CREST : UN SKATEPARK AVEC VUE SUR MAIRE.

En journalisme comme en politique, il faut savoir prendre ses responsabilités, mettre en avant les dysfonctionnements et faire vivre les bons fonctionnements. Lebrillant.fr n’est présent que depuis un mois, et honnêtement on se régale. Aujourd’hui, la ville de Crest est intergénérationnelle avec la fête des cultures urbaines et le repas champêtre des aînés. Comme on vous y a habitué c’est le langage parlé qui va être ici retranscrit. Nous, au brillant nous écrivons comme vous parlez. Ça vaut pour Stéphane le jeune papa d’un enfant fan de skate, et de la même manière ça vaut pour Monsieur le Maire de Crest, Hervé Mariton… Attendez… Il est quelle heure ? 14H 40 ? Ok, on a rendez-vous avec Monsieur le Maire dans 50 minutes. On commence ? On commence…

Squiiiiirk ? Chreummm ! Clac clac ziiim…. ! Rooooammm !

Mon Dieu qu’il est difficile de retranscrire par écrit les ratures agréablement « bruitistes » de ces “planches à roulettes” sur le béton, les rampes et les parcours qui jouent entre convexes et concaves. C’est Noé mon assistant photographe qui m’accompagne, il est lui-même skateur et vous allez l’entendre. Nous commençons lui et moi par une rencontre…

IL EST 14H 40, NE PAS OUBLIER : RENDEZ-VOUS AVEC MONSIEUR LE MAIRE HERVE MARITON DANS 50 MINUTES.

Première rencontre avec le taulier des lieux.

  • Bonjour alors je suis Kevord je suis crestois depuis 23 ans, et depuis 2016 je suis le Président fondateur de Crest Skateboard Club. En fait je pratiquais le skate sur le skatepark après les cours, je me suis fait une nouvelle bande de potes. Une bande assez solide s’est ainsi formée autour du skate, on a tissé des liens solides et on s’est dit qu’on devait monter une association pour avoir un meilleur endroit, et depuis c’est chose réussie parce que l’on a fait des événements, aujourd’hui en est la preuve avec un skatepark qui a été doublé en surface, on a un local pour stocker notre matériel, tenir une buvette, un « bumtrack » pour les plus petits, la mairie a vraiment suivi le truc et aujourd’hui ça fait un spot incontournable en Drôme-Ardèche et peut-être même Rhone- Alpes…
  • Est-ce que le skate peut représenter une possibilité d’avenir pour les gamins qui le pratiquent ?
  • Si je ne dis pas de conneries le skate va être présent aux J.O de Tokyo cet été, je connais personnellement deux, trois potes qui sont des professionnels et qui vivent du skate par rapport aux sponsors qui leur paient le matos et qui leur lâchent des salaires, et puis il y a ceux qui font que les compétitions et qui sont payés parce qu’ils gagnent trophée sur trophée…Il y a un très très gros investissement sur le skate au niveau des marques, et du coup il y a des skateurs qui gagnent des sommes astronomiques, donc oui, pourquoi pas en faire un métier… ?
  • Et vous qui vous paye ?
  • Moi je suis bénévole. J’ai donné des cours de skate, ça m’a fait un peu de « maille », mais la gestion du skatepark c’est que du bénévolat depuis 2016, donc oui je travaille à côté… Mais regardez, le monde qui est présent aujourd’hui… ! On est débordés, victimes de notre succès…
  • C’est un sport de mec ?
  • Non, nous avons créé une catégorie féminine, et il y a de plus en plus de filles, rien à voir avec mes débuts où effectivement il y avait principalement des garçons. Ça n’a rien à voir, il y a de plus en plus de filles qui ont « la motive » et qui skatent super bien. C’est une grosse famille le skate…
  • Ça se passe comment avec les forces de l’ordre ?
  • Ça se passe bien quand on ne déborde pas du couvre-feu, ce qui peut nous arriver parfois (rires).

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IL EST 14H 50, PENSE-BETE : RENCONTRE AVEC MONSIEUR LE MAIRE DANS 40 MINUTES.

Deuxième rencontre, cette fois avec un marchand d’accessoires pour Skateboard (Interview réservée au initiés). C’est Yoannis qui parle, il nous présente ce qu’est un bon skate board, une bonne planche à roulettes pour les anciens.

