CREST: LE CINÉMA L’ÉDEN VEND UN FAUTEUIL POUR D’EUX…

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants.

Si vous le voulez bien, nous allons commencer par le commencement. Qu’est-ce qu’un fauteuil ? Définition du dictionnaire : « Siège à dossier et à bras, pour une personne ». Ok. Bon le dico dit « bras », mais moi, perso, j’entends accoudoirs.

Donc en ce mercredi 1er juin, je me rends au cinéma l’Éden à Crest, car en cette matinée, le cinéma se réinvente. Et la première phase d’une réinvention c’est de se séparer de ce qui fit notre vie d’antan.

En bref, l’Éden vendait la totalité des fauteuils de ses salles de cinéma.

Donc, à ce stade du récit, je marche le long des bords de drôme, je réfléchis à la tournure que va prendre ce reportage, et je m’imagine, pas après pas, l’histoire du fauteuil…

Je pense qu’à la préhistoire, devant les dessins rupestres, ceux qui regardaient les parois des grottes devaient être assis sur ce genre de « fauteuil »…

Puis, un jour, un petit malin qui souffrait d’arthrose a dû inventer « le dossier »… Très important le dossier pour soulager le mal du siècle…

Et là, nous faisons un bond… L’invention des accoudoirs (pardon… des « bras »). Là, ton dos est calé, tes avant-bras sont au repos, tes jambes légèrement fléchies, là, tu es bien…

Maintenant, il y a une espèce de fauteuil qui se distingue de la masse des fauteuils, c’est « le fauteuil de cinéma »…

Oui… certes… Mais sans aller jusque-là… Bon sang, là, vous m’avez égaré… J’en étais où moi ? Ah, oui, j’arrive donc à proximité du cinéma l’Éden, et ce qui me saute aux yeux c’est le « côté chantier »… En vrai, ça sent la sueur et le travail… Donc, je m’approche…

Un ouvrier casque sur la tête, accepte de répondre à ma question :

  • Bonjour, je m’appelle Gabriel, je fais partie de l’entreprise Liotard TP, et donc ce que nous allons faire, c’est qu’on va détruire toute la verrerie qui est devant, ensuite on va détruire la dalle qui est en-dessous, pour refaire une dalle plus grande et une nouvelle verrerie toute neuve. Voilà, on refait entièrement la façade, et vraiment ça va être un changement radical.

Je rentre par la porte réservée aux habituels clients, et pour commencer je croise Spiderman, incapable de se servir d’une perceuse.

Machine-arrière… La bonne porte était 10 mètres en amont, je reviens donc sur mes pas. Là, c’est bon, j’y suis…

Bon, d’abord les fauteuils sont nombreux, ensuite ils sont rouges, et enfin ils me font face. Mais surtout ils sont « friables »: ils ne sont pas fait que d’un seul bloc, et là je vais très vite en apprendre beaucoup sur l’art de « la déconstruction ».

  • Bonjour Monsieur Jean-Pierre Point, je ne rappelle pas que vous êtes un élu chargé des travaux au sein de la municipalité, pas plus que je ne rappelle que vous êtes le taulier de la salle l’Éden, où nous nous trouvons présentement… Non, mais en revanche  je vous entendais parler à votre équipe et c’est amusant, vous disiez que probablement il pourrait y avoir des chewing-gum collés aux fauteuils… Quelle belle introduction à notre conversation que ce retour à l’immaturité… ! Alors, je vous ai demandé de me définir l’essence de cette journée très spéciale, et avec l’humour qu’on vous connaît, vous m’avez répondu du tac-au-tac que l’essence était trop chère aujourd’hui… Les amoureux du verbe apprécieront…
  • (rire), non… le « but du jeu », était : plutôt que de jeter bêtement les anciens fauteuils de l’Éden, que nous allons changer dans le cadre des travaux, c’était d’en faire profiter ceux qui le souhaitaient, des associations comme des particuliers, de façon à récupérer les fauteuils, à un prix « dérisoire » (sourire), pour qu’ils puissent s’équiper… La voilà « l’essence » de la journée… !
  • Donc même les fauteuils de cinéma ont une « obsolescence programmée » ?
  • Écoutez, je ne sais pas… ceux-là ils ont quand même 32 ans, donc c’est une belle vie pour un fauteuil, même si on les a un peu « relookés », il y a une vingtaine d’années… Alors oui, au bout d’un moment la mousse se détériore un peu… même si je trouve qu’ils ont très bien vécu et qu’on a eu des spectateurs crestois assez respectueux. Mais 30 ans dans la vie d’un fauteuil, c’est une belle vie…

