CREST DONNE LA PRIORITÉ AUX ENFANTS.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Aujourd’hui lebrillant.fr se penche sur les actions de préventions des enfants, et plus précisément sur les deux journées qui leur ont été consacrées : « Les Actions Priorité Santé » qui se sont déroulées les 10 et 11 février pour tous les enfants de toutes les écoles de Crest. Cette initiative de la Mairie a lieu tous les deux ans, à travers des ateliers, des rencontres entre formateurs et enfants, le but étant de sensibiliser et de prévenir les comportements dangereux ou addictifs, leurs effets et leurs conséquences. Une initiative louable mais qui interroge sur plusieurs points que nous allons aborder dans cet article, mais puisque ces 48 heures leur étaient consacrées, commençons par donner la parole aux principaux intéressés : les enfants eux-mêmes.

Je suis dans la cour intérieure du CCAS et de Crest’Actif, j’appelle les enfants qui ne se font pas prier pour répondre à mes questions, même si parfois cette rencontre prend des allures de foire d’empoigne.

  • Bonjour je m’appelle Nahel et j’ai 10 ans. Bon à l’école ça se passe bien, mais surtout après ce sera les vacances… ! Donc je suis bien contente et je partirais au ski la semaine prochaine.
  • Quelles sont les différences que tu fais entre les cours dans la classe et le moment de la cour de récréation ?
  • La cour de récréation, c’est là où on peut s’amuser, on parle avec les copains, et la classe c’est là où on travaille et on s’amuse pas trop trop… On fait pas trop les foufous, et on travaille un peu plus sérieusement.
  • Bonjour je m’appelle Talia et j’ai 10 ans moi aussi…
  • Dis-moi ce que tu penses de ces deux journées que la Mairie consacre aux enfants ?
  • Je trouve que c’est très bien, je trouve que ça nous cultive et que c’est intéressant, et j’aime beaucoup tous les exercices.
  • Vous avez tous des téléphones portables ?
  • Non, on n’en a pas tous, mais moi j’en ai un…
  • Moi je m’appelle Anna et j’ai 10 ans. Alors moi je n’ai pas de portable mais j’ai une tablette.
  • Pour vous le portable c’est un objet pour le plaisir, pour le jeu… ou alors ça vous sert aussi pour aller sur les réseaux sociaux, sur internet… ? Qui veut répondre ? Hola… Toutes les mains se lèvent…! Allez, je commence par toi…
  • Le téléphone c’est plus quelque chose qui est fait pour jouer, mais ça peut être aussi un objet qui peut être utilisé pour téléphoner ou pour faire des choses plus importantes…
  • Mais comme je le disais, il y a aussi Internet et les réseaux sociaux, où là on peut lire, voir et entendre des propos méchants, des images pas agréables, ou lire des mots insultants…
  • C’est vrai, Internet on trouve tout et n’importe quoi, donc il ne faut pas faire attention à ce que les gens ils disent… Il faut les ignorer, il faut passer, et il faut tout de suite en parler à ses parents.
  • Est-ce que vos parents ils vous disent de vous méfier d’Internet ?
  • Oui, des fois il y a ma mère qui me dit « fais attention à Internet, il peut y avoir des choses qui sont pas bien »…
  • Bah, moi aussi mes parents ils me disent de faire attention, parce que des fois il peut y avoir des choses qui ne sont pas de notre âge.
  • C’est ça, il peut vous arriver de tomber sur des images violentes, des images pornographiques, or ce sont des images qui peuvent choquer, heurter les enfants comme vous, comment vous faites pour ne pas tomber dans ce piège ?
  • Il peut y avoir un contrôle au niveau TikTok, des moyens pour plus sécuriser le site, et on peut aussi se mettre « en privé » ou « en public », tout dépend de notre choix.
  • Dis-moi, tu es très au courant… !
  • Ben, moi ma mère, vu qu’elle préfère pas que je regarde trop de choses qui sont vulgaires, et pas pour notre âge, elle préfère qu’il n’y qu’un ordi, qui est à elle, et elle nous le prête des fois, mais elle ne veut pas qu’on ait de portables ou de choses qui peuvent nous amener vers des choses vulgaires.
  • Moi, ma mère elle me dit « écran, ou pas écran, c’est pas bien… », et parfois, même sur les jeux, il faut pas tout savoir parce que… on avait regardé une fois une vidéo lundi, en géographie, sur Internet, et c’était une petite fille qui cherchait un dessin animé qui s’appelle « Poil au nours », et en fait il y avait des choses pas bien, et Internet il a mis le plus radical pour les plus de 18 ans… Moi je dis que pour les jeux « 7 ans + », il faut pas faire confiance… Parfois ça peut être des mensonges.
  • Hey, vous savez quoi ? Je réalise une chose : je vous ai tous appelé pour que vous répondiez à mes questions, et regardez… vous êtes que des filles ! Les garçons, on dirait que ça ne les intéressent pas de parler…
  • Peut-être parce que les garçons ils sont un peu timides !
  • Heu… oui. Les garçons souvent ils n’osent pas dire ce que nous on ose dire !
  • Peut-être qu’on a plus de questions et plus de réponses que les garçons !
  • Vous avez bien raison toutes les trois : les filles sont plus intelligentes que les garçons, fin de l’histoire ! Vous êtes d’accord ?
  • Ouiii… !!!

