CREST: FAIRE « CONNAISSANCES » AVEC L’UNIVERSITÉ POPULAIRE.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Aujourd’hui lebrillant.fr consacre cette rencontre à la transmission et au partage, des savoirs. Puisqu’il n’est jamais trop tard pour apprendre et débattre, puisque plus que jamais en ces temps où les réseaux sociaux ne font qu’échantillonner et réduire à leur plus simple expression les problématiques les plus complexes, nous avons décidé de donner la parole aux représentants de l’Université Populaire du Val de Drôme, située au 5, Rue Aristide Dumont, au centre-ville de Crest, et tenter de comprendre comment fonctionne cette institution pas comme les autres.

  • Bonjour, je suis Philippe Gasparini, et je suis coprésident de L’Université Populaire du Val de Drôme.
  • Bonjour, je suis Marie-Hélène Perrier, je suis aussi coprésidente de L’Université Populaire.
  • Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise que Charles-Gilles Testa, qui est le trésorier de l’Université va nous rejoindre d’un instant à l’autre. Alors « université », je pense que le mot est facilement compris par tous, en revanche arrêtons-nous sur le mot « populaire ». Quelle définition vous en donnez ? Philippe… ?
  • Vous savez « université » ce n’est pas très clair non plus pour tout le monde parce qu’en réalité ce n’est pas une université au sens académique, ça ne délivre pas de diplôme, ce n’est pas uniquement destiné à un public en formation préalable pour rentrer dans la vie professionnelle, c’est plutôt une association. Une association d’éducation populaire qui propose un certain nombre de formations, mais plutôt pour l’enrichissement personnel tout public.
  • Marie-Hélène, je continue et j’insiste, le mot « populaire » est un mot tiroir, une vedette de la chanson est populaire, y a t-il avec ce mot une résonance « anti-élitisme » ?
  • Très vraisemblablement oui, puisqu’il faut savoir par exemple que notre adhésion est extrêmement faible, et elle est précisément destinée à ce que tout le monde puisse y participer, et s’inscrire dans de différents modules de formation ou conférence.
  • Quel est l’âge moyen des participants à ces modules et conférences ? Ah, tiens, notre troisième intervenant vient de faire son entrée. Bonjour Monsieur…
  • Bonjour, je suis Charles-Gilles Testa, je suis actuellement le trésorier de l’UPVD, mais j’ai été pendant quatre ans, le coprésident (rires), je suis arrivé à l’UPVD à ma retraite, quand je suis arrivé à Crest. Donc, l’âge moyen actuellement c’est 64 ans.
  • Donc vous vous adressez à des personnes qui ont déjà un bagage culturel… Ah, je vois Philippe Gasparini, qui balance sa tête de droite à gauche, donc pourquoi ne pas orienter cette transmission des savoirs vers les plus jeunes, qui peut-être ont plus besoin d’être éclairés que les sexagénaires ? Philippe Gasparini, vous voulez répondre ?
  • L’origine des Universités Populaires remonte à la fin du XIXème siècle, elles se sont d’abord développées dans le milieu ouvrier et syndical, politisé à gauche, et même à l’extrême gauche à l’époque, et puis c’est vrai qu’elles ont un peu réapparu après mai 68, et elles sont davantage fréquentées maintenant par un public retraité, c’est un fait. C’est un fait parce qu’on propose des cours en fin d’après-midi, en début de soirée, qui durent une heure et demi, deux heures, pour lesquelles il faut s’inscrire au préalable, et ce n’est pas du tout évident pour des jeunes qui sont dans la vie active de faire ces démarches là et d’aller passer deux heures sur une chaise, donc eux ils ont d’autres façons de s’instruire, de se cultiver et de fait, toutes les Universités Populaires, en France en tous cas, sont confrontées à cette difficulté, mais bon… ça fonctionne comme ça, d’avoir essentiellement un public retraité. Mais je voudrais quand même rectifier, ce n’est pas un public nécessairement sur-diplomé, bien au contraire, c’est toutes sortes de gens qui ont toutes sortes de bagages au départ, mais qui sont avant tout curieux de compléter leurs connaissances dans différents domaines.
  • Ce qu’il faut bien noter c’est que l’Université Populaire n’a pas de but lucratif, alors Charles-Gilles Testa je vous tends mon micro puisque vous êtes trésorier de l’association, dites-nous… d’où vient l’argent ?