Mais en réalité, cette opération à l’Éden, c’est Laurent qui l’a gérée de A à Z…

  • Laurent, il me faut te soumettre une problématique qui me hante depuis que je suis dans cette salle. Donc, vous dévissez les fauteuils, vous morcelez un ensemble, soit. Mais un fauteuil de cinéma, c’est « un accoudoir pour deux », donc mathématiquement, vous allez faire des « orphelins de l’accoudoir »…

Et là… Alors que je m’adressais à Laurent, Monsieur Point, tel Archimède, revient à la charge pour nous expliquer le principe d’indivisibilité… Suivez, parce que là, vraiment, il est trop fort…

  • Ah, ben non… Parce qu’au milieu, il restera toujours un fauteuil sans aucun accoudoir.

Et voilà ce qui s’appelle « être sévère mais juste ». Le jugement de Salomon ? Balayé d’une phrase par Monsieur Point. Bravo Maestro !

Bon, moi qui suis trésorier de « l’Accoudoir Fan Club », je n’ai pas voulu polémiquer, d’autant que Laurent avait, je vous le rappelle, son mot à dire… Je lui pose la question sur le nombre de fauteuils que représente cette vente…

  • Disons qu’au départ on était partis sur l’idée de vendre à l’unité l’ensemble des fauteuils, mais très vite on s’est aperçu que ça allait être compliqué parce qu’on a eu une énorme demande, en fait… On a été débordés, pour te dire, là on a ouvert des listes d’attente… du coup, on s’est dit que le plus simple c’était de limiter la vente à « trois fauteuils minimum »… Voilà. Pour essayer de satisfaire le maximum de personnes, parce que évidemment, si on ne vend que des fauteuils à l’unité, on va se retrouver avec des fauteuils « sans accoudoirs », qui vont être plus nombreux que si on vend les fauteuils par trois, ou par quatre… enfin, par blocs. Après, chacun pourra imaginer une façon de l’adapter chez lui. Mais tu sais… en fait ces demandes massives, ça nous a fait aussi réfléchir… et on s’est dit que ça faisait beaucoup de « home cinéma », qui existent partout… Mais bon, on n’est pas naïfs, on ne découvre pas aujourd’hui cette « pratique », mais moi je ne pense pas que ça freine la cinéphilie, et même pour moi ça alimente la cinéphilie, c’est-à-dire que les gens qui installent des home-cinéma chez eux, ce sont des gens qui sont amoureux du cinéma, et je pense que ça ne nuit pas à l’attrait qu’on garde pour la salle de cinéma. Maintenant, ce qui est amusant aujourd’hui c’est combien on se rend compte que le fauteuil est un objet « fétiche », le fauteuil est comme un symbole de la représentation de ce que doit être le cinéma… C’est très intéressant. Et parmi les demandes de fauteuils, il y a beaucoup d’associations, des cafés associatifs ou des bars, ou parfois des lieux de spectacle, qui donc ont choisi de nous prendre des « grands lots » de fauteuils… On va les retrouver un peu partout, ça va être marrant de se dire que chacun va posséder un « petit bout » de l’histoire de l’Éden, comme ça… éclaté sur tout le territoire de la Drôme, moi je trouve l’idée vraiment sympathique.
  • Laurent, comment vous y êtes-vous pris, pour définir le prix d’un fauteuil ?
  • Bon, alors… Franchement, c’était un petit peu « à la louche », mais moi je suis allé tout simplement voir ce qu’il se pratiquait en terme de tarif sur Le Bon Coin, tout simplement… J’ai regardé la tendance, parce qu’on n’est pas les seuls à vendre des fauteuils de cinéma, mais voilà… on voulait aussi que ce soit accessible, on ne voulait pas « assommer », alors… Voilà, on s’est dit 30 Euros, pour un fauteuil encore en bel état, bonne qualité, voilà… on s’est dit que c’était raisonnable… Vous savez, un fauteuil neuf c’est trois ou quatre fois ce prix là… Donc voilà, c’était un peu en fonction du « marché du fauteuil » (rire)…
  • Allez, Laurent, je vais te laisser… Je sais que tu es « overbooké » ce matin, mais juste avant qu’on se sépare : l’argent que va rapporter la vente de tous ces fauteuils, vous allez la réinvestir dans quoi ? Dans les nouveaux fauteuils ?
  • Alors évidemment cette somme récoltée va nous servir à faire des améliorations dans le cinéma, alors, pour l’instant on ne sait pas encore comment ça va être « dispatché »… Alors moi, je fais un peu de forcing pour embellir notre « espace patio », une cour intérieure qui est un endroit convivial qui lors notamment de nos soirées thématiques, permet d’offrir aux spectateurs un moment dans un espace de détente à ciel ouvert, où un traiteur offre de quoi grignoter et boire un verre, entre deux séances… Alors voilà, peut-être que les fruits de cette vente vont être investis ici, où bien dans d’autres endroits dans le cadre de la rénovation du cinéma… Un cinéma qui d’ailleurs nous coûte relativement cher, les opérations financières deviennent très « délicates » en terme d’équilibre…
  • Partant du principe qu’on ne remplace pas le bien par le pire, j’imagine donc que les futurs fauteuils de l’Éden vont être plus ergonomiques, plus confortables que les précédents, à savoir tous ceux qui disparaissent sous nos yeux ce matin… Alors ? Faites-nous rêver, ça va être comment à l’avenir de s’asseoir à l’Éden… ?
  • En fait, ce sont surtout des fauteuils qui ont évolué en terme de « norme incendie », parce que tous les fauteuils ont des résistances au feu… donc les normes évoluent, donc il y a des tissus qui sont aujourd’hui très performants, et on a besoin de « se mettre à la page », en fait… Donc, ça c’est la première raison qui a motivé ce changement de tous les fauteuils, c’est clairement pour des raisons de sécurité, de mise aux normes, et après ce sont des raisons esthétiques, c’est-à-dire que bon… on ne va pas changer la couleur fondamentale de l’ensemble des fauteuils, ça va pas être une « salle multicolore », comme ça se pratique dans certains cinémas, et surtout pas de cuir… Après, on va garder une petite singularité, mais on ne dévoile rien, on laisse le suspens…
  • Allez… Laurent ? Tu me fais quoi là ? Au moins donne-nous un indice… Un tout petit indice…
  • Non, non, non… Sinon, j’en connais un qui va me taper sur les doigts…(rire). Disons que cette « surprise » sera dévoilée lors de la soirée de réouverture, « vers » le 6 juillet… Voilà… Je n’en dirais pas plus… !

