CREST : VIVE LA RÉTROMOBILE

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Elles envahissent notre espace au sens propre comme au figuré, bien souvent elles nous sont indispensables, et nous n’avons de cesse d’assister à une guerre fratricide entre les moteurs thermiques trop polluants, et les moteurs électriques qui pillent l’écosystème avec les minerais indispensables à la fabrication de leurs batteries. Vous l’avez compris nous dédions cet article à l’automobile, à la bagnole. Mais ici, c’est un voyage dans le temps que je vous propose, direction les années 30 / 40 du siècle dernier, direction le temps ou les voitures avaient de l’allure.

  • Bonjour je m’appelle Pierre-Charles Barbato, je suis gérant de ce garage, « Le p’tit garage de papa », qui est situé entre le Pont en bois, et le Pont bleu, le pont de la voie ferrée.
  • Nous allons le découvrir ensemble. Vous le tenez depuis combien de temps ?
  • Ça fait trois ans.
  • Vous avez 45 ans, et donc vous n’êtes pas de la même génération que les modèles de voitures que vous restaurez et que vous vendez. Comment est née cette passion ?
  • Depuis gamin. Le goût des belles choses, le goût des belles carrosseries, des belles formes… Ce sont de belles voitures, moi j’ai été éduqué avec des petites « Dinky Toys », et voilà, ce sont des petits jouets qui sont devenus des grands jouets, et puis on les aime toujours autant.
  • Est-ce que c’est une passion envahissante ?
  • Non, non, pas du tout, là vous voyez, dans le garage il y a à peu près 55 véhicules (long silence), en fait oui, c’est envahissant, et c’est très gourmand en place. Alors je ne peux pas vous dire si c’est envahissant dans ma tête, parce que si ma femme lit cette interview (rires), non… je ne pense pas qu’à ça… je pense aussi à elle et à mes enfants !

  • Donc ce sont principalement des voitures étrangères, beaucoup sont américaines, vous devez donc les importer. Ce n’est pas contraignant, ça ne nécessite pas un tas de paperasses ?
  • C’est une problématique pour celui qui ne sait pas le faire, c’est certain, après… c’est notre métier, on fait ça régulièrement, on fait ça mensuellement. Non, ce qui est problématique c’est la conjoncture d’aujourd’hui qui fait qu’en effet c’est compliqué de tenir des délais, et des tarifs, mais bon, on est patient et on continue de jouer le jeu. Ce qu’il faut savoir c’est que les frais de port sont toujours réguliers, donc on fait nos prix en conséquence, et bon, le dollar reste intéressant aujourd’hui et le marché américain même s’il est plutôt ascendant, il nous laisse de la place pour pouvoir importer et faire une marge sur le marché français.
  • Comment avez-vous construit les réseaux qui vous lient aux Etats-Unis ?
  • En se déplaçant, en y allant, en rencontrant du monde, se déplacer est indispensable, y’a pas de secret…
  • Vous êtes bien reçu, vous le frenchy quand vous allez en Amérique ?
  • C’est tout ou rien. Les américains soit ils aiment les français, soit ils ne les aiment pas, mais majoritairement ça se passe plutôt bien. Ils sont contents de voir leurs véhicules partir vers la France et vers Paris.
  • Vous dites aimer l’esthétique de ces voitures, parlons de ce qu’il se passe sous le capot.
  • C’est assez varié ce qu’il y a sous le capot, ça va des américaines les plus vieilles des années 30 avec quatre cylindres latérales qui étaient les débuts de l’automobile, au six cylindres, puis ensuite le V8, il y a toutes sortes de mécaniques et c’est aussi l’intérêt de ce métier, c’est la diversité.

