CREST : DES ASSOCIATIONS ET DES HOMMES.

Vous avez tous entendu parler du milieu associatif ? Opaque vous dites ? Alors action -réaction ! Cette semaine, petit tour des associations locales crestoises.

Quel définition nous donne le dico ?

Association : Action d’associer quelqu’un à quelque chose.

Associer : Mettre ensemble.

En attendant que le monde dans son entièreté soit « ensemble », peut-être pouvons-nous espérer que les personnes acceptent enfin de « se mettre ensemble »…

Quoi qu’il en soit la France est un pays d’associations… imaginez 1,3 millions sont en activité et chaque année ce ne sont pas moins de 70 000 assoss’ qui se créent en France. Pour revenir à la seule ville de Crest, qu’elles soient sportives, culturelles ou caritatives, on en recense plus de 200… ! D’où un léger problème pour lebrillant.fr : qui choisir ? Pour vous avouer la vérité notre choix est tout sauf objectif, il a parfois même été tranché par le pile ou face. Pour vous résumer, on a choisi les artisans, les artistes, les caritatifs, les culturels, et les adeptes des légumes en circuit court

En somme, une vraie promenade de santé comme seule Crest sait le faire.

Ma promenade associative commence, direction l’ouest de la ville, mon sac est chargé de mon magnéto, de mon appareil photo, mais ce qui pèse le moins lourd c’est ma curiosité. Celle qui est prétendument un vilain défaut est pour moi un moteur indispensable, un carburant écolo pour toutes mes rencontres. Je file comme le vent vers le 12, Avenue Henri Grand, vers l’Association Saint Vincent de Paul, je vais à la rencontre de Bernard De Valence… De Valence ?

Éclaircissements sur ce patronyme trop drômois pour être au net.

D’abord une règle du jeu est imposée par Monsieur De Valence ici le tutoiement est de rigueur, je m’y plie avec plaisir.

