CRESTOIS: UN CHASSEUR SACHANT CHASSER DOIT SAVOIR…

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Presque partout dans le monde, la pratique de la chasse oppose le camps des pour et celui des contre. A l’heure du gigot tout-ficelé et prêt-à-cuir, que l’on trouve dans les réfrigérateurs de nos grandes surfaces, la chasse peut paraître un peu dépassée. Halte là ! Mais que faites-vous des traditions ? Certes. Et cette tradition-là, elle dure depuis 400 000 ans. Mais ce qui est également vrai, c’est que même les traditions doivent évoluer, que rien n’est figé et que la chasse d’aujourd’hui n’est pas la même que celle d’y il y a un siècle. Trois choses : les périodes de chasse, les territoires de chasse et le permis de chasse. Pour faire court, les trois font partis de la Loi du 3 mai 1844 qui grosso-modo, constitue encore le fondement de l’organisation de la « chasse populaire » française.

Maintenant que j’ai dit ça, je n’ai rien dit pour tout ce qui concerne la chasse ici dans le crestois. Il me fallait donc le responsable de la discipline, autrefois l’homme idoine c’était Monsieur Roland Geay, mais ce dernier m’a fait savoir qu’il avait tourné la page, qu’il me fallait donc m’adresser à son successeur, l’actuel vice-Président, ce que je fis.

Soyez les bienvenus, dans cette interview qui a parfois des allures de partie de chasse, d’abord on hume, ensuite on piste, on traque, et…

