argent en France, on sait que 50% part à l’état, et ce n’est pas logique parce qu’il est clair que l’argent n’est pas redistribué correctement, il n’y a aucune infrastructure construite, alors que pourtant nous vivons dans un pays riche, où on travaille beaucoup, on donne beaucoup à l’état et quand on va en Asie et qu’on constate réellement ce qu’est un pays qui progresse, qui construit sans arrêt de nouvelles choses, et… ce n’est pas le cas de la France. Alors qu’on est le pays le plus taxé au monde. Pour moi il est clair que les français n’ont pas voté comme il fallait…
  • Vous, quel a été votre vote ?
  • Moi personnellement, j’ai voté extrême droite. Mais qu’importe, Macron a seulement été élu par 30% des français, ce qui n’est pas une majorité. J’ajoute que sur ces 30%, il doit y avoir 80% de retraités, donc on le voit bien : ce n’est pas un Président légitime.
  • L’extrême droite c’est quoi ? Une bouée de sauvetage ou un espoir ?
  • Non, moi je crois que c’est fini. Je ne vois aucun avenir positif pour la France.

Lebrillant.fr donne la parole à tous, à toutes. Nous sommes un peu dans la fonction d’un isoloir à ciel ouvert. Nous ne jugeons jamais. En revanche pour le sujet de la fin de l’abondance et de l’insouciance, nous creusons le thème de la jeunesse. Car la fin de l’insouciance quand on a 80 ans, n’a pas le même impact que quand on a une vingtaine d’année…

Ah… si jeunesse savait, et si vieillesse pouvait…

  • Salut, je m’appelle Laura, j’ai 20 ans, et franchement j’aimerais être gouvernée par un Président qui arrête de parler pour ne rien dire, parce que moi c’est non… ma vie elle n’a rien d’abondante, et même pas du tout. En vrai, en plus franchement, il n’y a pas assez d’aides pour les jeunes. Pour moi, le début de l’abondance c’est à partir de 2000 balles, et moi mon abondance c’est zéro Euro par mois. Moi, quand j’écoute ce Président, vous savez quoi ? Ça me fait rire, et ça me fait pleurer en même temps, parce que lui il ne sait pas ce que c’est de n’avoir rien dans les poches…
  • On se prétend pays riches, mais on n’est pas dans un pays riche. On est pauvres en vrai. Alors certes, les riches ont de l’argent, mais après il faut aussi comprendre qu’il y en a qui galèrent énormément, il y a des jeunes de quartiers qui galèrent, il y a même des daronnes qui galèrent… ma maman elle a galéré toute sa vie, et elle a trois enfants…
  • Vous pouvez me préciser ce que vous entendez par le mot « galérer » ?
  • Quand on galère on n’a pas tous les jours de l’argent, on n’a pas tous les jours à manger, il y en a qui n’ont pas de quoi se nourrir tous les jours, qui ne peuvent pas s’acheter des vêtements, pour moi c’est ça la galère… c’est quand une maman, au lieu de manger, elle se sacrifie et elle donne sa part à son enfant, et nous on ne mange pas à côté. Normalement tout le monde devrait pouvoir manger à sa faim.. Voilà, pour moi, c’est ça la galère.
  • Vous êtes en train de me dire que la France se dirige vers une grande pauvreté… ?
  • À cause des gens qui nous dirigent. Mais il y en a qui vivent très bien c’est sûr, il y a des gens qui arrivent à vivre avec 1000 Euros par mois… il y en a qui sont très bien, la France est un pays où on peut bien vivre, mais quand c’est dur, c’est vraiment dur.
  • Et quand on voit les chiffres, on constate qu’il y a de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres…
  • Voilà, c’est ça. Pour moi la solution serait d’être égaux tout simplement.
  • J’imagine que vous pensez à votre future vie d’adulte, avec pourquoi pas des enfants et…
  • (rire).
  • Quoi ? Tu es enceinte ?
  • Oui oui, je suis enceinte ! Et franchement, j’espère juste que mon futur enfant va bien vivre, j’espère que j’aurais assez pour tout lui offrir, mais on verra bien ce que la vie me donnera, moi vous savez, je vis au jour le jour avec la certitude que les lendemains sont de toute façon incertains.
  • Maintenant, c’est « marche ou crève ». Moi je vous le dis, j’ai 20 ans aujourd’hui, mais j’aurais bien aimé vivre à l’âge de ma mère, donc être plus dans l’insouciance… Pour les jeunes, l’avenir ce n’est que des « peut-être », et contre ces peut-être, pour s’en sortir, il n’y a que la révolte, la révolution. Franchement Macron, il a fait rire toute la France quand il a dit « tu traverses la route, et t’as un emploi », moi je l’ai traversé 50 fois la route, je n’ai jamais eu d’emploi, même au Mc Do il m’ont refusée ! Alors après, on peut parler de pleins de trucs de facilité comme vendre de la drogue, bon moi je touche pas à ce genre de trucs, mais franchement, je comprends, quand la loi ne nous aide pas, il faut bien qu’on s’aide soi-même. Après même si c’est dur… Mais moi j’aime mon pays, mais là c’est vraiment trop dur.