L’unanimité ? Non, une petite fille a levé le bras, et c’est elle qui va conclure cette adorable rencontre… et de la plus belle des manière.

  • Mais ça dépend… Moi je dis ça dépend parce que… on connait pas tous les garçons. Mais après peut-être que les garçons ils sont moins développés à la parole, que les filles. Mais si ça se trouve, dans le monde, il y a des garçons qui aiment autant parler que les filles. On sait pas…

Franchement, je les adore! Les enfants sont géniaux parce qu’ils ne savent pas comment faire pour être autre chose qu’eux-mêmes, ils ne savent pas comment être vieux, et comment -parfois- être un vieux con, avouons-le… Mais vous allez me dire « ils ont tout le temps pour apprendre », et vous n’avez pas forcément tort.

Bon, c’est la fin de la récré, je me sens revitalisé par l’énergie de la marmaille, tout prêt à me livrer à une autre interview, plus « institutionnelle ».

Je vous décris l’unité de lieu: me font face deux représentant de la Mairie, ils vont se présenter à vous dans un instant, et à ma gauche, une journaliste du Dauphiné Libéré, Fabienne. Elle et moi convenons d’une « méthode », nous allons tour à tour poser nos questions aux deux représentants de la municipalité.

Elle accepte le principe. Je débute l’interview.

Présentations.

