CREST: MILLE ANS D’HISTOIRE

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. C’est connu, les crestoises et les crestois ont toutes et tous des mollets très solides. Une simple visite de la ville explique ce phénomène : Crest est une ville réservée aux amoureux de la grimpette… Je vous convie pour ce nouvel article du brillant.fr à revenir sur ce que fut Crest, de sa naissance à aujourd’hui, et nous allons cristalliser notre attention sur La Chapelle des Cordeliers, vous savez… ce bâtiment auquel on accède après une montée d’escaliers aussi interminable qu’éprouvante pour le non-crestois. Retour sur dix siècles d’histoire avec deux passionnées du patrimoine qui évoquent avec érudition et passion leur amour pour « les vieilles pierres ». Ne manque à l’appel que Renée Lidin, qui n’a pas pu se joindre à nous, mais que j’ai quand même pu photographier, elle est à gauche sur ce cliché. Au centre, Christine, notre première interlocutrice, puis à droite, Hélène, qui va également intervenir lors de cette rencontre.

  • Bonjour, je suis Christine Malet, je suis vice-présidente de La Société des Amis du Vieux Crest, en charge de l’histoire de la Chapelle des Cordeliers et des travaux.
  • Vous voulez bien préciser ? Dites-nous où nous nous trouvons…
  • Alors nous nous trouvons sur les lieux de la première église de Crest, elle a été construite au XIème siècle, en même temps que la cité forte de Crest.
  • Est-ce que l’entièreté de la ville de Crest, la tour comprise, a émergé au XIème siècle ?
  • En effet, la ville a émergé au XIème siècle, c’est une création de la famille Arnaud qui est arrivée ici et qui a construit une cité forte, dont la tour évidemment, originellement un château, et donc la première église de Crest qui se trouve sur les lieux où nous nous trouvons actuellement, qui était à la fois grande pour l’époque, mais pas assez puisqu’elle a duré à peu près 100 à 150 ans avant que l’on construise la grande église dans le bas de la ville, beaucoup plus accessible et beaucoup plus vaste
  • Pourquoi Crest a été conçue initialement comme une place forte ? Quelle était sa fonction première ?
  • Comme toute place forte, c’était pour protéger. En fait, à cette époque là, dans notre région, il y a pas mal d’allers et venues de… de touristes de l’époque. Les touristes de l’époque qui avaient une manie, c’est qu’ils passaient, ils brûlaient, ils détruisaient, ils revenaient, ils recommençaient, donc il était important d’avoir un endroit où l’on puisse se réfugier, et c’était le propre de la cité forte de Crest, c’est à dire que derrière ces murs et avec sa citadelle, elle était à la fois un gardien et une protection pour les alentours.

  • Puis, bien plus tard, la tour c’est transformée en prison… Mais je vois votre regard, et j’ai l’impression d’avoir brûlé les étapes. Corrigez-moi…
  • En fait, le donjon restera un donjon, c’est à dire un bâtiment militaire jusqu’après la révolution, et c’est seulement à partir de la révolution qu’elle sera prison d’état et ce pendant 80 ans sur 900 ans d’histoire, ce n’est pas beaucoup.
  • C’est amusant ce que vous dites, parce qu’on retient souvent la parenthèse prison, avec notamment ce prisonnier Philippe Rivoire, qui voulut s’en échapper avec des draps tressés, malheureusement trop courts, et qui finit son escapade en chutant, pour finir écrasé dix mètres plus bas. Revenons à La Chapelle des Cordeliers. Qui sont exactement Les Cordeliers ?
  • Alors elle est effectivement donnée aux Cordeliers fin XVIème, début XVIIème. Les Cordeliers sont des Franciscains, ils arrivent en 1327 à Crest, c’est la famille Poitier qui les accueille, qui les fait venir, et qui va leur donner un terrain de l’autre côté du pont, actuellement ce terrain c’est le grand parking que nous avons, c’est la Place de la Liberté. Ils vont rester là jusqu’en 1570, date à laquelle nous sommes en pleine guerre civile, ce que nous appellerons plus tard les guerres de religions. Les troupes vaudoises vont passer, vont détruire le monastère, et les Cordeliers vont demander à se réfugier et à prendre cette Chapelle qui est en partie ruinée et qui ne sert plus du tout, et ils vont demander l’autorisation de construire un petit couvent, autorisation qui leur sera accordée par le Roi Charles IX, et ils vont venir occuper les lieux, restaurer en quelque sorte la Chapelle. Ils vont notamment faire tomber les dernières voûtes romanes qui sont là, et ils vont construire de belles voûtes ogivales, ils vont construire un passage le long de la Chapelle, ils vont la fortifier. Il y a une terrasse sur laquelle il y a des créneaux, et puis ils vont rester là jusqu’à la révolution, la révolution va chasser tous les religieux de Crest, et il faut savoir qu’à Crest jusqu’à la révolution, il y avait neuf clochers. C’est une ville qui avait énormément de couvents, énormément de monastères, et bien sûr, à la révolution, tout cela va disparaître.