  • (rires). Alors, d’où vient l’argent ? L’argent vient essentiellement des adhérents, quelques petites subventions des communes qui sont autour de Crest. Alors il y a une cotisation annuelle minime, 5 Euros, 2,50 Euros pour ceux qui sont à la recherche d’emploi, ou qui sont étudiants etc… Après, nous avons un tarif horaire pour les personnes qui suivent les cours, donc quand il y a moins de douze personnes, ça coûte 4, 50 Euros de l’heure pour les adhérents. Quand il y a plus de 15 personnes, ça leur coûte 3,50 Euros de l’heure. Donc ce sont des tarifs horaires tout à fait faciles à payer, et pour les gens qui sont nécessiteux, c’est demi-tarif sur tout, sur l’adhésion et sur les tarifs horaires. Ce qui fait que jusqu’à présent, on a bien marché, en tous cas jusqu’à ce que le Covid nous atteigne financièrement, c’est que 60% de nos intervenants sont bénévoles, il y a 40% qui sont soit salariés soit sur facture.
  • Alors, je risque de ne pas être exhaustif car vos spécialités ressemblent à un poème à la Prévert, ce sont : les arts, que ce soit l’art de vivre et la santé, la civilisation, la société, l’histoire, le patrimoine, les langues, les lettres et la philosophie, la science et la nature, je m’arrête là… Marie-Hélène Perrier, comment vous y prenez-vous pour faire le choix des thématiques abordées ? Quels sont vos critères de sélection ?
  • Ca fait quand même de longues années que ces critères ont été choisis, la partie littérature, philosophique, vient du fait qu’il y a des personnes qui sont très compétentes sur ces sujets, pareil pour tout ce qui est aussi art et civilisation… Tout dépend effectivement des personnes qui sont « ressources » dans la région, et il y en a beaucoup. On est peut-être plus faibles sur les questions scientifiques, mais là je laisse Philippe terminer…
  • (sourires). Non, je ne crois pas, (rires), on a moins de propositions en ce qui concerne lettres et philosophie. Donc, d’une part ce sont des propositions qui viennent des intervenants eux-même, qui viennent nous proposer leurs services, bénévolement ou très légèrement rémunérés, qui souvent interviennent dans d’autres Universités Populaires. On peut aussi voir dans le programme dans d’autres Universités Populaires des thèmes qui nous intéressent, dans ce cas là on essaye de contacter les intervenants, on peut également avoir des demandes du public qui nous dit « ça m’intéresserait d’étudier ça », à ce moment là on se met en quête d’une personne ressource qui serait capable d’intervenir sur ce sujet, voilà, le programme se construit ainsi, et puis en plus on a, depuis quelques années, chaque saison, un fil rouge que le conseil d’administration choisit, donc par exemple cette année c’est « la transition agricole et alimentaire ».
  • Je rappelle que le thème de l’année dernière était « la transition écologique ». Philippe Gasparini, je vous laisse poursuivre…
  • Voilà, alors ce fil rouge ne concerne pas toute la programmation, les trois-quarts des modules sont sur des sujets, des thématiques diverses et variées, mais disons environ un quart de la programmation est relié à ce fil rouge, alors là on se met vraiment en quête d’intervenants, éventuellement on les sollicite s’ils viennent de plus loin, des gens compétents qui peuvent nous enrichir sur les thématiques liées à ce fil rouge. Ce sera sous forme de modules, un module c’est une ou plusieurs séances, de cours, pour lesquels il faut s’inscrire au préalable, ou sous forme de conférences plus largement ouvertes au public, pour lesquelles il n’est pas nécessaire de s’inscrire, et pour lesquelles on peut faire venir un conférencier de plus loin, et plus prestigieux.
  • Je reviens Philippe sur cette petite parenthèse que vous avez glissée dans votre introduction sur l’histoire des Universités, vous disiez qu’au départ la création des Universités Populaires est une idée de gauche, cependant aujourd’hui celles et ceux qui s’y rendent n’ont ni étiquette politique, religieuse, ou culturelle… Dites-moi, qu’est-ce qu’il reste de gauche aujourd’hui dans l’Université Populaire du Val de Drôme ?
