CREST: UN INTERLUDE MUSICAL ENTRE DEUX TOURS

Vous qui avez tenté, réussi ou échoué à comprendre le solfège, vous ne l’ignorez pas, la musique c’est sept notes. Et sept c’est environ le nombre de kilomètres que Noé, mon sherpa et compagnon d’aventures journalistiques et moi dûmes parcourir lors de la fête de la musique de Crest. L’explication tient à ce que cette année, Covid oblige, la célébration était dispersée sur 3 sites différents. Enfin, les promeneurs me comprendront, il y eu des chemins de traverses. Bienvenue dans un voyage musical de presque 6 heures, qui donc commence à

18h 08.

Nous sommes juste derrière l’hôtel de ville de Crest. Il est tôt. Les musiciens font leurs essais sonores, le public est disséminé, une aubaine pour leur tendre mon micro.

  • Bonjour je m’appelle Loïs, je représente l’école de musique de Crest et cette fête de la musique est l’aboutissement d’une formation professionnelle qui a été mise en place cette année avec l’Ecole de la Voix, et donc ce soir ce sont huit chanteuses qui vont venir chanter. Elles sont incroyables, on a travaillé toutes les semaines depuis septembre et elles ont progressé, quelque chose de dingue ! Et là, ce qu’elles vont proposer ce soir c’est tout ce qu’elles n’ont jamais fait jusqu’à maintenant.
  • Comment on progresse avec la voix ?
  • Pfuuu… Par plein de moyens. (rires), déjà il y a la culture, savoir ce qu’il y a eu avant et ce qu’il y a maintenant, et où on se place par rapport à ça. Il y a la technique vocale pure et simple, ce qu’on peut faire avec l’instrument, la tessiture, le timbre, des choix en découlent, des voix soufflées, des voix agressives, des voix plus amples, des voix plus douces, dans la proximité… Il y a une immense palette de possibilités qu’on pourrait évoquer juste avec le son. Ensuite il y a l’aspect musical : le rythme. Le rythme c’est la vie.
  • On peut faire un parallèle avec le rythme cardiaque…
  • Tout à fait, c’est le cardio. Le son tape ici… Mais une voiture qui passe, un oiseau qui chante, tout est rythme, donc plus vous maîtrisez ça, plus vous allez être libre sur scène.
  • On peut, on doit prendre des risques sur scène ? Ce n’est pas risqué de prendre des risques ?
  • Non. Parce que c’est de la musique. Personne ne meurt à la fin. (rires), mais en revanche la sensation est un risque extrême parce que sur scène tout le monde est libre donc on ne sait pas ce qui peut arriver…
  • Vous êtes en train de me dire qu’il n’y a pas eu de répétitions qui ont précédées le concert de ce soir ?
  • C’est ça, et c’est le défi de cette soirée de la fête de la musique. Il y a juste des morceaux que les chanteuses veulent faire avec des partitions et des accords qui font liens rythmiques, mais zéro répétition, elles ne l’ont jamais fait avant. C’est un peu comme le saut à l’élastique, et pour moi c’est ce que amène le jazz, surtout dans une époque où tout est sécurisé, tout est contrôlé, ou rien ne dure plus de trois minutes, où tout est formaté, où nous vivons l’angoisse de l’inconnu, tout prend sens là. Je quitte Loïs et bien entendu, je me trouve comme aimanté par la présence des chanteuses dont il fut question lors de notre conversation, ça tombe bien, elles sont regroupées et concentrées… Auraient-elles le trac ?
  • Je m’appelle Coline, je suis élève-chanteuse à l’école de la voix.
  • Vous faites ça à plein temps ?
  • Non. On se retrouve tous les mardis. Donc je ne suis pas encore intermittente, pas encore…
  • Bonjour, qui êtes-vous ?
  • Michelle-Marie, et tout comme Coline je suis élève à l’école de la voix.
  • Est-ce que le Covid a pénalisé la soirée de ce soir ?
  • En fait non parce que c’est une formation « professionnalisante », on a eu le droit de continuer. Alors oui, les places respectent les distances, ce sont des places assises, mais j’espère, nous espérons que ce n’est pas incompatible avec le plaisir ressenti.
  • Moi c’est Isabelle. Je suis également en formation professionnelle. En fait c’est destiné à des pros qui veulent approfondir le jazz, pour qui sait ? Un jour pouvoir vivre de notre art. Mais moi, j’en vis déjà parce que je suis prof de chant, mais oui ça reste l’objectif…

18h 45.

