DRÔME : CATHOLIQUES ET PROTESTANTS, LE GRAND RASSEMBLEMENT. 1/2

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Parce que nous sommes curieux de tout et que nous avons appris que se tenait une semaine de prières du 18 au 25 janvier, pour l’unité des chrétiens, il nous est apparu important de faire un point avec les deux représentants de la chrétienté que sont les catholiques et les protestants sur la ville de Crest : Le Père Damien de Villepoix pour l’église et le Pasteur Jean-Paul Brunel pour le temple. En ces temps où « nos racines chrétiennes » envahissent les débats de cette pré-campagne électorale, connaître l’avis de ces deux hommes de foi nous a semblé pertinent, leur avis sur la place qu’occupe le christianisme et le protestantisme dans la vie drômoise, et puis accessoirement, revoir aussi nos connaissances sur l’histoire de ces deux religions. Donc soyez les bienvenus, cet article va se dérouler en deux rencontres, celle que vous avez devant les yeux, qui concerne le Christianisme à Crest, et puis demain lundi 17 janvier dans la soirée, lebrillant.fr va répéter l’exercice avec cette fois, un dialogue autour du protestantisme.

Donc : acte 1, le Christianisme.

  • Bonjour, je suis le Père Damien de Villepoix, je suis curé de la paroisse, je suis le prêtre qui a la charge de la paroisse, et la paroisse c’est la Sainte Famille du Crestois, c’est à dire tout le crestois, soit 55 communes qui sont très diverses, entre la plaine de Valence, jusqu’à Saint Nazaire le Désert, Bouvière, Omblèze, etc… Voilà, moi je dis toujours que c’est la plus belle paroisse du monde.
  • C’est flatteur pour le monde… !
  • (rires), c’est vrai qu’il y a une diversité géographique qui est étonnante. Le synclinal des Trois Becs qu’on connaît tous, mais aussi je pense au Canyon des Gueulards, enfin des tas de réalités qui sont uniques au monde. Le tout regroupé au sein d’une même paroisse, ça me paraît extraordinaire.
  • Si vous le voulez bien mon Père, nous allons maintenant entrer dans le vif de notre sujet, la première question que je vais vous poser est en rapport avec l’actualité. Des églises en Seine-Saint-Denis dans la région parisienne, à Romainville ont été récemment cambriolées, saccagées… Je n’oublie pas l’assassinat du Père Hamel à Saint-Etienne de Rouvray, le Père Olivier Maire en Vendée, comment réagissez-vous devant ces drames ? Est-ce que nous ne sommes pas là en train de constater que le profane prend le pas sur le sacré ?
  • Je ne suis pas sûr que ce soit de cet ordre là, en revanche ce qui est vrai c’est qu’il y a un anti-christianisme qui est réel, et que peut-être on n’a pas voulu voir pendant un temps, mais c’est vrai les trois-quarts des actes de vandalisme sont commis sur des tombes chrétiennes, ou sur des lieux de culte chrétien, et moi ce qui me frappe c’est qu’en termes de médiatisation, quand c’est sur un bâtiment cultuel qui n’est pas chrétien ça a un écho très fort, quand c’est sur un bâtiment chrétien, ça paraît presque banal et ça ne fait pas la Une des médias, ça c’est sûr, voilà. Donc c’est juste ça que je trouve étonnant, c’est la différence de traitement, mais après voilà… je pense que c’est présent depuis longtemps et peut-être qu’on a pas su ou pas voulu le voir.
  • Je continue en précisant aux lectrices et nos lecteurs du brillant.fr que si je vous rencontre aujourd’hui, j’ai également rendez-vous avec le Pasteur Brunel dès demain. Cette précision étant apportée, Père de Villepoix, je souligne qu’entre Protestants et Catholiques règne une entente cordiale : hier samedi 15 janvier, ont eu lieu les Vigiprières œcuméniques à Allex, tiens d’ailleurs, pourquoi « Vigiprières » ? Ce mot qui fait légèrement penser au plan « Vigipirate » ?
  • (rires), alors voilà, « Vigiprières » c’est un temps de prières avec des psaumes qui sont chantés souvent en polyphonie, c’est animé par un petit groupe de laïques d’Allex depuis trois ou quatre ans, c’est une très belle intuition, l’idée c’est de rentrer dans le dimanche avec un temps particulier. Vous voyez, nos frères Juifs, pour entrer dans le sabbat, il y a toute une veille, et nous c’est un peu pauvre, le samedi soir on entre dans le dimanche comme si c’était un jour ordinaire, alors que pour nous c’est vraiment le jour de fête, on fête la Résurrection tous les dimanches, et donc la veille, entrer dans ce jour du dimanche de manière particulière, c’est ça le but des « Vigiprières », tout simplement. Et c’est une joie de le vivre avec nos Frères Protestants, ça fait plusieurs années qu’on fait ça dans cette grande semaine de prières pour l’unité des chrétiens, tout simplement. Ca se vit très bien, et on est tous très heureux de partager ces moments là.
