DE RETOUR, RÉMI NOUS RACONTE SON TOUR DE FRANCE DÉDIÉ AUX ENFANTS MALADES.

Bonjour les Brillantes, bonjours les Brillants. Le dimanche 1er mai, lebrillant.fr consacrait un article à Rémi Gondran quelques minutes avant son départ pour un tour de France en auto-stop. Un périple d’environ 3000 kilomètres dédié à l’association « Tous pour Jays » qui s’occupe d’enfants gravement malades.

Tiens, en voilà un dessin d’enfant. Milan, 8 ans, qui résume le périple de Rémi :

Presque un mois plus tard, Rémi est de retour parmi-nous, avec dans les yeux le bonheur d’avoir réussi son pari. Pour lebrillant.fr, tel Ulysse, Rémi Gondran a accepté de nous raconter cette épopée incroyable.

Mais d’abord, ce voyage a-t-il changé Rémi physiquement ? Je vous laisse juge :

Rémi le 1er mai :

Rémi après son retour, le 27 mai :

Bon, visiblement, l’homme est resté le même, ce qui est réconfortant. Comme quoi, on peut très bien marcher après son ombre sans forcément vouloir chercher à la dépasser.

J’ai donc demandé à Rémi de sélectionner une dizaine de photos qui résument pour lui les moments les plus forts de son tour de France. Je vous convie maintenant à cette espèce de séance diapo, commentée par le principal, le seul protagoniste de cette aventure hors-norme.

  • Bonjour, alors certains d’entre vous sur lebrillant.fr me connaissent, je m’appelle Rémi Gondran, et dans la vie je suis… aventurier. Un aventurier qui revient d’une très longue promenade réalisée sans un sou en poche, juste en m’en remettant à la générosité de celles et ceux qui voulaient bien, pour un moment, m’accepter, et m’aider à poursuivre ce tour de France.
  • Ok Rémi. Ce que je te propose sans plus attendre, c’est de commencer. Voici donc la… 

DIAPO N°1 :

  • Alors voilà, avant de vous dire ce que cette première photo évoque pour moi, je tenais à préciser que tous ces clichés sont des « arrêts sur images » des lieux emblématiques que j’ai visité, mais que bien évidemment elles ne sont que partiellement représentatives de ce que j’ai vécu. Les émotions que j’ai vécues sont avant tout dans ma tête… Parce qu’une nouvelle fois, j’ai voulu partir sans « instruments » numériques, donc il y a plein de moments, de sensations que je n’ai pas pris en photo, mais qui resteront à jamais là-dedans (Rémi tapote sa tempe avec son index NDLR). Alors donc, oui… je reviens à cette première « diapo ». C’était le premier jour. Là je suis parti « à toute berzingue », j’ai été étonné par mon avancée ce premier jour. J’ai donc quitté Crest le 1er mai aux alentours de 10h 00, je suis arrivé au pied du Fort Gondrans aux alentours de 16h 00. Alors, je précise qu’il m’a été impossible de faire l’ascension jusqu’aux 2400 mètres d’altitude, mais il m’a fallu pas moins de dix voitures pour aller à Montgenèvre. Ensuite pour aller de Montgenèvre jusqu’au Fort Gondran, on ne peut pas s’y rendre en voiture, donc j’y suis allé à pied jusqu’à 2100 mètres d’altitude… Précisément ici, sur cette photo, au téléphérique de Gondrans, à 2014 mètres d’altitude, parce qu’il y avait de la neige, parce que j’étais en baskets, et en pantalon avec très peu d’affaires, donc si je ne voulais pas risquer ma vie, je ne pouvais pas aller plus haut… Déjà… Juste pour monter à pied jusqu’au téléphérique ça a été très compliqué… Mais voilà, c’est mon papa qui m’avait lancé ce défi, et disons qu’en allant jusqu’au téléphérique des Gondrans, moi Rémi Gondran, à une lettre près, j’ai presque réussi ce premier défi. Ensuite je suis redescendu, je suis revenu à Montgenèvre aux alentours de 19h 00, j’ai fait du stop de Montgenèvre à Briançon, et là une fois à Briançon, vers 20h 00… Plus personne dans les rues. On était le 1er mai. Alors j’ai quand même croisé un groupe d’hommes, je me suis rapproché d’eux, et c’était des gendarmes… eux ils dormaient à l’hôtel, et ils m’ont dit qu’il n’était pas possible de me loger. Alors j’ai retenté l’auto-stop. Une heure plus tard personne ne m’avait pris, alors je me suis dit « je vais dormir dehors »… et donc, j’ai passé ma première nuit à Briançon… heu, vraiment… dans le froid. Je crois que c’était… (un temps), sincèrement… la pire nuit de ma vie toute entière ! J’ai commencé à dormir sur l’herbe, je rappelle que je n’avais absolument rien sur moi… j’avais juste une petite couverture de survie, et donc là… je l’ai utilisée. Le premier jour ! J’avais aussi un T-Shirt, j’avais récupéré un pull dans un « don de vêtements », mais il faisait vraiment trop froid, donc je suis allé chercher un deuxième lieu, parce que le froid et surtout l’humidité de l’herbe, ce n’était pas possible, et donc je me suis remis à marcher… et là, je trouve un matelas ! Dans une poubelle ! Je l’ai pris, je me suis mis dessus, mais même chose… j’avais trop froid, donc j’ai remis le matelas dans la poubelle, et j’ai fini ma nuit dans un parking souterrain en construction, et comme matelas j’ai trouvé de la laine de roche. Alors heureusement j’avais ce pull et mon pantalon, donc je n’ai pas senti le côté urticant de ce matelas improvisé… (rire), mais donc, j’ai réussi à dormir deux petites heures dans la nuit…
  • Ça commence très fort… ! Allez, on continue…

