CREST: RADIO SAINT-FERRÉOL FÊTE SES 40 ANS !

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants.

1981 : François Mitterrand est élu, il lance la « libéralisation de la bande FM ».

1982… Vous savez qui est né en 1982 ? Il y a Nolwenn Leroy, il y a Tony Parker ou Julien Doré, pour ne citer que trois « artistes » français. Et puis, en 1982 est aussi née une radio ici à Crest : Radio Saint Ferréol.

1982 / 2022 : Quarante années d’existence pour une « petite » radio locale, ça valait bien une fête, et pour lebrillant.fr c’était l’occasion de faire un bilan sur quarante années de radiodiffusion libre et associative dans la région. Une fiesta a donc eu lieu à l’Espace Saint Jean samedi dernier, le 7 mai, à Crest.

Pour commencer, nous voulions à tout prix rencontrer les deux complices qui sont à l’origine de la création de Radio Saint Fé…

  • Bonjour, je m’appelle Jean-Marie Folny, je suis né en 1947, j’ai donc 74 ans, et j’habite à Crest dans la Drôme.
  • Qu’est-ce qui vous lie à Radio Saint Ferréol ?
  • Ce qui me lie, c’est que c’est mon enfant ! Je considère cette radio comme mon fils ! Un fils que j’ai élevé et qui a été parfois turbulent, mais… voilà, il est toujours là au bout de quarante ans, et c’est ça qui me réjouit.
  • Votre « fils » est donc né en 1982, expliquez-moi comment il est né… Racontez-moi l’accouchement…
  • Oh, ça a été bien compliqué… ! D’abord, la première chose qui s’est passée, c’est que par chance on ne comprenait pas très bien l’arrivée de la FM à Crest, parce que l’émetteur qui envoie le son se trouve très loin, il est sur le Mont Pilat près de Saint Vallier… Donc comme il y a des collines qui pouvaient perturber ces émissions, j’ai été obligé d’acheter un émetteur très sensible, et de mettre une antenne « très costaud », dirigée vers le nord, et à partir de là… j’ai eu la bonne FM, et j’étais bien content. Ensuite, grâce à ça, j’ai commencé à regarder tout ce qu’il se passait sur la bande FM, et c’est là, que j’ai imaginé une radio qui émettait très faiblement, et qui demanderait à ses auditeurs si oui ou non ils nous recevaient… Bref, c’était la première « Radio Libre » de la région, et elle s’appelait « La Radio de la Méduse », et en fait au tout départ c’est la passion que j’avais pour la « Cibi » avec quelques copains de la région. J’ai donc visité leur installation de cibistes, à Bourg-les-Valence, j’ai été véritablement émerveillé par ce qu’ils faisaient, en les quittant, je leur ai dit « il va y avoir une radio à Crest »…
  • Pourquoi ce nom « Radio Saint Ferréol » ? Avec précisément le mot « Saint » qui pour celui qui ne connaît pas la radio, est un peu comme un trompe-l’œil ?
  • Non, en réalité le mot « Saint » n’a ici aucune connotation religieuse. La « Saint Ferréol », il faut le rappeler, c’était la plus grande fête annuelle à Crest, qui n’avait rien de religieux, parce que, ce jour-là, les gens venaient de très loin, à pied, à cheval, en voiture, en autocar, pour cette grande foire qui était surtout dédiée aux cultivateurs qui pouvaient acheter des machines agricoles, des bestiaux… et puis, ils rencontraient des copains, ils faisaient la fête, et soir… ils rentraient chez eux « bien contents »… (rire), donc c’était la journée qui permettait de rassembler tout le monde, et c’est cette notion de rassemblement qui est à l’origine du nom Radio Saint Ferréol.
  • Jean-Marie merci pour ce rappel historique. Je le précise, à votre droite se trouve un autre Monsieur, bonjour, qui êtes-vous ?
  • Bonjour, je m’appelle Jean-Paul Peraldo, je suis issu d’une famille italienne qui s’est installée à Crest en 1925. Et moi, si vous voulez, je suis un peu comme « l’oncle » du bébé qu’a conçu Jean-Marie sur le lit de sa chambre, et ce n’est pas une légende, l’anecdote est totalement authentique… Jean-Marie, a fait tout le boulot technique, et nous sommes arrivés « derrière ». Nous étions un certain nombre, donc on « balançait » les premiers sons, sans vraiment savoir qui les écoutaient, et pour compléter ce qu’a dit Jean-Marie, c’est qu’ici à Crest, à l’époque, on captait Radio Monte Carlo, et France Inter en Grandes Ondes, la FM n’existait pas du tout. Donc personne n’avait encore cette habitude de l’écoute sur la FM… en fait, quand on avait un poste FM, il fallait avoir des appareils très sensibles pour recevoir la radio avec une qualité assez aléatoire, il faut bien le reconnaître. En fait, ça parait aujourd’hui assez paradoxal, mais à l’époque, nos premiers auditeurs, ils n’avaient pas de radio. Donc c’était vraiment le règne des Grandes Ondes, et RMC couvrait tout… Alors il y avait le duo « Jean-Pierre et Léon », et Jean-Pierre Foucault était très connu ici, il se rendait à la fête à Saou, parce qu’il était copain avec le Maire de la commune… Donc quand on a démarré la FM, c’était dans le flou le plus total…