  • Je continue de vous livrer le programme de cette « Semaine de prières pour l’amitié des chrétiens », avec mercredi prochain, le 19 janvier à 18 heures, il y a une soirée au temple de Beaufort, et enfin dimanche 23 janvier à 10 heures 45, a lieu une messe à l’église Saint Sauveur à Crest, avec prédication du Pasteur. C’est quoi le message de cette union entre Catholiques, Protestants, et Orthodoxes ? C’est « serrons-nous les coudes, car il y a, sans mauvais jeu de mots, une crise de foi » ?

  • C’est plus profond que ça. D’abord ça vient de Jésus lui-même qui prie pour l’unité de ses disciples, s’il le fait c’est qu’il y en a besoin, il le sent et cette unité en tant que telle est un témoignage, c’est à dire qu’il a dit : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples ». Donc quand des disciples de Jésus se tapent dessus c’est vraiment le contre-témoignage par excellence, et donc ces divisions entre Chrétiens ce n’est pas simplement une blessure, c’est aussi un scandale. Donc ce n’est pas qu’on a envie ou pas envie de faire les choses, c’est que Jésus nous commande de nous rassembler, de prier ensemble, de nous aimer, de nous laver les pieds les uns les autres. Voilà, c’est d’abord le Maître et Seigneur qui nous demande ça, et nous on essaye à notre petite mesure de répondre à, son désir ardent, de voir toute la grande famille qui lui appartient être unis sous son regard, dans un amour sincère et profond. Mais je tiens à préciser une chose, il me semble qu’il y a sur ces questions un clivage générationnel assez fort, c’est à dire que… Vous voyez, pour ma génération par exemple…
  • Vous avez quel âge mon Père ?
  • J’ai 40 ans et pour moi ça n’a pas été une question, parce que moi je ne me suis jamais disputé avec des Protestants dans ma vie, des Orthodoxes non plus. A chaque fois que j’en ai croisé c’était pour prier ensemble, ou pour vivre des choses ensemble, c’était tout à fait naturel, donc je pense que ça a marqué des générations plus anciennes qui elles, parfois ont connu un temps où on ne se parlait pas, où on changeait de trottoir, des histoires qu’on nous rapporte qui nous paraissent d’un autre âge. Mais donc si vous voulez, pour les générations qui arrivent, je pense que la question est plus forte du côté interreligieux que du côté œcuménique. L’œcuménisme c’est le dialogue entre les Chrétiens, c’est une vraie question, c’est une urgence, c’est un scandale, donc il faut y répondre, ça c’est vrai, j’ai envie de dire que c’est presque un problème interne, mais qui a des répercutions extérieures évidentes, en tous cas pour l’Occident et la société française qui est posée et qui est très forte, c’est le dialogue interreligieux, là c’est le dialogue entre les religions, notamment avec l’Islam, et moi il me semble que les générations qui arrivent sont beaucoup plus marquées par cette question là, cette urgence là parce qu’on sent bien que se jouent beaucoup de choses là dedans, de l’ordre de la paix civile.
  • Pouvez-vous rappeler à l’ignorant que je suis ce qu’est l’église Orthodoxe et en quoi elle diffère de l’église Catholique ?
  • En fait, ce qu’il faut bien comprendre c’est que la séparation avec nos frères Orthodoxes, c’est d’abord une séparation géographique. On connaît l’histoire, avec l’empire romain et l’empire byzantin, Rome et Constantinople ne sont pas à côté, et petit à petit se créé une distance, des incompréhensions, jusqu’au schisme au Xième siècle, jusqu’à cette séparation. Alors après, sur le fond de la foi, honnêtement on a exactement le même credo, les mêmes sacrements, la foi est identique… Il y a une toute petite nuance sur l’histoire du procès du Père et du Fils l’Esprit Saint, et les Orthodoxes diront simplement il procède du Père, on appelle ça la querelle du « filio que », alors c’est un peu technique mais il y a une querelle idéologique sur cet aspect là, sinon la grande question avec l’Orthodoxie c’est le Ministère du successeur de Pierre. C’est à dire que nos Frères Orthodoxes ne reconnaissent pas que le Ministère du successeur de Pierre vaut pour toute l’église universelle. Ça a une conséquence très concrète : c’est que du coup, il ne serait peut-être pas contents d’entendre ça, mais la conséquence c’est qu’en ne reconnaissant pas le Ministère du successeur de Pierre, l’église Orthodoxe s’attache à des patriarches alors qu’ils sont continentaux, mais il y a aussi une dimension nationale très forte, en fait ces églises Orthodoxes pour une part, elles sont devenues très nationales si vous voulez, et on pense naturellement au patriarcat de Moscou par exemple qui marque beaucoup la Russie, et quand le patriarcat de Moscou veut s’implanter dans un autre pays, il y a des querelles entre patriarcats, c’est pas simple, et ça s’identifie à des pays. Moi il me semble que du coup, par contraste, ça nous fait réaliser la chance qu’on a d’avoir le successeur de Pierre, car lui il montre à tous les pays du monde, que à la fois c’est vrai, un pays ça a une valeur, ça a une unité etc… les chefs de gouvernements ont vraiment un pouvoir politique, mais ils n’ont pas l’autorité spirituelle, donc que l’échelon national ne peut pas être l’alpha et l’oméga de toutes choses. Alors dans l’église Catholique on reconnaît que ça peut avoir une légitimité, d’ailleurs la Conférence des Évêques en France, c’est la Conférence des Évêques de France, donc l’échelon national, c’est vrai il compte, mais on ne peut pas s’arrêter là, la grande fraternité humaine elle est au-delà de ça aussi, et donc le fait qu’il y ai le successeur de Pierre est là pour nous le rappeler l’église est universelle et elle concerne le monde entier. Donc il me semble que dans le Catholicisme on va trouver cet équilibre entre le particulier et l’universel, en comprenant bien que l’universel n’est pas un « grand truc abstrait », vous savez, c’est ce qu’on dit