  • Je m’appelle Stéphane, et tu me tutoies. Le tutoiement ça veut dire qu’on est au même niveau, y’a pas de différence de niveau social entre nous.
  • Alors Stéphane, je t’ai interpellé parce que tu as un casque audio sur la tête alors que nous sommes en pleine fête de la musique. Et tu m’as dit que tu ignorais que c’était la fête de la musique.
  • C’est vrai. Moi je ne calcule plus les jours, les heures… Je vis au jour le jour, bon, je ne suis pas désocialisé, simplement je n’avais plus envie de travailler, de rien faire… J’ai bossé neuf ans dans une boîte, je faisais des heures sup’ et j’étais moins bien payé que les gars qui étaient embauchés avant moi, et moi je voulais un CDI ! J’étais h24 là-bas, et j’ai cassé trois voitures tellement j’étais fatigué. J’en pouvais plus. Je gagnais 1200 euros.
  • Et aujourd’hui, comment tu vis ?
  • Là j’ai encore le chômage parce qu’avec le Covid ils me l’ont prolongé. La dame de Pôle Emploi s’occupe de personne comme moi, elle m’accompagne, mais aujourd’hui c’est plus strict. Alors oui, je pourrais m’en sortir tout seul, mais c’est difficile, j’y arrive pas…
  • Du coup tu loges où ?
  • En ce moment je dors dans un escalier… Parce que j’avais des tentes mais on m’en a volé quatre. Alors il m’en reste une mais elle est dans ma voiture au garage, mais la voiture n’est plus assurée. De toute façon ils m’ont retiré le permis, parce que j’ai traité les flics de « connards »…
  • D’accord… Tu es en pleine galère là.
  • Ouais ça fais deux ans que je suis dans la merde. Ma femme est morte il y a deux ans, un 26 juin et depuis ce jour là, ma vie s’est arrêtée. En plus on m’a pris mes chiens, et mes chiens c’est tout ce que j’avais après ma femme, et mon père me les a pris. J’ai tout perdu en une semaine…

A ce moment Stéphane tend la main vers ma chemise et d’un geste très amical ôte une petite feuille d’arbre qui s’est posée sur mon épaule.

  • Ah, merci Stéphane, c’est gentil. Tu n’es pas comme ces gens qui ne te disent pas que tu as un bout de salade coincé entre les dents.

Il éclate de rire, dévoilant une dentition en « touches de piano ».

  • Ça, ça ne risque pas de m’arriver !
  • Pour terminer notre rencontre j’aimerais que tu me dises : Est-ce que tu gardes l’espoir ?
  • Ah mais toujours, sinon je ne serais pas là aujourd’hui. (…) Sans l’espoir je serais déjà mort. Je n’ai pas le choix. (…) Je n’ai pas le choix. C’est bête à dire mais j’ai du mental dans ma tête… Mais ce que j’aimerais c’est juste avoir un appart et élever des chiens… Des chiens d’aveugles
  • Tu sais quoi, Stéphane, je suis sincère, je te souhaite de tout mon cœur que tu réalises tes rêves…
  • Merci Mathias, c’est super gentil.

19h 15.

La musique s’installe sur le toit de la médiathèque, les chaises sont pour l’instant plutôt désertées, j’invite Noé à nous diriger vers le Pont de Bois, juste histoire de voir si j’y suis. Cinq minutes plus tard, force m’est de le constater : j’y suis. L’idée est géniale, le pont est occupé par les incontournables chaises et ce « couloir » à ciel ouvert offre une perspective inédite puisque au bout du pont, il y a la scène où les chanteurs chantent et les musiciens « musiciennent ».

  • Bonsoir, je suis Eric Aubert. Je suis directeur de la culture et du patrimoine pour la ville de Crest.
  • Alors ce soir, ici sur ce pont, on est plutôt dans la culture ou dans le patrimoine ?
  • Les deux. Le Pont en Bois qui a vingt ans, le plus long pont en bois de France, et ce soir on le valorise pour cette édition de la fête de la musique qui est un événement culturel, avec des concerts sur ce pont qui enjambe La Drôme, l’une des dernière rivière sans barrage en Europe, elle coule sous nos pieds, le site est formidable, avec la Tour d’un côté et la scène de l’autre, c’est une façon de mettre en lumière et en musique notre patrimoine.
  • Ce qui est notable c’est que cette fête de la musique est en position assise.
  • Oui, on espère que ce sera la dernière. Du coup on a essayé de faire une programmation qui soit honorable en restant assis, on n’aurait pas pu programmer du reggae ou de la salsa. Alors là c’est un peu rock, mais oui, ça a compté… On y a réfléchit. Bien sûr nous aurions pu faire des concerts debout, mais c’est une personne pour 4 mètres carrés, ce qui aurait été ingérable sur le Pont de Bois.
  • Le fait que la musique n’occupe pas les rues est là aussi une obligation sanitaire j’imagine…
  • C’est vrai, mais le fait que les habitants sortent du centre-ville est une bonne chose, et puis on n’est pas très loin. Ici le site est beau, et donc il faut s’adapter cette année encore. Noé mon aide de camp et moi, quittons Eric et décidons d’aller à la rencontre de spectateurs qui « font le pont » assis face à la scène.