  • Maintenant, Messieurs, et puisque nous en avons terminé sur le côté technico-historique de Radio Saint Ferréol… et si nous en venions à parler de l’identité de la radio, cette identité c’est quoi ? C’est avant tout le contenu, ce sont les programmes. Qu’ils soient éditoriaux ou musicaux. Dites-moi comment la cohérence d’une antenne peut être menée sur la base du bénévolat, et donc sur la base hétéroclite de la libre-parole ? Jean-Marie… ?
  • Bon, quand j’ai commencé tout seul, et puis quand je me suis entouré de personnes, il fallait obligatoirement faire partie d’une association pour avoir « la légalité », donc je suis entré en contact avec l’association « CLAP » : Culture, Loisirs, et Art Populaire, et alors que leurs missions étaient plutôt axées sur l’art ou même sur le vélo… ils se sont dit « tiens, pourquoi pas ? On va aussi faire de la radio ». Alors oui, les programmes dépendaient uniquement du bénévolat, c’est-à-dire du nombre de personnes qu’on pouvait joindre, et qui étaient intéressées pour faire des émissions… Ce qu’il fait qu’il y en a eu très peu au départ, mais ça a augmenté. Malheureusement, nous ne sommes pas une ville assez grande pour avoir assez de bénévoles pour couvrir toute une journée d’antenne. D’autant plus que la plupart de ces bénévoles avaient un travail à côté, donc les émissions ne pouvaient avoir lieu qu’au moment où ils avaient terminé leur journée de travail, vers 17 heures, ou 18 heures… Donc, oui, il n’était pas simple de faire des programmes « cohérents », donc les émissions passaient un peu « du coq à l’âne »… Mais l’important pour moi, ce n’était pas ça, c’était de donner la parole à tout le monde, quel que soit leur âge, et ça allait de 15 ans à 80 ans… Quelle que soit leur sensibilité politique, ou autre… pourvu que tout le monde ait droit à la parole.
  • Bref, et aujourd’hui encore, l’antenne de Radio Saint Ferréol, reste, et je le dis très gentiment, un « joyeux bordel », qui au fond n’a aucune cohésion et aucune cohérence… Vous n’avez pas été tenté par l’harmonisation de ces contrastes ? Jean-Paul… ?
  • Oui, et votre question n’est pas simple. Bon moi, j’ai travaillé au journal « Le Crestois », comme journaliste, je faisais donc de la presse écrite, donc c’était plus facile : on écrivait et au vue des ventes, on savait si on était lus. Pour la radio c’était complètement différent, alors c’est vrai ce que tu dis, il n’y avait pas de cohésion entre-nous, il n’y avait pas de « comité de rédaction », donc en fait, on essayait de « boucher les trous », quand un gars faisait son émission de 16 heures à 17 heures, nous, on s’arrangeait pour qu’il n’y ait pas « de trou » de 17 heures à 22 heures, tu vois… ? Alors évidemment, ces « trous », nous les comblions avec de la musique, évidemment… mais on était tout sauf des professionnels, on était même pas des amateurs… On découvrait un sport nouveau, un moyen  de communication nouveau, et on est tombés dedans… Moi j’ai eu la chance d’avoir des copains qui étaient à Radio Méga à Valence, qui avaient un peu plus de « structure radio », et c’est vrai qu’ils nous ont appris les liens entre la technique et le micro, et puis petit à petit, on a appris à bâtir des émissions de radio « qui se tiennent », et donc, il y a eu un début « de parole », c’est-à-dire que « hors musique », on avait des invités qui venaient… Alors, c’était souvent associatif, ou des artisans, donc oui, on faisait parler les gens, et c’était compliqué, car souvent les gens nous disaient « non, moi, je ne veux pas parler à la radio », « qui va nous écouter ? »… Moi mon plus grand drame, quand je faisais mes émissions c’était « mais qui m’écoute ? Qui m’écoute ? ». Alors quand tu avais un et parfois deux auditeurs qui téléphonaient dans la soirée, tu étais super content, tu peux me croire… Pour nous, c’est bête à dire, mais c’était de « la préhistoire », ta question, elle va très loin pour nous, mais on n’en était pas là quoi…
  • Radio Saint Ferréol ne veut pas apparaître dans les sondages des écoutes d’auditeurs. Aurait-elle peur de découvrir qu’elle n’est finalement que peu écoutée ?