  • Un bon skate, c’est le bon concave. Moi je préconise les marques qui sont détenues par des skaters, Parce que certaines enseignes dont je ne dirais pas les noms font des trucs vraiment pas valable…
  • Ah bah si… Donnes-nous des noms…
  • Ok, Décathlon, ça c’est de la merde, tout ce qui est Oxcello c’est de la merde, Intersport c’est de la merde aussi…. Non vraiment, il faut prendre des marques de skates faites par des skateurs….
  • Tu nous parlais de concavité, il faut donc une planche qui lève du nez à l’avant comme à l’arrière…
  • Sous la planche, il y a des espèces d’essieux qui tiennent les roues
  • Oui ce sont les trucks qui effectivement maintiennent les roues sur deux axes, un pour les roues, l’autre est fixé sur le planche elle-même… C’est ce qui permet de tourner, et de pencher la planche.
  • Et dernier élément : les roues qui sont grosses ou petites, il y a des roues molles, des roues dures. Chaque roue a ses propres caractéristiques qui permettent d’appréhender la rue, les rampes ou les skatepark. Le choix des roues se fait aussi en fonction des sols. Le skate n’a pas de règle, chacun fait ce qu’il veut…
  • Alors là je donne la parole à Noé c’est mon assistant, mais c’est avant tout un skateur… Ton avis avis Noé sur ce qui a pu être dit précédemment…
  • Yoannis a parfaitement résumé l’esprit du skate. Chacun prend la planche qu’il veut, il faut juste être à l’aise avec… parce que chacun a son style. Sur le même skatepark on peut utiliser des skates différents. C’est comme deux pécheurs qui vont pécher le même poisson avec des canes à pêches différentes…
  • C’est juste ce que tu dis, et j’ajoute que le skate n’est qu’un outil pour faire de belle figures.

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  • Ici au skatepark de Crest en cette journée du 5 juin, inondée de soleil, point de ballon, de pompom girl ou autre banderole, l’ambiance est plus « Rolland Garros », il faut aussi dire que le skate reste un sport individuel. Mais Stéphane qui est venu me contredire puisque il joue « collectif » en admirant les figures de son fils :
  • Il est au fond, là-bas… Avec casquette noire et T-shirt blanc. (un temps…) Oui un peu comme tous (rires) !
  • On parle de quoi ? Du fossé des générations ?
  • Oui, il est normal. Je ne faisais pas du skate comme lui il en fait… Mais j’étais casse-coup, et Stan, mon fils, est aussi casse-coup… Mais nous sommes la pour l’occasion, nous venons de l’autre côté du Rhône…
  • Ne me dîtes pas que vous êtes ardéchois…
  • Et bien oui, mais quand vous regardez la forme des deux départements, on dirait deux poumons, les deux poumons de la France … Tiens, mais qui voilà ? Stan, mon fils.
  • Stan… (le garçon n’excède pas les quinze ans), qu’est-ce que ça te fait de savoir que ton père est un ancien skateur ?
  • Je le savais… Je savais aussi qu’il n’était pas fort (rires), d’ailleurs je le sais il faisait du skate pour draguer les filles… (mdr). Alors que moi, c’est juste pour le plaisir, j’adore ça…
  • Stéphane (le père) : Il faut en profiter, tant que le centre d’intérêt est le skate ça va… Parce qu’à partir du moment où ils va courir après les filles… ça sera fini… Ils ne fera plus de skate… !
  • Stan, tu t’imagines en skateur professionnel, sponsorisé ?
  • J’aimerais bien. Mais les skateurs sponsorisés ils ont commencé à l’âge de 5 ans… Et ensuite il faut avoir un très gros niveau. Et à ceux qui disent que c’est pas un vrai sport je leur dis « essayez », dès les 5 premières minutes t’es en sueur…
  • Quels sont les muscles qui sont en action ?
  • Les épaules, toutes les articulations du dos, les mollets… Sauf les abdos, on peut faire du skate avec un peu de ventre, ça fait moins mal quand on tombe (rires).

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J’ai juste le temps de tendre mon micro au maître de cérémonie du graffitis, un mur de libre expression a été mis à leur disposition face à la Drôme.