  • Comment vous expliquez ce grand nombre de bâtiments religieux ? Était-ce une terre hospitalière pour les croyants?
  • Oui, sûrement, il y avait les Ursulines, les Visitandines, donc les Cordeliers, il y avait aussi les Capucins qui occupent actuellement le joli monastère des capucins (le monastère des Capucins qui a accueilli l’Abbé Pierre de 1932 à 1939 et qui fermera ses portes en juin prochain suite aux décès de cinq religieux sur onze dus à la Covid), c’était un monastère de Saint Jean de Jérusalem, qui était là pour soigner, il y avait aussi l’Hôtel Dieu dans la ville, qui sera aussi détruit pendant les guerres de religions, il y avait les moines de Saint Ruf, les augustiniens… en fait nous avions un nombre assez important de Chapelles et de Monastères sur Crest. Pourquoi ? Je ne sais pas, tout ce que je sais c’est qu’à l’époque du Moyen-Age, jusqu’au XIVème siècle, c’est une époque extrêmement religieuse et très catholique, et jusqu’à ce moment là on a beaucoup d’Ordres qui viennent dans notre région. Mais maintenant ça reste une jolie région…
  • Toujours ! Alors, si mes notes ne me trahissent pas, je crois que c’est en 1805 que le couvent devient une école pour jeune fille ?
  • Oui, après la révolution les moines s’en vont, la Chapelle est occupée… Elle est squattée en quelque sorte, dirait-on maintenant (rires), elle est donnée tout de même pendant deux ans, puisqu’elle devient ensuite « bien communal », elle appartient à la commune, elle va alors servir de temple aux francs-maçons…
  • Pourquoi eux ?
  • Alors ça… Je n’ai pas l’histoire. Je ne sais pas quoi vous dire, mais c’est assez cocasse quand même… ! Puis le temple va être déplacé, et ce sont les Sœurs Trinitaires qui vont venir, elles vont occuper les lieux, et le petit couvent et la Chapelle, et elles vont transformer la Chapelle, elles vont faire des salles de classes, elles vont faire un dortoir… Et les religieuses s’occuperont d’enseigner aux orphelines, bon, il n’y a pas que des orphelines, il y a aussi des jeunes filles que les familles vont mettre à l’école auprès des sœurs, et elles s’occuperont surtout de l’hôpital, pendant un certain temps ce sont des sœurs qui vont s’occuper des malades à l’hôpital de Crest, le premier hôpital, qui est l’ancien couvent des Visitandines, ensuite vient ce deuxième hôpital qui est ce grand bâtiment blanc, enfin il y aura un troisième hôpital, en bas.
  • L’orphelinat aura une longévité impressionnante puisqu’il tiendra jusqu’en 1972.
  • Oui tout à fait, jusqu’en 1972, les sœurs vont recevoir des enfants, mais là les sœurs sont âgées, elles sont de moins en moins nombreuses, c’est compliqué. Il y a les escaliers… Ceux qui vous amènent le plus rapidement à la ville. Les descendre c’est une chose, les remonter c’en est une autre…
  • Rappelez-nous le nombre de marches de cet escalier.
  • 124. (rires). Voilà, donc ça faisait quand même beaucoup d’allers et venues, c’était et ça reste dur… Donc l’ordre des Trinitaires va rappeler les sœurs et les ramener sur Valence et sur Lyon, et l’ordre mettra en vente tout le couvent et la Chapelle. La partie qui reste de la Chapelle sera rachetée par « Les amis du vieux Crest », nous sommes en 1975, et un organisme social rachètera le reste du couvent, pour le transformer en appartement et en logements sociaux. A ce moment de la rencontre, j’ouvre une petite parenthèse de rien du tout, je voulais juste vous rappeler, qu’Hélène (qui est à droite sur la photo), va intervenir. Voilà, c’est tout.