  • Bonjour Mathias, je suis Ruth Azaïs, je suis l’adjointe aux affaires sociales de la ville de Crest.
  • Même exercice, je passe à vous Monsieur, présentation…
  • Bonjour, je suis Boris Transinne, je suis l’adjoint à la culture et à la jeunesse de la ville de Crest.
  • Ruth Azaïs, je vais commencer cet entretien avec vous… est-ce qu’au fond ces 48 heures dédiées à la sensibilisation et à la prévention des comportements dangereux ou addictifs chez les enfants, ce n’est pas aussi le signe d’une inquiétude, qui elle-même serait nourrie par le constat d’une dérive ?
  • Alors cette initiative se place dans le cadre d’une démarche générée par le Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance, le CISPD, et donc dans ce cadre, nous avons étudié les possibilités d’une action pour améliorer l’encadrement des enfants, et donc, pour la prévention, les difficultés liées aux addictions, à une mauvaise gestion de la vie de tous les jours, la mauvaise alimentation, tout ce qui peut conduire à des comportements difficiles de la part des enfants, les mauvaises relations avec les autres etc… Pour tout ça, on cherche à trouver des solutions en amont, pour prévenir les difficultés qui peuvent arriver, aussi avec les réseaux sociaux… des dépendances dans n’importe quels domaines qui peuvent survenir parce que l’enfant finalement, n’a pas trouvé ses repères.
  • Mais, et avec tout le respect que je vous dois Ruth, il me semble que vous avez contourné ma question. Je vous la reformule donc : est-ce que les problèmes qui sont au centre de ces deux journées dédiées à l’enfance sont une façon pour vous de répondre à un sujet d’inquiétude ?
  • Est-ce que ces problèmes s’aggravent ? Je ne pense pas qu’ils s’aggravent. Mais il y a un constat depuis des années déjà, que c’est difficile, et que les enfants ont besoin de progresser, et d’apprendre de nouvelles choses dans ces domaines. A cause de l’influence des médias, des réseaux, de toutes ces choses là… on a vraiment besoin d’éduquer les enfants sur ces sujets.
  • Boris Transinne ?
  • Oui, ce n’est pas que les problèmes s’aggravent, c’est que ce n’est pas le même public, les problèmes d’addictions par exemple… bon, dans les années 2000, ça concernait peut-être plus les lycéens, les collégiens… des enfants plus âgés. Depuis l’émergence des réseaux sociaux, les jeux vidéo, les écrans etc… en fait, les addictions commencent beaucoup plus tôt, et concernent donc un public qui est plus jeune, qui commence à partir de… pas du CP, mais on va dire de l’école élémentaire. Maintenant tous les gamins ont des téléphones portables, après il y a aussi les addictions à la nourriture, bon là on passe sur un autre niveau… c’est pas tellement une aggravation, ou un besoin de plus en plus de prévention, mais c’est que les choses changent. Moi je travaille beaucoup avec les éducateurs de rue, parce que je suis aussi le fondateur du Club de Skate de Crest, donc on rencontre beaucoup de jeunes, et d’enfants… Oui, vous pouvez en parlez à Géraldine et Alexis, les éducateurs de rue, les conduites à risques commencent maintenant plus tôt que prévu…
  • Je vous interromps. Quel âge ? Vous avez une fourchette ?
  • Je pense qu’à partir de 5, 6 ans maintenant, on commence peut-être à avoir des conduites à risques.
  • Je me posais une question lors de la marche qui m’a amenée ici devant vous, c’est le problème de l’intrusion, voir de l’ingérence. Est-ce que toutes les questions que vous posez, et qui restent légitimes, on est d’accord là-dessus, est-ce qu’elles ne sont pas, d’abord, de la responsabilité des parents, et le cas échéant, est-ce que vous ne vous immiscez pas dans la sphère de l’intimité familiale pour faire le boulot de papa et de maman ? Ruth Azaïs…
  • Évidemment on ne prétend pas faire de boulot de papa et de maman, nous n’allons pas dans les maisons, nous ne savons pas comment ils discutent, comment ils échangent…
  • Donc vous ne savez pas, et dans le doute, vous prenez le relais, c’est ça…?
  • Je suis en train de vous dire qu’on ne le fais pas. On ne va pas aller chez eux et leur dire ce qu’ils doivent faire… Mais, je le répète, ici on encadre les enfants, on joue notre rôle d’éducateur, exactement dans le même sens que l’école. Et je pense que la ville et son Centre Social, ont un rôle à jouer dans la population pour aider les parents dans leurs démarches qui ne sont pas toujours faciles, mais on n’a pas toujours toutes les solutions…
  • Boris, je vous sens réactif et concerné, à vous la parole…