  • Bonjour, je m’appelle Lucien Fugiez, je suis donc le vice-Président de l’ACCA (Association Communale de Chasse Agrée) de Crest, je suis âgé de 79 ans bientôt, et avec un peu plus d’un demi siècle d’activité cynégétique à mon actif. Dans le même domaine, je suis responsable de l’association « A la Diane Crestoise ».
  • Quelle différence faites-vous entre « chasse » et « cynégétique » ?
  • Alors. La chasse, essentiellement, c’est l’acte de prédation, en fait… c’est à dire, qu’on se déplace sur le terrain, armés, avec un auxiliaire, ou pas. En vue de s’approprier un animal sauvage. Et c’est là que les choses prennent toutes leurs gravités, la chasse autorise à celui qui peut la pratiquer, de procéder à la suppression d’une vie, ou éventuellement de l’épargner s’il le juge utile. La cynégétique, c’est autre chose. C’est beaucoup plus vaste. Ça connote une notion de gestion, d’aménagement du territoire, de prise en compte des populations des espèces sauvages, et j’allais dire… de ne pas faire n’importe quoi, n’importe comment. Un acte cynégétique ça peut être pour l’aménagement du territoire comme je l’ai dit, mais aussi être présent pour créer une petite haie, qui ont souvent disparues, ça peut être des collaborations avec les agriculteurs quand ils ont trop de sangliers… si vous voulez, « la chasse » c’est un peu réducteur, la « cynégétique » va beaucoup plus loin.
  • Vous me disiez que votre association s’appelle « A la Diane crestoise » donc j’imagine qu’elle tient son nom, et là l’anecdote est amusante, d’une Déesse latine, qui au départ, était la Déesse de la procréation, puis qui avec le temps, est devenue ce qu’elle est restée, la Déesse de la chasse… Ce qui s’appelle un sacré revirement !
  • C’est vrai que de tous temps, enfin depuis que je chasse, j’entends parler de Diane, souvent il s’agit d’une figure féminine, puisque les femmes qui chassent, en particulier, se revendiquent en temps que « Diane chasseresses »… mais, vous allez devoir m’excuser pour ma naïveté sur le sujet, car je n’ai pas de connaissances très approfondies…
  • Vous parliez « des chasseresses », en France, les femmes qui chassent représentent 2,2%… Est-ce que la chasse est un sport de mecs ?
  • Pas nécessairement, et je pense de moins en moins. Il existe dans la Drôme, une association féminine, qui se revendique de la chasse. Des jeunes femmes qui pratiquent la chasse… certes, elles sont peu nombreuses pour le moment, mais nous avons la chance d’avoir une fédération qui s’ouvre de plus en plus à la gente féminine, et qui essaie, dans la mesure de ses moyens, de faciliter leur accès à cette activité qui est à la fois sportive et de loisir, puisqu’on peut allier les deux, et qui accueille en son sein les femmes qui souhaitent s’adonner à cette activité, et elles sont toujours bien reçues… A Crest, nous avons eu une femme qui chassait avec nous, qui malheureusement maintenant ne chasse plus, puisqu’elle aurait quitté la commune… Mais il ne s’agit pas d’une activité machiste, et nous sommes ouverts à toutes celles qui voudraient bien nous rejoindre.
  • Lucien, le territoire de chasse du crestois, ça va de où, à où… ? Si nous devions prendre des villages limitrophes au nord, au sud, à l’est et à l’ouest, vous couvrez quel territoire ?
  • Pour autant que je sache, parce que étant nouvellement nommé, je n’ai pas toutes les délimitations précises en tête, mais disons qu’au sud, on peut parler de la commune de Divajeu, au nord, nous avons Vaunaveys-la-Rochette, à l’est : Cobonne, Aouste-sur-Sye, et à l’ouest, Eurre. La délimitation que l’on voit en noir sur cette carte:
  • Est-ce qu’elle vous convient, cette surface de chasse ?
  • Écoutez… (un temps), personnellement, oui. Ce que je regrette, c’est qu’on assiste comme partout ailleurs en France à un « mitage » du territoire, par l’urbanisation, donc nos espaces naturels ont tendance à rétrécir, encore qu’on ait la chance d’avoir plusieurs exploitants agricoles, qui maintiennent un espace naturel encore abordable, encore intéressant… Avec une biodiversité intéressante, mais c’est vrai… force est de constater que l’urbanisation empiète de plus en plus sur ces territoires là.
  • Parlez-moi du plaisir. Quand on chasse, où se trouve le plaisir ?
  • C’est selon les chasses auxquelles on s’adonnent si vous voulez. Vous avez deux types de chasses. Vous avez la chasse du grand gibier, et la chasse du petit gibier. Pour ce qui est de la chasse du grand gibier, c’est vrai que l’un des premiers plaisirs que vous pouvez éprouver c’est de se rencontrer entre amis, de décider de ce que l’on va chasser, où on va le chasser… sachant que, pour ce qui concerne la chasse au grand gibier, on est conditionnés par un certains nombres de textes, on est très encadrés, on ne fait pas ce qu’on veut, comme on veut… la Loi est très stricte à cet égard, donc il faut être très respectueux des textes, et notamment pour ce qui concerne les consignes qui précèdent l’acte de chasse, c’est à dire, tous les problèmes liés à la sécurité, qui sont quelque chose de très important.
