CREST: UNE CRÉATRICE NOUS MET AU PARFUM.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Même si aujourd’hui le Covid ne fait plus la une des infos, guerre en Ukraine oblige, nous n’avons pas oublié que parmi les symptômes avant-coureurs de la maladie, il y avait la perte de l’odorat et du goût. Et les nombreux témoignages de celles et ceux qui ont contracté le virus allaient tous dans le même sens : ne plus sentir les saveurs d’un plat, ne plus sentir les odeurs d’un bouquet de fleur, a été très déroutant pour eux et je me souviens de cette phrase qui revenait dans toutes les bouches de ces malades, « on se sentait comme coupés du monde ».

Aujourd’hui lebrillant.fr vous invite à rencontrer une crestoise qui met tout son talent dans la création de parfums uniques et originaux.

Bien sûr nous regrettons que la technologie ne puisse nous permettre de vous restituer les milles et une fragrances qui planent dans son atelier, mais puisque cet article n’est malheureusement pas en « odorama », cette immersion va devoir se faire grâce à votre imagination.

Dring, dring… Je sonne. Une dame tout sourire m’ouvre sa porte, j’entre. Elle m’invite à m’asseoir sur son canapé, et m’offre une tasse de café. Autour de nous d’innombrables fioles, flacons et autres bocaux inondent son appartement-atelier.

La conversation peut commencer.

  • Bonjour, je m’appelle Véronique Dhenin. A l’origine je viens de l’Isère, mais je suis née en Sarthe, et après l’Isère j’ai déménagé à Crest il y a maintenant cinq ans.
  • Comment s’appelle le métier que vous pratiquez ?
  • Je suis parfumeuse en artisanat, j’aime bien dire « la parfumerie authentique », parce que « artisanat »… c’est un mélange… en fait, les gens vont utiliser des matières qui sont synthétiques, alors ce sont des artisans parfumeurs, alors que dans la parfumerie authentique, on va utiliser des matières premières végétales naturelles.
  • Véronique, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement il y a certaines odeurs qui ont le pouvoir de me faire voyager dans le temps, et notamment, de me ramener à ma petite enfance, là je pense aux confitures que me préparait ma maman. Quels sont vos souvenirs à vous ? Les souvenirs olfactifs de votre enfance… ?
  • Alors… ça va être surtout des souvenirs de doudou… (rire), j’aime beaucoup rêver et j’aime beaucoup être au contact de la nature, ça c’est sûr… mais il y a aussi les balades, les odeurs des écuries, dans les étables… mon enfance me rappelle tout ça, j’étais vraiment au contact des animaux en règle générale, et je partais souvent en vacances dans le Lot, et là il y avait ma mamie qui avait des poules, des lapins… toutes ces odeurs tu sais… quand tu te balades certaines personnes disent « oh, ça pue ! », et moi je dis « non, ça pue pas, ça sent bon la nature » (rire)… Quand à ce côté doudou, moi je suis un peu rêveuse et souvent j’avais mon petit lapin, et voilà, je me posais dans le foin avec Cacahuète (rire), et je rêvais…
  • Puisque c’est venu spontanément, nous allons passer en mode tutoiement. C’est amusant Véronique, tu viens de me citer plusieurs animaux, et aucune odeur du monde végétale…
  • C’est vrai. Mais ce ne sont pas forcément celles-ci qui m’ont touchées le plus au début de ma vie. Bon, ce qu’il est important de savoir c’est que moi je suis tombée dans la parfumerie un peu par hasard, alors ce que je vais dire ne va pas plaire à maman, mais c’est pas grave… alors bien-sûr j’aimais beaucoup les choses qui étaient naturelles, mais je n’avais pas encore touché ça de très près. C’est surtout quand j’ai commencé à avoir des enfants, et même un peu avant… je mettais des crèmes sur moi, du coup j’étais très orientée sur les matières naturelles, gérer les ingrédients, vérifier ce qu’il y a dans nos cosmétiques, et là j’ai commencé à… à pleurer.