  • Oui, c’est juste une précision que je voulais apporter, ces deux journées « Priorité Santé », ne sont pas ouvertes au public, on ne demande pas aux parents de venir avec leurs gamins, c’est strictement dans le cadre scolaire, et c’est exactement dans le même milieu qu’interviennent les éducateurs de rue, ils viennent avec leurs charrettes devant les établissements scolaires, ils vont manger à la cantine d’Armorin, de Revesz-Long ou de Saint-Louis, voilà… on reste dans un cadre scolaire, dans un cadre d’éducation, on n’est pas là pour se substituer aux parents, ou pour dire aux enfants « attention à vos comportements chez vous, etc… », c’est de l’éducation. Tout comme l’éducation physique, comme l’éducation civique ou l’éducation sexuelle à l’école, le but c’est uniquement ça… Après effectivement, c’est aux parents de veiller chez eux et de faire leur boulot.
  • J’ai donc regardé la liste des quinze ateliers dédiés à ces deux journées de sensibilisation et de prévention, alors je ne vais pas les citer tous ici, mais il y est question de puberté, de langage, d’alimentation, de socialisation, d’apparence, des écrans… Voilà pour, à gros traits, donner l’essentiel de la répartition de tous ces ateliers d’échanges. Me sont venues deux questions. On va faire étape par étape, et je vais commencer par la question la plus sympa… comment avez vous décidé de la pertinence de chaque atelier ? Ruth Azaïs… ?
  • Les thèmes de tous ces ateliers ont été choisis par des gens qui travaillent avec les enfants depuis longtemps, et aussi avec des agents ici, sur place, qui eux travaillent par exemple dans le Pôle Famille, aussi avec les services sociaux de la ville, qui eux connaissent très bien ces difficultés, et donc ce sont ces gens de terrains qui ont constitué ces thèmes en connaissance de cause.
  • Très bien. Maintenant, je me dois de vous dire ce que j’avais derrière la tête avec cette autre question: Nous avons tous les trois parlé de prévention et d’addiction, Boris nous a dit que ces problèmes pouvaient advenir dès l’âge de 5 ou 6 ans, or dans la liste de tous vos ateliers, aucun n’est consacré aux problèmes liés à la consommation de stupéfiants… Boris Transinne, un mot sur le sujet… ?
  • Alors moi, j’ai un gosse de onze ans, avant j’en ai eu un autre mais qui est plus âgé, il a 28 ans… Alors, à moins que je sois complètement à la rue, il ne me semble pas avoir détecté chez lui des problèmes d’addiction, d’alcool, de stupéfiants etc… ou de médicaments ou autres… Ses copains qui viennent à la maison… il ne me semble pas non plus avoir détecté des choses comme ça…
  • Vous êtes en train de nous dire que votre cas particulier est le miroir de ce qui se passe dans la région… Vous êtes sérieux ?
  • Ok… C’est vrai, je ne peux pas parler pour toute la région, ou le pays… Moi je ne vous parle que de la réalité que je vois, je suis comme… Saint Mathieu, Saint Luc… Celui qui ne croit que…
  • Saint Thomas.
  • Oui… je ne crois que ce que je vois. Et ce que je vois moi, en temps que parent, ce que je vois dans mon activité autour du skate-board, ce que je vois au basket, c’est à dire tous les enfants de 10, 11 ans… on va dire CM1, CM2, 6ème, 5ème, que je peux voir, que je peux croiser tous les jours… bon d’accord, c’est peut-être un petit échantillon par rapport à l’ensemble des enfants du département, ou même du secteur de la carte scolaire crestoise, mais moi, je ne vois pas de conduites à risque au niveau stupéfiants. Ce que je vois c’est des conduites « à risque » avec les écrans, au niveau des réseaux sociaux, les addictions à la malbouffe, des choses comme ça…
  • Vous semblez oublier votre mission préventive, qui est d’attaquer les problèmes avant qu’ils ne détruisent… Ah, Ruth Azaïs, pardonnez-moi, je vous redonne la parole…
  • Nous sommes aussi guidés par les professionnels qu’on arrive à trouver, et à rendre disponible pour le public, il faut que ce soit des professionnels, et pour parler des stupéfiants, il faut également que ce soit des professionnels.
  • Pour, presque… conclure, quels seraient vos motifs de satisfactions au sortir de ces 48 heures dédiées aux mômes ? Ruth Azaïs…
  • Alors les plus beaux motifs de satisfactions ce sont les mots des enfants eux-mêmes… Vous le savez, je suis aussi professeur, et quand je suis venue, devant moi, des enfants m’ont dit « génial, c’est super, on s’est bien amusés ! », et puis il y en a qui ont dit « on a bien pu s’exprimer, on a pu dire ce qu’on avait sur le cœur, la parole était libre… », ça je trouve que c’est le plus beau compliment qu’on puisse faire. Voilà.
  • Boris Transinne, le mot de la fin ?
  • (rire), le mot de la fin je ne sais pas… Non, l’important dans la vie c’est de faire des milliards de choses, ne pas rester sur un seul truc. J’aimerais juste, pour finir saluer tous les intervenants, il n’y a pas que des intervenants qui sont là pour la prévention des risques, il y a aussi des initiatives sympas… On est aussi dans le positif, dans l’éveil… ! Le mot de la fin sera donc : Positif !

