CREST: LA DRÔME, LA RIVIÈRE « EN CHANTIER »

Bonjour les brillantes, bonjour les brillants. Cet article va s’attacher à comprendre quelle forme va prendre les travaux qui vont être prochainement effectués sur la Drôme, car si nous gardons tous en mémoire l’impressionnant débordement de 2003, nous allons le voir, des experts se sont penchés sur le problème afin d’éviter que ce genre de catastrophe naturelle ne se reproduise. Et pour présenter les mesures qui vont dès cet automne être mises en place, cinq spécialistes se sont réunis dans l’enceinte de la salle George Brassens, d’abord pour expliquer les causes des débordements, mais surtout comment y remédier. Présentation des lieux : quelques chaises ont été installées dans une salle et face au maigre public, des spécialistes du fluvial ont longuement évoqué cette rivière qu’ici nous chérissons parce qu’elle a su garder son côté sauvage, au programme des explications et un projecteur qui mettait en images les explications parfois un peu techniques du projet de nettoyage et d’éclaircissement des berges de la rivière.

Cet article va se passer en deux temps : d’abord la restitution des mots de nos experts, et puis, la partie interview parce que lebrillant.fr préfère les rencontres aux théories parfois trop pointues pour le non-initié.

  • Bonsoir à tous. Je parle au nom du SMRD, le syndicat mixte de la rivière Drôme. Nous allons ici évoquer les problèmes inhérents à l’entretien des 500 km des versants de la rivière Drôme. Alors nous sommes réunis ici pour présenter ces travaux qui vont palier aux atterrissements (soit le cumul des végétaux et minéraux qui sont charriés par le flot de la rivière, et qui finissent par s’agglomérer sur les berges NDLR), ces atterrissements finissent à terme par avoir un impact sur le milieu aquatique, ainsi que sur les différents ouvrages, notamment d’endiguements, communément appelés digues, les ouvrages d’art, et sur le fonctionnement naturel de la rivière. L’ensemble de ces travaux ne font certes que reproduire de manière artificielle ce que la rivière devrait faire en temps de cru, au moment où elle monte. Il s’agit donc de vous présenter ces travaux qui vont être réalisés en commun avec la DDT26.

  • Je prends la parole pour un rapide historique, la Drôme, ça fait très très longtemps que les collectivités, les élus ont pris la gestion de l’eau en général et de la rivière en particulier puisque c’est une politique qui date du début des années 90, avec le constat à l’époque d’un milieu qui était complètement dégradé, avec notamment l’impact des extractions qui a fait baisser le lit de la rivière, des rejets d’épuration, des rejets d’usine qui empêchaient toutes baignades. Donc il y a eu une prise de conscience, ça a amené à pas mal de démarches novatrices pour l’époque, puisqu’il y a eu deux contrats de rivières qui étaient des gros programmes de travaux. Travaux qui étaient financés par différents organismes qui étaient le département, l’agence de l’eau, l’état, la région, et puis les collectivités qui grosso-modo avaient deux axes. Un axe qui était l’épuration, puis un autre axe qu’on a appelé « risque et milieu », et c’est là qu’on a commencé à travailler sur l’entretien des berges et d’autres travaux qui avaient pour objectif de rendre le cours d’eau plus fonctionnel. Et en parallèle de ça il y a eu la démarche du SAGE DRÔME, alors le SAGE c’est un document d’objectifs où tous les élus, les usagers, les administrations se mettent autour de la table pour tenter de définir ce que doit être l’intérêt général pour la rivière. Ça a commencé par la création d’une CLE, une commission locale de l’eau en 1993, il y a eu des réponses aux questions, et ces réponses ont abouti à ce fameux SAGE, le premier de France. Donc toutes les communes étaient investies, Crest, Saillans, Die… et chacune faisait un peu les opérations chez elle avec des inégalités de territoire, parce que tout le monde n’avait pas les même moyens financiers et humains pour mettre en œuvre les opérations. Donc c’est vers les années 2000 que les élus, mais aussi les partenaires, nos financiers ont essayé de pousser pour qu’il y ait une structure un peu différente de la politique de l’eau, et donc ça a donné la création du SMRD qui est devenu un syndicat qui ne fait que la rivière mais qui est compétent sur l’ensemble du bassin versant de la Drôme qui regroupe la communauté de commune du Val de Drôme, du crestois pays de Saillans et la communauté de commune du Diois, plus le département qui intervient. Puis en 2018, le syndicat a prit un grand virage puisque l’état a créé une compétence GEMAPI, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, qui a été attribué dans un premier temps aux communes, puis aux communautés de communes. Alors on fait beaucoup d’actions avec des moyens qui sont quand même limités, puisque le budget GEMAPI est de 390 000 Euros, et le SAGE à 135 000 Euros, et voilà nous sommes huit agents à travailler au syndicat.