  • Pourquoi ça ? Qu’est-ce que tu as découvert quand tu as décrypté les composants des cosmétiques industriels ?
  • D’abord, personne ne regarde. La plupart des gens ne sont pas impactés par la lecture des étiquettes, moi je lis toutes les étiquettes, d’ailleurs j’anime des ateliers sur l’apprentissage de la lecture des étiquettes parce que… bon là, je ne peux pas entrer dans tous les détails, ça prendrait beaucoup trop de temps… alors, je vais juste faire un parallèle avec ce qu’on peut consommer d’un point de vue alimentaire. Admettons que j’ai envie de manger une pizza, je peux très bien aller acheter ma pizza chez Picard ou Findus, ok ? Ça ne va pas être génial, après je peux peut-être la prendre en bio… ça va être mieux, peut-être chez un artisan, là encore ça va être mieux… mais en fait, la meilleure pizza, c’est celle que tu vas faire toi-même. Au niveau des cosmétiques, c’est exactement la même chose. En plus de ça, il y a un impact sur la marque et sur la notoriété du produit, et du coup des fois, on a beaucoup d’ingrédients suspects dans des supers grandes marques. J’ai fait une expérience, c’était lors d’un des ateliers que j’anime, je suis venu avec un crème de base achetée à Super U, une crème de jour, et à côté de moi, il y avait une fille qui avait amené une crème de la marque Sisley, je ne connaissais même pas cette marque, simplement cette crème te coûte 250 Euros ! (éclats de rire), ok… Donc question : qu’est-ce qu’il y a dans cette crème qui la rend si chère ? Et bien quand on a comparé, par la lecture des étiquettes, il y avait plus d’ingrédients suspects dans sa crème, que dans la mienne. D’où vraiment, l’importance qu’il y a à regarder ce qui est écrit sur les étiquettes.
  • Tu veux dire que toutes ces crèmes sensées agir sur notre bien-être, nous rajeunir en effaçant nos rides, tout ça c’est faux, c’est bidon ?
  • C’est exactement ça en fait. C’est ce que tu dis, on est dans « ça va me soigner, ça va me faire du bien, je vais devenir plus jeune », parce que oui, il y a aussi ce truc là qui est quand même très à la mode… et aussi, il faut se mettre dans la position du laboratoire qui conçoit ces crèmes, lui il n’a pas vraiment intérêt à ce que tu sois soigné… (rire), par exemple, si tu as une peau sèche, son intérêt c’est qu’elle reste un peu sèche, alors ça va être mieux sur le moment, mais pas trop non plus, comme ça tu vas toujours en remettre. Après ce n’est que mon point de vue, mais c’est comme les laboratoires pharmaceutiques… alors il y a évidemment une différence entre un laboratoire de cosmétiques et un laboratoire de médicaments, et cette différence elle est très importante pour moi… voilà, on va dire qu’un cosmétique ne peut pas être par exemple, un anti-inflammatoire, ça c’est le domaine réservé au médical, et en fait il y a plein de mots qui définissent et répertorient toutes ces différences. Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’un cosmétique ne peut pas entrer dans le sang, il ne peut pas pénétrer la peau. Si un cosmétique prétend être un anti-inflammatoire, pour reprendre mon exemple, il pénètre la peau, il va dans le sang, donc il devient un médicament.
  • Alors quand on sait que l’épiderme est composé de cinq couches, et que généralement, quand on se badigeonne avec une crème, elle ne traverse pas ces cinq couches, que donc, finalement elle ne reste qu’en surface… on peut se poser des questions, c’est ce que tu veux dire ?
  • Tout à fait, elle doit rester en surface et ne surtout pas pénétrer trop profondément sinon elle se combine avec le sang. Il ne faut pas passer la barrière de la peau.
  • Il y a une question que j’évoquais en début d’article, comment la parfumeuse que tu es, a réagi lors de l’apparition du Covid, et particulièrement quand tu as appris comme nous tous, que l’un des symptômes était la perte de l’odorat ?