  • Bonjour, je m’appelle Hélène Gaud, je suis également vice-présidente de la société des Amis du vieux Crest, et donc je suis par exemple la rénovation extérieure de la Chapelle, et maintenant, nous sommes à l’étude pour l’intérieur.
  • Quel a été le constat qui a été à l’origine de la création des « Amis du vieux Crest » ? Ah, vous me faîtes signe… C’est à Christine Malet que je dois visiblement poser la question… Christine ?
  • En fait, la société des amis du vieux Crest s’est créée parce qu’une conscience s’est faite jour chez les habitants de Crest, qu’il fallait protéger et mettre en valeur notre patrimoine. La Tour est le patrimoine le plus visible, et donc les Amis du vieux Crest est né pour le reste… Pour mettre en valeur le reste des bâtiments anciens de la ville, et il n’y a pas que la Chapelle, nous avons de nombreux bâtiments en ville, à Crest, et aux alentours puisque la société ne se cantonne pas à la ville de Crest, on peut aussi aller aider pour des bâtiments historiques sur le pourtour crestois.
  • Quel est votre diagnostique Docteur Christine Malet sur l’état de santé de nos bâtiments historiques crestois ?
  • (rires). Alors globalement, je dirais que grâce au ciel, beaucoup de familles ont fait depuis ces dernières années de belles restaurations, il reste toutefois des bâtiments qui sont à restaurer, et là je suis contente de voir que la ville prend en charge la restauration de la façade de la Chapelle des Visitandines, qui est un pur joyaux du XVIIème, qui vraiment est magnifique. Très cachée c’est vrai parce que même beaucoup de crestois ne savent pas où elle est, et c’est dommage parce qu’elle vaut vraiment le détour (la Chapelle des Visitandines se trouve au 14 Mnt des Cordeliers. NDLR). Dans la rue Carcavel, il y a eu de belles restaurations, dans la Montée Saint Antoine aussi… Il reste le côté le plus populaire de Crest qui est la Place Charabaud, la Rue des Écoles etc… Et là nous avons une très très belle bâtisse qui date du XVème siècle, qui est le premier collège de Crest, et donc ce sont des personnes qui ont restauré le toit, et franchement, toutes mes félicitations ! C’est souvent, et heureusement, des initiatives privées qui font qu’on garde « nos vieilles pierres », comme vous dîtes, et globalement, c’est pas si mauvais que ça… Mais il y a du travail encore !
  • Vous venez de nous évoquer les initiatives privées. Comment se passent les autres financements ?
  • Tout va dépendre de ce que vous faîtes, si vous achetez une maison ancienne et que vous la restaurez et bien ce sera sur vos fonds propres, ce qui c’est d’ailleurs passé ici, il y a en bas des escaliers une maison du XVème siècle, le propriétaire a trouvé des subventions, il a surtout trouvé une banque qui a bien voulu le suivre, parce qu’il avait un projet qui lui a permis de restaurer une maison relativement grande, sur plusieurs étages, il a réussi à avoir des fonds, parce que déjà lui avait un apport personnel important. Mais il a un projet de location d’appartements pour les touristes (légère grimace). En revanche, pour une association comme la notre, quand on parle de projet de restauration là, le bâtiment est classé, or tous les bâtiments de Crest ne sont pas classés, il n’y en a pas d’ailleurs suffisamment, mais la Chapelle des Cordeliers est inscrite au « Mérimée » (la base de données du patrimoine monumental français, NDLR), ce qui nous oblige à travailler avec la DRAC (direction régionale des affaires culturelles), avec les Bâtiments de France, mais comme la Chapelle appartient à une association privée, ça nous laisse un volant plus large, alors on a des subventions qui atteignent 40% des sommes sur les travaux de maçonnerie…
  • En version sonnante et trébuchante, ça donne quoi ?
  • Ça dépend du montant. Si vous avez un montant de 300 000 Euros, et bien vous avez 40%, alors pour les travaux extérieurs, avec la Fondation du Patrimoine, et le Loto du Patrimoine, on a eu presque 60% de subventions d’état, ce qui était intéressant, la Région, le Département etc… Pour les travaux intérieurs, je ne sais pas, parce qu’on est au début donc on n’a pas encore une idée, mais quand même, nous avons une grosse recherche de sponsors à faire.
  • Hélène, je me tourne à nouveau vers vous. Je voudrais savoir quelle a été votre motivation première, pourquoi êtes-vous si amoureuse de ces « vieilles pierres crestoises » ?
  • Je crois que cet amour on l’a en soi dès qu’on comprend l’enjeu du patrimoine, et de garder tous ces témoignages du passé. Quand je suis arrivée à Crest en 2008, la première chose que j’ai faite ça été de repérer quelle étaient les associations qui s’occupaient de ça, donc je suis allé voir Christine et son association qui a fait déjà beaucoup de choses sur Crest, et ensuite j’ai eu la connaissance des « Amis du vieux Crest », j’ai pris contact et depuis j’œuvre dans la mesure de mes capacités pour cette belle Chapelle des Cordeliers.