DIAPO N°2 :

  • Ah… on retrouve ta mascotte… Rappelle-moi son nom…
  • Alors c’est Lucio, qui s’est appelé comme ça grâce à ma deuxième voiture, enfin mon deuxième auto-stop réussi… Alors c’est eux qui ont choisi le nom de Lucio… Et en fait c’est vrai, que j’ai pris cette mascotte avec moi, mais je n’avais pas pensé à lui donner un nom. Alors puisque je voulais vivre une aventure humaine basée sur le partage, je leur ai dit « vous Madame, et vous Monsieur, vous allez donner un nom à ce perroquet », et donc c’est Lucio qu’ils ont choisi, parce que Lucio c’est la lumière… Et donc pour revenir à cette deuxième diapo, là je suis au Mont Ventoux, 1910 mètres d’altitude. Alors ça c’est le défi qui m’a été lancé par Nans, de l’émission « Nu et Culotté », de monter au Mont Ventoux. Et donc je suis monté… plus de la moitié du parcours à pied et je…
  • Tututut… !!! Là je t’arrête. Lors de notre première rencontre, juste avant ton départ, je t’ai posé la question « et si le stop ne marche pas, resteras-tu statique, ou compteras-tu marcher », et tu m’as répondu à l’époque « quand tu fais du stop, marcher ça ne sert à rien, sauf à trouver un « spot » favorable en marchant 200 mètres »… Alors, Rémi, on en reparle ?
  • Et bien figure-toi que j’ai beaucoup pensé à toi (mdr), je te jure que c’est vrai… ! Quand je marchais je me disais « faudra dire à Mathias que j’ai menti »… (poilade générale…), je te jure que c’est vrai, j’ai beaucoup pensé à ça. Non mais  hormis le premier jour où j’ai peut-être eu la « chance du débutant », ensuite j’ai beaucoup marché. D’abord, comme tu le disais, pour changer de lieu d’auto-stop, parce que parfois les gens me posaient en centre-ville, ou à l’entrée d’un village, et là… il me fallait donc me rendre à la sortie du village, ou de la ville… et parfois, oui, il y a des endroits où vraiment il y a personne… Par exemple je me souviens qu’à Apt j’ai levé le pouce, et il n’y avait personne, donc j’ai dû marcher pendant quatorze kilomètres. Et puis le Mont Ventoux, ça a été compliqué… J’ai marché dix kilomètres sous le soleil, et puis au douzième kilomètre… sans prévenir, la grêle arrive… ! Je me prends la grêle sur la tête. Heureusement, je pouvais me protéger en me réfugiant dans les bois… Quand, soudain, une voiture passe ! Je redescends vite sur la route ! Je tends mon pousse, la voiture passe, et limite le conducteur m’insulte (rire), du coup je continue à marcher sous les bois, pour te dire, je rêvais de trouver une table de pic-nic pour m’abriter …(rire), donc j’étais sous les arbres, complètement trempé… et là, je vois un camion forestier, je cours vers lui, je tends mon pouce, il me dit « vas-y monte », c’était le patron d’une entreprise forestière, et il m’a amené au Chalet Reynard. Une fois sur place, je fais une pause. J’attendais que la grêle se calme. Puis j’ai repris ma marche, après douze kilomètres, je m’apprêtais à en faire deux supplémentaires. Et là, il y a un type qui m’avait vu, qui m’avait croisé sur le Ventoux, il prenait sa voiture pour aller chercher son fils au sommet, il m’a reconnu, et il m’a dit « allez, monte », donc on est allé prendre cette photo, et comme il s’est remis à grêler au sommet du Mont Ventoux, du coup, cet homme providentiel m’a accompagné jusqu’à Carpentras.
  • Projectionniste, veuillez nous présenter la diapo suivante…