souvent, quand on dit « j’aime tout le monde », ça veut dire « j’aime personne », et c’est pas faux, c’est à dire que Jésus dit : « Aime ton prochain », donc ça veut dire « aime celui qui est à côté de toi », et c’est souvent pas le plus facile, d’abord ta voisine de palier, et ensuite tu pourras aimer dans la rue d’en face. Donc Jésus nous fait bien comprendre que pour accéder à l’universel il faut passer par le particulier, ça c’est une grande sagesse. Parce que vous voyez, à l’époque de la révolution française, on proclame la Fraternité comme un absolu, mais pendant ce temps c’est la guerre civile, donc il y a un truc qui ne va pas… il faut donc qu’on fasse attention parce que dès qu’on érige les choses en universel abstrait, ça peut être sur le terrain complètement l’inverse qui est vécu, alors que si on s’enracine dans quelque chose de local, de vrai, de vécu, alors petit à petit ça nous ouvre à plus que nous, et si le cœur va bien, il s’élargit, il se dilate. Ca c’est la dynamique de l’amour Chrétien.
  • Ce qui nous ramènerait presque à la politique, parce que jamais dans une élection présidentielle, les racines chrétiennes de la France ont été à ce point au centre des débats. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que c’est une bonne chose que la politique s’empare du cultuel ?
  • En fait je ne suis pas sûr que la politique s’empare du cultuel, elle s’empare du culturel, elle aborde le Christianisme comme un phénomène culturel. De fait, ça souligne une évidence, c’est qu’évidemment notre pays, notre continent, sont marqués… j’allais dire « à tout jamais », disons durablement, par cet héritage judéo-chrétien, ce qui est un peu dommage c’est par exemple qu’au niveau de l’Europe… à un moment donné il y a eu un débat très vif sur le préambule de la constitution européenne, où il était question d’inclure les racines chrétiennes dans ce préambule, et les instances européennes n’en ont pas voulu, sous un prétexte très clair, c’est qu’elles disaient que ça risquait d’exclure ceux qui ne se reconnaissaient pas dans cet héritage. On l’a vécu tout récemment avec cette polémique au niveau européen, sur un document qui devait être promulgué, reconnaissant par exemple de ne plus parler de termes comme « Noël, de ne plus donner le nom de Maria etc… », parce que c’était trop connoté Chrétien, alors quand on en vient là c’est dramatique parce qu’on nous fait croire qu’on va pouvoir faire grandir un arbre en lui coupant ses racines. On ne voit pas bien… Je me souviens d’ailleurs des propos d’Emmanuel Macron à ce sujet, qui disait : « ce qui compte, ce n’est pas tant les racines que la sève, moi ce qui m’intéresse c’est la vie de l’arbre, c’est la sève, c’est vivant », oui, mais comme lui a répondu un Archevêque : « Encore faut-il pour qu’il y ait de la sève, qu’il y ait des racines », donc c’est un peu bête d’opposer les choses. Si on pouvait paisiblement reconnaître qu’on a un cadeau, qu’on a reçu des choses et que le monde ne s’est pas fait comme ça par hasard, que tout ce qu’on vit, les « valeurs » dont on nous parle beaucoup, et dont on profite encore assez largement, on en doit quelque chose au Christianisme, que tout n’a pas été horrible, noir, pendant des siècles, peut-être que ça rééquilibrerait le jugement, et ça éviterait des récupérations parfois excessives. Parce que j’en viens à votre question, effectivement, c’est visible, ces temps ci, le Christianisme on en parle plus comme une référence, on dit que cet héritage est précieux etc… et je pense que derrière il y a une espèce de muséification du Catholicisme français, c’est à dire qu’on s’y réfère comme un passé glorieux, mais comme le ferait un musée, et nous on va nous transformer en bonhomme de cire si ça continue, et nous ce n’est pas ça, nous sommes une communauté vivante, qui bien sûr s’inscrit dans l’histoire, mais qui vit aujourd’hui et qui vivra demain, et qui traverse les siècles, donc il y a un peu ce danger, d’une part de muséification, d’autre part, si vous voulez, quand vous prenez « la carrosserie » et que vous ne voulez pas du moteur, c’est aussi dangereux parce que du coup, vous risquez de mettre un autre moteur à la place. Et vous pouvez instrumentaliser facilement ce vernis religieux pour lui faire porter une idéologie politique. Je pense que là il y a une vraie question, en tous cas, moi ça m’interroge vraiment, et sur le plan personnel, aujourd’hui je suis plus sensible par exemple au fait qu’un personnage qui porte un discours comme ça, est-ce que lui-même a la foi ou pas… parce que s’il n’a pas la foi, je me dis : « Mais alors attend mon coco, tu nous parles de Christianisme, et ce n’est pas un jugement de valeur, je ne dis pas que la personne est mauvaise, mais ce qui m’interpelle c’est que donc tu prends la carrosserie, et toi ton moteur c’est quoi ? Quel est ton absolu dans la vie ? ». Et si l’absolu ce n’est pas Dieu, on le met forcément quelque part, ça peut être le fric, le pouvoir, enfin ce qu’on veut… pas que des choses mauvaises d’ailleurs, ça peut être aussi des références humaines, mais qui ont toutes leurs limites, et le danger c’est qu’on en fait des absolus. Pour parler d’Eric Zemmour, je pense que pour lui Napoléon est très important, à un stade « plus, plus, plus », et on peut se demander jusqu’où ce n’est pas de l’idolâtrie. Et pour nous, il y a un voyant rouge qui s’allume, parce que quand tu commences à idolâtrer… toutes les idéologies, c’est finalement ce qui c’est passé, le marxisme etc, on a placé l’absolu là où il n’était pas. C’est dommage, il y avait de grandes intuitions qui étaient belles, mais à ne pas placer l’absolu là où il est vraiment, ça se retourne contre l’humanité et ça fait des millions de morts. Pour moi le discernement il est là : attention où on place l’absolu et absolutiser du relatif, ça finit toujours de manière dramatique.