  • Bon, tu sais, on a vite réalisé que pour être écouté le plus, il fallait émettre toute la journée. Donc on a été obligés de faire venir une personne salariée, pour combler « tous ces trous » à l’antenne que j’évoquais, afin de pouvoir justement, émettre toute la journée, et ne pas hésiter à rediffuser certaines émissions, pour que ce soit « plus cohérent », seulement, dans notre petite association de copains, on n’avait pas de sous, et on ne pouvait pas faire venir de salarié. C’est pour ça qu’on a été obligés de fonder une « autre » association, avec donc une salariée qui était payée, et à partir de là, on a commencé à émettre toute la journée, et là, ça devenait plus cohérent. Mais on a perdu d’un côté, et on a perdu de l’autre… et aujourd’hui je ne sais pas si on a vraiment gagné.
  • Moi vous le savez peut-être, j’ai travaillé pendant 18 semaines sur l’antenne de Radio Saint Ferréol, avec mon ami Noé, qui aujourd’hui est le photographe du brillant.fr. Or, si j’ai arrêté c’est d’abord parce que faire une émission hebdomadaire, c’est très chronophage et le faire bénévolement ne remplit pas « le réfrigérateur », si vous voyez ce que je veux dire… Maintenant, voici ma question : Pour ma première émission sur Radio Saint Ferréol, j’ai proposé à Monsieur le Maire, Hervé Mariton, d’en être le premier invité, et donc il m’a répondu « c’est hors de question, ni moi, ni aucun de mes adjoints n’ira débattre sur Radio Saint Ferréol », fin de la discussion.
  • Et bien, ça ne m’étonne pas du tout, parce qu’il y a un site de la Mairie, qui recense toutes les associations de Crest, et Dieu sait qu’il y en a… Et il y en a deux qui n’existent pas : Radio Saint Ferréol et le CLAP. C’est très curieux. Peut-être qu’à un moment, il y a eu des frottements assez importants entre les dirigeants de Radio Saint Ferréol, ou du CLAP avec Monsieur Mariton, et le fait qu’ils n’étaient pas du tout du « même bord politique », et bien… c’est resté dans les habitudes, et on n’a jamais réussi à les faire changer, ces « habitudes ». Mais c’est vrai, qu’avoir comme ligne éditoriale « la liberté de parole » offerte à chaque bénévole, a sans doute favorisé cette défiance. Mais c’est une analyse un peu rapide, vous savez, dès que vous parliez dans le micro de Radio Saint Ferréol, les trois-quarts du temps, c’était « en direct », évidemment vous ouvriez la parole à des tas de gens qui étaient « pro-Mariton », qui étaient « contre Mariton », et à la fin, on se retrouve avec « un étiquetage » qu’on n’a pas, ou qui n’existe pas, comme quoi on est « contre lui », qu’on est contre sa « bonne parole ». Parce qu’évidemment, quand vous donnez la parole à des gens, quels qu’ils soient, ne faisons pas ici de politique « politicarde », mais parlons de politique « locale », et qu’ils disent « ah moi je ne suis pas d’accord avec ce qu’a prévu le Conseil Municipal, parce que « patati et patata… », et bien ils se plaçaient dans une forme d’opposition. Et malheureusement notre Maire qui est en place depuis 26 ans, qui a été réélu mainte fois, il accepte difficilement ce discours, et ce discours au sein du journal « Le Crestois », ça a été le même cas de figure. C’est-à-dire que dès qu’on ouvrait la parole à quelqu’un qui nous amenait « un papier », et bien… on se posait vraiment la question « qui créé la polémique » ? Alors Hervé Mariton va vous répondre « c’est Le Crestois, c’est Radio Saint Ferréol », mais les deux vont en retour vous dire : c’est Hervé Mariton. D’ailleurs Hervé Mariton a clairement fait savoir que Le Crestois est désormais « banni » de sa liste de médias. Je vous le dis, ici, quand Hervé Mariton, « montait » à Paris pour les primaires des présidentielles, là on est en 2016, on tremblait quoi… Parce qu’on se disait « il va parler avec ses potes » et on le soupçonnait d’avoir des pouvoirs occultes, et de nous empêcher d’avoir notre « petite vie locale », mais pour dire vrai, aujourd’hui encore je n’arrive toujours pas démêler « le vrai du faux ».
  • Mais bon sang de bois… N’est-ce pas le rôle d’une radio locale comme Saint Fé, d’avoir comme ligne éditoriale une forme « de neutralité politique » ?  Ce qui en aucun cas empêche le débat contradictoire… Jean-Marie…
  • Mais si on ne parle pas de politique, si on ne parle que « des petits oiseaux, de l’herbe etc… », je ne pense pas alors que nos médias puissent tenir longtemps, que ce soient un journal ou une radio. Mais, vraiment, je ne pense pas que le rôle d’un média soit d’influencer quiconque, d’ailleurs je n’aime pas ce mot là… Je pense en revanche, que nous devons donner et rappeler les règles du jeu, que nous devons donner toutes les informations pour que nos auditeurs puissent choisir en toute conscience. Tu n’es pas d’accord Jean-Paul ?