DIAPO N°3 :

  • Alors avant d’évoquer le beau trio que vous formez sur cette photo, je voudrais que tu nous racontes le déroulement de ta « prise en charge » par les automobilistes qui se sont arrêtés pour te faire avancer… Comment se déroulaient les premiers instants de cette cohabitation éphémère dans l’habitacle de la voiture ?
  • Déjà quand on rentre dans la voiture, les gens me demandent « où je vais », donc généralement j’avais prévu l’étape suivante… puis une fois cette information livrée, je leur dis « en fait, je vais plus loin », et là commence à s’engager une conversation « pourquoi vous allez plus loin ? », alors je leur explique « parce que je fais le tour de France en stop », ensuite je précise que je suis parti sans argent, que je fais ça pour une association pour les enfants malades, et évidemment, là la conversation s’engage vraiment et naturellement. Alors dans ce parcours j’ai aussi dû rencontrer une dizaine de personnes qui avaient plus envie de parler d’eux-mêmes, que du projet, mais c’est très bien… tu sais, quand on fait du stop, on est aussi là pour écouter les gens qui ont besoin de parler, mais la plupart des gens ont tous été réceptifs… Maintenant je vais vous raconter cette photo, donc comme vous le voyez je suis encadré par deux charmantes jeunes femmes, alors le fait que Jessica et Barbara, c’est leurs prénoms, soient toutes les deux très mignonnes, ça n’a aucune importance… Ce qu’il faut dire c’est que toutes deux sont aussi des aventurières, elles ont fait énormément de stop, elles aussi ont traversé la France, en vingt voitures… Mais ce que je retiens, c’est que j’étais ravis d’être avec elles parce qu’elles m’ont donné à manger. Bon, il faut savoir que ces deux « nanas », ce sont des galériennes, et Barbara, à droite sur la photo, m’a accompagné au Lidl de Bourg Saint Andéol, et c’est là où elle allait postuler pour travailler, et en fait, très naturellement elles m’ont dit « accompagne-nous au Lidl, et je te ferais quelques courses pour la suite de ta démarche ». Toutes les deux sont « à découvert », je le répète ce sont des galériennes. Une des deux avait un appartement sans électricité ni eau courante, parce qu’elle n’arrivait pas à payer. Et bien qu’elles soient dans une situation désespérée économiquement, elles ont quand même réussi à m’accompagner dans ce Lidl et elles m’ont offert 6 Euros de courses… et je trouve ça d’une générosité extrême. Il faut savoir que ce qu’elles m’ont offert ce soir-là, j’en ai mangé une partie au début, mais que je me suis rationné et que j’ai pu garder certaines choses, pour ma marche finale… nous allons y revenir plus tard, mais voilà, j’ai gardé les compotes qu’elles m’ont offertes, jusqu’à la fin du voyage. En fait je me suis constitué une petite « réserve » de ce qu’on me donnait, comme un garde-manger de secours, au cas où… Et j’ai donc dû être extrêmement raisonnable jusqu’à la fin de mon périple.
  • Continuons avec cette quatrième diapositive…

DIAPO N°4 :

  • Vallon Pont d’Arc. Mon troisième défi lancé par la communauté Facebook. J’ai été déposé sur place par la Directrice de l’Office du Tourisme du coin, à qui j’ai expliqué ma démarche et qui m’a répondu « c’est génial… ». Alors Vallon Pont d’Arc, à part le pont lui-même, on va dire que c’est un village normal et ce n’est pas là où j’ai pris le plus de plaisir. Mais le business du tourisme, c’est quelque chose que j’ai retrouvé dans pas mal d’endroits… oui, il y a beaucoup de « machine à touristes », c’est sûr. Et c’est vrai que ce n’était pas très « passionnant », mais voilà… il me fallait y aller… mais c’est vrai que quand tu vois les produits qui sont proposés sur place, du genre « le tapis de souris Vallon Pont d’Arc, le set de table Vallon Pont d’Arc, le mug Vallon Pont d’Arc », voilà… ce sont des choses qui se vendent quoi…
  • Ok, donc on ne s’attarde pas. On enchaîne avec la…

DIAPO N°5 :