Il y a les intervenants, certes, mais il y a aussi celles et ceux qui ont organisés ces 48h, un grand bravo à eux. Allez, fin de cette amicale rencontre avec nos deux représentants de la municipalité, vous allez me dire… et Fabienne? La représentante du Dauphiné Libéré ? Et bien vraisemblablement, elle semblait plutôt satisfaite de la nature de mes questions puisqu’elle n’a pas jugé utile d’intervenir dans cet exercice commun du « questions-réponses ».

Maintenant, amis lecteurs, je vais vous demander d’ôter vos chaussures, nous allons nous faufiler le plus discrètement possible à l’intérieur d’une salle, en fait une salle de danse, et assister à l’un de ces ateliers. Vous allez savoir de quoi il retourne… Je marche sur la pointe des pieds, je me tiens à distance pour ne surtout pas perturber ce cours. C’est Hélène Peridon qui organise le débat, lui font face une douzaine d’enfants d’environ dix ans, et le sujet de cet atelier porte sur la popularité à l’école. Quels sont les avantages et les inconvénients d’être l’élève le plus populaire du collège ?

Chut. Les échanges commencent par les mots d’un jeune garçon :

  • Tu as le droit de dire « moi je ne veux pas être populaire, je ne veux pas jouer le rôle du chef »… Tu peux rester comme les autres.

Hélène Perridon, qui gère les échanges, prend la parole :

  • Donc si on ne veut pas être chef de groupe, être le plus charismatique, c’est un choix ? On peut ne pas vouloir faire ce choix là… ?
  • Oui… des fois tu choisis de ne pas être populaire parce que des fois, tu peux avoir envie de rester seul… mais des fois tu veux être populaire parce que tu vas arriver en moto… tu vas exprès t’acheter une moto pour, d’une certaine façon, être populaire, pour que les personnes te regardent et tout…
  • Donc, il y en a parmi vous qui disent « en fonction de comment tu t’habilles, comment on vient à l’école, ça peut être dans le but de se faire bien voir » ? Qui veut prendre la parole ? Oui, toi…
  • On a le droit de choisir et de dire, je ne veux pas des habits qui soient « de la marque » ou des trucs comme ça… On peut choisir de bien s’habiller, tout ça… pour exprès, être populaire, mais aussi on peut être comme ça, et s’habiller parce qu’on aime bien s’habiller comme ça, ou parce que on a ce caractère un peu de peste, et c’est ce qui nous fait être populaire.

Hélène Peridon reprend la main :

  • Ça vient de notre tempérament, et on ne peut pas le contrôler, c’est ce que tu veux dire ?
  • Oui, moi je dis « populaire on le fait pas exprès », enfin… on peut le faire exprès pour attirer des personnes, mais il y a plusieurs formes d’être populaire. Il y a la popularité comme être méchante pour être reconnue devant tout le monde, par exemple c’est pas parce que tu es délégué que tu vas être populaire. En fait ton caractère tu ne peux pas vraiment le changer…
  • Si… ! Tu peux être moins méchant!

L’animatrice de cette petite réunion, reprend la parole:

  • Si quelqu’un est sociable de par son tempérament, il va avoir une facilité pour aller vers les autres, mais il peut décider et se dire « là je vais être moins sociable », mais il n’empêche c’est son élan du corps et du cœur, on peut influencer, mais je ne pense pas qu’on puisse se changer du jour au lendemain en disant « aujourd’hui je suis méchant, mais demain je vais être tout le temps gentil », il y a des choses à déconstruire, c’est un peu plus complexe. Ce serait beau, mais on n’a pas de baguette magique là-dessus… Allez, une autre question autour de la popularité : « Quand on est populaire, on se fait plein d’amis »… D’accord, pas d’accord… ?

Très sagement, les enfants se séparent en deux groupes : à droite ceux qui sont d’accord, à gauche ceux qui ne sont pas d’accord. Résultat, les avis sont très partagés. Un jeune garçon défend son point de vue:

  • Oui, mais tu peux aussi être populaire et avoir beaucoup, beaucoup d’amis, mais en vrai c’est pas vraiment tes amis, tu ne vas pas leur raconter tes secrets, enfin ce sont des gens qui restent avec toi seulement parce que tu es populaire… et c’est pas grave si du jour au lendemain tu es rejeté, alors ils ne vont pas rester avec toi, ils vont aller avec une autre personne qui est devenue populaire.