  • Oui, évidemment Jean-Marie, je te rejoins, mais malheureusement, dans les faits, ici et comme partout en France d’ailleurs, il faut toujours coller « une étiquette » à un média, et ce que ça génère c’est du fantasme… « Ils sont de gauche, c’est des opposants », Monsieur Chouraki au journal « Le Crestois », lui aussi le vit mal, parce qu’il n’arrive plus à s’exprimer, à dire les choses… La base c’est quand même « on donne une information », que ce soit sur Radio Saint Ferréol ou sur Le Crestois, ou même sur Le Dauphiné Libéré, et après en temps que gens « majeurs et vaccinés », ils puissent se faire leur propre idée, mais là on ne part pas sur ce précepte-là, c’est-à-dire qu’on accuse toujours « les autres » de tronquer la vérité, et après on arrive à des choses inextricables, et qui ont un résultat malheureux : les gens n’écoutent plus la radio, et ne lisent plus la presse, parce qu’ils se disent « mais c’est quoi ce « foutoir », je ne m’y retrouve pas », mais c’est un constat qui vaut aussi au niveau national. Le problème c’est qu’il y a des gens qui demandent à s’exprimer, mais aujourd’hui il faudrait que le journaliste prépare ses questions à l’avance et qu’il les soumette à son interlocuteur pour validation avant même le début de l’interview…
  • Bon, nous allons résumer si vous le voulez bien. C’est Monsieur le Maire Hervé Mariton qui a un problème avec les médias locaux, ou à l’inverse, ce sont les médias locaux qui ont un problème avec le Monsieur le Maire ?
  • Il a du mal avec les médias locaux. Il a du mal. C’est un gars qui doit avoir accès aux « grands médias », qui est passé à la télé, sur des chaînes nationales plusieurs fois, et il n’est pas traité de la même manière. Ici, il n’est jamais entré « en sympathie » avec les médias locaux, malheureusement… Tu en penses quoi Jean-Marie ?
  • Ce qui est très curieux, je parle là des débuts de Radio Saint Ferréol, c’est qu’il y avait tous types, tous genres d’émissions, et nous n’avions jamais ressenti cette hostilité, parce qu’il n’y avait pas cet aspect « politicard-politicien »… Je me souviens très bien par exemple du dimanche matin, il y avait deux émissions qui se suivaient, il y avait le discours du curé de Crest qui avait préalablement enregistré sa petite cassette pour les gens qui étaient handicapés et qui ne pouvaient pas venir à l’église, et après il y avait le responsable du Parti Communiste, qui lui-aussi nous envoyait sa petite cassette pour nous parler de ce qu’il s’était passé au sein du PC durant la semaine. Et tout ça se passait merveilleusement bien, et on n’a jamais eu de problème. D’ailleurs, il me revient à l’esprit qu’à l’époque, pour les élections municipales, nous avons fait venir tous les candidats, et tout le monde a donc pu s’exprimer… Mais il n’y avait pas Mariton à ce moment-là. Avant qu’il n’arrive, tout se passait bien, nous donnions même l’antenne à certains extrémistes, dont les idées étaient plus que discutables, mais ça passait bien… Ensuite, l’association dont dépend Radio Saint Ferréol a changé « de méthode », et cette sélection a généré tous les problèmes qu’on connaît aujourd’hui.
  • Allez, Messieurs, vous les « créateurs », vous qui êtes à l’origine de la naissance de Radio Saint Ferréol, après 40 ans d’existence, vous l’imaginez comment le futur de cette radio ?
  • C’est difficile à imaginer, mais je pense que la radio existera toujours, bien que ça paraisse démodé et qu’il y a d’autres médias qui intéressent sans doute plus les jeunes… en fait, je pense qu’il est nécessaire que les radios restent vivantes quelles qu’elles soient, politiques ou pas politiques, pour contrebalancer certains pouvoirs genre Facebook, réseaux sociaux etc… qui sont, à mon avis, particulièrement dangereux.
  • Vous ne croyez pas que Radio Saint Ferréol est dans l’obligation de « faire sa mue », au risque de peut-être un jour disparaître ? Jean-Paul…
  • Je pense que dans le monde où nous vivons, à sa manière, Radio Saint Ferréol a toujours été « ringarde », et c’est un compliment que je lui fais. C’est un gros bébé qui a 40 ans et qui reste et continue à être « ringard », et cette « ringardise », quand vous voyez l’âge des gens qui sont là, ce sont tous de « jeunes ringards », moi je trouve que malgré nos 40 ans, on a su garder notre âme d’enfant. Moi je suis ringard, et je mourrais ringard. C’est un bébé de 40 ans qui se porte bien, qui a même généré des enfants et des petits-enfants, alors vive la radio… ! Et puis en plus je signale que mon ami, ici à ma gauche, Jean-Marie, après 35 ans de présence, est encore présent à l’antenne, pour une émission musicale qui s’appelle « Formule 60 et 70 », donc le mercredi de 15 heures à 16 heures et le samedi de 11 heures à midi, et que tout le monde peut découvrir les programmes de Radio Saint Ferréol grâce au site, et aux podcasts. Et moi ce que j’aime c’est découvrir les cultures, les musiques, et les radios « d’ailleurs »… J’aime par exemple connaître les passerelles qui peuvent exister entre « le disco » et certaines valses turques qui ont plus de 200 ans.