  • Alors là , tu bifurques vers l’ouest, et tu es à Rocamadour…
  • Tout à fait, j’étais en plein centre de la France, à Rocamadour. Alors Rocamadour c’est très sympa à voir de l’extérieur, c’est un très beau village… authentique, typique, avec de belles maisons… Donc là, même si ça ne se voit pas sur la diapo, j’étais avec des enfants, accompagnés par un curé. Alors le voyage en stop vers Rocamadour s’est plutôt bien passé… mais il m’est tout de même arrivé une grosse galère sur la route, une galère qui a changé la manière de voir mon voyage. Je t’explique, nous en avons parlé, il fallait que ce tour de France arrive en temps et en heure à sa destination finale, donc je ne voulais surtout pas perdre de temps, et pour ça je voulais que les voitures me déposent dans des endroits stratégiques, pour pouvoir avancer le plus vite possible. Et là, il y a un Monsieur qui me dépose près d’un rond-point pour accéder à la voie rapide, direction Rodez, et là, cinq minutes après qu’il m’ait déposé, à nouveau… la grêle ! Mais attention, pas la grêle du Mont Ventoux, celle-ci était incomparable, nettement plus virulente si je puis dire… Et là, je me trouve trempé du slip jusqu’au chaussettes, en passant par le T-Shirt, le short, et toutes mes affaires… Alors heureusement que j’ai eu la présence d’esprit de prendre un sac plastique sur la route, afin de pouvoir mettre, mon cahier de notes qui est intact, mon petit appareil photo, et mon téléphone de secours… Mais oui, j’étais mouillé « de chez mouillé », et là j’étais au milieu de nulle-part, parce qu’il n’y avait rien pour s’abriter… mais vraiment rien. Alors je lance le pouce dans tous les sens, j’interpelle même les voitures qui roulaient dans le sens opposé à ma direction, et toujours personne… personne ne s’arrête. Et c’est au bout de la vingt ou vingt-cinquième voiture, qu’enfin un camion s’arrête, le chauffeur me dit « Allez, vas-y, monte… normalement, je n’ai pas le droit de te prendre, mais monte dans mon camion, je vais te déposer au prochain village, comme ça tu pourras te mettre dans un abri », donc il m’emmène dans un village, où clairement, je n’avais rien à faire parce que ce n’était pas du tout ma route, ce village c’était Le Monestier, à côté de Chirac (sourire), j’étais donc au cœur de la Lozère… là le chauffeur me dépose, je marche un petit peu vers le village, je vois une lumière allumée… je rentre, et je tombe sur Luc. Luc c’est lui-aussi un aventurier, qui par exemple a relié Paris à Pékin en vélo, entres autres aventures… Et donc Luc me dit « allez, vas-y, rentre, je ne peux pas te laisser comme ça », il met sa salle de bain à ma disposition et me donne une serviette pour que je puisse me sécher, il me donne à manger, il me donne du chocolat… Mais il me dit « malheureusement je ne peux pas te recevoir, parce que ce soir c’est impossible pour moi. Mais je vais te donner « des plans », des adresses d’amis, si personne ne peut te recevoir, voici des adresses de gites pour passagers, c’est 11 Euros la chambre, mais tu leur diras que c’est moi qui viendrais les payer… ». Donc voilà, Luc il m’a rassuré, parce qu’à ce moment… (un temps. Un regard qui se promène), là vraiment, j’étais sur le point d’arrêter… Alors je n’ai pas baissé les bras, mais sincèrement je n’étais pas loin de le faire… Mais voilà, je portais toujours ce T-Shirt ou étaient imprimés les prénoms des sept enfants malades qui étaient à l’origine de l’aventure, alors j’ai tenu… mais voilà, cette rencontre avec Luc m’a redonné le sourire, ensuite ça m’a permis de rencontrer Albane et Nicolas, des amis de Luc, alors eux ils ont lavé mes affaires, eux-aussi m’ont nourri, ils m’ont même invité chez des amis à eux, pour fêter l’anniversaire de leur fille… Donc voilà, ces rencontres ont été capitales parce qu’à ce moment j’avais perdu « foi en l’humanité »… Les gens me voyaient sous la grêle, ils reçoivent la même grêle sur leur parebrise, mais ils ont peur de me faire entrer dans leur voiture, parce que je suis tout mouillé… Et je pense que d’abord sans ce camionneur, ensuite sans Luc, sans Albane et Nicolas, si j’avais dû continuer à marcher, trempé sous la grêle… oui, là ça aurait été très compliqué… et vraiment ce passage, ces rencontres, ont été pour moi un changement de voir les choses, et à partir de là je me suis vraiment dit qu’il fallait que je m’en remette à la confiance des gens, tout simplement, et… ils me mèneront là où ils me mèneront… J’ai complètement changé ma manière de voir les choses.
  • « Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rocamadour… »
  • Cette chanson, figure-toi, je l’ai chanté… car c’était un défi… Je l’ai chanté dans Rocamadour même (rire)… Et comme tu peux le voir, je tiens toujours Lucio dans la main, il m’a accompagné pendant tout le périple, et il a fini dans les bras de Jays. Jays c’est l’enfant qui a donné son nom à l’association « Tous pour Jays », c’est un petit garçon de sept ans, qui est en rémission, mais qui est toujours dans les examens etc… Un gamin que j’ai croisé le dernier jour de l’aventure… Il est plein de vie, et donc il a dorénavant la lourde responsabilité de faire voyager Lucio à ma place… Mais l’association perdure pour d’autres enfants malades… Lors de la soirée de gala les noms des enfants décédés était affichés, et ça glace le sang, mais étaient également affichés les noms des enfants qui ont encore besoin d’aide, et là c’était une soixantaine de noms qui sont donc accompagnés par l’association. Voilà… C’était très important pour moi de te donner ces précisions.