  • Mon Père, je vais vous confronter à quelques chiffres, ils remontent certes à 2019, mais ils n’en demeurent pas moins éclairants pour autant, ces chiffres proviennent de l’Observatoire de la Laïcité qui les a rendus publics. Il y aurait 37% de croyants en France, toutes religions confondues, j’ajoute que 31% des français se déclarent non-croyants, ou athées, il y a 15% d’agnostiques, en revanche 48% des français se déclarent liés à la religion catholique. Des chiffres qui sont régulièrement, années après années, à la baisse. Quelle votre réaction ?
  • Moi les chiffres ça me fait ni chaud, ni froid parce que justement, nous on est pas payé au chiffre. Nous on n’est pas chargés du résultat, nous on est chargé de dire quelque chose, après chacun adhère librement. Donc moi je me sens très libre par rapport à ça et peut-être que le Bon Dieu veut qu’on soit un tout petit reste. Comme disait un Évêque : « Même si l’église en occident devenait un tout petit reste, ça n’attaquerait pas une once de mon espérance ». L’espérance c’est différent de l’espoir. L’espoir c’est que demain ça ira mieux, et si ça trouve, pas du tout, on va peut-être vivre une année catastrophique, donc moi, l’espoir, j’en sais rien… en revanche l’espérance c’est que « le Big Boss », n’est pas loin, qu’il nous tient dans sa main, ça oui j’y crois vraiment, c’est ça qui me tire et qui fait que je ne me laisserais pas engloutir par tout ce qui peut nous tomber dessus. Donc peut-être que numériquement on pèse moins, mais vous savez Benoît 16 avait parlé des « minorités créatives », et il disait que c’est un véritable avantage d’être une minorité qui va développer une véritable créativité dans une grande liberté, plutôt qu’être une majorité installée qui finalement se laisse porter par le vent de l’histoire, et qui finit par s’assoupir et mourir. Par ailleurs il y aurait beaucoup à dire, parce que des athées je pense qu’aujourd’hui il y en a très très peu, je pense que c’est une espèce en voie de disparition, et ça m’intéresse toujours quand j’en rencontre, parce que je pense que 75% des gens sont plutôt agnostiques, c’est à dire « on ne peut pas connaître », « agnosis » c’est « privé de connaissances », et je pense que nos contemporains sont essentiellement là-dedans, et d’ailleurs, ils font passer cette position s ans le vouloir, il la font passer pour de l’humilité, en disant « mais moi j’en sais rien, bien malin celui qui peut savoir ce qu’il y a là haut, moi je suis tout petit, donc j’en sais rien », ça passe pour de l’humilité, mais je pense que ça cache un désespoir de pouvoir connaître. Et c’est ça qui est plus grave c’est qu’il y a une crise de la connaissance, ça se sent en philosophie, mais ça se ressent aussi dans le domaine religieux. Est-ce qu’on peut atteindre le réel, le connaître ? Il y a une désespérance larvée qui traîne, alors ça ne s’est pas fait tout seul, il y a des courants philosophiques puissants qui sont à l’œuvre là dedans, mais qui ont sapé le sens de l’histoire, le sens de la relation à Dieu, et du coup ça fait des êtres très seuls et assez déboussolés. J’ajouterai une dernière chose, c’est que quand on dit qu’il y a une part de français qui ne sont pas croyants, donc en fait ils sont très très très croyants… parce qu’ils croient à l’horoscope, au Loto, à l’assurance-vie, à beaucoup de choses en fait… (rires), quand Dieu disparaît de l’horizon des hommes, je veux bien l’entendre, mais du coup « sur quoi tu t’appuies ? », quand on regarde de près c’est pas forcément plus glorieux et scientifique, voilà.
  • Je continue de vous taquiner avec mes chiffres : 7% des français se rendent à la messe une fois par mois. Mon père est-ce que la France reste aujourd’hui encore, « La fille aînée de l’église » ?