Je quitte Laurent, je recule d’un pas… et qui je heurte maladroitement ? L’homme qui a le super-pouvoir d’être partout à la fois, encore plus fort que le don d’ubiquité…

  • Houps, pardonnez-moi Monsieur Point… Mais dites-moi, ça représente « une masse » de combien de fauteuils, votre opération ?
  • Alors, il y en avait 433 de disponibles, et on a déjà une petite centaine qui est parti… mais voilà, ça c’est fait ce matin, en trois heures de temps, donc c’est bien… Mais disons, que ça a été un peu « intense » ce matin, dès 8 heures il y avait déjà la queue… ! Mais je vous le dis, la totalité des fauteuils « disparaîtra », oui… parce qu’on a plus de réservations que de fauteuils disponibles… !
  • Monsieur Point… Vous donnez une deuxième vie aux objets… !
  • (sourire) Bah, c’était le but, sinon ça partait à la benne, et même le recyclage n’était pas sûr. Alors oui, donner une deuxième vie, surtout dans la période que nous vivons, c’est une bonne chose… Et puis, rien ne nous empêche d’espérer une troisième, voir une quatrième vie… Ça peut durer !

Bon. Fin de notre « Point » philosophique…

Intéressons-nous un instant aux acheteurs, celles et ceux qui sont venus avec leur petite camionnette pour pouvoir y caler tous ces achats singuliers…

  • Alors moi je suis Nelly, je suis avec Adrien et Elina, et on vient ici pour récupérer des fauteuils, parce que nous sommes en train de construire une maison, et donc, on envisage de se faire une petite salle de cinéma, avec les fauteuils de l’Éden… Alors, on pourrait croire que se construire une petite salle de cinéma c’est contreproductif par rapport aux vraies salles de cinéma, mais je vais vous dire, ce qui est réellement contreproductif c’est d’avoir des enfants en bas-âge (éclat de rire), donc on espère bien revenir en amoureux pour passer de belles soirées au cinéma, et puis s’en faire d’autres un peu plus familiales chez nous…
  • Vous avez achetez combien de fauteuils ce matin ?
  • Dix… Alors du coup, on espère pouvoir faire une rangée de quatre, pour nous quatre, notre famille, et après deux rangées de trois… Voilà, et maintenant « y’a plus qu’à »… (rire).