  • Bonsoir je suis Alain. Mon épouse et moi sommes des habitués de la fête de la musique de Crest et pour tout vous dire je me fous pas mal d’être assis, nous nous venons pour la musique, et à mon âge je préfère avoir une chaise…
  • (rires) Toute fête réussie se doit d’être intergénérationnelle. Que pensez-vous de la politique culturelle de la municipalité de Crest ?
  • Bof… Heureusement qu’il y a les associations, ça c’est clair… Sans elles Crest Jazz Vocal n’existerait même pas… Toutes ces associations ne crééent pas le dynamisme de la ville mais contribuent au dynamisme citoyen et je le pense, les associations se démerdent très très bien alors ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la ville mais c’est une bonne nouvelle pour le dynamisme des associations, voilà. Avec mon garde du corps Noé nous décidons de manger sur le pouce une pizza, je l’invite chez moi et nous dégustons donc une margarita beaucoup trop cuite.

21h 10

  • Bonsoir je m’appelle Anthony, je suis maçon et je suis de Montmeyran et ça fait quatre mois que j’habite ici, et là je profite. C’est cool de pouvoir sortir… Alors j’ai fait un tour sur les sites de la fête de la musique mais il y avait trop de monde, du coup j’ai bifurqué et là je profite et je bois une bière, tranquille. En plus j’ai rencontré un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps, on se fait plaisir et voilà.
  • Alors étant moi-même fils de maçon, je sais que quand on a une journée de travail dans les pattes, on est à la limite de l’épuisement, vous faites quoi vous après une journée de boulot ?
  • Pour tout vous dire si je suis ici ce soir c’est parce que demain je ne travaille pas, c’est ma journée de congé. J’ai prévu, sinon je pense que là je serais au lit (rires). Non mais il y a une super ambiance, c’est vraiment super cool, il y a du monde…
  • Tiens justement comment vous le décririez ce monde, moi je le trouve très hétéroclite, il y a tous les âges, toutes les classes sociales…
  • Mais Crest a toujours été comme ça, on est de n’importe quel rang comme on dit et on s’aime tous et c’est bien comme ça.
  • « On s’aime tous »… Y aurait-il un petit côté baba cool à Crest ?
  • Bah ça c’est pas nouveau… Ça a toujours été comme ça, et c’est ça qui fait, je pense, que cette ville est belle. Et puis il y a une bonne ambiance, c’est mélangé et c’est trop cool, j’ajoute que l’ambiance est très tolérante, ça nous change des élections… De toute façon mon avis c’est que c’est tous des pourris (rires), pourquoi voter pour des gens qui gagnent 100 000 euros par mois alors que nous on galère pour 2000 euros ? J’ai été élevé comme ça. Je pars du principe qu’on devrait chacun dépendre de soi. C’est à dire qu’on devrait chacun travailler pour soi, gagner son argent à soi, dépenser à sa guise. C’est pas normal de voter pour des types qui sont en costard et qui gagnent 40 000 balles par mois, ça sert à rien.
  • Ça vous choque si je vous dis que vous tenez un discours d’anarchiste ? (…) Ah oui, vous me montrez votre « A » tatoué sur votre bras…
  • Voilà. Et j’aimerais bien que quelqu’un qui représente mes idées vienne au pouvoir. Alors bien sûr je reconnais que la France c’est bien, notamment pour la couverture sociale, mais je m’oppose au discours de ces gens là… non. C’est comme ça. « A » comme anarchie mais aussi « A » comme autonomie.

22h 08.

Avec mon gladiateur, mon légionnaire qui sent bon le sable chaud, mon Noé, nous prenons la décision de « sonder » les terrasses des cafés.