  • Non, je ne crois pas du tout. Et je pense que ça fait longtemps qu’elle ne l’est plus. Moi même je viens d’une famille pas très catho à la base, on n’allait pas du tout à la messe quand j’étais jeune, et franchement ça ne m’aurait pas du tout passionné d’aller à la messe quand j’étais jeune, il a fallu que je découvre, que je fasse tout un cheminement, donc j’ai infiniment conscience du fait qu’il y ait quelque chose d’imbuvable et d’étanche, ça demande une sorte de traduction et c’est à nous de faire l’effort d’être audibles. Je ne crois pas que la faute soit du côté des gens, j’aime bien me mettre en cause, moi le premier, je me dis « si les gens n’ont pas découvert, c’est que c’est d’abord de ma faute, c’est que je n’ai pas du témoigner correctement, on a parlé un langage qui n’était pas accessible, voilà, je ne jette la pierre à personne, mais je pense que chacun est libre de découvrir, qu’il faut faire un cheminement, mais aujourd’hui, c’est sûr, dans un contexte matérialiste, c’est pas gagné. On fera jamais de pub pour ce genre de choses parce que ça ne rapporte rien économiquement, le monde de la gratuité est aujourd’hui beaucoup attaqué parce que précisément, il n’intéresse pas le capitalisme. Donc je pense que pour faire une démarche d’ordre spirituelle et purement gratuite, il faut une sorte d’effort intérieur. Mais c’est beau de voir qu’il y a toujours des gens qui se lèvent, des adultes qui demandent le baptême , de plus dans notre pays, de toutes origines, de toute confession religieuse, ça me touche beaucoup, je me dis « ces adultes, ils ont un vrai courage ». Parce que des fois, leur entourage dit : « Houla, il va devenir catho, c’est pas sexy », voilà, ils ont une vraie liberté intérieure qui chemine et ils demandent le baptême.
  • C’est amusant de vous entendre dire que vous avez commencé par le doute avant de connaître la certitude.
  • Oui mais le doute, ça accompagne la foi. Si tu doutes, c’est parce que tu as la foi. Celui qui n’a pas la foi ne doute pas. L’athée… l’athée aussi il doute, il doute de son athéisme. Parce que être athée c’est dire « je crois qu’il n’y a rien », il pose un acte de foi l’athée. Donc on a ça en commun, entre le croyant et l’athée, c’est le doute. Après, il y a une différence fondamentale, et je le dis avec beaucoup de respect, ce n’est pas un jugement des personnes, mais quand on pose un acte de foi dans l’athéisme, tout s’assombrit. Parce que pour comprendre le monde qui t’entoure, la simple pâquerette ou le pissenlit… Quand tu regardes un pissenlit, c’est un véritable miracle ! Qui n’a pas soufflé sur un pissenlit ? Cette pauvre petite fleur a pensé à se fabriquer des parachutes pour transporter ses graines, c’est quand même une merveille de technologie tout ça ! On sent bien que le pissenlit est pétri d’intelligence et que ce n’est pas le pissenlit qui est intelligent, donc si tu poses un acte de foi dans l’athéisme ça devient très compliqué parce que tu te dis « tout ça s’est fait comment ? ». Je voyais l’autre jour, une petite image sur Facebook, très sympathique. Deux bonhommes de neige qui discutent et le premier dit au deuxième : « Moi tu sais, je suis athée, je pense qu’on s’est fait tout seuls, ce sont des flocons de neige qui sont tombés comme ça, au hasard, il y a une carotte qui s’est plantée là en plein milieu, puis ça a donné ça… ! »… Bon, qui peut y croire pour un bonhomme de neige. Donc vous imaginez pour le reste ? Je trouve que c’est une position intellectuelle très courageuse de dire « il n’y a rien », parce que je me dis « dans ce cas là, tout s’assombrit ». Quand tu poses ton acte de foi vers le Créateur, tout s’éclaire d’une lumière nouvelle, parce que toutes les découvertes scientifiques, notamment au XXème siècle, elles vont toutes dans le sens d’un univers qui est pensé et intelligent, qui a un début et qui a une fin. Ca ça change beaucoup la vision du monde, on n’en parle pas beaucoup de ça. La certitude que l’univers va vers une fin, que la matière n’est pas éternelle, c’est un peu une révolution. D’ailleurs Lénine ne supportait pas cette idée. Il a fait fusiller tous les scientifiques qui disaient ça, ou il les a déportés au goulag. Parce que lui, ça fichait en l’air son matérialisme. C’est quand même très intéressant de se dire « cheminons paisiblement, avec notre intelligence, regardons le monde tel qu’il est, et restons ouvert à ce qui nous apparaît », tout simplement… Moi je crois que pour être croyant il faut avoir les pieds sur terre. Plus t’es déconnecté, plus tu vis dans le béton, les jeux vidéo et tout… l’écran fait écran, et du coup on ne voit plus rien. Mais ce que je trouve formidable dans notre région, tous ces gens qui redécouvre la nature, tu te reconnectes au réel, et quelque part… il va se passer des choses, quoi !
  • Mon Père, n’en prenez surtout pas ombrage, mais j’ai dans ma besace un, ou peut-être deux chiffres à vous soumettre, voici le premier : en France il y a aujourd’hui autant de catholiques que de musulmans chez les 18 / 29 ans. Franchement mon Père, vous y croyez vous, à cette théorie du « grand remplacement » ?