  • Tout d’abord, je n’ai pas cru « à toute cette mascarade », ma croyance en la fourberie des lobbying pharmaceutiques était déjà bien ancrée en moi, puis au fur et à mesure de tous ces récits sur l’anosmie (trouble, voir perte totale de l’odorat NDLR) , j’ai bien-sûr eu peur pour moi dans un premier temps, puis je me suis rassurée… en vrai, la peur de ne plus sentir et ressentir, n’a duré que peu de temps…
  • Véronique, nous allons maintenant nous intéresser à ton travail de parfumeuse -authentique, pour reprendre ton expression, est-ce que tu es « un nez », est-ce que tu as un sens olfactif plus développé que la moyenne ?
  • Dire que je suis « un nez », serait à mon sens très prétentieux, en revanche ce qui est sûr c’est qu’avec la pratique et le temps, j’ai développé mon sens olfactif, bien-sûr que oui. A la naissance on a tous des prédispositions, tout comme on peut le dire pour un joueur de foot professionnel qui aura des prédispositions, mais s’il ne s’entraîne pas, il ne sera jamais dans l’équipe du monde…(rire), et j’ai envie de dire : un nez c’est pareil, on a des prédispositions, plus ou moins développées, et en fait il faut sans cesse s’entraîner, si on ne s’entraîne pas, si on est pas dedans, non… Après ce qu’on appelle un « nez » en parfumerie, il doit y en avoir une dizaine dans le monde, et eux ont eu des prédispositions à la naissance et ils les ont cultivées très tôt, voilà, c’est ça… je faisais la comparaison avec les joueurs de football, parce que c’est exactement comme le sport, sans entraînement, on ne peut devenir champion du monde. Donc oui, bien-sûr, j’ai développé mon nez, et comme je suis tombée dans la parfumerie un peu tardivement, et spécifiquement dans la cosmétique naturelle, là je me suis vraiment posée des questions… après, de fil en aiguille, j’ai commencé à faire mes produits ménagers, parce que j’habitais en montagne, je ne voulais pas polluer la rivière, parce que c’est aussi ça, donc du coup, j’ai commencé à utiliser des huiles essentielles pour nettoyer, puis pour me soigner… ensuite je me suis heurtée à certaines problématiques liées aux huiles essentielles, parce qu’il y a une vingtaine d’années, les huiles commençaient à être connues, mais on ne savait pas trop, d’ailleurs on ne sait toujours pas trop, comment les utiliser, à bon escient etc… donc je me suis formée, j’ai suivi une formation en savonnerie, aromathérapie et cosmétique naturelle à Die, et puis je faisais aussi mes savons, et je voulais ouvrir une savonnerie, et quand j’ai commencé à faire des devis lors de cette formation on m’a dit « mais pourquoi tu ne te lancerais pas dans la parfumerie », ça faisait partie du module, alors je me suis lancée mais c’est vrai que ce n’était pas mon premier choix, parce qu’en fait ça me faisait trop penser à ma maman, ma maman qui était était très superficielle, là non plus elle ne va pas être contente que je dise ça… Mais voilà… on allait chez Séphora, et en fait ça pue ! Je suis désolée, mais moi je ne supporte pas ces odeurs qui se ressemblent toutes…
  • Pourquoi elles se ressemblent toutes ?
  • Oh parce qu’on utilise les mêmes fragrances pour que ça attire, et que ça plaise au plus grand nombre…
  • Mais il y a quand même des parfums stars… évidemment me vient tout de suite à l’esprit le N°5 de Chanel, mais il y en a d’autres, qu’est-ce qui explique leur succès ?