  • Il y a aux Etats-Unis ce qu’on appelle les « muscle cars », vous en pensez quoi de ces bolides qui sont un peu l’inverse de la voiture écolo dont tout le monde parle ?
  • Grand débat. En plus si vous abordez la problématique écolo ça va prendre du temps, mais moi je ne suis pas fan des « muscle car », on n’en a pas, on n’en fait pas, nous on fait des véhicules des années 40, 50, 60… Les « muscle cars » sont arrivées fin 60, et moi j’y adhère pas trop parce que c’est pas ma came…
  • Alors revenons aux modèles que vous proposez, ce sont des voitures lourdes, avec des châssis très rigides, elles sont peu économes, elles sont complètement à contre-courant de ce qui se fait aujourd’hui.
  • Mais ici on ne parle pas de mode. Historiquement ce sont des pièces authentiques, alors dans ce sens là ce n’est pas à la mode, bien que ce soit apprécié par de plus en plus de monde. De plus en plus de monde s’intéresse à ces modèles et aux véhicules de collection…
  • La philosophie de la voiture est différente sur le continent européen et sur le continent américain…
  • Ah oui, ça c’est certain, nous on a des églises, eux ils ont des garages… Il n’y a pas un ricain qui n’a pas sa voiture de collection à l’arrière de la maison, c’est clair et net, il y en a eu tellement de produits, c’est vraiment dans leur culture. L’automobile c’est leur culture, ils ont le droit de tout faire, ils ont tout pour tout faire, c’est complètement libre et c’est ce qui est formidable chez eux…
  • Pour vous ce n’est pas un paradoxe d’importer ces vieux véhicules ici dans la Drôme ?
  • Vous savez, on va bien manger chez le chinois, chez le japonais ou chez le grec. Chacun ses délires. Non, ce qui est certain c’est que cette passion est basée sur une forme de nostalgie, et c’est vrai que s’il y a un paradoxe c’est celui-là : je suis nostalgique d’une époque que je n’ai pas connue. Mais bon, on revient toujours sur la beauté des formes et sur les belles mécaniques.
  • C’est quoi la différence entre la conception d’un moteur européen et un moteur américain ?
  • Par exemple, là il y a une Mercedes, elle a été faite pour le marché américain, donc elle a été conçue comme l’aurait fait un américain : un gros bloc de fonte et puis « on tape dedans », il n’y a pas de grosses différences en fait, la mécanique ça reste de la mécanique. C’est sûr que vous prenez une italienne ou une allemande, à la base la mécanique c’est toujours pareil, donc oui, ensuite il y a des petites subtilités, des alliages, des matériaux différents mais ça fait toujours avancer la voiture.

  • Les voitures sont conçues notamment en soufflerie, pour améliorer l’aérodynamique, le taux de pénétration dans l’air qui finalement donne à tous les véhicules à peu près la même forme, or ce n’était pas le cas à l’époque.
  • C’est vrai, il n’y avait pas toutes ces études là avant. Et heureusement. Je dis heureusement parce qu’on privilégiait le design avant la performance qu’aurait pu donner ce design, on misait la performance sur la mécanique et uniquement sur la mécanique. Alors on aurait pu gagner en performance mais ça aurait été au détriment du dessin et ça ça aurait été dommage et ça n’aurait pas été ce que c’est devenu aujourd’hui.
  • Pour prendre un exemple, Albert Camus est mort à bord d’une Facel Véga, qui n’était pas une américaine certes, mais les spécialistes après l’accident, sont tombés d’accord pour dire que si l’écrivain est décédé lors de cet accident c’était à cause de la rigidité du châssis, du coup aujourd’hui les châssis sont conçus de façon à absorber les chocs.
  • Oui, c’est certain, aujourd’hui on a le recul pour gérer tout ça oui, aujourd’hui tout est pré-déformable, avant oui c’était des gros blocs d’acier et c’est sûr que ça ne pliait pas, après… il fallait bien qu’il meurt un jour ce Camus… Une Facel Véga, je trouve que c’était plutôt chouette pour mourir (sourire).
  • Ce sont des voitures qui consomment combien de litres au cent kilomètres ?
  • Ça va de 10 litres à 40 litres.
  • Quand je disais que vous étiez à contre-courant de la tendance actuelle !