  • Puisque vous parlez de textes et d’encadrement, je vous suis… Parlons politique. Je vais commencer par un détail, ensuite nous allons tous les deux développer cet aspect. Le détail le voici : D’abord il faut savoir qu’en France, il n’y a pas un, mais deux permis de chasse. Le permis national et le permis départemental. Or le Président Macron a divisé le prix du permis de chasse national par deux : de 400 Euros, il l’a fait passer à 200 Euros. Une décision qui, par parenthèse, a motivé le départ de Nicolas Hulot de son gouvernement. Monsieur Fugier… Lucien… Pourquoi tous les Présidents vous courtisent à ce point, assumez-vous votre lobbying ?
  • Bon… Alors, le fait qu’Emmanuel Macron ait divisé par deux le coût du permis national, a permis, il ne faut pas l’oublier non plus, à des personnes, à revenus plus modestes, d’avoir accès à ce permis national, et donc de pouvoir chasser partout sur le territoire… pour certains, dans leur environnement immédiat, sur les communes qui les entourent, et pour d’autres… à l’occasion de vacances, de voyages, de pouvoir chasser dans tous les départements français. Bon, maintenant, sur l’aspect politique, je ne vais pas me positionner sur ce plan, mais qu’il y ai un lobby, oui… effectivement.
  • Je rappelle le chiffre il y a 1,1 millions de chasseurs en France.
  • Oui, mais avec les familles ça représente beaucoup plus, évidemment. Et puis, souvent, dans nos départements ruraux essentiellement, vous avez, non seulement, le père de famille qui chasse, mais vous avez aussi les enfants, voir même les petits-enfants. Donc, si vous voulez… le poids électoral n’est pas négligeable. Ensuite, et en fonction des décisions politiques qui sont prises, envers la chasse, le bulletin de vote peut être fortement influencé. Ça c’est clair.
  • Comment vous analysez que le nombre de chasseurs en France ne fasse que décliner depuis un demi-siècle ?
  • C’est vrai. Bien que nous soyons une population de chasseurs, une des plus importantes d’Europe, simplement… le fait est lié, d’une part, à la désertification de nos campagnes, les agriculteurs sont de moins en moins nombreux, les exploitations, sont peut être de plus en plus grandes, mais les agriculteurs sont moins nombreux… La population française qui s’urbanise de plus en plus, et qui de ce fait, est un peu « coupée », des éléments qui ont fait jusqu’à maintenant la France, c’est à dire, la France rurale… cette France rurale qui doucement, doucement, est en train… je ne dis pas de « s’éteindre », mais elle souffre, parce qu’elle n’est plus ce qu’elle était, et les personnes qui vivent dans les grands centres urbains, ont perdu la notion de ce qui faisait… allez ! Il y a un siècle, ce qui faisait la France… une France que j’ai connue moi dans les années 60, et que je ne retrouve plus dans les années 2000.
  • Pourtant, depuis peu, on recense une forte adhésion des « cadres urbains » pour la chasse…
  • Oui, alors pour ce qui concerne ces « cadres » que vous évoquez, ce sont souvent des gens, des personnes à fort pouvoir d’achat, et qui fréquentent des chasses que nous-autres, nous ne connaissons pas, nous, notre chasse, c’est une chasse « communale », « populaire », qui doit rester accessible, et surtout aux moins nantis…
  • Bon, Lucien, je me décide enfin et je vous la pose LA question : A quoi ça sert de chasser ?
  • Et bien, ça sert tout simplement, pour certains, de retourner aux sources, c’est à dire de se replonger dans un milieu qu’on aurait peut-être jamais du quitter, se replonger dans la nature, reprendre contact avec les éléments les plus simples, ceux qui font notre vie, la faune, la flore… sachant que… on ne pourra jamais retrouver, contrairement à ce que certains prétendent, ce qui était la faune et la flore d’il y a un peu plus d’un siècle. D’ailleurs on le voit avec le retour du loup.
  • J’allais évoquer le sujet. Ce retour du loup, et cette régulation, est-ce que c’est l’affaire de vous-autres les chasseurs ?
  • Non, notre raison d’être n’est pas d’éradiquer le loup en France. Il y a des gens qui sont habilités pour ça, par l’administration. Bien que… il y a aussi des formations qui sont engagées par la fédération, pour permettre à certaines personnes de procéder à des tirs létaux concernant le loup, mais ce n’est pas notre vocation première. Mais, c’est vrai, il faut le reconnaître, nous constatons, de plus en plus, une prédation très importante sur nos petits ongulés, y compris ceux de montagne, et le problème commence à prendre… beaucoup d’acuité.
  • Lucien, je vous rapporte les faits : Une randonneuse de 25 ans, le 20 février, dans l’Aveyron, a été tuée après avoir reçu une balle perdue, provenant du fusil d’une chasseuse de 17 ans. Lucien, vous l’imaginez, je n’ai pas de question…