  • Peut-on faire faire découvrir, sans déconcerter ? Jean-Paul…
  • Whouaaa… La question… ! Je vais répondre que les deux ne sont pas incompatibles, on peut faire découvrir sans déconcerter, et aussi, on peut faire découvrir en déconcertant… Être déconcerté, c’est aussi de la découverte. Il faut aussi savoir un peu appuyer là où ça fait mal, il faut aller chercher les gens… Alors oui, vous allez me dire qu’il nous faut des repères, qu’il nous faut une forme de cohérence rassurante, et que peut-être que Radio Saint Ferréol en passant du « Free Jazz » au « Hard Rock », transgresse cette cohérence. Mais, tu sais, Radio Saint Ferréol est une radio unique en son genre, avec ses avantages et ses inconvénients… Alors c’est vrai, « la ligne musicale », elle est disparate, mais ça restera comme ça… A  moins d’avoir un directeur artistique, qui s’occupe des programmes musicaux et qui les organise par thèmes etc… Alors oui, forcément, il y a sur Radio Saint Ferréol des émissions thématiques, qui à force de répétition déclenchent peut-être une déperdition d’auditeurs, ça je le sais… Il y a des gens à Crest qui me le disent « moi la Radio Saint Ferréol, je ne la supporte pas », alors il le l’écoutent plus, et ils ne la réécoutent pas, même pour savoir si ça a changé, et c’est vrai que quand vous avez « des journalistes » de Radio Saint Ferréol, des bénévoles, qui sont plus militants que bénévoles, et bien… ils ont des copains qui sont pro-palestiniens par exemple, des gens qui ont envie « d’ouvrir leur gueule », à tort ou à raison, je ne porte pas de jugement… Et ça créé, on y revient, des étiquettes « ce sont des gauchistes », en fait, je vais dire un gros mot, mais c’est « chiant » quoi…
  • Jean-Marie, je me tourne vers toi. Et finalement, je vais te poser la question qui est au cœur de notre conversation : Est-ce que c’est le rôle d’une radio locale de faire du militantisme ?
  • Oui… alors le militantisme c’est sectaire, ça fait tout de suite « très étroit », et plus c’est étroit et moins ça touche de gens, et plus ça va déconcerter les gens, donc oui… il y a certaines bornes à ne pas franchir. Mais tu sais, ça vaut aussi pour l’ensemble des gens. Si les gens avaient tous les mêmes idées, ce serait invivable. C’est par nos différences que vient le progrès, et les nouvelles connaissances. Alors, c’est vrai…je ne peux pas te donner entièrement tort, Radio Saint Ferréol, je l’écoute tous les jours et… parfois ça s’éparpille c’est vrai. Saint Fé, soit on l’aime, soit on ne l’aime pas… Mais puisque ce soir nous fêtons les 40 ans de Radio Saint Ferréol, on peut aussi se poser la question : que sera cette radio dans 40 ans ? Mais ce que je veux dire, c’est que là, regarde autour de toi, on fête les 40 ans et le parc est plein, donc soit ces gens n’écoutent pas RSF et sont venus par amitié, ou alors ce sont bien des auditeurs de Radio Saint Ferréol…
  • Jean-Marie, le « papa » de Radio Saint Fé… je te laisse le mot de la fin…
  • Radio Saint Ferréol a toujours été diverse, et diversifiée, et c’est par cette diversité que Radio Saint Ferréol survivra, et c’est pour ça que la vie est agréable. S’il n’y avait que quelques animaux qui se ressemblent tous, ça serait absolument invivable, tout le monde serait suicidé…
  • Oui Jean-Marie, c’est vrai… on a tous un temps pour naître, un temps pour grandir, et un temps pour mourir… Ça c’est la vie. Notre vie à tous… Le tout c’est de procréer, de laisser des petits derrière nous, et ces « petits », ils vont faire quelque chose, ou bien ils ne vont rien faire, ça je ne sais pas…Mais, qui sait ? Ces futurs RSF parleront peut-être de nous comme des « vieux croutons », tu sais nous on est passé du vinyl au numérique… Mais c’est vrai, entre les deux, il y a Internet qui s’est imposé, et c’est pourquoi aujourd’hui RSF est aussi disponible sur le net… On s’adapte ou on s’adapte pas… les dinosaures ont reçu des météorites sur la tronche, on ne leur a pas donné le choix de changer ou pas. Alors est-ce que RSF est un futur dinosaure, je ne sais pas, mais moi je lui souhaite longue vie, mais… sans doute sous une autre forme.