  • Alors moi je suis Reno, c’est mon nom d’artiste parce que je suis graffeur et je suis responsable du collectif « La Coulure ».
  • Tu es en train de me dire que graffeur ça peut être un métier, c’est bien ça ?
  • Oui ça peut devenir un métier parce que nous depuis 2007 c’est notre boulot à plein temps, alors tout a commencé par une passion bien sûr, mais avec le temps on a pu en faire notre métier, et du coup ça nous permet d’organiser des ateliers pédagogiques dans les écoles ou les centres sociaux, les MJC… On répond à des commandes pour des entreprises de peintures murales… Et on participe à des événements comme aujourd’hui et donc de fils en aiguilles, on a pu en faire notre métier à plein temps…
  • Est-ce que le graffiti est sortie de la case « art de racaille » ?
  • Avant c’est vrai, il y avait pas mal de préjugés, par rapport à notre pratique mais maintenant, c’est beaucoup mieux accepté, c’est générationnel, les vieux se sont pris la culture graff en pleine gueule, nous on a grandit avec ça, du coup pour nous c’est un exercice naturel… qui fait partie de la vie… les ados peuvent s’entraîner sur des murs d’expression libre, sur un panneau de bois dans le jardin de ses parents, ou sur du carton, bref pratiquer avant de se lancer dans des premiers graffs qui seront moches… Parce que tout ce qu’on commence est moche, il faut le temps de la maîtrise, alors il faut s’entraîner. C’est ce qu’il faut.
  • De quelles natures sont les rapports que vous entretenez avec les mairies qui vous emploient ?
  • Les mairies en général ont un peu « le cul entre deux chaises », parce qu’il y a à la fois le coté sauvage qui leur pose problème et puis il y a aussi le côté « pratique artistique » qu’elles ont ont aussi envie de promouvoir, mais la plupart des villes s’y mettent… Elles créent des événements avec notamment des murs d’expressions libres…
  • Si je t’ai bien compris, tu t’inscris en pourfendeur du tag sauvage ?
  • Non pas du tout (rires), ça fait partie de notre univers c’est l’origine de notre mouvement.
  • Tu taguerais l’Arc de Triomphe ?
  • Non (…) Toute pratique est bonne quand elle est raisonnée. C’est comme la conduite. Il y a un code, si tu conduis comme une merde et bien t’es un connard, le graffiti c’est pareil, si on tague n’importe où on est un connard, mais en revanche si on apporte quelque chose dans sa ville ou dans sa communauté pour moi c’est bon, et ça ne passe pas forcément par des événements autorisés, on peut avoir aussi « des soupapes » , des endroits où le graff ne fait de mal à personne, au contraire, il apporte quelque chose à la vie du quartier. CLIC CLAC PHOTO.

15H 20 RENDEZ-VOUS AVEC HERVE MARITON DANS 10 MINUTES.

Noé et moi nous dirigeons vers ce charmant déjeuner bucolique qui réunit plusieurs tables de seniors, je me dirige vers l’une d’entre elles.

  • Bonjour, je suis Jean-Louis, je suis né à Crest en 1947, ça fait donc 74 ans cette année. Accessoirement je suis correspondant crestois pour le Dauphiné Libéré. J’ai fait 37 ans d’enseignement dans l’électrotechnique, ce qui est amusant parce que la majorité des électriciens de la ville je les ai eu comme élèves, et c’est vrai que Crest a traversé l’histoire, j’ai vécu mai 68 ici, j’avais 21 ans, maintenant je suis retraité, je participe aux activités de la vie locale…
  • Lebrillant.fr va rencontrer Hervé Mariton dans une poignée de minutes, quel est votre sentiment sur Monsieur le Maire ?
  • Je connais Hervé depuis longtemps, la première fois c’est quand il était en campagne pour être député, donc ça fait 31 ans qu’on se connaît, qu’on se tutoie en privé, j’ai même été invité à son mariage, en revanche il ne m’a jamais voulu dans son équipe municipale, peut être parce que je connais beaucoup trop de choses sur Crest, j’ai beaucoup trop de « dossiers » sur Crest…
  • Des dossiers que vous ne pouvez pas révéler ?
  • Peut-être… Certains dossiers peuvent embêter parce que j’ai beaucoup de souvenirs, de documentations, j’ai écrit 5 bouquins sur l’histoire de la ville et oui, on me met un peu à l’écart pour que je… (long silence)… Mais ça ne veut pas dire que je veux semer la zizanie, mais j’ai une vision de la ville assez globale par rapport aux années vécues ici… je reste un crestois dans le cœur et dans la tête