  • C’est la notion d’éducation populaire qui reste prégnante, c’est à dire que c’est la volonté de s’adresser à tous les publics, de leur rendre la culture accessible financièrement et matériellement, puisque avant tout, nous avons un ancrage local, et de développer aussi la citoyenneté, c’est à dire qu’on a régulièrement des thèmes qui tournent autour de la démocratie, de la laïcité, de la citoyenneté. Donc, ça reste des valeurs plutôt marquées à gauche, ensuite il n’y a évidemment pas de coloration politique pour la plupart des interventions que nous proposons.
  • Est-ce que la création de ces Université Populaire a été faite pour palier les insuffisances, les faiblesses, de l’éducation nationale ?
  • Ah oui, c’est certain parce que si on se reporte à la fin du XIXème siècle, les ouvriers avaient été scolarisés quelques années, ils savaient à peine lire et écrire, et ils commençaient à travailler à douze ans, donc oui, il y avait une volonté de la part des créateurs des premières Universités Populaires, qui étaient des ouvriers, des syndicalistes, et aussi des intellectuels, de compléter cette éducation de départ pour travailler sur la citoyenneté justement, pour que la classe ouvrière puisse se déterminer politiquement en toute connaissance de cause.
  • J’ai visité votre site Internet, et j’ai noté une petite phrase, au milieu de laquelle il y a un petit mot qui m’a fait sourire, je lis cette phrase : « Fin 2019, la municipalité de Crest reconnaissait « enfin » le rôle de l’Université Populaire ». C’est ce petit mot de cinq lettres qui m’a fait sourire « enfin »… A croire qu’il porte en lui toutes les difficultés que vous avez eu avec la mairie aux débuts de cette aventure…
  • Effectivement, pendant les dix premières années de son existence, on peut dire que L’Université Populaire n’était pas vraiment reconnue par la mairie de Crest, elle avait une toute petite subvention assez ridicule, équivalente aux plus petites subventions versées aux plus petites associations de la commune, et surtout elle n’avait pas de locaux communaux, donc elle a pu jongler pendant quelques années avec des locaux qu’on nous prêtait dans les communes environnantes, puis aussi au GRETA, aux lycées etc… et puis ensuite elle a dû louer à ses frais, ce qui était assez unique en France, un local commercial et l’amménager pour pouvoir accueillir la plupart des cours. Ça a changé il y a deux, trois ans, où la municipalité nous a proposé des locaux qui se libéraient dans l’ancienne école Dumont, on l’a su, on a sollicité, et on a obtenu deux salles et un bureau au premier étage de cette ancienne école, mais qui étaient dans un état assez déplorable, et à charge pour nous de les rénover, avec des matériaux en partie fournis par la municipalité, donc on s’est mis au travail, on les a aménagés, donc on a deux petites salles et un bureau qui sont fonctionnels, et on a accès sur le même palier à d’autres salles quand elles sont libres, donc en fonction du planning. En revanche aucune de ces salles n’a de sortie de secours donc elles sont toutes limitées à 18 personnes. Donc ça va pour certaines activités, les langues, les pratiques artistiques par exemple, les petits groupes, mais pour beaucoup d’activités ce n’est pas suffisant pour amortir nos frais et accueillir suffisamment de public, donc on continue à aller au lycée Saint Louis, à la salle des Acacias, ou dans d’autres salles pour des jauges plus importantes, et pour les conférences.
  • Si je comprends bien les relations que vous avez avec la municipalité sont à présent pacifiées…
  • Oui oui, ça s’est beaucoup amélioré. Bon, on n’a toujours pas une subvention à notre avis, à la hauteur du service social qu’on rend, et à la hauteur de ce que touchent d’autres Universités Populaires ailleurs, mais bon, comme le disait Charles-Gilles, on arrive à s’autofinancer. Voilà, on est quand même très contents d’avoir ces locaux maintenant, en plein cœur de la ville et qui sont en plus avec le chauffage et l’électricité, voilà, on ne peut pas se plaindre.
  • Je vais vous taquiner, mais dans l’ensemble de vos missions, j’ai ai retenu quatre, il y en a certainement plus, mais les voici les quatre : « Le partage des savoirs », « Mieux comprendre le monde », « S’ouvrir au monde dans une vision positive » et « Participer à la construction d’une société plus juste et plus solidaire ». J’ai l’impression qu’en creux, et ce n’est pas péjoratif, il y a une part d’utopie dans ces quatre propositions… Philippe Gasparini…
  • Oui, on ne propose pas à nos adhérents une vision de la société idéale, si c’est ce que vous entendez, il se trouve en revanche que nous avons des valeurs simplement, et que ces valeurs peuvent paraître dans le monde actuel, utopiques… des valeurs de solidarité, de citoyenneté, de démocratie, alors peut-être que ces valeurs peuvent paraître utopiques, mais pour nous ça reste un idéal, et on pense que l’Université Populaire, parmi bien d’autres associations, peut contribuer à développer ces valeurs.