DIAPO N°6 :

  • Alors là, on est aux dunes du Pilat, dans le bassin d’Arcachon, la plus haute dune d’Europe. Là c’est tôt le matin, peut-être aux alentours de 8 heures. La veille j’avais dormi au Pilat, dans une cabane… Une cabane pour enfant, à l’abri… Je ne sais pas si les enfants se sont douté un instant de ma présence nocturne (rire), mais j’avais ma petite couverture, j’étais à l’abri du vent et j’ai bien dormi… Donc j’ai gravi la dune du Pilat, par les escaliers, j’en ai bavé… la fatigue commençait à s’inviter en moi, donc oui, j’en ai bavé, mais j’ai réussi à monter au sommet, à rencontrer des gens, et à prendre en photo Lucio (rire). Et une fois sur la dune, je devais repartir, alors je suis passé par Royan, qui était sur ma route pour aller au Fort Boyard… Bon en fait, je suis finalement allé à Fouras… Mais avant ça, une belle anecdote : j’ai été pris en charge pendant une journée entière par Les Compagnons d’Emmaüs. Je ne les connaissais pas du tout… Bon, mis à part les lieux de vente de vêtements et autres, comme tout le monde… Mais attendez… D’abord, il faut que je précise que tout ça s’est passé « suite à une erreur », en effet j’ai été pris en stop par Antoine, on a pris le bac entre la Pointe de Grave et Royan, c’était payant, mais lui il me l’a offert, et il devait me déposer vers Marennes pour que je me rapproche du Fort Boyard, sauf qu’il s’est trompé… Donc, je lui ai dit « c’est pas grave, on prendra « la prochaine sortie », je me rattraperai », et donc, il me dépose près d’un centre Emmaüs. Or, moi ça tombait plutôt bien parce qu’à ce moment-là j’avais trois petites couvertures, et je voulais absolument avoir un duvet. Et donc je suis allé voir Emmaüs pour savoir s’ils étaient ok pour échanger ces trois petites couvertures contre un duvet. Ils m’ont dit « oui, il n’y a pas de soucis, donne-moi tes couverture et va choisir le duvet que tu veux ». Bon, malheureusement il n’y avait pas de duvet et j’ai dû « me contenter » d’une couette. Mais c’est amusant parce qu’avant ça me stressait de dormir dehors, dans la rue, et là… avec cette couette, ça ne me faisait absolument plus peur.

DIAPO N°7 .

  • Alors… Le Phare d’Eckmühl… Il est situé à la pointe de Penmarc’h en Bretagne, qui est l’un des endroits les plus à l’ouest du continent européen. Et donc, là il s’agit d’un défi que m’a lancé Jérôme Forestier, qui est un ami à moi, également hypnotiseur, qui m’a donc lancé ce défi : Monter au Phare d’Eckmühl en moins de cinq minutes, alors il m’a prévenu « normalement le challenge c’est de monter en moins de trois minutes, mais comme j’ai pitié de toi, je te donne cinq minutes »… et l’histoire retiendra que j’ai réussi en moins de trois minutes (rires), en 2 minutes 57 pour être très précis ! Et donc, c’est selon Jérôme, l’endroit où l’air est le plus pur d’Europe, et j’ai pu le vérifier, et vraiment pour moi, ce fut l’endroit où j’ai préféré aller… Alors évidemment pour le lieu, mais également pour tout ce qu’il s’est passé autour, notamment je pense à Xavier qui m’a fait dormir dans sa caravane, au beau milieu d’un immense hangar rempli de bateaux… enfin, c’était juste génial, il m’a payé un kébab, et le lendemain, le petit déjeuner… une super rencontre… Vraiment le Phare d’Eckmühl et la Bretagne, c’est vraiment ce que j’ai préféré du voyage… J’ai même versé ma petite larme à Dole de Bretagne, où il y avait des musiciens bretons qui jouaient, je les ai suivis, et… vraiment j’étais trop bien… La Bretagne, ça vous gagne (rire).
  • Alors, pour la diapo suivante, j’en salive d’avance… avec supplément anchois, s’il vous plaît…