Hélène Peridon:

  • Tu veux dire que c’est un peu comme un gang de poissons qui te suit à la trace, mais si le soleil va ailleurs… hop, ils suivent le soleil…
  • Oui, quand tu es populaire, souvent, tu vas avoir plein d’amis parce que quand on est populaire on est attirant, on a du charisme, on est sympa… et souvent quand on a tous ces trucs, il y a plein de personnes qui vont être avec toi, parce qu’en fait ils veulent te ressembler, t’es un peu comme un modèle. Mais après, je suis d’accord avec Léa, dès que tu n’es plus populaire, dès qu’il y a quelques personnes qui ne t’aiment plus et qu’il y a une autre personne qui vient et qui est encore plus populaire, tout le monde ne va plus venir avec toi.

Je reviens à pas de chat vers la sortie de la salle de danse, et je laisse Hélène terminer son cours. A ce point du reportage, et afin de le clore, je décide d’attendre patiemment la fin de cet atelier pour lui donner la parole… Une vingtaine de minutes plus tard, je suis remercié.

  • Bonjour je m’appelle Hélène Peridon, et moi mon travail c’est d’animer des groupes de parole chez les élèves autour de la vie affective et sexuelle.
  • Mais ici vous n’avez pas parlé de sexe. Ni de la violence que peut engendrer une éventuelle « guerre des popularités »… Mais il est vrai que je n’ai pas assisté à l’intégralité de votre intervention…
  • Je n’ai pas parlé de sexe, j’ai parlé de sexualité et c’est sûr, pour prendre un exemple, que chez les adultes, parfois, l’homosexualité ça peut faire peur, mais en fait j’interviens dès l’école maternelle, et la sexualité c’est tout ce qui est question au niveau du corps, du genre, de la partie anatomique… donc évidemment quand je parle avec des lycéens, je ne parle pas de la même chose qu’avec des collégiens. Alors vous êtes venu à un « instant T », et en fait le but c’est de faire sortir la parole des jeunes, le but ce n’est pas que moi je leur inculque mes idées, ou des normes, ou bien même des notions, donc il y a des groupes, peut-être pas celui-là, qui ont parlé de cette pression qu’on a quand on est populaire, et de la concurrence, de la jalousie qu’il peut y avoir entre élèves, du fait d’être sous les feux des projecteurs. Le but de parler de la question de la popularité et des relations amicales, c’est vraiment de créer le débat sur « est-ce que c’est si simple ? Est-ce que les choses sont noires ou blanches ? Ou est-ce que il y a pas un dégradé de possibilités pour ces personnes là, qui sont populaires, ou des personnes qui sont impopulaires ? Qu’est-ce que ça veut dire « être populaire », on n’a pas tous la même définition, donc le but ce n’est pas que les élèves viennent, et que nous, les adultes, on leur inculque des choses dans la tête avec des idées « bien-pensantes », le but c’est qu’ils débattent et qu’ils voient qu’entre eux, ils n’ont pas tous le même prisme de regard.
  • Est-ce que les adultes en général, et les parents en particulier, ne se sentent pas dépossédés face à la puissance des réseaux sociaux et d’Internet ?
  • Bien-sûr que ça joue… On a parlé des « influenceurs » et des « influenceuses », des jeunes qui à 15, 16 ans sont déjà sur Youtube. Alors bien sûr que nous adultes, moi qui ai 35 ans, nous sommes une génération qui n’est pas habituée à ça, et oui, je pense qu’aujourd’hui beaucoup d’adultes sont dépassés, mais ce qui est chouette c’est qu’il y a plein d’associations et d’argent qui est mis pour sensibiliser les jeunes, et même sensibiliser les adultes et les professionnels à ces questions là. Mais je pense qu’il ne faut pas non plus diaboliser Internet, c’est à dire que les jeunes, ça peut être effrayant, mais ils ont quand même un esprit critique, et c’est surtout ça qu’il faut éveiller, ils ont les capacités d’être critiques, c’est juste que nous, nous devons leur faire confiance et qu’on leur donne l’espace de critiquer ça.