Et après tout, je ne leur donne pas tort : si tous les oiseaux chantaient la même chanson, le monde y perdrait en diversité. Noé et moi, quittons les deux Jean : Jean-Marie et Jean-Paul, et cahin-caha, nous découvrons cette fiesta qui, c’est visible, rassemble un monde invraisemblable.

Après notre rencontre avec les « pères fondateurs » de Radio Saint Ferréol, nous tombons nez-à-nez… en fait, plutôt, « œil-à-œil », puis « bouche-à-oreille », sur un élégant jeune homme, qui symbolise peut-être « l’avenir » de Radio Saint Ferréol…

  • Bonjour, je m’appelle Tim, je travaille sur Radio Saint Ferréol depuis cinq mois, je suis notamment en charge d’organiser la fête d’anniversaire d’aujourd’hui, donc les 40 ans de Radio Saint Fé, ici à l’Espace Saint Jean à Crest. Alors c’est très arboré, il y a des kiosques pour les petits avec des clowns, comme pour les plus grands, et ce soir il y aura des concerts, pour fêter à la fois, le familial, le festif, le partage avec nos plateaux radio, avec les « brocantes du son » où les gens vendaient et échangeaient leurs CD ou leurs vinyls, toutes installées dans le parc, Archijeux est également présent puisque c’est un partenaire de Radio Saint Fé, il y a des clubs de dessin, il y a de la bouffe, de la bière, donc voilà, c’est pour nous l’occasion de partager des valeurs communes.
  • Tu as quel âge Tim ?
  • J’ai 35 ans.
  • Ta présence récente, elle signifie quoi ? Tu es en charge d’influer, de faire évoluer la radio ?
  • Je ne sais pas si je me dis ça en ces termes. En revanche, ce que je me dis c’est que dans tous les cas, c’est obligatoire, c’est inhérent au fonctionnement de chaque structure, c’est-à-dire que « qui compose la structure va forcément modifier cette structure », ce sont tous les gens qui composent « cette structure » qui vont lui donner son identité. Donc au fur et à mesure que la radio existe, qu’elle avance, et que les gens « passent » par cette radio, travaillent dans cette radio, et bien… son identité elle change. Après il existe des chartes éditoriales, des chartes musicales, des choses qui perdurent et traversent le temps, mais néanmoins je pense que la personnalité des gens qui « composent » la radio va dévier, va emprunter certaines nouvelles directions. La preuve en est : on peut maintenant écouter les archives sonores de la radio ici dans l’Espace Saint Jean, avec des postes qui permettent d’écouter des émissions de 1982, ou de 1990… Ce sont de vieilles cassettes que nous avons numérisées, et quand on écoute ces archives on se rend compte que Radio Saint Ferréol en ce temps-là, c’était une autre radio, c’était une autre époque, et qu’on a parcouru du chemin en quarante ans.
  • C’est amusant ce que tu dis parce que tu évoques les différentes « couleurs » que l’antenne de Radio Saint Fé a pu proposer à travers le temps, or aujourd’hui, et là c’est l’auditeur de la radio qui te parle, j’ai l’impression d’écouter une radio plutôt « arc-en-ciel », qui n’hésite pas à passer par toutes les palettes de couleurs, du pastel,  au rouge le plus criard…
  • Je ne peux que confirmer ton constat. C’est très large en effet, mais il y a la volonté, dans ce spectre très large de proposer par exemple des musiques qui sont sous-représentées, qui peuvent aller du R‘n’B, au jazz manouche en passant par le rock hardcore, ou le punk-électro et donc oui ce spectre très large, c’est justement l’identité de RSF.
  • Mais pour le contenu, pour les programmes… Chaque bénévole a donc loisir de présenter l’émission qu’il souhaite, et a la possibilité de dire ce qu’il veut ?
  • Oui et non, les gens qui écoutent Radio Saint Fé le font parce qu’ils y trouvent nos valeurs, et là il y a quand même des choses qui sont parties intégrantes de l’identité de Radio Saint Fé, et quand en amont, on rencontre un bénévole, on échange sur nos valeurs et sur ses valeurs, et donc sur ce qu’il est possible, ou pas, de faire sur notre antenne.
  • Donc il y a une liberté accordée aux bénévoles, mais il y a aussi « une ligne directrice », comment fait-on pour concilier les deux ?
  • C’est effectivement une question assez large en effet, en fait ce genre de question se pose en permanence, sur notre identité, j’y reviens… Comment laisser la liberté aux gens et leur donner une ligne directrice… ? Ce sont des questions qui sont abordées en permanence au travers des bénévoles, des salariés, des conseils d’administration… et je ne peux pas vraiment répondre à cette question parce que c’est une gymnastique mentale qui a lieu tous les jours, mais c’est vrai, c’est un exercice difficile…
  • Est-ce que tu penses que l’avenir de Radio Saint Ferréol est de rester cette station « mosaïque », cette radio « puzzle » ?
  • Je ne sais pas. En tous cas, je pense que c’est bien qu’il y en ait pour tout le monde, la « radio mosaïque » c’est important. En revanche ce dont je suis convaincu, c’est que le local doit rester au centre de notre existence. La radio locale, tout comme la presse locale, devra toujours survivre, et les deux survivront.