  • Voila pour le résumé, un peu technique qui a été fait, mais je le répète, cinq experts qui alimentent leur démonstration avec force sigles et autres acronymes, ce n’est pas vraiment parlant. Ce que je vous propose donc maintenant c’est de passer à la partie rencontre afin peut être que l’explication de ces travaux soient clairs comme de l’eau de la drôme.
  • Bonjour je suis Frédéric Tron, Président du SMRD.
  • Nous allons commencer par présenter cette dame que tous les drômois fréquentent, je parle de la rivière Drôme, une des dernières rivières sauvages d’Europe.
  • Alors c’est une rivière sauvage effectivement, une des dernières d’Europe, mais qui a été rendue sauvage. Parce qu’en fait, avant elle était très fortement aménagée, très fortement impactée par la présence humaine, et au fil du temps il s’est trouvé nécessaire de rétablir les fonctionnalités de cette rivière de manière à ce qu’elle puisse retrouver son état le plus proche de son côté sauvage.
  • Le côté sauvage on le paie, on se souvient de 2003 avec les débordements, aujourd’hui après avoir assisté à votre conférence, j’en conclus qu’à nouveau la main de l’homme va devoir j’allais dire réguler la rivière.
  • Oui, mais la main de l’homme a déjà impacté la rivière par le passé, là ce qu’on essaie de faire, c’est d’accompagner la rivière dans ses fonctionnalités naturelles. Donc la main de l’homme a changé de revers, elle n’est plus la main de l’homme qui vient essayer de lutter contre la rivière, mais essayer plutôt de se l’approprier pour faire en sorte que cette rivière puisse vraiment vivre dans son espace, c’est ça qu’il faut voir. Ce n’est pas la main de l’homme qui vient générer et utiliser la rivière comme étant une ressource pour pouvoir en bénéficier, faire de l’extraction etc… Ça c’est terminé, maintenant la main de l’homme c’est pour pouvoir accompagner cette rivière dans son espace naturel.
  • Mais vous n’allez pas me contredire, il y aura pour ces aménagements des bulldozers, des pelleteuses, donc j’en déduis qu’il y aura trois impacts : végétal, minéral et animal…
  • Justement les effets de la réglementation qui sont en vigueur, c’est à dire qu’au travers d’un dossier de déclaration pour pouvoir respecter le milieu tient en trois mots : éviter, réduire, et compenser.
  • Houla, vous allez vite…
  • Éviter toutes les nuisances sur la rivière, compenser si nécessaire et réduire au maximum. Donc effectivement nous allons rentrer dans une phase de travaux, mais cette phase de travaux va être limitée dans le temps et avoir le moins d’impact possible sur la rivière. Sinon, si on laissait faire les choses, à ce moment là, on aurait, puisque nous sommes sur une zone urbanisée, on aurait des points critiques, c’est à dire que les points d’endiguement n’arriveraient plus à soutenir les crues de la rivière. Donc on peut aller jusqu’à la catastrophe si on intervient pas. Donc là, on est obligés d’intervenir pour protéger au maximum ce qui a été fait par le passé.
  • Le principal problème sont les résidus végétaux qui s’accumulent sur les berges et qui finalement changent ou modifient le cours de la Drôme. Alors vous allez j’imagine les extraire, mais qu’en faites-vous ensuite ?
  • Ah, mais ils vont être broyés sur place.
  • Maintenant abordons la faune, la Drôme est une rivière poissonneuse, vous allez vous mettre tous les pêcheurs à dos.
  • Vous savez quand on a ce genre de dossier, on s’intéresse aussi avec les services instructeurs de se rapprocher des pêcheurs pour pouvoir connaître leur avis. Et puis les techniciens de la rivière connaissent quand même suffisamment bien la rivière, et sont suffisamment en lien avec les pêcheurs et les différentes associations environnementales pour essayer de faire en sorte qu’on puisse faire ces travaux dans des périodes où le poisson va pouvoir aller se réfugier dans différents endroits et il ne sera plus sur les sites de travaux au moment critique où on le dérangerait, au contraire, là c’est une période où on le dérange le moins.
  • Ce sont des travaux qui vont commencer cet automne, ils vont s’étaler sur quelle durée ?