  • Vous voulez dire que face à l’offre si multiple d’Internet, les enfants risquent d’en perdre leur libre-arbitre ?
  • Oui, c’est sûr, mais c’est la question de l’influence était déjà là avant les réseaux sociaux, mais c’est sûr aujourd’hui la question est encore plus complexe avec cet Internet et tout ce réseautage qui se fait autour, mais je pense que c’est à nous, la société, de s’adapter à ça, de les accompagner, et faire attention à quelle place nous adultes, on laisse les écrans aux enfants.
  • Mais si les parents sont largués, ce sont peut-être eux que vous devez accueillir dans vos ateliers, non ?
  • Je pense que les choses ne sont pas binaires, alors bien-sûr que les parents doivent eux aussi être accompagnés à cette question des réseaux, il y en a qui le font par leurs propres moyens, il y a plein d’ateliers qui existent ici en Drôme qui accompagnent les parents avec la CAF par exemple, mais pour moi… je pense qu’il faut travailler sur les deux flancs, c’est-à-dire accompagner les adultes… à accueillir aussi, et ne pas être trop réfractaires, il ne faut pas non plus mettre tout à la poubelle. Internet, le portable, ça peut être très chouette si on l’utilise de manière pondérée et avec critique, et en tous cas, je pense que nous adultes, nous devons sortir de ce jugement qu’on a envers les enfants où ils sont tout le temps sur les écrans. En fait, ça peut être très précieux pour eux les écrans, encore une fois, ce n’est pas quelque chose de binaire « les écrans c’est mal, et les enfants vont être trop influencés », je pense qu’il faut plutôt aller vers le verre à moitié plein, et se dire « comment on peut s’outiller de ça, et les aider pour plus d’esprit critique, voilà.
  • Je vous interroge comme si vous étiez une thérapeute, le cas échéant, quel serait votre diagnostic ? Ces enfants, ils vous enthousiasment ? Ils vous inquiètent ? Ou ils vous désespèrent ?
  • (rire), alors thérapeute non. Je ne me sens pas du tout thérapeute, j’offre juste un espace de parole, après si ça a un effet thérapeutique pour certains élèves, c’est propre à eux, mais moi j’anime juste un groupe de parole… Non, je suis plutôt enthousiaste, après j’adore travailler avec des adolescents ! Je suis enthousiaste parce qu’en fait, je pense que c’est nous les adultes qui flippons… qui avons vraiment peur, et à juste titre parfois, de tout ce par quoi ils sont traversés, la puberté, les relations amicales, les relations amoureuses, on sait qu’à cet âge là c’est hyper prégnant et je pense que nous adultes, on a peut-être oublié par quoi on est passé, et ça peut être effrayant. Moi je trouve que ces ateliers sont précieux, il en faudrait encore plus, et c’est trop chouette que la Mairie ait pu organiser ça, parce qu’en fait ces ateliers, ils prennent l’espace, c’est long, donc les enfants ont le temps de s’exprimer, et on sent très bien qu’ils ont une intelligence de cœur, mais aussi mentale… une maturité pour réfléchir à toutes ces questions là, ils ne sont pas juste des pantins, ce sont vraiment des personnes, chacun chacune avec une âme, avec un caractère, ils débattent, et c’est le vivre-ensemble.

Tiens, un baby-foot… Un plaisir collectif qui pourquoi pas, peut contrer l’emprise des écrans… Ce jeu a déjà fait ses preuves, et d’une certaine manière, pour les plus nostalgiques il se jouait en réseau, et il était vraiment très social !

Pour conclure cet article, je dirais que ces deux dernières journées avant les vacances scolaires ont eu l’air d’être vraiment appréciées par les enfants… Donc, oui… pari réussi!

Mais voilà, mon ironie naturelle me ramène à la citation de Antoine de Saint Exupéry: « Les enfants doivent être indulgents avec les grandes personnes ».

Je souris. Comme un môme.

Texte et photos: Mathias Deguelle.

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