  • D’abord, le chiffre ne me surprend pas du tout. Je pense même qu’on est bien au-delà… qu’est-ce qui s’est passé ? On a fait venir des gens dans notre pays pour des raisons de travail. Donc là c’est l’économie libérale qui avait besoin de main d’œuvre. On a dit aux gens : « venez, venez… », et en leur disant cela on ne s’est pas posé cinq minutes la question de leur intégration sur le plan culturel, on leur a donné des logements, du travail, après des aides sociales, et on s’est dit : « ça va bien », alors effectivement dans notre vision matérialiste, avec des aides sociales, des jeux vidéo et du porno, on se dit : « les jeunes, ils ont de quoi vivre »… Or en réalité non, ils aspirent à plus que ça, et c’est là que je pense qu’il y a de notre part une grande maladresse, dans la manière dont on a accueilli ces gens parce qu’on a complètement sous-estimé que ça ne suffirait pas. Je me souviens très des discours qui étaient portés dans les années 90 et le début des années 2000, on nous disait : « mais ne vous inquiétez pas, « ils » vont devenir comme nous, c’est à dire, « ils » deviendront matérialistes, ils vont laisser tomber la religion, et vous allez voir, « ils » vont pratiquer de moins en moins », ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Au contraire. Je l’ai vécu dans la paroisse précédente où j’étais, c’était à Romans, et vous le voyez, à Romans, il y a des quartiers qui sont tombés dans l’Islam radical et c’est visible. Et c’est impressionnant. Je pense que la responsabilité n’est pas du côté de ceux qui sont arrivés, elle est de notre côté. J’accuse personne, j’en veux à personne, je me dis juste : « on n’a pas été à la hauteur », on a mal accueilli et on n’a pas compris ce qu’était vraiment accueillir quelqu’un. J’ajoute qu’en terme de démographie, là aussi on s’est complètement plantés, puisqu’on nous a dit : « ils feront des enfants, un, deux… comme nous », et en fait, non. En fait il se trouve qu’ils gardent une natalité prolifique, se mêlent les convictions religieuses, mais aussi des considérations d’ordre géopolitique, il ne faut pas être complètement naïf… et tout ça accumulé, effectivement, c’est un phénomène qui prend de l’ampleur… mais moi je n’ai aucun problème avec les musulmans, après je pense que sur l’Islam, il y a parfois une forme de naïveté de notre côté, parce que là encore je pense qu’on n’a pas été vraiment très honnêtes, on a plaqué nos références judéo-chrétiennes larvées, sur cette religion en se disant que ça va forcément entrer dans nos cadres, et puis peut-être ça n’y rentre pas, et c’est ce que nous sommes en train de découvrir mais un peu tard, et du coup le réveil est un peu douloureux.
  • Que faut-il comprendre ? Que l’Islam est une religion conquérante ?
  • Alors ça c’est sûr, et ils ne s’en cachent pas du tout, enfin je veux dire… Mahomet passe son temps à lancer des conquêtes, et le premier siècle de l’expansion de l’Islam en Afrique du Nord, c’est 600 diocèses qui tombent, et c’est vraiment dans un élan de conquête, c’est dans l’ADN de cette religion, non, ce qui est à réfléchir c’est par exemple le rapport aux droits de l’homme, pour nous les droits de l’homme c’était, en tous cas jusqu’ici, une référence universelle, à laquelle tout le monde devait adhérer, mais je me souviens très bien que pendant la guerre en Irak, on a vu un évêque pleurer en direct à la télé, et le journaliste lui dit : « mais alors, cette guerre c’est terrible, les droits de l’homme etc… », et l’évêque lui a dit : « foutez-nous la paix avec vos droits de l’homme, ici tout le monde s’en fout », alors ça je trouve que c’est plus douloureux. C’est à dire, se dire, est-ce que les fondamentaux qu’on croyaient pouvoir partager avec le monde entier, et imposer quelque part au monde entier d’ailleurs, est-ce que réellement c’est jouable ? Je pense qu’il y a des questions de fond à poser, ça touche plein de sujets : l’égalité hommes/femmes, enfin, plein de sujets qui sont pour nous des acquis, et qui peut-être ne le sont pas vraiment, et ça vaut le coup de se poser la question.
  • Mon Père, c’est promis, après ce dernier chiffre j’arrête… mais celui-ci va vous mettre du baume au cœur. La part des français qui prient chaque jour, a augmentée de deux points en vingt ans, passant de 12 à 14%. A croire que prier chez soi plutôt qu’à l’église, en fait ça n’importe guère. Comment apprenez-vous « l’art » de la prière ?