  • Vous savez on a souvent les mêmes molécules qui vont sortir parce qu’elles plaisent à tout le monde, c’est pareil pour les vêtements, c’est rare que le orange fluo, ou même le orange vif soit à la mode, c’est une règle générale. Par exemple les odeurs fleuries, ça plaît aux femmes en majorité, mais, et je trouve que c’est dommage, la parfumerie conventionnelle va en quelque sorte « genrer » : les boisés c’est pour les hommes, les fleuris c’est pour les femmes. A partir de là, il n’y a pas grand chose. Si… alors les jeunes aiment bien les sucrées, en fait c’est ça… je le vois quand j’anime des ateliers parfumerie, chez les enfants c’est évident, ils vont aller sur du sucré, ensuite à l’adolescence ils vont être attirés sur des odeurs un peu boisées, ensuite une femme mature va plus aimer les fleuris. Et c’est là où on va « genrer », parce qu’au niveau marketing c’est plus facile, et plus intéressant pour eux de simplement dire « il y a un parfum pour les femmes, et un parfum pour les hommes ».
  • Comment se passe, étape après étape, la création d’un parfum ?
  • Moi je travaille très particulièrement. Je travaille en fonction des chakras. Pour comprendre ma démarche je vais revenir à ma formation, lors de celle-ci il y avait une partie dédiée à l’olfactothérapie, se soigner avec les huiles essentielles, donc là bien-sûr on est dans l’artisanal et des matières végétales, et là j’ai fait « mais donc on peut se soigner grâce aux odeurs ! », et là pour moi ça a été une révélation ! C’est là où la parfumerie m’a beaucoup plus parlé que simplement créer du parfum juste pour sentir bon, comme tous les parfums conventionnels, donc je travaille mes parfums aussi en fonction du bien-être de la personne, et donc des différents chakras. Me dire qu’une odeur peut soigner, vraiment, et d’ailleurs on le fait sans s’en rendre compte, quand on est malade on va sentir avec de petits inhalateurs, des odeurs de menthe, d’eucalyptus parce que ça va nous déboucher le nez, et on s’en rend pas bien compte, mais c’est bien l’odeur qui agit en fait. Et partant de là, on peut aussi soulager tout le psychisme et aussi, on va même aller sur tout le psycho-émotionnel, et là j’ai fait « whouaa, mais c’est génial », et donc pour allier tout ça, les propriétés physiques et psycho-émotionnelles, je me suis orientée sur les différents chakras, les sources énergétiques qu’on a en nous, et donc mes parfums vont agir là-dessus.
  • Quand je t’écoute, je pense au roman de Patrick Süskind, « Le Parfum »… qui notamment imaginait qu’un minéral, un simple galet, avait son odeur propre et qu’on pouvait l’en extraire. Mais Véronique, tu n’as pas tout à fait répondu à ma question, donc je te la pose à nouveau, comment fabrique t-on un parfum ?
  • Alors c’est important pour moi parce que justement, je vais me donner, par rapport à ces chakras. Tout les parfums que je fais vont agir, ce peut être aussi des « brumes d’oreillers » (spray à diffuser sur l’oreiller pour faciliter le sommeil NDLR), au niveau du parfum, je me mets aussi un petit challenge en plus, par exemple je vais prendre le chakra « racine », donc là je vais aller sélectionner différentes essences qui vont travailler sur ce chakra là, donc il y a des choses qui vont m’intéresser « olfactivement », et après, en règle générale un parfum, on va aller travailler sur minimum trois odeurs : une note de tête, une note de cœur, et une note de fond. La note de tête va représenter l’esprit du parfum, la note de cœur ce sera plutôt le corps, et la note de fond, là on va aller vraiment, un peu comme une maison, on va aller sur les fondations. C’est très important de prendre ces trois notes différentes parce que la première note, la note de tête, elle est très volatile, et si on ne l’associe pas à cette note de cœur et de fond, on va la sentir, mais elle ne va pas rester. Alors que la note de fond, on ne va pas la sentir tout de suite, mais en revanche elle va rattraper cette note de tête, et le fait qu’on les mélange toutes les trois, on va créer une synergie , une combinaison qui va provoquer « un mariage ». C’est un peu comme en cuisine finalement, où on va mettre un petit peu de curry, un petit peu de… et tout ça en fait, ça va sublimer le plat, tout comme on va sublimer le parfum en mélangeant ces trois notes minimum. Alors en artisanat, moi je vais jusqu’à neuf… neuf matières premières différentes, bon après ça peut aller jusqu’à dix ou onze, ou que sept, après ça dépend de ce que je veux obtenir.