  • Oui… Alors là, on touche au drame absolu. (un temps, puis une longue respiration), j’ignore dans quelle circonstance ce drame a pu se produire… j’espère que toutes les précautions indispensables qui doivent être prises, avant d’entamer une chasse, l’ont été… à savoir, la pose de panneaux d’information, poster les gens, leur expliquer, les possibilités de tirs qui leurs sont offertes, et celles qui leurs sont interdites… S’agissant de la personne qui a tiré, il s’agit d’une très jeune fille (…), je pense que pour elle, le drame est tout aussi absolu… mais, j’ai du mal a développer ce sujet, dans la mesure où je n’ai pas connaissance de toutes les informations nécessaires, à cet égard, mais delà doit nous alerter à tous les niveaux, concernant les manquements à la sécurité, aucune négligence ne peut être tolérée à cet égard, et je le dis, les personnes qui ne respecteraient pas ces consignes de sécurité, doivent être exclues… et je pèse mes mots.
  • Cependant, Lucien, il y les chiffres. Et ils sont édifiants, une moyenne de 10 accidents mortels chaque année, ce qui donne le chiffre de 141 victimes quand on rapporte ces chiffres aux blessés par accident de chasse sur la saison 2019/2020, soit… et je ne livre pas ces chiffres pour noircir le tableau, mais derrière ces victimes, il y a aussi de la souffrance, soit… 400 personnes décédées entre 99 et 2020. Et, vous allez devoir me pardonner ce mauvais jeu de mot, mais contre ces chiffres, vous chasseurs, vous n’avez pas d’arme.
  • Quand vous dites « vous n’avez pas d’arme », ce n’est pas vrai… il y a, je viens de l’évoquer, tous les dispositifs sécuritaires… Mais au fond, je comprends très bien votre interrogation, « comment convaincre »… ? C’est au fond ça le fond de votre question… Vous savez, finalement, quand vous croisez un chasseur, en action de chasse, vous ne prenez pas plus de risques que lorsque vous prenez votre voiture sur l’autoroute pour faire deux cents kilomètres. Si vous parlez du nombre d’accidents, et d’accidents mortels, en vingt ans… Vous auriez aussi pu mentionner qu’en vingt ans, le nombre d’accidents de chasse a diminué drastiquement, que… les décès, sont tous évidemment regrettables et condamnables, et même inadmissibles… mais que, quoiqu’on fasse, et il ne faut pas se voiler la face, on sait bien que le risque zéro n’existe pas… et j’ajouterais, que si on compare le nombre d’accidents et de décès dus à la chasse, comparé à d’autres activités sportives… la montagne, la baignade etc… je pense qu’on n’est pas dans les plus mauvais. Mais ça n’excuse pas. Trop de personnes encore, perdent la vie à cause du glissage d’une arme à feu, fusse t-elle par un chasseur.
  • Lucien, vous savez comme-moi que le diable se cache dans les détails, or je viens de vous écouter, vous me parlez de la montagne, de la baignade… Soit. Mais moi, j’en envie de vous rétorquer que ce sont là, deux disciplines, pacifiques d’abord, et puis dans une moindre mesure, ce sont deux disciplines silencieuses. Or, moi comme beaucoup d’autres promeneurs, notre problèmes n’est pas tant de vous voir, vous les chasseurs, mais d’entendre le bruit de vos fusils, les aboiements de vos chiens, les ordres que vous vous envoyez entre-vous, sans parler des nuisances de vos 4X4… Que vous le vouliez ou non, la chasse est aussi, j’allais dire, en plus, un loisir très bruyant.
  • Oui, c’est vrai, la chasse provoque des nuisances sonores, vous l’avez dit, c’est inhérent à la pratique de la chasse… encore qu’actuellement, de nouvelles technologies sont développées pour atténuer le bruit des détonations, avec l’usage maintenant, qui se démocratise, et sera appelé à se démocratiser dans les années à venir, avec donc, l’usage des « modérateurs de sons », que les gens pourront fixer sur leurs armes et qui va donc atténuer cette nuisance sonore… après, oui… il y a le problème des chiens, les chiens qui aboient, les cloches qui sonnent, on pourrait… il y a aussi les vaches qui meuglent… vous savez, moi je suis savoyard d’origine, alors toute ma vie j’ai entendu des clarines dans les prés… Bon. Maintenant, est-ce qu’on fait plus de bruit que les motards qui vont du trial ou du moto-cross ?
  • Bien. Chacun se fera son idée. Maintenant, Lucien, nous allons si vous le voulez bien, entrer dans « la technique » de la chasse. Et ma première question , qui est celle de l’ignorant, quelle est la différence entre un fusil et une carabine ?
  • Très bien. Donc, le fusil est une arme à canon lisse, qui peut se décliner en plusieurs versions, il y a le fusil de nos grands-pères, avec deux canons juxtaposés en canon lisse, et puis avec les inventions de John Browning, qui a développé ça dans une manufacture d’armes de Belgique, soit un fusil semi-automatique, qui peut tirer trois coups sans réapprovisionner, et puis pour ce qu’il est des projectiles, vous avez les cartouches « à grenailles », qui sont essentiellement chargées avec des plombs.