  • Houla… Grande question ! En un mot je dirais que peut-être le challenge c’est d’abord le silence, c’est à dire que Dieu parle d’abord dans le silence, et que c’est une denrée rare, c’est d’abord s’aménager des espaces de silence intérieur. On peut chercher Dieu de mille manières, je pense à Saint Augustin, il y a 1500 ans, qui cherchait Dieu dans des tas de sectes, et au bout d’un moment, il s’arrête et il dit : « en fait, je te cherchais au dehors, et tu étais au dedans, mais moi je n’étais pas là, tu es l’intime de l’intime et en même temps plus élevé que les cimes de moi-même », et donc tout au fond de nous il y a ce murmure de Dieu, et c’est l’histoire d’une rencontre, une rencontre d’amour, et donc il y a un mystère, on ne met pas la main dessus, moi je n’ai pas la main dessus, moi aussi je suis complètement dépassé, j’aime bien l’idée qu’on est tout petits, Dieu nous dépasse infiniment et là je remercie beaucoup nos frères musulmans, parce qu’ils ont un sens très fort de la grandeur de Dieu, que nous on a parfois vraiment perdue dans le christianisme en occident. Donc, se redire que Dieu est infiniment grand, et nous on est petits, petits, mais dans sa main, et la prière c’est juste un dialogue amoureux entre deux êtres qui se rencontrent et qui se parlent tout simplement, et il n’y a pas besoin de mots à la limite, juste être présent et se laisser aimer et apprendre à l’aimer. Je suis convaincu que les gens qui font cette expérience, effectivement… même aux États-Unis, ils ont fait des… et c’est là qu’on voit qu’on veut tout mesurer, calculer, il faut que tout soit rentable, même la prière, ils ont calculé que les malades guérissaient plus vite s’ils priaient, donc dans certains hôpitaux ils encouragent à la prière. Mais la prière échappe à tout ça, c’est d’abord un instant de gratuité, et ce temps « perdu » avec Dieu, est en réalité construit en profondeur.

  • Après les chiffres, les mots : violences infra-familiales, agressions multiples, insultes sur les réseaux sociaux, harcèlements… Père de Villepoix, il est où aujourd’hui l’amour que prône le Christ ? Que peut faire l’église pour endiguer ces radicalités ?
  • Une fois Mère Thérésa était sur un plateau télé avec un journaliste américain, et le gars lui montre des images des guerres dans le monde, et il pose la question : « alors ma Mère, qu’est ce qu’il faut changer dans le monde ? », réponse de la petite Mère Thérésa, elle lui dit : « vous et moi ». La grande réponse c’est « s’il te plaît Seigneur fais-moi la grâce de changer, d’aimer davantage. La grande réforme du monde c’est d’abord la sienne. Le Chrétien il a ce réalisme : « ça commence par moi », au lieu de regarder chez les autres en disant « quelle violence », il faut reconnaître que moi-même cette violence elle peut me traverser, que moi-même des fois au volant j’en ai ras-le-bol… Donc si on est lucide sur, à la fois cet abîme du bien, qui peut nous habiter, mais aussi cet abîme du mal dont on est tous capables, si on a cette lucidité, cette conscience là, et que du coup, il y a cette volonté de choisir la lumière, et se dire : « allez, je vais du bon côté, et si je suis tombé de l’autre côté, je vais vivre le pardon, je vais me relever et j’y vais, et bien là je pense que le monde est différent. Moi je ne fais pas de grandes théories générales sur les autres, moi je me dis : « tu vois la paille dans l’œil du voisin, disait Jésus, et la poutre qui est dans le tien… je me prends la poutre en pleine figure tous les matins, et c’est sur celle-là que j’essaye de travailler d’abord.
  • Je ne peux faire autrement que d’aborder un sujet lourd et grave, je parle des scandales de pédophilie qui ont fait la Une, et ce fameux « rapport Sauvé » qui évalue entre 2900 et 3200 le nombre de pédocriminels au sein de l’église Catholique en France depuis 1950. Que faut-il selon vous faire aujourd’hui pour que plus jamais ces atrocités ne se reproduisent ? Et d’un autre côté est-ce que ça ne motive pas la crise des vocations pour devenir par exemple enfant de chœur ?
  • D’abord c’est un immense scandale. Moi je ne veux absolument pas minimiser les choses, ce sont des gens qui parfois ont été détruits à vie, c’est toute une histoire si vous voulez, surtout que là, l’église qui a demandé cette commission, l’a fait sur un laps de temps qui est quand même très long, depuis 1950, et la conscience qu’on avait à l’époque, dans ces années là… moi j’ai entendu des tas de gens de la société civile témoigner et dire que certains faisaient même la promotion de la pédophilie, donc on revient de loin. La conscience que c’était un traumatisme pour la vie pour l’enfant et qu’on était en train de tout détruire, elle n’était pas très claire cette conscience là, donc on vient de très loin, d’ailleurs le « rapport Sauvé » montre très bien que la plupart de ces abus qui sont sortis dans le rapport datent effectivement de cette grande période là, donc je ne veux pas du tout minimiser, je pense qu’il y a eu un manque de conscience évident pour l’église et pour toute la société, mais pour l’église c’est encore plus scandaleux, parce que quelque part si tu dis que tu vis avec Dieu et que tu laisses le mal se faire autour, que tu ne dis rien et que des innocents sont détruits c’est absolument tragique, donc je ne justifie pas du tout, je