  • Alors, si je me penche un peu, j’aperçois, posé à même le sol de la Chapelle, des instruments de musique africains, j’en conclue qu’aujourd’hui vous offrez au travers de diverses manifestations une nouvelle vie à la Chapelle des Cordeliers…
  • Absolument, nous sommes un lieu ouvert à tous, nous proposons des expositions de sculptures, de peintures et bien d’autres modes d’expressions, il y a aussi des animations pour les enfants, des spectacles, des concerts, tout projet peut être étudié et généralement accordé aux différentes associations ou compagnies, qu’elles soient de Crest ou d’ailleurs.
  • Comment se fait le choix des manifestations que vous proposez ?
  • Je crois qu’avant tout, c’est une histoire d’envie. On connaît les gens que l’on expose et que l’on fait venir à la Chapelle, et de bouche à oreille, on a de plus en plus de demandes.
  • Christine, avez-vous un planning pour les jours à venir ? Quelles sont les manifestations prévues à la Chapelle ?
  • Donc jusqu’à la fin du mois, il y a l’exposition que vous évoquiez consacrée aux musiques africaines, avec une présentation des instruments de musiques que nous présentons aux enfants des écoles, pendant plus d’une heure on leur joue des ces instruments, et on leur raconte l’histoire de ces instruments, on les replace sur la carte de l’Afrique, donc les enfants apprennent à connaître la géographie de l’Afrique, et ils sont très attentifs et par le jeu de la musique ils apprennent beaucoup… et par le jeu du rire aussi, parce que le rire est souvent plus porteur, que la tristesse ou… enfin voilà. Ensuite il y aura l’installation du village de Noël, mais avant, nous allons avoir, alors ça se passe à l’Espace Soubeyran, dans la salle Coloriage, nous allons avoir un bal masqué… ! N’est-ce pas Hélène ?
  • Oui, c’est un bal folk, les bénéfices sont entièrement reversés pour la Chapelle des Cordeliers, et pour œuvrer à sa restauration intérieure. Donc, notez bien la date, ce sera le 6 novembre, à la salle Coloriage. Restauration et buvette sont prévues sur place… Je précise que c’est un bal costumé, mais que vous n’êtes pas obligé de venir déguisé et qu’il n’y a aucun thème de déguisement. J’y pense, pour les amoureux du bon vin, le 5 décembre, nous organisons une dégustation œnologique avec vente de truffes et de foie gras.
  • Avant de nous quitter, et ce sera ma dernière question, est-ce que vous pensez que votre amour des « vieilles pierres » est compris par les plus jeunes ? Est-ce que selon vous, la relève est assurée par la jeunesse ?
  • Difficilement pour l’instant. On attend beaucoup de la restauration de la Chapelle, en espérant que des jeunes viennent. Mais je pense que les choses se feront comme elles doivent se faire, l’amour des vieilles pierres, la connaissance… ça ne vient pas tout de suite, on en prend conscience un peu plus tard, parce que enfant, on a autre chose à faire (rires). Mais j’insiste, la destination finale de la Chapelle c’est d’être ouverte sur Crest, que les crestois se l’approprient, que ce soit une salle multiculturelle où on puisse faire à peu près tout, la Tour comme la Chapelle, sont des lieux emblématiques ici à Crest… Mais pour revenir à votre question, peut-être que si à cinq ou six ans vos parents vous ont amené voir des beaux châteaux etc… peut-être que ça restera, mais on ne peut pas demander à des adolescents qui ont une vie à monter, qui ont du travail à chercher… Ils ont franchement autre chose à faire que s’occuper des vieilles pierres, mais plus tard, oui, ils y viendront. Ça j’en suis sûre ! Donc n’hésitez plus, rendez vous à la Chapelle des Cordeliers, au cœur de Crest pour la beauté du site et pour les nombreuses activités que vous proposent Les amis du vieux Crest, au sein même de la bâtisse… Bien entendu, comme avec tous les rendez-vous inoubliables, il vous va vous falloir mettre votre organisme à l’épreuve avec l’ascension des 124 marches de cet escalier en parti sculpté à même la roche, mais quand on aime, on ne compte pas…
  • N’est-ce pas ?
  • Mathias Deguelle.

Une réflexion sur “CREST: MILLE ANS D’HISTOIRE

  • 19 octobre 2021 à 15h42
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    Mes grands parents BARNIER ont habité la dernière maison en haut à gauche des escaliers des cordeliers ( avec le balcon et le petit toit), de 1950 à 1992. Toute mon enfance et mes vacances dans cette maison. Je suis né à Crest, et je suis aussi allé à St Louis et l’immaculée de 68 à 71.

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