Noé n’a de cesse d’appuyer sur le déclencheur de son appareil photo… nous restons en binôme, et nous avançons vers cette foule multicolore (tiens, tiens… il est encore question de couleurs…), pour clore ce reportage. Ok, il y a du monde dans le parc de l’Espace Saint Jean, ok c’est super sympa, c’est familial et convivial. Là-dessus, nous sommes d’accord. Mais… mais parmi les « happy few » présents sur place, combien sont des auditeurs de Radio Saint Ferréol ?

Sont-ils croyants ou pratiquants ?

  • Bonjour, je m’appelle Amandine.
  • Est-ce que tu es auditrice de Radio Saint Ferréol ?
  • Et bien non, malheureusement. J’habite assez loin et je ne capte pas si loin sur les ondes, et je ne vais pas aller chercher l’information sur Internet, parce que j’imagine que c’est aussi une radio « en ligne », mais néanmoins j’en ai beaucoup entendu parlé parce que je viens souvent sur Crest, et là j’ai accès aux podcasts et aux contenus. Moi, quand je viens de Chambéry et dès que j’arrive sur Crest, c’est vrai que je ne pense pas systématiquement à me brancher sur Radio Saint Ferréol, mais je sais que c’est une radio de qualité qui apporte des contenus intéressants, mais c’est vrai que je n’ai pas forcément le réflexe de m’y connecter.

Notre « consultation » continue…

  • Bonjour, je m’appelle Achille, et je n’écoute pas Radio Saint Ferréol, pour la simple et bonne raison que je ne connaissais pas cette radio. Mais cet anniversaire a attisé ma curiosité, donc oui, je vais écouter, je vais « voir » ce que ça donne… En fait moi je connais des musiciens qui jouaient en trio juste avant, et en fait ils m’ont invité pour que je puisse les écouter sur scène, afin qu’éventuellement je puisse jouer avec eux plus tard.

Je peux vous le dire, la concentration « épaule contre épaule » des personnes présentes sur place, prend tout son sens aux alentours du bar, la « tirette » à bière tourne à plein, et nous continuons notre « petit » sondage…

  • Bonjour, je m’appelle Ange, et oui, je suis auditeur de Radio Saint Ferréol. Parce que d’abord il y a la musique, il y a un peu de tout, c’est éclectique, et c’est toujours de bon goût, et ça me permet d’aller d’univers en univers, chaque fois différents. Alors moi ce que j’aime bien c’est qu’il n’y a pas trop de discussions, du coup ça me convient très bien, et ça fait quelques années que j’écoute RSF. Alors, oui… il y a des moments où il y a des débats, des discussions… et puis, il y a des moments où ils ne mettent que de la musique, et moi je suis plus branché sur la musique que sur les mots, et le soir quand je rentre après le boulot, j’ai besoin d’écouter de la musique, donc voilà, je me branche sur Saint Ferréol. Mais attention, j’ai plein de potes qui écoutent Saint Ferréol pour d’autres raisons que la musique, ils écoutent les conversations, les débats et tout ça… Et d’après ce que j’ai pu entendre, sur cette antenne on peut vraiment s’exprimer, et je pense que chaque personne ici aime Radio Saint Ferréol pour une raison précise, une raison qui lui appartient. Mais ça reste un bonne radio, de toute façon… En un mot c’est la radio qui représente « une certaine ouverture d’esprit ».