n’excuse rien du tout, je dis simplement que voilà, il y a eu une histoire tragique et moi ce qui me paraît par contre magnifique, c’est la prise de conscience d’une part, le travail que les évêques ont fait avec les victimes à Lourdes, absolument remarquable, notamment les dernières cessions, où vraiment ils ont tout vécu avec les victimes en se mettant à leur école, en se disant : « vous, qu’est-ce que vous avez vécu ? Comment on peut faire ? Dites-nous, guidez-nous », les victimes avaient la seule place qui leur revient, à savoir la première place. Ça, ça m’a beaucoup marqué et réjoui, et ensuite ce qui me réjouit aussi c’est que je pense que l’église universelle, dans le monde entier, fait un énorme travail sur ce thème et je remarque que dans biens des pays, les gouvernements demandent aux églises de les aider à mettre en place des choses, y compris en France, j’ai vu que le Ministre chargé de la famille je crois, a dit qu’il s’inspirerait du « rapport Sauvé » pour son domaine à lui. Alors tout ça c’est hyper blessant comme prêtre évidemment, parce que le regard porté peut à bon droit, être différent, et c’est vraiment une croix très lourde à porter, sincèrement, c’est vrai. Je remarque que ça n’empêche pas des jeunes de répondre à l’appel, on a la joie d’accueillir un séminariste ces mois ci, il y a encore des jeunes qui entrent au séminaire, ça ne les détourne pas. Je pense que les jeunes et même les fidèles perçoivent que ce travail de purification il était nécessaire depuis longtemps, tant mieux qu’il se fasse, c’est très douloureux mais voilà, de ça il va sortir des beaux fruits, et je n’en doute pas ni pour l’église, ni pour la société toute entière, donc c’est ça qui me tient dans la paix, parce que sinon c’est sûr, on est passé dans de sacrées tempêtes…
  • Revenons à Crest si vous le voulez bien, quel est le profil de celle ou celui qui fréquente votre église ?
  • Moi ce qui m’amuse c’est que vraiment, il y a de tout… Encore hier soir, il y a un type qui disait : « ce qui est vraiment incroyable, c’est qu’on est assis sur les mêmes bancs, il y a des gars d’extrême gauche, il y a des gars d’extrême droite, des macronistes… il disait : « sur le plan politique déjà il y a tout », et ça me réjouit beaucoup, c’est ça le miracle de l’église, c’est là qu’on voit que ce n’est pas une œuvre humaine, si c’était une œuvre humaine, ce serait un clan, un parti, un machin…
  • Seriez-vous en train d’opposer l’église à un cabinet de psychanalyse, il vous a fait du mal Sigmund Freud ?
  • Non, en fait, c’est pour dire que vraiment, moi ça m’épate que chaque dimanche, quand j’ai l’assemblée devant moi, je me dis que c’est un miracle. Je ne vois pas comment à partir d’une œuvre humaine, on réussirait un tel miracle, un miracle qui dure depuis 2000 ans, moi ça me bluffe, sincèrement. Pour moi d’ailleurs c’est un signe de bonne santé de la paroisse quand justement, sociologiquement, politiquement, enfin sur tous les critères, c’est varié. Il y a le SDF du coin, il y a le patron du coin, il y a tout ! Et ça je me dis que c’est fabuleux, et c’est ma vraie joie de prêtre, c’est de se dire qu’on est vraiment « multi-carte », et que tout le monde a sa place, que chacun est attendu, qu’il envoie des petits SMS à tout le monde, après chacun répond librement, et ma joie aussi c’est de voir qu’il y en a qui découvrent, qui débarquent, et qui viennent, qui goûtent quelque chose, et qui cheminent.
  • Le Covid, c’est une punition divine ? Comment vous l’avez vécue, cette crise ?
  • La communauté la traverse comme toutes les institutions, ça a beaucoup abîmé les gens, ça c’est sûr, ça a créé des divisions dans les familles. Le challenge, et c’est ce que j’ai demandé à la communauté, c’est que justement là aussi ce soit une sorte de miracle, c’est que tout le monde se tape dessus sur ce sujet, et bien pas nous. Je ne dis pas que c’est gagné, parce qu’on est des pauvres comme tout le monde, mais c’est vraiment ça que j’espère vivre, en étant bien à l’écoute des souffrances , je suis marqué par tous les sujets, y compris celui-là, on n’écoute pas les souffrances, les gens souffrent énormément, il y en a qui ont perdu leur boulot, il y a des tas de situations différentes, et tous ces gens il faut qu’on les accompagne, vraiment, vraiment, sinon il y a une grande détresse, une grande solitude, et il y a quelque chose de tragique. En fait, la société de consommation, elle consomme tout même les êtres et elle laisse seuls. Le croyant que je suis pense qu’on a le choix entre la défiguration du monde par la consommation, ou la transfiguration du monde par l’adoration.
  • Que souhaitez-vous pour vos fidèles en 2022 ?
  • Alors je leur ai dit que je leur souhaitais tout ce qu’ils voulaient qu’on leur souhaite, mais en mieux. Pour ne pas rester dans la petite vision humaine, mais encore plus, voilà.
  • Ainsi se clôt l’acte 1 de notre reportage en deux actes, lebrillant.fr remercie chaleureusement le Père de Villepoix, et donc nous vous donnons rendez-vous demain soir pour le second volet de ces deux rencontres chrétiennes et œcuméniques, parole sera donnée au Pasteur Jean-Paul Brunel qui bien sûr, va répondre à toutes nos questions sur le protestantisme.
  • A demain, allez en paix.
  • Mathias Deguelle.

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