  • Là justement nous sommes en train d’y travailler, le but c’est que ces travaux soient interrompus avant le printemps. Certains secteurs vont être traités par des machines pour pouvoir broyer les végétaux…
  • Donc plus de baignade pendant toute cette durée ?
  • Attendez, là on arrête la baignade bientôt ! Quand même ! L’eau est trop froide (rires).
  • Est-ce que ça va réduire les bords de Drôme ?
  • On va essayer d’élargir le lit de la Drôme dans sa fonctionnalité et effectivement il y a certains espaces qui vont probablement être réduits pour permettre à la Drôme de s’étaler entre ses deux digues. Quand on aura des îlots, des points durs qui pourraient générer des problématiques ultérieures en cas d’inondations, ils vont être purement et simplement arasés pour permettre au lit de la rivière de s’élargir entre les deux digues.
  • Pourquoi en lieu et place de ces travaux, une politique d’entretien régulier n’a pas été mise en place ?
  • Ce sont des travaux de gestion sur lesquels il faut intervenir assez rapidement, mais ils vont se faire en toute quiétude, en toute tranquillité, dans le respect de la réglementation et des écosystèmes qui sont déjà en place. Mais il est sûr que ça va créer quelques nuisances pendant un certain temps, mais ça va aussi permettre à la rivière de retrouver un peu plus d’espace. Laissons à cette rivière des espaces que l’homme a profondément restreint à certains endroits, notamment dans les zones urbanisées.
  • En quoi est-elle problématique la Drôme ?
  • Elle n’est pas problématique la Drôme. C’est une belle rivière à qui on veut redonner un espace de vie parce que l’homme est intervenu et il est trop intervenu.
  • Si je comprends bien l’homme intervient pour contrecarrer les interventions de l’homme.
  • Pas contrecarrer, juste pour permettre à cette Drôme qui a été si souvent martyrisée… L’être humain essaie de contribuer maintenant dans certains endroits urbanisés à la réguler, mais dans les zones non urbanisées, nous la laissons s’étendre. Parce que dans les zones urbanisées il y a un aspect économique, mais il y a aussi des gens qui y vivent.
  • Donc vous nous garantissez que les inondations type 2003, ne pourront plus jamais avoir lieu ?
  • Ah, moi, je ne m’appelle pas Nostradamus, mais au vu de ce qui se passe nous savons qu’il y aura des crues, quand au volume du débit, personne ne peut le prévoir. Regardez ce qui s’est passé dans le Gard, ou en Allemagne, personne pouvait l’anticiper ni le prévoir.
  • Je sais que la rivière pullule de castors, comment vous allez gérer ça ?
  • Par évitement, comme je vous l’ai dit. Si on peut éviter de faire un dommage au milieu, on va l’éviter. Un autre expert des milieux aquatiques intervient, je lui tends mon micro.
  • Bonjour, je suis Julien Nivou. Ce qu’on fait c’est qu’on fait un repérage préalable, s’il y a un habitat de castors avéré, c’est une zone qu’on ne touchera pas. Et le castor il se met à l’abri et quand il ressort de sa cachette, c’est comme si une crue était passée, il prend ses habitudes, il n’est pas perturbé. Il y a eu de grosses interventions comme ça, notamment en 2019 sur la réserve naturelle des Ramières et la dynamique du castor n’a pas été impactée, et la vie a repris après les travaux.

  • Question minéraux, vous allez déplacer des pierres, des rochers ?
  • Non on ne va pas toucher les minéraux, simplement on les griffe, on les décompacte, parce que là, ça fait très longtemps qu’ils sont au même endroit, les racines les ont liés les uns avec les autres, là on va simplement les aérer pour que ce soit la rivière elle-même avec le courant qui les remette en place naturellement, mais pas question de les transporter ailleurs. Mais que tout le monde se rassure, les travaux ne devraient pas excéder trois semaines.

L’homme a le devoir d’anticiper le droit à l’imprévisibilité d’un cours d’eau qui est un écosystème.

La Drôme va donc se refaire une beauté pour reprendre son cours le plus naturellement du monde, et nous permettre de continuer à profiter de ses couleurs différentes chaque jour en fonction de la lumière, et surtout de l’écouter chanter inexorablement son flot de courant continu.

Mathias Deguelle

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