  • Vous dites être contre la science « venue d’en haut », « il n’y a pas, dites-vous, de hiérarchie des savoirs ». Est-ce que vous pouvez développer ? Parce là, je le reconnais, j’ai un peu de mal à comprendre.
  • La mission de l’Université Populaire, c’est le partage des savoirs, c’est pas la distribution des savoirs par ceux qui savent, encore une fois, c’est le partage des savoirs.
  • Alors quelles différences faites-vous entre distribution et partage ?
  • Évidemment, nous sélectionnons, nous choisissons les intervenants en fonction de leur compétence, mais ça n’est pas toujours une compétence obtenue par un diplôme, ça peut être simplement sur la base d’une expérience… d’une expérience professionnelle, d’une passion personnelle, qui a amené l’intervenant à s’instruire par lui-même, et si voyons qu’il a acquis des compétences suffisantes, nous lui sommes reconnaissants de venir les partager, et ensuite dans tous les cours, dans toutes les conférences, il y a un moment de dialogue. Le cours s’arrête, les gens peuvent intervenir à tous moments d’abord, pour poser des questions, pour faire part de leur propre interprétation, de leur propre expérience, et ensuite, le cours s’interrompt un quart d’heure, une demi-heure avant la fin, pour qu’il y ait un temps de dialogue, de partage. Donc c’est toujours interactif.
  • Parlons si vous le voulez bien de votre ancrage dans le territoire. Comment vous définiriez les habitants du Val de Drôme qui viennent assister à vos cours ? Quel est le profil de celle ou celui qui vient vous rendre visite ? A vous la parole Charles-Gilles Testa…
  • Alors… Les crestois correspondent environ à la moitié de nos adhérents, sinon le reste, ils sont étalés de Livron à Die, et de Saou jusqu’à la Vallée de la Gervanne (rires), donc un territoire assez vaste. Alors on est tout de même limités, parce qu’il y a l’Université Populaire de Romans, de Montélimar, et celle de Valence. Donc on essaye de ne pas se faire concurrence, et quand on est inscrit à l’une ces Universités Populaires, on peut suivre trois cours dans les autres Universités Populaires, sans avoir la nécessité de prendre une autre adhésion d’un autre Université Populaire. A partir de moment où on est adhérent d’une Université Populaire de la Drôme et de l’Ardèche, on peut aller suivre sans prendre d’adhésion des modules dans les douze ou treize autres Universités Populaires.
  • Vous fonctionnez comme un réseau…
  • Absolument, on fonctionne en réseau, et nous avons un rôle d’intégration dans le territoire. Beaucoup de nos adhérents arrivent dans la région, moi le premier (rires), au moment de leurs retraites. L’Université Populaire est aussi un lieu où on peut rencontrer d’autres personnes, c’est un lieu d’intégration. Moi je suis arrivé dans la Drôme, je suis arrivé à Crest, je ne connaissais personne. Maintenant, je ne peux pas aller au marché sans être reconnu (éclats de rires), mais je ne suis pas tout seul, il y a beaucoup de gens qui viennent au moment des adhésions qui nous disent « on vient d’adhérer, on a vu l’Université Populaire, et on vient parce que c’est un moyen d’intégration dans la région.
  • J’aimerais à présent que nous nous attardions sur quelques dates qui font partie de votre calendrier à venir pour cette année 2022. Je vais commencer par demain, demain lundi 24 janvier à 18h, Frédéric Morin présente « Architecture et climat, le cycle de l’eau », pouvez-vous nous en dire deux mots ?
  • Frédéric Morin, c’était un de nos premiers intervenants. On avait fait une réunion publique au démarrage, quand on avait juste l’idée de créer une Université Populaire à Crest, donc il y a 13 ans, il y a eu initialement une réunion publique qu’on a annoncé dans Le Crestois, qui a eu lieu à la salle des Acacias, et on a été très agréablement surpris de voir une centaine de personnes venir à cette réunion. Dont certains qui nous ont dit « moi j’ai telle ou telle compétence, je suis prêt, si vous créez cette Université Populaire, à intervenir bénévolement ». Et il y avait Frédéric Morin. Il était architecte, maintenant il est retraité, et depuis, il développe des modules différents chaque année sur les grandes écoles d’architecture, antiques, historiques, et modernes, sur les grands architectes qui ont marqué l’architecture moderne, et maintenant, un peu dans le fil de la transition écologique, sur les maisons bio-climatiques, sur l’adaptation de l’architecture au réchauffement climatique, donc là, cette année, c’est plus particulièrement sur le cycle de l’eau.