  • Bonjour, je m’appelle Cristobal.
  • Salut Mathias moi c’est Fafah.
  • Alors que pensez-vous de cette fête de la musique de Crest ?
  • C’est très sympathique. Ça fait plaisir de pouvoir refaire « la bamboche »…(rires)
  • Tout à fait, je suis d’accord avec ce que vient de dire Fafah, on est bien content, c’est effectivement très libérateur de voir tous ces gens sans masque, boire, s’amuser, danser voilà, c’est vraiment une excellente nouvelle et on est tous contents et de bonne humeur…
  • Si vous deviez définir Crest et dire quel est l’esprit de la ville…
  • Bon alors si je devais en juger par cette soirée, je dirais que c’est plutôt cosmopolite, on arrive à trouver des gens de différents horizons, de différents milieux, et que tout le monde est un peu lié par l’envie de faire la fête et que… Une voix féminine se mêle à la conversation.
  • Ah une invitée surprise, quelle est votre prénom ?
  • Je m’appelle Sarah, je disais que la fête de la musique c’est super sympa, ce serait comme ça tous les week end ce serait trop bien, en revanche, ça manque de concerts dans la rue…
  • Très drôle.
  • Je ne plaisante pas. Ensuite va venir le temps des soldes, et ce serait embêtant de faire les soldes sur une chaise… (tout le monde éclate de rire).
  • Non mais c’est vrai, on est contents. On n’a pas de masque, on boit, on discute, on est entre nous, on écoute de la musique…bon alors, c’est très discutable ce qu’on écoute en ce moment… Mais bon, comme Sarah je regrette qu’il n’y ai pas plus de groupes live, pour moi la fête de la musique c’est le gars du coin, qui habite au dessus du troquet, qui descend avec sa gratte, qui ne joue pas hyper bien, mais qui s’éclate à jouer dans la rue ou le jeune de 16 ans qui a un petit groupe de punk et qui vient nous donner sa version… Voilà, je regrette qu’il n’y ait pas ça ce soir, mais on était tellement à l’eau et au pain sec récemment, au niveau de « la bamboche », que, du coup là on est trop content de se retrouver, il fait beau, on est en t-shirt, on boit de « La Pleine Lune » qui est une bière locale excellente…
  • Petit placement de produit au passage… (rires), j’ai l’impression que Crest avait besoin de se décadenasser…
  • Je ne sais pas si c’est Crest plus qu’une autre ville, mais je rejoins Cristobal, j’ai l’impression qu’on en a tous besoin. L’ouverture, quelle qu’elle soit, où qu’elle soit, fait du bien à tout le monde, et dans ce sens à Crest comme ailleurs, c’est un vrai soulagement, les esprits comme les corps se détendent par la joie, parce qu’on était un peu « sous cloche »…
  • Je te rejoins, mais Crest semble être une ville libertaire et…

Sarah intervient et Fafah rebondit .

  • Illusion… ! Je ne dirais rien de plus…
  • Non, je ne suis pas d’accord, ça veut dire que Crest a plusieurs facettes. Là nous sommes dans un contexte de fête mais il n’y a pas que la fête. Il y a d’autres aspects qui sont beaucoup moins festifs.
  • Je rejoins Fafah, moi je suis là depuis deux ans, j’adore Crest jusqu’à présent c’est l’un des endroits les plus cools qui m’a été donné d’habiter. Après je viens de Paris, et j’ai échappé à toute cette merde du confinement, je suis parti juste à temps et ce que j’aime à Crest c’est qu’il y a un vrai métissage social, c’est alternatif, alors c’est un peu hippie un peu baba cool, c’est un peu bobo aussi, il y a une vraie gentrification, alors il y a un gros métissage à Paris, mais à Paris il y a aussi une énergie électrique très agressive, et personnellement les cinq dernières années que j’ai passé là-bas je ne me suis fais que agresser par la ville, alors que j’ai adoré Paris de 25 à 30 ans, mais aujourd’hui à Crest je retrouve le côté village, avec quand même un côté urbain, et donc voilà, moi j’aime Crest, j’aime le peuple de Crest et cette diversité. Mais je vois que Sarah a quelque chose à ajouter…
  • J’aime Crest, j’adore Crest. Fafah tu veux conclure… ?
  • Oui, je tiens juste à dire que Crest est la plus belle et la plus merveilleuse ville du monde, et que Monsieur Mariton est le meilleur maire qui puisse exister, on n’a jamais vu un individu d’une telle ouverture, le dialogue est toujours possible avec lui, et ça, ça fait plaisir. Sarah… ?
  • Grâce à lui on a des anti-moustique près du kiosque (éclats de rires).

23h 02

Une dernière rencontre pour conclure notre périple nocturne. Noé, mon photographe d’élite et moi nous dirigeons vers un gars, que Sarah me conseille de rencontrer, je suis son conseil.