  • Alors, il faut aussi le dire, en occident les chakras provoquent soit une adhésion complète pour ceux qui y croient, ou au contraire des haussements d’épaules pour les plus réfractaires. Rappelons que ce soin nous vient de la médecine chinoise qui donc a défini des points de chakras qui régulent, font circuler, ou bloquent nos énergies. Mais partant du fait que ces points de chakras sont personnels pour chacun d’entre nous, j’en déduis que tu dois adopter tes créations « sur mesure », chaque parfum doit être unique et ne peut correspondre qu’à une seule personne…
  • Oui, c’est exactement ça. Alors en fait, j’ai une gamme de sept parfums, donc qui agissent sur les sept chakras différents, et quand on vient chez moi, je propose aux gens, à l’aveugle, sans rien dire, de sentir ces sept parfums, et ainsi définir lequel attire le plus la personne, que ce soit « la dame de coeur » ou « Hespéridé », et bien très vite, une sélection se fait et la personne me dit « c’est celui-là », et à partir de là, moi je travaille ce parfum, le parfum qui a été choisi par la personne, je le travaille et je l’équilibre. En revanche, celui qu’on aime pas (rire), on va dire que c’est le boulet qu’on traîne, et qu’on a besoin si nécessaire de travailler. L’idée en tous cas pour du parfum, c’est d’aller vers celui qui nous fait le plus plaisir, pour pouvoir l’équilibrer, et après celui qui ne nous plaît pas… bon, on pourrait en parler car je suis « olfactothérapeute », donc oui, je peux soigner les traumas avec les odeurs.
  • Véronique, avec ta permission, tu vas me servir de guide dans ton atelier, et tu vas me décrire ton environnement qui est saturé de fioles de toutes tailles, d’une multitude de flacons, sans oublier les innombrables bocaux qui trônent sur les étagères et dans tes placards… C’est parti ? On quitte le confort de ton canapé ? Tiens, là me font face des bocaux qui sont étiquetés, là par exemple le lis « mousse d’arbre », « Calendula », il y a « cire d’abeille », « graines de carottes sauvages »… Explications s’il te plaît…
  • La plupart, c’est bien-sûr pour la création de parfums, je vais extraire la mousse d’arbre, la graine de carotte sauvage… mais vous savez, la parfumerie passe par une phase de tests, je pense à la résine de pin, la cardamone qui fait un parfum super… Vous savez parfois, je ne suis pas loin de l’alchimie, avec ces réussites et ses échecs, ses déceptions… Mais il y a eu des choses qui ont été de vraies réussites, notamment quand j’ai extrait le basilic, qui n’a absolument rien à voir avec le goût du basilic qu’on connaît tous, et ça c’est chouette, je pense le refaire cette année, ce sera dans mes prochains parfums, ça c’est sûr.
  • Quel est le parfum star de Véronique Dhenin, celui qui fait l’unanimité ?
  • Là en ce moment je suis sur la violette, en plus c’est la saison, là ce week-end j’y vais, je vais travailler cette fleur à fond… Parce que je travaille aussi en fonction de la lune, donc je vais attendre ce week end pour pouvoir le faire. La violette ça fait depuis 2012 que j’essaie de l’extraire, et depuis l’année dernière après de nombreuses phases de tests, j’ai vraiment eu des bon résultats et de bons retours, donc cette année je vais recommencer avec « du plus, plus, plus… », en testant différentes phases… alors évidemment je note tout, le temps de macération, si c’est par macération, mais ça peut être par évaporation… enfin, ce sont différentes méthodes, il y en a d’autres, pour extraire les matières premières… Et puis ce qui est formidable ce sont les surprises, il y a parfois des choses très étonnantes, prenez la racine d’iris, alors là c’est très long, mais cette racine d’iris donne une note poudrée, florale, très subtile et qui en plus est un fixateur au niveau des parfums, donc c’est très intéressant, on récolte la racine après la floraison, on la coupe, on la fait sécher… là, on attend trois ans de séchage ! Pour pouvoir enfin l’extraire, et la mettre en extrait. En fait, je vais te faire une confidence, j’ai parfois l’impression d’être une magicienne (rire).