DIAPO N°8

  • (rire), alors… oui, c’est un camion de pizza, comme on peut le voir. Donc je m’approche du propriétaire du camion, juste pour lui demander de l’électricité. Je lui dis « bonjour, je fais un voyage en stop, est-ce que je peux brancher mon téléphone de secours sur votre batterie ? », et il me répond « pas de soucis ». Donc je me branche et deux minutes plus tard, il me dit « hey, tu veux une pizza ? », et je fais… « bah, ouais » (rire). Voilà, et en fait si j’ai voulu mettre en avant cette diapo c’est vraiment pour vanter la générosité des gens… et ce qui est vraiment étonnant, c’est que je n’ai quasiment jamais rien demandé… Alors oui, il m’est arrivé de demander quelque fois, notamment dans les boulangeries… Je me souviens, j’ai fait quatre boulangeries et je n’ai eu qu’un seul refus, les trois autres m’ont offert un croissant, même des baguettes… alors moi je leur demandais « est-ce qu’il y a des choses que vous allez jeter en fin de journée ? », et on me donnait volontiers des choses… Mais, vraiment, la plupart du temps, je ne demandais rien… J’expliquais juste la nature de mon périple, et là ce sont les gens qui, de leur propre initiative, allaient à la boulangerie m’acheter des sandwichs, des quiches… Et en y repensant, c’est peut-être pour ça que finalement j’ai très peu dormi chez les gens. J’ai compté, j’ai seulement passé neuf nuits « au chaud », mais ça s’explique : je n’ai rien demandé, donc je l’ai fait de manière volontaire. Mais bon, je vous ai parlé de Luc, de Albane et Nicolas, et je pourrais aussi vous parler de Gilles et Joëlle, qui, à trois heures du matin, m’ont dit « allez, viens dormir à la maison »… Mais sinon, à part ces rares fois, en fait les toits, les logements, me sont venus tout seul… Mais Mathias, je vais être très honnête avec toi, si j’ai finalement si peu dormi chez les gens c’est parce que « je n’osais pas demander ». Et une fois que j’avais ma couette, je me sentais plutôt en sécurité… et puis, il y avait cette connexion avec la nature : j’étais bien, avec les grenouilles, avec les moutons, avec les oiseaux… Oui, c’est ça… J’étais bien. J’étais bien…
  • Dormir dehors c’est aussi être vulnérable. Tu n’as jamais eu peur ?
  • Alors franchement, non… la seule peur que j’avais c’était qu’on me déloge, c’était ça dans ma tête, je me disais « la seule chose que tu risques c’est qu’on te dise « va dormir ailleurs ». Mais je dois préciser que pour dormir je passais du temps à choisir des endroits « safe », des endroits « en sécurité », et donc à aucun moment j’ai eu peur de faire de mauvaises rencontres. Moi, la seule peur que j’avais en dormant dehors, c’était qu’il pleuve…

DIAPO N°9.

  • Alors là c’est un touriste anglais, on est au Mont Saint Michel, et j’ai préféré mettre cette photo « humaine », plutôt qu’une du Mont Saint Michel, parce que clairement au Mont Saint Michel, je n’ai pas pris de plaisir. C’est un endroit où il n’y a que du financier… Il y a une crêperie tous les trois mètres, et un marchand de souvenirs tous les deux mètres, avec l’omelette de « La Mère Poulard », à 25 Euros…(rire), donc j’ai préféré réaliser ce défi qui était de me faire prendre en photo avec un touriste anglais, que je salue s’il nous lit… !