  • Vous allez en juger, vous qui lisez ces lignes, l’Université Populaire donne dans l’éclectisme. Je continue donc mon énumération des dates événements, à venir, j’en viens à jeudi prochain, le 27 janvier, là on change complètement de sujet, c’est Élodie Kong qui présente sa conférence-débat, sur « l’art contemporain et le marché de l’art ».
  • Oui mais malheureusement cette conférence a été annulée. On a pas mal de modules qui ont été annulés cette année pour cause de Covid, parce qu’on a des intervenants qui n’ont pas le pass sanitaire, ou pour des problèmes de jauges, de salles etc… et là, en l’occurrence pour cette intervenante c’est autre chose, elle a eu la chance d’avoir une opportunité professionnelle à Paris, donc on a annulé et on va reprendre les modules « histoire de l’art » avec une autre intervenante ultérieurement.
  • Je continue de lister vos rendez-vous, en espérant que vous n’allez pas me répondre que là encore c’est annulé. « Catastrophitude et Citoyennification », une conférence de Jean-Pierre Reinmann, qui va avoir lieu le vendredi 4 février à 20 heures. Alors d’abord éclairez-moi sur ces deux néologismes, « catastrophitude » et « citoyennification »…
  • Jean-Pierre Reinmann est un ancien enseignant qui propose dans toute la région Rhône-Alpes, des conférences gesticulées, donc qui sont humoristiques, mais qui ont pour but de faire réfléchir sur les prochaines échéances écologiques, et là, celle-ci c’est plus particulièrement sur la théorie de l’effondrement. Pourquoi certains penseurs annoncent un effondrement systémique à brève échéance, et qu’est-ce que chaque citoyen, la « citoyennification », peut faire, pour essayer d’éviter cet effondrement possible, ou éventuellement s’adapter aux évolutions inéluctables. Je pense que ça ne va pas être triste, mais en même temps, c’est quand même très sérieux comme sujet.
  • Le vendredi 18 mars à 20 heures, conférence sur « la place des religions dans notre société », par Jean-Pierre Grossein.
  • C’est un des plus grands spécialiste des rapports entre religions et société, qui habite maintenant dans la région, et donc on l’a sollicité pour faire une conférence sur les évolutions actuelles, c’est à dire, comment s’articule la relation entre religions, essentiellement les monothéismes, Christianisme, Islam etc… et la société civile, donc il sera forcément question de laïcité, des différents modèles en France et dans les pays anglo-saxons.
  • Pour finir avec ces rendez-vous à venir, nous allons évoquer vos « Café-Philo », dirigés par Nicolas Forest et Christian Doré. Le prochain aura lieu, notez la date sur vos agendas, le jeudi 24 mars, expliquez-nous, est-ce que c’est, sans mauvais jeu de mot, « open bar » ?
  • Alors ça se passe dans un bar, le bar « Sur les quais », effectivement, mais à l’étage, dans une salle un peu séparée. C’est trois fois par an, c’est ouvert, effectivement, c’est « open », c’est à dire qu’il n’y a pas d’inscription préalable, il n’y a pas de cotisation, il y a un chapeau, on peut laisser quelque chose à la fin éventuellement, on peut consommer aussi, c’est pas interdit. Donc, il y a un philosophe, Nicolas Forest, qui a déjà donné des modules de philo à l’Université Populaire, et puis un animateur, Christian Doré, et la dernière fois, il y avait bien une quarantaine de personnes. Alors il y a une organisation pour que la parole circule, d’abord en petits groupes, sur le thème de la soirée, un thème qui n’est jamais le même, et donc la prochaine fois ce sera « La société peut-elle compter sur l’individu », donc on voit bien qu’il y a là encore un rapport avec la citoyenneté. Dans chaque groupe on note des phrases, chacun dit ce que le thème lui évoque, qu’est-ce qui lui paraît important dans ce thème, enfin on note sur un tableau, ou on accroche avec des pinces à linges ces différentes phrases qui sont venues, ces pensées qui sont sorties, le prof fait une synthèse, et puis ensuite il y a un débat libre entre tout le monde. Ça nous permet d’accueillir un public plus varié, qui ne vient pas forcément aux modules parce qu’il faut s’inscrire à l’avance, parce que c’est formel, et qui apprécient de venir discuter dans un café.