Nous quittons Ange, nous les petits diablotins malicieux, et nous continuons nos rencontres avec ceux qui sont, ou ne sont pas, ou qui ne sont plus, auditeurs de Radio Saint Ferréol…

  • Bonjour, je m’appelle Eugène. Je te le dis tout de suite : je suis un fan de Radio Saint Ferréol, un fan absolu en fait. Si tu veux tout savoir, je me lève à quatre heures du matin, et j’attaque à la boulangerie, et là je mets Radio Saint Ferréol, et Radio Saint Ferréol elle porte ma vie quoi… Dans nos métiers où on est dans le travail, il nous faut aussi un peu de réflexion… et on est dans la règle de Saint Benoît « Aura et labora », (Saint Benoit avait lié la prière et le travail, pour lui il ne s’agit pas seulement de participer à la construction du Monde, mais de trouver dans la prière une manière de vivre tandis que celle-ci porte le monde NDLR), et donc Saint Ferréol nous apporte toujours la foi, l’amitié, l’amour… Alors je ne fais pas ici de passerelles entre les Saints…Mais il faut que je le précise, je m’entraine chaque jour à dire un maximum de conneries à la minute, et donc j’ai établi un record, j’ai réussi à dire 322 « merdes » en seulement deux minutes. C’est d’ailleurs dans le Guinness Book !

Et là… Noé et moi assistons à un phénomène connu, le micro tendu attire les mouches plus sûrement que le vinaigre…

  • Bonjour, moi c’est Jay, alors d’abord je m’excuse pour mon accent. Voilà, je viens de les Etats-Unis, et donc depuis très peu de temps je suis installé ici dans le Drôme, depuis un an et demi, donc je suis installé au Château Pergaud à Allex, et donc j’ai découvert le Radio Saint Ferréol, et c’est une grande richesse de découvrir un radio qui est locale, on voit les informations, on voit la bonne musique qui nous réveille le matin avec sourire. Alors moi j’aime beaucoup parce que c’est très « disjoncté », ils vont dans toutes les sens, et on ne sait pas ce qu’on va découvrir à chaque fois qu’on allume le radio. Sinon je vais écouter un « playlist » avec toutes les choses que je connais, mais grâce à Saint Ferréol j’ai découvert de nouvelles choses.

Enfin, Noé et moi arrivons tout au bout du long comptoir qui fédère un maximum de monde, et enfin, nous terminons notre « mini-enquête » par une ultime rencontre…

  • Bonjour, je m’appelle Benoit, salut Mathias et Noé… Alors moi j’écoute parfois, j’avoue, je ne suis pas un auditeur régulier de RSF, mais quand je l’écoute c’est toujours avec plaisir, à la fois pour les émissions « de textes », je pense là aux émissions de poésies, mais aussi parfois, des émissions musicales. Alors parfois la musique est un peu « déstabilisante », mais c’est ce que je trouve appréciable, d’avoir des surprises, et de ne pas forcément être sur des choses qu’on a l’habitude d’écouter, d’ailleurs je retrouve cet état d’esprit sur Radio Méga, ou même sur FIP… toutes ces radios qui proposent d’entendre des choses qu’on n’a pas l’habitude d’entendre ailleurs, mais ce que j’apprécie aussi dans cette radio c’est d’avoir « différentes entrées », d’avoir « différentes couleurs », « différentes textures », et de ne pas rester sur quelque chose de monotone quoi… Entre contraste et harmonie, entre punk et jazz… Par exemple (rire).

Et « bien entendu », comme on dit en radio, un anniversaire se finit toujours en chanson, et en musique…

Quarante ans, c’est le plus bel âge… Lebrillant.fr souhaite un bel anniversaire à ce quadra en pleine forme, et souffle avec Radio Saint Ferréol sur les 40 bougies de son gâteau… Pfff… !!! En veillant à ne pas éteindre sa flamme…

Alors ? On se revoit pour les 50 ans ?

Photos : Noé Richard-Clément. Textes : Mathias Deguelle.

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