DIAPO N°10

  • Alors, puisque je parlais de « rencontres humaines », il faut que je te parle de Nicolas, on est là dans une ferme bio. Nicolas il fait ce qu’on appelle du « Woofing », alors la définition du woofing, c’est que contre un service, tu vas dormir chez une personne, pendant un certain temps… Donc sur cette diapo on voit Nicolas dans une ferme bio, et pendant quelques jours de travail il a eu droit à une semaine de nourriture, de logement, de blanchiment de son linge… Et j’ai voulu mettre cette diapo parce que c’est une très belle rencontre, dans un très beau lieu, très simple… Avec un véritable esprit inventif, par exemple, il y avait un vélo d’appartement qui a été « recyclé » en laveuse à légumes… Tu pédalais, et ça lavait les légumes ! Et je trouvais ça juste génial, ils avaient notamment un système pour recycler les eaux usées, le pipi et le caca allaient dans un bac à sable, et dans ce bac à sable, il y a des plantes, qui « se nourrissent » des excréments, et autres déjections, et ces plantes vont faire office de filtre pour renvoyer de l’eau « quasiment » potable.
  • Tout est dans le « quasiment »… Diapo suivante, s’il vous plaît…

DIAPO N°11 :

  • Alors sur cette photo, je suis avec deux garçons, mais sur cette plage de Normandie, cette plage du débarquement, en fait, je suis aussi entouré de milliers de garçons, qu’on ne voit pas sur la diapo. Je parle des garçons qui ont investi cette plage et qui sont décédés sur cette plage, donc voilà… moi ça me tenait à cœur d’aller sur cette plage du débarquement… Bon, alors oui, avec les yeux du présent, ce n’est qu’une plage, avec ce monument « Les Braves », qui rappelle cet événement historique, mais sinon, c’est une plage comme les autres. Il y a des gens qui se baignent, il y a des restaurants… Mais moi, je tenais à venir, pour l’histoire, pour ce que ça raconte, pour moi qui suis très attaché à l’histoire de la seconde guerre mondiale, c’était comme un symbole d’être là, et de pouvoir me recueillir sur les lieux de ce débarquement. Mais je tiens à préciser qu’à ce moment, l’horloge ne cesse de tourner et que je dois être le 21 mai à Mormant, pour présenter ma soirée de gala en faveur de l’association « Tous pour Jays »… Alors en fait, il faut savoir qu’initialement je devais me rendre à Strasbourg, ce devait être l’ultime étape du voyage… Or il se trouve que le mardi 17, le soir, j’étais à Fécamp, et je rencontre Alex, un confrère à toi pour un média papier qu’il ne veut pas que je cite, et donc… il m’invite à déguster un poulet chez l’un de ses amis, et puis au cours du repas, il me dit « écoute Rémi, si tu veux, demain, je descends à Paris. Donc tu vas dormir à la maison, et je te dépose à Paris mercredi matin », le 18. Alors pour tout te dire, il y a deux choses qui m’ont fait accepté la proposition d’Alex, d’abord la première c’est que relier Strasbourg en respectant mon « timing », ça m’imposait de passer par l’autoroute, et là oui, ça aurait pu être une solution rapide, mais j’aurais été dans le stress pour vite, ensuite, devoir revenir sur Mormant pour le gala. Donc en fait, je me suis posé… et je me suis simplement dit que l’univers avait mis Alex sur ma route, et à partir de là, je change de défi, je décide de partir de Paris pour rallier Mormant, soit 50 kilomètres sur la carte, mais comme je me suis perdu, je suis plus proche des 70 kilomètres parcourus à pied, mais surtout, cette distance je décide de la faire sans « aucune assistance », c’est-à-dire, sans rien demander à personne. Un final en solo. Alors il me restait deux boîtes de conserve de sardines, il me restait 36 dattes ! Je les ai comptées ! Quatre mini-brioches, une barre de céréale, et une boite de carottes ! Sans oublier les quatre compotes que, souvenez-vous, Jessica et Barbara m’avaient généreusement acheté… Alors ces 50 kilomètres qui sont devenus 70, je les ai parcourus en un peu plus de trois jours… Pour commencer j’ai parcouru 20 kilomètres par jour, pendant les trois premiers jours, je croyais avoir fait le plus dur… Et puis le dernier jour, pour me rendre à Mormant, le samedi 21 mai, j’ai terminé par les huit derniers kilomètres. Mais, et là, je sais que ça va te faire sourire… Comment 50 kilomètres, sont devenus, grâce à moi, 70 kilomètres ? Voilà… Et je vois que déjà, tu souris… ! En fait, celle qui tient le rôle principale dans cette déroute, c’est la pluie. Donc, une nouvelle fois, je me réfugie dans la forêt pour dormir, la forêt de Sénart, je dormais tranquillement et là, je me prends la pluie en pleine tête, en pleine nuit (rire), je vois des orages arriver au loin, je me dis « je vais bouger », et c’est là où je me suis paumé, je suis allé à Vigneux (en fait Rémi est revenu sur ses pas. NDLR), au lieu de revenir sur ma route, du coup j’ai dormi près d’un gymnase pour m’abriter… Ah, et puis il faut que je te raconte aussi que pendant « cette étape », je me suis trouvé dans un parc de la banlieue parisienne, je me suis dit « je vais m’installer ici », et le lendemain matin, vers 6 heures, je me suis retrouvé enfermé dans le parc ! (mdr), j’ai dû escalader, pour pouvoir me sortir de ce zoo… pardon, de ce parc !
  • Tu es un être indomptable ! Allez, on passe à l’une des dernières diapos…