  • Nous continuons la visite de ton bureau, d’abord au mur je vois une mappemonde, et tu m’expliquais qu’elle recense toutes les provenances des huiles essentielles qui te sont indispensables… à ce propos, quand je vois le nombre incroyable de ces petits flacons très reconnaissables, je me posais la question, n’es-tu pas victime d’un trop grand choix, d’un surnombre ?
  • Ah non, parce que je suis maligne… (rire), donc déjà pour m’y retrouver je classe tout, souvent par ordre alphabétique, et puis regarde… il y a différentes couleurs, donc je m’y retrouve très facilement. Mais tu sais, c’est plutôt en aromathérapie d’une part, et en « olfactothérapie » d’autre part… d’ailleurs tu évoquais le nombre de fioles, et tu me permets d’ouvrir une parenthèse sur le coût, et c’est vrai, il y a parfois des matières beaucoup trop onéreuses, ou aussi des matières qui sont en voie de disparition et ça bien-sûr, j’évite. J’en ai que deux en voie de disparition… même pas, je n’en ai qu’une, il y a le bois de rose que j’utilise, et c’est vrai qu’il est en voie de disparition donc je l’utilise avec parcimonie, par pour de la parfumerie d’ailleurs, plus en aromathérapie.
  • J’aimerais t’entendre sur un phénomène qui en fait hurler plus d’un, je parle de l’appropriation de certains végétaux via des licences d’exploitations exclusives par certains labos pharmaceutiques.
  • Alors effectivement, il y a certaines plantes qu’on ne peut pas utiliser, par exemple l’huile essentielle de moutarde, mais en fait elles sont tellement « thermocoustique », c’est à dire qu’elles brûlent la peau… Voilà, en fait il y a pas mal de plantes qui sont interdites à la vente, mais parce qu’en fait elles sont dangereuses, en revanche la polémique qu’il y a eu déjà l’année dernière, et puis il y a quelques années, parce qu’en interne, ça fait vingt ans qu’on entend que les huiles essentielles vont être réglementées, mais en tous cas, en cosmétique et parfumerie, en même en parfum d’ambiance, ça a déjà été réglementé l’année dernière… alors, il y a toute une mise aux normes avec étiquetage etc… Donc voilà, moi je pense que je vais devoir limiter les huiles essentielles dans les prochains parfums, ça c’est sûr, parce que c’est les lobbys pharmaceutiques qui veulent récupérer les huiles essentielles, et que ce ne soit plus réservé au commun des mortels, parce que ça marche très bien, et ça ils n’aiment pas trop, or il y en a de plus en plus des gens qui se soignent avec les huiles essentielles, surtout ici dans la Drôme.
  • Imaginons, je viens dans ton atelier, toi et moi définissons le parfum qui me convient, je te le commande, et ensuite… je pars avec quel volume de parfum ? Parce qu’on le sait, le flaconnage est très important dans l’industrie de la parfumerie.
  • Non, moi mon but c’est de mettre en valeur qui vous êtes, et je ne vais pas mettre en valeur l’esthétisme du flacon, il n’y a pas de fioriture, en revanche ce qui m’importe ce n’est pas le contenant, mais bien le contenu, et à l’intérieur il n’y a que des produits de qualité naturelle et/ou végétale, des extractions que j’ai faites moi-même, avec des produits essentiellement locaux… bon, quand je ne trouve pas en local, j’ai aussi des fournisseurs qui sont ailleurs, mais qui restent dans la région, d’ailleurs à ce titre, merci la Drôme pour ça, et en bio bien-sûr, car vraiment c’est très important pour moi.
  • Est-ce que tu donnes des noms à tes parfums ?