  • Oui, mais la tendance actuelle on la positionne bien là où on veut et c’est certainement pas là où il faudrait. Parce que là on parle juste de consommation en fait, et la pollution ce n’est pas que la consommation d’essence, la pollution c’est aussi la fabrication du véhicule, c’est trouver des matériaux rares pour fabriquer ce véhicule, c’est les exploiter, c’est la durée de vie, c’est l’obsolescence programmée… Au bout de dix ans la voiture elle est morte, là on est sur des voitures qui ont plus de soixante, soixante-dix, quatre-vingt ans même… voilà, écologiquement c’est plutôt pas mal. Il faut se poser la question si c’est vraiment l’utilisation de la voiture qui consomme donc qui pollue, ou la fabrication et le recyclage de la voiture qui pollue. Je pense que le ratio est à réfléchir.
  • Elles sont toutes équipées de ceintures de sécurité ?
  • Non. Non non. Il n’y en avait pas à l’époque donc il n’y a pas lieu d’en mettre, on respecte les normes de l’époque, il n’y a pas de raison de modifier quoique ce soit. Dans ce cas, vous parlez de la ceinture de sécurité, mais il faut aussi l’ABS, il faut aussi l’airbag, donc non, le véhicule a été construit dans certaines années où il n’y avait pas besoin de ça, donc on reste sur ces années de fabrication, sinon ça voudrait dire repasser des certificats, non c’est pas possible. Nous nos véhicules ne passent pas aux mines, il n’y a pas lieu que ça passe aux mines parce qu’on ne modifie pas la voiture qui reste d’origine, elles sont passées aux mines à la création, mais c’est tout. Concernant les véhicules électriques, vous l’avez compris, je n’ai pas d’avis très positif sur la question, bien que j’apprécie vraiment de rouler avec un véhicule électrique parce que c’est hyper performant, après écologiquement on est sur un sujet qui mérite une plus vaste réflexion, j’imagine qu’on en est aux prémices et qu’on va trouver des solutions et d’exploitation des sols, et de recyclage. On doit faire confiance aux ingénieurs qui travaillent là-dessus.
  • Vous pouvez nous donner une échelle de prix des véhicules qui sont à la vente chez vous ?
  • Ça va vous coûter ce que vous avez envie d’y mettre. On peut partir de 3000 ou 4000 Euros pour une petite 4CV, ou ça peut coûter 120 000 Euros comme cette Mercedes 190, ça peut coûter 160 000 Euros comme cette Porsche 356, ça peut coûter 230 000 Euros comme cette Jaguar Type E… C’est la passion qui ouvre le portefeuille.
  • Et en cas de pépin, pas de problème avec les pièces détachées ?
  • Non, c’est pas un problème, aujourd’hui les pièces détachées sont disponibles parce qu’il y a ce qu’on appelle un réseau after market qui est hyper développé. Comparé à il y a trente ans, aujourd’hui quasiment tout est refabriqué, même si les pièces sont malheureusement pas d’aussi bonne qualité, on en pâtit vraiment, mais nous on recherche le plus souvent de la pièce « nos », ce qui signifie « new old stock », donc de la pièce neuve d’époque qui est plus difficile à trouver, mais qui est qualitativement plus indiscutable. Donc on fait des petits compromis entre ce qui se trouve en « nos » ou en refabrication.
  • Pourquoi vous être installé à Crest, on a toujours l’impression que ce genre de passion concerne plus les urbains, les bobos des grandes villes.
  • Oh malheureux, qu’est-ce que vous dites ? Non, nos clients sont dans la France entière , et on pourrait bien être à Lyon, Paris ou ici à Crest ça ne change pas le boulot. Aujourd’hui on communique via les réseaux, et on peut livrer des véhicules à l’autre bout de la France, en Allemagne, le Luxembourg, Angleterre, Suisse… Quand on importe des véhicules rares et intéressants qui ne sont pas disponibles en Europe, les gens sont prêts à se déplacer pour venir voir les véhicules. J’ajoute que tous les véhicules qu’on importe sont révisés, ça c’est obligatoire. Cela-dit on peut très bien les vendre « à restaurer »… et dans ce cas, soit l’acheteur fait la restauration lui-même, ou il peut nous confier cette tache
  • On le disait, c’est plus qu’une mode cette « collectionnite »…

  • La collection remonte à la nuit des temps, dans les années 30, on collectionnait les calèches, on n’a pas inventé la nostalgie. Moi c’est vrai, ma nostalgie elle est sur l’esthétique.
  • Quelle est pour vous la plus belle voiture du monde ?
  • Il y en a trop… (rires) J’ai des coups de cœur qui sont changeants, parce qu’on en voit beaucoup et on a la possibilité, la chance, de croiser énormément de voitures lors de nos voyages et c’est vrai qu’on se laisse charmer par certains modèles. Mais il y en a tellement de belles.
  • L’administration française et son amour pour les paperasses c’est vous ?
  • Non, c’est ma femme qui s’occupe de ça, et c’est un job à temps complet.
  • Est-ce que les routes drômoises sont adaptées pour la balade, pour rouler avec ces véhicules d’exception ?
  • Oh oui ! Les routes drômoises sont magnifiques, on a une région formidable, d’ailleurs beaucoup de gens viennent faire des petites balades, des gens qui viennent de Lyon… On a eu des suisses qui sont passés, ils faisaient une balade vers le Diois, parce que c’est vrai que c’est très beau…
  • C’est quoi le seul inconvénient de ces voitures ?
  • Il n’y en a pas. J’en connais pas. Moi je roule avec tous les jours, je n’ai pas de voitures récentes, donc je vous le répète, pour moi des inconvénients, il n’y en a pas.
  • Vous avez un site internet ?
  • leptitgaragedepapa.com il y a tous les véhicules qui sont à vendre qui sont en ligne, aussi bien les européens que les américains.
  • Vous écoutez quoi comme musique dans le garage ?
  • On écoute de la musique des années 50, plutôt rock ‘n’ roll et tout ce qui reste dans le thème nostalgique.
  • Vous êtes combien à travailler dans le garage ?
  • Aujourd’hui on est huit et j’en profite pour faire passer le message, je cherche un carrossier, et c’est pas évident. Les carrosseries d’aujourd’hui n’ont pas grand chose à voir avec les anciennes. C’est peu dire que je ne suis pas un grand amoureux des voitures, mais les photos du brillant.fr en témoignent, « le p’tit garage de papa », nous propose plus que de simples moyens de locomotion, nous approchons les œuvres d’art.
  • Mathias Deguelle.

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