Je quitte les deux jeunes Miss, et je m’apprête à rentrer à la casa, et puis soudain une fulgurance. Pourquoi ne pas poser mes questions à celui qui, devant l’Église de Crest, ne vit que par la menue monnaie que les passants daignent bien déposer dans son petit bol.

Est-il clochard, est-il mendiant ? Il est un homme.

  • Bonjour, je m’appelle Chaussette. Alors pour moi les propos du Président ne sont pas très clairs. Parce que l’insouciance et tout ce bordel, je ne sais pas ce que ça veut dire exactement. Ça veut dire quoi ? Plus de clopes ? Plus d’alcool ? Plus de rien ? Je ne sais pas, je ne comprends pas. Alors s’il s’agit de limiter les tablettes ou les téléphones portables, moi je suis carrément pour, moi je peux vivre sans téléphone, regarde la gueule de mon téléphone… on est loin du smartphone (rire), moi vraiment je ne suis pas dans ce monde-là, je suis de l’ancienne école…
  • Là, je te croise assis sur un trottoir de Crest et tu es loin de l’abondance…
  • Ça c’est clair est net. Ma vie elle est faite de hauts et de bas, comme un peu tout le monde, mais à mon échelle. Je peux très bien vivre au bord de la rivière Drôme, quand j’ai une tente, autant que je peux me retrouver à Aouste dans un squat, ou alors je peux vivre dans un camion, ça dépend…
  • Est-ce que ton mode de vie te convient ?
  • On va dire que je préfère ça que de vivre dans le système métro-boulot-dodo, ça c’est pas mon truc, parce que ce système est étouffant, il rend les gens aigris et je le constate au jour le jour, il y a plein de gens qui, malgré notre pauvreté, nous voient rigoler, et du coup ces personnes sont aigries, et ça se voit dans leurs yeux, dans leur manière d’être.
  • Mais si Macron annonce la fin de l’abondance, sans doute que ça risque de se répercuter dans ta quête d’argent… ?
  • Et bien il y aura une nouvelle révolte de type gilets jaunes, je le pense, il va se passer un truc moche, parce que Macron il est en train de bousiller la France, ça c’est sûr, le Covid c’était une grosse connerie, c’était pour stopper la révolte des gilets jaunes, parce qu’elle commençait à trop grandir, et là maintenant cette révolte, elle va repartir, il va se passer des trucs, j’en suis convaincu… Moi je suis ici sur le trottoir, mais quand j’ai vu que le prix du gasoil est passé au-dessus du prix de l’essence, pfuuu… parce que des fois je suis en camion, et j’ai des véhicules, je ne suis pas toujours à l’arrache… Non, vraiment, on est tous concernés par tout, les taxes et tous les autres bordels, on les paie juste en payant un fromage et une baguette de pain, c’est pas une blague !
  • Toi qui ne possède rien , je te sens beaucoup plus libre que les possédants…
  • C’est bien probable, après ce n’est pas facile ni pour les uns ni pour les autres, on peut être dans le système ou comme moi, hors système, de toute façon ce n’est facile pour personne.
  • Tu déteste le système ?
  • Non, je n’irais pas jusque-là, mais je dis juste que ce n’est pas pour moi. Finalement, c’est chacun son truc.

Parole de sagesse, teinté au sceau du bon sens, l’abondance, l’insouciance sont des critères qui n’appartiennent qu’à celles et ceux qui les vivent ou les subissent. Généraliser pour appliquer à chacun des restrictions globales est juste un non-sens. Sans tomber dans la démagogique de la dénonciation des voyages en jet-privés, il faut tout de même se souvenir de ceux qui ont toutes les peines du mondes à entrer dans nos mémoires, tous ces oubliés pour qui l’abondance remonte au sein maternel, où l’insouciance était de construire une cabane au fond du jardin, sans craindre les impôts fonciers.

L’abondance et l’insouciance c’était l’enfance.

Pour autant ce ne doit pas être pour l’état une nouvelle façon de nous infantiliser.

Textes et Photos : Mathias Deguelle.

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