  • Bonsoir je m’appelle Sylvain. Je fais partie de l’équipe qui a créé le café « L’Hydre » au centre-ville de Crest, et ça date depuis trois ans. Voila, je fais partie des tentacules de l’hydre…
  • On raconte que les hydres sont équipés de cerveaux dans toutes leur tentacules, si tu devais définir le cerveau de Crest.
  • Je ne sais pas si Crest a un cerveau. Pour tout dire je n’ai pas beaucoup d’attente là-dessus, je dirais qu’on est toujours étonnés par une certaine représentation de Crest, et de ce qui s’y passe politiquement et concrètement voilà… là tu es en train de me parler, et il y a deux caméras de vidéo-surveillance qui sont en train de nous filmer et qui le font 24h/24… Parallèlement la ville est gouvernée par un maire que j’estime d’extrême droite, et ce, depuis 25 ans et ça aussi c’est plutôt étonnant, et à côté de ça il y a des choix dynamiques et des choix de gens qui gravitent autour mais, voilà je pense que dans cette ville il y a de vieilles familles qui ont pas mal de moyens, qui sont bien installées et en parallèle il y a de nouveaux arrivants dont je fais partie et que c’est pas toujours évident de vivre ensemble.
  • Le constat que tu fais est sombre, est-ce qu’il n’est pas contrebalancé par le tissu associatif et alternatif ?
  • J’aimerais bien. Pour moi qu’il y ait un tissu de gens révoltés, de gens qui ont envie de foutre le bordel et de changer les choses et bien ça serait bien, après je vois aussi que c’est un endroit qui se « gentrifie » énormément, il y a une classe urbaine qui est en train de débarquer dans le coin, avec de gros moyens financiers et qui vient de grosses villes, du coup la ville est en train de changer, le prix de l’immobilier est en train de grimper, le prix de la location est aussi en train de grimper, et je pense que d’ici un an ou deux je serais parti. Je ne pourrais jamais penser m’implanter ici sur du long terme, je n’ai pas envie de participer à ce processus là, juste à un moment, je vais devoir partir. Le foncier et le locatif n’est plus accessible, il n’y a aucune dynamique là-dessus, les squats qui ont voulus s’installer ici ont été éjecté très rapidement, alors qu’il y a pleins de bâtiments qui sont inoccupés, il y a des terres qui sont liées à de gros processus agro-industriels et qui pourraient être réservées à de petits élevages ou des petits maraichages, donc voilà… Des fois je me dis que j’ai envie de changer de coin. J’ai parfois l’impression que « L’Hydre » est dans le colimateur de l’état et de la justice, voir des fascistes et compagnie, et bien j’ai presque envie de dire tant mieux, ça voudrait dire que se qui s’y passe vient les déranger, tous ces gens là eux et leurs conservatismes, tous les fanatismes et toutes leurs idées dégueulasses, et du coup, tant mieux si on vient les embêter un petit peu, après, me focaliser contre la mairie, j’ai pas envie, si Mariton part demain et que je peux y contribuer, tant mieux, mais encore une fois, j’ai autre chose à faire que me focaliser sur cette personne. Le système est beaucoup plus général que sur un seul individu et si avec « L’Hydre » on peut contribuer à mettre un peu de désordre , de nouvelles idées, fluidifier, donner de la liberté, ce serait très chouette, en tous cas, je n’ai absolument pas envie de personnifier le pouvoir face à un individu comme Mariton, pour moi le pouvoir il est partout, les institutions elles sont partout, et voilà, je t’ai présenté les deux caméras qui sont derrière toi, tous les jours je les vois, les flics je les vois tous les jours aussi, et en vrai ça me débecte, j’ai juste envie de retrouver de l’espace et de l’air, et oui, je l’avoue il y a des moments où j’ai envie de dire, mettons fin à ça, battons nous contre leurs pouvoirs, contre toutes leurs autorités, parce qu’on ne peut pas se contenter de dire, oui on est est dans la bio-vallée, oui, on est des néo-hippies, oui, on a des médecine alternative, tout ça c’est bien mignon, c’est chouette, mais à un moment il faut entrer dans des luttes un peu plus frontales, et peut-être que « L’Hydre », contribue à ça et « La Cantine Populaire de Crest ». Toutes ces structures qui parlent de l’individu, du collectif humain et finalement de dire, reprenons nos vies en mains quoi.
  • 23h 40. Après cette dernière rencontre très « romantique », Noé mon esclave consentant et moi sommes lessivés, rincés, essorés et même séchés par ce semi-marathon, mais nous espérons que vous avez pris autant de plaisir à lire cet article que nous en avons pris à le réaliser. Crest est décidément une ville-puzzle et nous sommes toujours incapables de vous dire combien de pièces le compose. En tous cas il y en a bien plus que les sept notes de musique, un véritable orchestre polyphonique.
  • Mathias Deguelle.

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