  • L’Université Populaire du Val de Drôme, de septembre à juin, propose , si tout se passe bien, Covid oblige, pas moins de 70 formations. Quelle est la différence entre donner une conférence et former ? Est-ce que la conférence n’est pas par essence une sorte de formation ?
  • Si, tout à fait, ce sont toujours des formations, simplement, les conférences sont ouvertes sans inscription préalable, et puis elles ont un caractère unique, dans une salle un peu plus importante, avec un public plus important, tandis que ce qu’on appelle nous des modules, ce sont des suites de cours, des sessions, pour lesquelles il faut s’inscrire parce qu’il y a une jauge limitée, à 12, à 15, à 25 selon les sujets. Mais nous sommes toujours dans le cadre de la formation permanente.
  • L’UPVD existe depuis 2008, ça fait donc 14 ans, est-ce que vous pouvez tirer un bilan, ou autrement formulé, à quoi avez-vous été utiles ?
  • Ça il faudrait le demander à notre public (rires), nous on constate que quand on a été obligés de ralentir ou d’arrêter notre activité pendant les confinements, les gens attendaient impatiemment de revenir, étaient ravis de revenir, et on a tout de suite retrouvé à peu près, le même nombre d’adhérents, et même quelque fois davantage, tout de suite après ces arrêts, donc sans doute que nous répondons à un besoin. D’emblée quand on a voulu créer l’Université Populaire, je vous le disais, il y avait une centaine de personnes qui venaient à la réunion pour nous dire que ça les intéressaient et très rapidement on est arrivé à 250, 300 et maintenant 350 adhérents, et malgré les interruptions, on constate qu’ils sont toujours fidèles aux rendez-vous.
  • Vous dites « on répond à un besoin », est-ce que vous ne répondez pas à une nécessité ? A une urgence…
  • Une nécessité… Il y a des villes, des régions, où il n’y a pas d’Université Populaire, où il n’y a pas l’équivalent, mais certainement que l’éducation populaire passe par d’autres canaux, on n’a pas l’exclusivité non plus. Mais c’est certainement un besoin de formation, de s’instruire, de s’intéresser à ce qu’il se passe dans le monde, ou à toutes sortes de sujets… de pratiquer aussi, pratiquer les langues, pratiquer des disciplines artistiques, mais c’est aussi un besoin de socialisation, comme nous le disions auparavant, les gens se rencontrent, ils discutent, ils voient du monde… et pour eux c’est vital, c’est ce qu’il y a de plus précieux finalement.
  • Est-ce que vous n’êtes pas en lutte contre la fameuse « société du spectacle », chère à Guy Debord ?
  • Oui, sans doute parce que là ils sont participants, ils sont acteurs, ça débouche sur une discussion… Ils sont acteurs, ils ne sont pas purement consommateurs. Mais c’est aussi une lutte contre la société de plus en plus individualiste, encore une fois, c’est un lieu où on vient partager les savoirs, les connaissances, mais aussi partager son expérience, partager sa vie, sa pratique de la ville, donc oui effectivement, on s’inscrit dans un mouvement associatif qui essaie de palier des carences et peut-être aussi à une évolution de la société qui peut être inquiétante par certains côtés.
  • On vous retrouve entièrement dans la devise de la République : Liberté, Égalité et Fraternité…
  • Oui absolument, on est d’accord à 100% là-dessus. Mais on pourrait ajouter d’autres valeurs, comme donc, le partage des savoirs, la citoyenneté, la laïcité et tout ce que nous avons évoqué ensemble.
  • J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette interview que j’ai eu de plaisir à la réaliser, et j’ai un message à passer à tous ceux qui, comme moi, étaient placés au fond de la classe près du radiateur, à tous ces anciens cancres, je leur dis qu’apprendre n’est pas une question d’âge, qu’il n’est jamais trop tard pour s’enrichir de ces valeurs qu’on ne peut pas monnayer, mais qui sont personnellement toujours très rentables.
  • Le savoir est le meilleur moyen pour rester lucide.
  • Mathias Deguelle.

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