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  • Bonjour Monsieur, pouvez-vous vous présenter ?
  • Hervé Mariton, le Maire de Crest.
  • C’est une présentation concise, pour ne pas dire lapidaire.
  • Ah mais quand on dit « Maire de Crest », c’est beaucoup de choses. C’est beaucoup de passions. C’est aussi beaucoup d’actions, de responsabilités à l’égard des citoyens. Mais c’est vrai que « Maire » c’est une fonction en peu de lettres, avec à peine deux syllabes mais quasiment une seule, mais je pense que pour les gens ça veut dire beaucoup, donc je n’ai pas besoin d’être trop long dans ma présentation. Maire de Crest c’est un lien bref dans l’énoncé mais puissant avec nos concitoyens.
  • Juin 1995, juin 2021… Vous allez bientôt fêter votre 26ème anniversaire en temps que premier responsable à la Mairie de Crest… Ce lien là il n’est pas bref.
  • Vous avez raison. C’est une durée qui m’honore. Mais dans la vie je pense que la durée n’est pas la seule vertu, elle peut dans certains cas, ne pas être une vertu… Mais il ne faut pas s’interdire la durée, car au fond, cette durée c’est un lien, une confiance maintenue, renouvelée par des élections avec des citoyens… Quand on est Maire, on n’est n’est pas Maire quand on s’impose, on impose rien du tout aux gens, le peuple est souverain et le peuple choisit… et l’an dernier, le peuple a choisi que je sois Maire de Crest.
  • J’ai bossé mon dossier Mariton et je suis retombé sur des « petites phrases » ou de « grandes déclarations » qui vous positionnaient dans la droite dure. Et honnêtement aujourd’hui je vous trouve plus cool…
  • D’abord j’ai été élu Maire de Crest en 1995 j’avais 36 ans, aujourd’hui j’en ai 62, donc on évolue dans la vie, on mûrit, on acquiert de l’expérience, on apprend aussi à mieux connaître les gens, à mieux comprendre les choses. Je suis toujours un homme de convictions, je suis quelqu’un d’assez clair, je pense que les gens attendent ça. Il faut qu’un « oui » soit un « oui » et qu’un « non » soit un « non »… Une fois qu’on a dit ça, suis-je le même qu’en juin 1995 ? Sûrement pas, et c’est normal, ça arrive à tout le monde ça.
  • Avec mon assistant Noé nous venons de la rive gauche de La Drôme, où nous avons rencontré des graffeurs et des skatteurs, nous vous avons loupé ce matin, en revanche nous vous rencontrons maintenant pour une fête pour personnes âgées… J’en déduis que vous marchez sur deux jambes entre jeunesse et seniors, et à l’âge de 62 ans vous êtes dans un âge médian, plus tout à fait jeune et pas encore vieux…
  • Ecoutez, ça je crois l’avoir toujours vécu, et ça me paraît important. La vie est faite de gens différents, et le Maire de la ville doit pouvoir comprendre que à Crest il faut être pulsant pour des activités qui intéressent les jeunes d’où cette journée consacrée aux cultures urbaines avec du skate, de la danse, une dimension graphique avec les graffitis… Et puis il y a ce petit repas champêtre où nous sommes installés par tables de 6 avec précautions et en compagnie de personnes âgées… La ville c’est les uns et les autres, la ville ce sont des jeunes qui ont envie de graffer ou de pratiquer le skate et c’est aussi des personnes âgées qui ont envie de partager un repas au soleil…
  • Monsieur le Maire comment allons nous conclure notre rencontre ? On parle des élections régionales ou de la crise sanitaire ?
  • Sur la crise sanitaire, ce que nous faisons aujourd’hui, très franchement, c’est le résumé de ce qu’on essaye de vivre depuis mars 2020. C’est à la fois protéger les crestois avec notre centre de vaccination qui fonctionne très bien à l’Espace Soubeyran, j’invite tout le monde à se faire vacciner, parce que c’est une des clefs de la crise actuelle, au printemps dernier nous avons travaillé à fond à la protection des crestois, mais nous voulons protéger et vivre. On protège pour vivre. On ne vit pas pour protéger. Et aujourd’hui voilà, on respecte les distances mais on fait ce déjeuner pour les personnes âgées dehors, tout comme nous avons fait un « ciné-drive » l’an dernier, ce sont des manières d’être ensemble, que ce soit dans sa voiture devant un film ou aujourd’hui en plein air. Les gendarmes sont passés dans le skatepark mais tout le monde a compris, c’est important que jeunesse vive et c’est important que vieillesse vive.
  • Pour la rentrée de Septembre prochain en une phrase…
  • Que Crest vive et que vive Crest !

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Avant de se quitter, la petite équipe du brillant tenait à féliciter :

  • Louis, grand vainqueur du concours de skate dans la catégorie des 7 / 11 ans.
  • Nathanael, grand vainqueur dans la catégorie des 12 / 14 ans.
  • Pauline, grande vainqueure dans la catégorie féminine.
  • et Clément grand vainqueur dans la catégorie des 15 / 18 ans.

Bravo à tous !

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Mathias Deguelle.

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