DIAPO N°12 :

  • Alors, une fois sur place, j’ai été très bien accueilli. Un super accueil de la part de l’association, vraiment très chaleureux… Après il y a eu deux parties artistiques. La première partie c’est justement cette diapo, elle correspond à la présentation de la soirée. Où je me suis juste livré à une démonstration d’hypnose… Parce que oui, je reste avant tout hypnothérapeute, et de temps en temps hypnotiseur de spectacle… Donc oui, j’ai effectivement animé cette soirée riche en spectacles de tous types, et vraiment c’était génial… La prévention contre le cancer du sein a été évoquée… et donc, oui, la soirée c’est super bien passée, je n’avais pas l’impression d’avoir fait 21 jours de marche… Ensuite, le lendemain il y a eu un spectacle, et autant être honnête avec toi Mathias, il n’y avait pas grand monde… Je pense que l’association était plus concentrée sur la soirée de gala, ce que je ne peux que comprendre… Donc j’ai fait un spectacle avec le cœur en « semi-improvisation »… heu… (un temps), et ça ne m’a pas vraiment satisfait, donc du coup, je me suis dit « je vais le travailler, je vais mettre plus d’émotions, plus d’anecdotes, mais aussi plus de musiques», et je pense que mon spectacle sera fin-prêt en septembre… D’ailleurs il n’est jamais trop tôt pour essayer de bien faire, et je profite de ton micro, pour lancer un appel aux salles de spectacles de la région, si parmi les lecteurs du brillant.fr il y a des directeurs de bars, de salles de spectacle, ou pourquoi pas simplement des gens, qui veulent me recevoir chez eux, pour qu’à partir de septembre, je puisse leur offrir mon spectacle, je précise que tous les bénéfices de ces prestations seront bien-sûr réservés aux enfants malades. Aujourd’hui nous avons réussi à réaliser le rêve de la petite Lison, qui voulait et a pu dormir  avec des kangourous ! Mais tu sais Mathias, les rêves des enfants n’ont pas de limite, et c’est pour ça que les cadeaux existent ! Mais quoiqu’il arrive, moi je me suis engagé pour offrir un rêve à sept enfants malades, et, voilà, rien ne m’arrêtera…
  • Alors, et pour conclure, est-ce que ce voyage t’a rendu plus philosophe que tu ne l’étais ?
  • J’ai envie de dire qu’il y a peut-être deux leçons à tirer, la première c’est que quand il y a une mauvaise chose qui t’arrive, ensuite va venir une bonne chose… Mes petites galères se sont toutes transformées en belles rencontres, et en bonnes choses… Et j’ai juste envie de recommencer, j’ai envie de repartir, parce que voilà… quand on revient dans le quotidien, on reprend des mauvaises habitudes… Et là, j’ai envie de me relancer un autre défi, peut-être différent, mais en tous cas, de « revoyager » dans le dépouillement. Et si tu me le permets Mathias, j’aimerais conclure sur cette notion : « le dépouillement ». Quand tu as « tout » pour être heureux, pour être satisfait, il te faut chercher quelque chose encore « de mieux », « de plus »… et si tu as tout, et qu’on t’enlève le moindre morceau de « ce tout », tu vas te sentir insatisfait et malheureux. Quand tu dors dans un lit, tu es avec ton oreiller, ta couette et ton matelas, et bien… si on t’enlève ton oreiller, tu vas mal dormir. Alors, que finalement, quand tu n’as « rien », et bien on va t’offrir un « tout petit quelque chose », et tu vas t’en satisfaire. Et là tu t’en remplis… ! Si tu dors par terre et qu’on te donne un oreiller, là tu es heureux… !

Allez, et juste parce que Rémi est et restera un grand timide, lebrillant.fr conclue cette rencontre par cet image d’un homme qui n’a de cesse de rencontrer ces congénères. Un homme qui se regarde à travers nous. Un homme qui ne fait pas qu’imaginer ses voyages…

Merci mon Rémi… Ton aventure nous a aussi fait du bien à nous tous.

Textes : Mathias Deguelle. Photos : Rémi Gondran.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.