La scène est très cinématographique. Il y a dans ce ballet incessant de celles et ceux qui « chargent » les fauteuils dans leur véhicule, comme déjà, une nostalgie qui s’installe. Tu prends une salle de cinéma, tu enlèves les fauteuils, et voici une salle qui se retrouve provisoirement en jachère…

  • Bonjour, je m’appelle Bénédicte, donc je suis ici pour chercher des fauteuils du cinéma l’Éden… Alors nous on a pris deux séries de trois fauteuils accolés, ce qui fait six fauteuils en tout… Alors au début on voulait les prendre « à l’unité », et puis finalement, comme ça n’était plus possible parce qu’il y avait trop de demandes, en fait comme ils étaient « accolés », il y avait un « binz », je n’ai pas tout compris, sauf que voilà… c’était pas possible de les prendre à l’unité (rire)… Alors, je vais les installer les six, dans mon grenier, que nous sommes en train d’isoler, et du coup, ça va nous faire un espace en plus, et on s’est dit que c’était une idée marrante de mettre des fauteuils de cinéma… et comme on a un vidéoprojecteur, on va se faire une petite salle de ciné, perso… Mais on continuera à venir à l’Éden, bien sûr…
  • Vous les avez payé combien ces six fauteuils ?
  • 105 Euros…
  • C’est marrant parce que ça ne correspond pas aux chiffres qu’on m’a communiqué…
  • Oui, mais on vous a donné les chiffres à l’unité, mais plus tu en prends, plus c’est dégressif…
  • Ok. J’ai compris. Alors, je vais acheter l’ensemble des fauteuils, et avec un peu de chance, c’est l’Éden qui va me devoir de l’argent…
  • (mdr), voilà… vous comprenez vite !

Le fauteuil de cinéma. C’est vrai qu’il y a dans cet objet un côte totem. Un très bon film peut te faire oublier un mauvais fauteuil. Mais un mauvais fauteuil peut vous gâcher un très bon film… Une sacrée équation qui lie le corps, le support du corps et le spectacle que le corps désire… Pfuuu… !

  • Bonjour, je m’appelle Jordane, et j’ai travaillé ici à l’Éden pendant six ans, c’était il y a longtemps, et comme j’ai la chance d’avoir de la place chez moi, quand j’ai appris que cette vente de fauteuils avait lieu, je n’ai pas hésité une seconde… Parce qu’en fait, je me suis dit qu’un fauteuil c’est aussi un « symbole » du cinéma… le cinéma, c’est ce que j’ai étudié aussi, j’ai un peu bossé dans le cinéma, derrière la caméra, et même dans l’administratif et tout ça… et voilà, j’avais vraiment envie d’avoir ce bel objet chez moi.
  • Vous êtes réalisatrice de films ?
  • Disons que j’ai travaillé sur des courts-métrages, et puis à la production, j’ai fait aussi assistante de production, assistante de réalisation, j’ai même goûté à la régie, donc voilà… c’est un milieu que j’aime bien.
  • Alors aujourd’hui nous parlons « fauteuils », et je me disais que finalement le fauteuil de cinéma, c’est un peu ce qui sépare le tournage d’un film, de sa projection sur grand écran, c’est une sorte de « lien » qui réunit les deux…
  • Oui oui, tout à fait… Et puis le fauteuil pour moi il est important, parce que j’ai toujours mis mes pieds sur le fauteuil de devant (rire), et on m’a toujours dit de ne pas le faire, et j’ai toujours continué à le faire, et là… Je vais tranquillement pouvoir mettre mes pieds sur mes fauteuils, comme je veux… (rire), chez moi… ! Mais bon, on ne va pas tout comparer… Être chez soi devant un écran, et être au cinéma, c’est quand même pas du tout la même chose… Donc là, voyez-vous, je vais acheter quatre fauteuils… Et j’ai tous les accoudoirs ! (mdr).

Alors j’ai négocié, j’ai tergiversé… J’ai tout tenté. Mais le plus beau fauteuil du cinéma l’Éden n’est pas à vendre… Et pourtant, quel trône ! Même s’il n’a pas d’accoudoirs…!

Voilà, maintenant je quitte l’Éden en me disant que ce matin ils ont réussi à vendre 24 fauteuils / seconde… Bon j’exagère un peu… Mais, il n’empêche que dans cette salle de cinéma, « ça défilait »… Comme dans un film !

Lebrillant.fr n’en doutez pas, sera présent à la réouverture du « nouvel Éden »…

Tout simplement parce que…

À présent et pour conclure, je vous annonce que lebrillant.fr va évidemment consacrer ces prochaines parutions à « La fête médiévale de Crest » qui a eu lieu ce week-end, avec mardi un Mégaphone qui va donner la parole aux organisateurs, aux acteurs et aux spectateurs de la fête, et jeudi notre Photogram reviendra sur les festivités avec un « tout en photos », vous connaissez maintenant le principe.

Alors, bonne semaine à toutes et tous, et à mardi…

Textes et Photos : Mathias Deguelle.

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