  • Alors, maintenant, qu’est-ce qu’une carabine ?
  • C’est une arme à feu qui dispose d’un canon rayé, et qui envoie des projectiles… des balles, exactement… Monoblocs. Là il n’y a pas de dispersion. Et si vous voulez, la différence essentielle avec c’est la distance de portée, une carabine peut porter une balle à plus de cinq kilomètres, c’est pour ça qu’il faut être extrêmement prudent.
  • De quelle école êtes-vous ? Fusil ou carabine ?
  • Les deux ! Puisque si vous voulez, le fusil de chasse, initialement est destiné au petit gibier… Et la carabine est, elle, destinée au tir du grand gibier… c’est-à-dire que la carabine permet, quand même, faut pas se cacher la face… faut pas avoir peur des mots… elle permet de donner une mort, la plus propre possible, et sans souffrance. C’est ça le but… On le sait bien qu’on va donner la mort. La chasse, à ce titre, est une activité grave.
  • Est-ce que vous aimez ça, « donner la mort » ?
  • Bon, je vous l’ai dit, les moments qui précédent la chasse, j’y suis très attaché, maintenant, il y a ce moment, le moment de « prélever »… Oui, ça peut être très intense… (très, très, très… long silence), et, c’est vrai qu’on peut se poser beaucoup de questions après avoir « prélevé », après avoir donner la mort, on se pose beaucoup de questions. Vous savez, il y a un auteur dont le nom m’échappe, qui disait : « Quand vous demandez à un forestier qui vient d’abattre un chêne de 150 ans, que ce chêne tombe… Il est mort le chêne. Qu’est-ce qu’il ressent ? », bien moi, c’est pareil, voilà. C’est très difficile à exprimer.
  • Lucien, je suis obligé de devoir vous demander de comparer ce qui est comparable. Il y a un transfert, j’allais même dire un anthropomorphisme entre l’animal et l’homme. En commun, nous avons une paire d’yeux, un bouche, un cerveau, deux poumons, un cœur… j’ajoute un système de reproduction identique au notre… la couleur de notre sang n’est pas la même que la sève des arbres.
  • Mais vous savez, chez le chasseur, il y a une grande empathie pour les animaux qu’ils chassent…
  • Je ne dirais pas « comme le corde aime le pendu », non je ne le dirais pas. En revanche ce que je veux pointer maintenant, ce sont les conséquences que les tirs des chasseurs ont sur cet écosystème que vous prétendez réguler. Monsieur Fugiez, ces chiffres, vous les connaissez, chaque année ce ne sont pas moins de 9000 tonnes(!) de plombs de chasse qui sont éparpillés dans la nature. Conséquence : ça affecte les végétaux, les animaux mangent les végétaux infectés, et vous chassez les animaux infectés…
  • Oui, ça c’est le problème du Saturnisme. Ce problème est en passe d’être résolu, pour la raison qu’au plan européen, des dispositions sont prises actuellement, pour interdire purement et simplement, l’usage du plomb. Il sera remplacé par des métaux de substitution, notamment le cuivre, que ce soit pour les fusils ou les carabines… le plomb va disparaître. Mais je rappelle que le tir au-dessus des nappes d’eau est strictement interdit, parce que le gibier d’eau absorbait le plomb, et bon, on n’en parle plus, il fallait l’interdire.
  • Lucien, je vais vous quitter sur une dernière question… elle est toute bête cette question. Je suis comme vous, je regarde les infos, je regarde la guerre en Ukraine, et qu’est-ce que je constate ? Les résistants, ces gars qui montent au front pour défendre leur identité, leur culture… et bien, ils sont quasiment tous armés de fusils de chasse… Et j’ose croire que ce détail ne vous a pas échappé, ici le fusil de chasse « régule », là-bas il est une arme de guerre.
  • Oui mais la chose n’est pas nouvelle. Si on se plonge dans l’histoire… moi, j’ai 79 ans, je me souviens très bien de la guerre d’Algérie, les premiers maquisards algériens, les premiers gens qui ont pris le maquis, pour la libération de leur pays, pour l’Algérie, étaient armés de fusils de chasse. Ils n’avaient pas d’armement très sophistiqué. Et puis… les premiers résistants français, pendant la guerre, ils étaient armés de quoi ? A votre avis ? Quand on planquait le fusil dans un sac de jute, bourré de graisse pour pouvoir le ressortir au bon moment, cette arme de chasse, elle devenait une arme de guerre, elle devenait un outil contre l’occupant. Donc ce qu’il se passe actuellement, en Ukraine, ce n’est que le prolongement de ce que l’histoire a toujours connu, c’est à dire qu’une arme de chasse peut devenir, au grès des circonstances, une arme de guerre.
  • Vous êtes en train de me dire : « Ne réveillez pas un chasseur qui dort » ?
  • Mathias, un chasseur ne dort jamais !

Vous savez quoi ? Moi je rêve d’une chasse à la Licorne dont les munitions seraient des pommes d’amour pour les carabines, et des barbapapas pour les fusils.

Et puis, j’aimerais que le plein d’essence soit gratuit pour l’éternité.

Et puis…

Et puis je me réveille.

Mathias Deguelle.

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