  • La plupart du temps, ce sont les gens qui viennent faire un parfum spécifique, qui eux-même baptisent leur parfum. Alors pendant la phase d’élaboration je leur donne des noms, mais par exemple si tu viens avec moi lors de ces ateliers que j’anime, c’est toi-même qui va créer ton parfum, moi je suis là juste pour t’aiguiller et te faire découvrir des matières que peut-être tu ne connais pas, et donc du coup, c’est toi-même qui va donner un nom à ta création. Souvent je demande aux gens de mettre une intention derrière, et souvent c’est cette intention qui va être retranscrite sur l’étiquette.
  • Je ne comprends pas, c’est quoi ce que tu nommes « intention », c’est le souvenir d’un aïeul, c’est une fragrance passée, chargée de souvenirs ?
  • C’est exactement ça. Par exemple ça peut très bien être « je vais déménager, j’ai des problèmes avec ça, et bien je vais me faire un parfum pour m’aider à passer ce cap », donc vraiment, l’idée c’est d’aider à se faire du bien, donc c’est vraiment, je reviens à mes souvenirs d’enfance, le parfum « doudou », mais ça peut être aussi, bien-sûr, un parfum « vive le printemps » ! (rire), selon tes intentions, je ne vais pas te faire découvrir les mêmes matières. Quand on se fait un parfum c’est vraiment pour se faire du bien, parce qu’il sent bon bien-sûr, mais en plus de ça, si on a cette possibilité d’y mettre des matières qui vont gérer nos stress, gérer nos peurs, alors là… ça devient un super parfum. Voilà… je fais du super parfum ! (rire).
  • Donc je viens chez toi, j’en ressors avec mon parfum. D’abord combien de millilitres ? Et surtout combien ça va me coûter ?
  • Alors je fais le parfum à dix millilitres, et c’est 65 Euros. Mais j’ajoute que celle ou celui qui me demande un parfum doit passer une heure à une heure et demi avec moi, pour définir les matières, et assembler, parce qu’un parfum ça mature, donc il est essentiel de savoir comment justement il va évoluer avec le temps, donc avec le client, nous nous revoyons deux ou trois semaines après, là on va ajuster au niveau des gouttes qui peuvent être ajoutées, parce que le parfum, c’est un peu comme le bon vin, ça évolue, donc on réajuste, et après ce ré-ajustage, je le garde parce qu’il y a toute une étape de filtration, de glaçage au congélateur, et là, à la toute fin, je fais l’étiquette sur mesure, et après… c’est le cadeau.
  • Quel est ton parfum à toi ?
  • Mon parfum il change une fois par mois, parce que je suis une fan de la lune, et je me parfume en fonction du chakra que je dois travailler moi aussi, et en fonction de la lune.
  • Véronique, comment peut-on te joindre ?
  • Soit par téléphone, au 06 37 87 15 60, mais aussi sur Facebook « Parfumerie Chamka », j’ai aussi un google buisness, pareil « Parfumerie Chamka ».

C’est sur ces derniers mots que je quitte l’appartement-atelier de Véronique Dhenin, je dévale les escaliers, et j’en viens à me dire que tout est odeur, après tout, qui n’a jamais dit dans sa vie « lui, je le sens bien », ou au contraire, « lui, je ne peux pas le sentir »… Quand je dis « lui », ça peut également s’adapter au féminin… 🙂

En fait le fameux dicton, nous devons l’inverser : « L’odeur, n’a pas d’argent », et en ces temps où tout n’est qu’investissement, rentabilité et autres dividendes… Avoir du nez est sans doute la seule chose qui, on l’espère, ne sera jamais taxée.

Enfin, et comme le disait George Sand : « Le souvenir est le parfum de l’âme ».

Une phrase qu’il est tout à fait possible d’inverser : le parfum du souvenir, c’est aussi notre âme.

Texte et photos : Mathias Deguelle.

Une réflexion sur “CREST: UNE CRÉATRICE NOUS MET AU PARFUM.

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