  • Bonjour Bernard, j’imagine que tu connais les origines de ton nom de famille « De Valence », tu peux nous éclairer ?
  • Figure-toi que mes ancêtres étaient de Roanne, et ils étaient responsables administratifs de la ville pendant des siècles.
  • Tu es en train de me dire qu’il n’y a aucune corrélation entre ton nom de famille et la ville de Valence… ?
  • Aucune non.
  • Deuxième question, il y en aura d’autres…qui était Saint Vincent de Paul ?
  • Il était originaire de Dax dans le sud-ouest de la France, et surtout c’est quelqu’un qui a su faire monter la détresse des gens en difficulté vers les grands de son époque au 18ème siècle. Il venait d’une famille assez simple et il a fait des études pour devenir religieux, mais il a été enlevé par des pirates nord-africains, et il est devenu esclave pendant un certain nombre d’années et il a été libéré, puis il n’a eu de cesse de sensibiliser les « grands du monde »… Pour comparer, aujourd’hui il parlerait de la détresse des gens à l’Assemblée Nationale !
  • Est-ce qu’il y a un mimétisme entre toi, Bernard De Valence et lui Saint Vincent de Paul ?
  • Non pas du tout, en fait j’ai longtemps vécu à l’étranger, mes parents étaient agriculteurs dans la région, et on vivait d’une façon sobre et frugale, et quand je suis revenu à Crest j’ai rencontré Bernard Perray, et Bernard qui est maintenant décédé, m’avait demandé de prendre sa suite, et moi je n’y étais pas du tout favorable, je ne me sentais pas de m’engager sur cette voie, et donc j’y suis allé un peu à reculons… Mais finalement depuis, je crois tenir mon rôle. Un rôle de service auprès de la petite fraternité qui essaye de donner des coups de main.
  • Bernard, devant moi, me contemplent des litres d’huile, des pack de lait, des conserves, des paquets de pâtes, de farine, des boites de chocolat en poudre, et bien sûr c’est une image qui me ramène à celle déjà vu des « Restos du coeur », en quoi êtes vous différents de l’association fondée par Coluche ?
  • C’est différent. Même si nous avons d’excellents contacts avec Les Restos, eux ont une distribution très régulière pour chaque famille qui en a le besoin. Nous, en fait, l’aide alimentaire c’est presque accessoire, nous sommes peut être plus axés sur la rencontre de la personne, de rencontrer des Mathias… (sourire). Voila. Créer un vrai dialogue, c’est une tradition. Nous rencontrons des personnes qui ont surtout besoin d’un soutien administratif, d’un soutien personnel. Et le cas échéant, nous constituons un binôme, voir un trinôme avec un mélange homme/femme, on écoute la personne et ensuite, on la suit sur le long terme et on essaye de la remettre debout, de lui faire reprendre de l’indépendance, de la dignité et puis le contrôle de sa vie.
  • Faut il avoir la foi pour bénéficier des services de l’association Saint Vincent de Paul ?
  • Pas du tout. Nous c’est la fraternité, ceux qui viennent sont ceux qui ont un cœur de frère, tout simplement. Alors beaucoup puisent dans les valeurs chrétiennes, mais on peut soutenir ces valeurs d’intégrité, de tendresse, de vérité toutes ces valeurs du message chrétien, mais sans avoir forcément reçu le don de la foi.
  • C’est amusant, j’ai presque l’impression d’entendre un psy laïque…
  • Ecoute, je n’aime pas beaucoup cette notion de « psy », parce qu’en réalité c’est avant tout, j’y reviens, une démarche de fraternité. D’ailleurs nous sommes une fraternité de pauvres au service des pauvres. Et la première qualité des personnes qui sont là à Saint Vincent de Paul, c’est une qualité de pauvreté personnelle tu vois…  Dans son cœur. Parce que si tu n’es pas pas pauvre c’est difficile de rencontrer le pauvre, tu comprends ? Si « Jean-Paul » ne peut pas travailler parce qu’il n’a pas la structure, parce qu’il a toutes ses blessures de la vie, tu ne peux pas l’obliger à travailler, car lui il est empêché, il n’aura pas la discipline de se lever le matin, la motivation, tout ça… Il y a aussi le problème des addictions, bref, il y a des tas de raisons pour lesquelles il ne pourra pas… (long silence.) La fraternité c’est d’abord de ne pas juger l’autre en fait… C’est l’accepter tel qu’il est. Et de l’aider s’il te demande de l’aider bien entendu, et souvent aussi la fraternité c’est d’accepter que celui qui te tend la main en te demandant de l’aider, t’aide aussi… Écoute, il y a quelque temps j’ai rencontré un homme, c’est quelqu’un qui vivait dans des conditions épouvantables, un étranger ici à Crest. Il vivait sous une tente, sur les bords de la drôme, avec une vie totalement désorganisée, il avait des ressources, mais les addictions, la solitude… l’avait complètement déstructuré, et c’était au cœur de l’hiver, et cet homme était sur le point de mourir. Finalement nous l’avons secouru, nous avons fait des démarches pour lui, famille d’accueil, logement, alors qu’il bénéficiait d’une pension d’invalidité qu’il ne savait pas gérer, nous lui avons appris à gérer ses finances, et cet homme a développé avec moi notamment, mais aussi avec l’ensemble de l’équipe, une confiance totale. Et au bout, je me suis dit, « qui suis-je pour que cet homme me fasse confiance » ? Pourquoi je le mérite ? Et tu vois, moi je suis chrétien, et donc la foi c’est important pour moi, et du coup tu vois, je me dis « qui suis-je pour que Dieu me fasse confiance ? ».
  • Peut-être que tu t’es considéré comme un « passeur » entre Dieu et cet homme ?
  • C’est pas exactement comme ça que je l’ai vécu, je pensais surtout « cet homme qui n’a rien me fait confiance, mais qui suis-je pour qu’il me fasse confiance ? », et moi au fond je dois faire confiance à Dieu tu vois, je dois m’en remettre à lui. Ma vie c’est ma foi… Je me sens gâté par Dieu, voilà… (sourire).
  • Allez, on quitte le céleste pour le terrestre. Quel est la nature des rapports entre l’association Saint Vincent de Paul et la Mairie de Crest ?
  • Nos relations sont bonnes, j’ai récemment rencontré Ruth Azais, adjointe aux affaires sociales, que j’ai trouvé formidable, elle est venue ici, elle a passé du temps avec nous… Bon, la mairie elle fait son possible, et pour parler de la « bourse au permis de conduire », ils aident un grand nombre de jeunes en leur donnant une bourse de 500 Euros pour participer à l’obtention de leur permis de conduire, et en échange ces jeunes s’engagent à donner 70 heures de leur temps a des organisations… Pour conclure je reviens à l’association Saint Vincent de Paul, pour dire que chaque semaine nous voyons passer entre 15 et 20 familles qui nous appellent à l’aide. Mais cette aide peut aussi être un besoin impérieux de dialogue, et moi qui ai voyagé, je peux le dire, le système social français est très généreux, mais il est compliqué, complexe au point parfois d’isoler les gens qui sont en difficulté, et cette complexité administrative fait que les personnes qui sont en « blessures de vie », ont parfois beaucoup de mal à se rendre utiles, et puis souvent finissent par perdre leur dignité.

Visiter les associations crétoises c’est aussi accepter leur pluralisme et leur diversité. Ainsi et sans complexe, nous franchissons le Rubicon qui sépare une association d’aide aux plus nécessiteux à une autre qui forme ceux qui le désirent vers des formes de réalisation plus numériques sans pour autant être virtuelles. Je dégringole quelques marches depuis la rue de la République vers le studio hyper techno de Fab Lab que nous présente Vincent :

  • Bon d’abord des Fab Lab il y en a plus d’un millier sur la planète. C’est la contraction des mots « laboratoire » et « fabrication », c’est donc un atelier partagé, ici on mutualise des machines à commandes numériques, qui permettent de fabriquer des objets. En fait nous, notre boulot c’est d’apprendre aux gens à fabriquer des objets par eux-mêmes, on encourage le « do it yourself »…
  • C’est un concept français ?
  • Au départ c’est un concept américain datant de la fin des années 70 qui a été inventé par le MIT, l’Université du Massachusetts, et à l’origine c’est le fruit d’une réflexion entre étudiants et professeur qui a débouché sur ce constat : ce n’est pas normal qu’on soit dépendants de l’industrie pour avoir des objets d’une facture fonctionnelle, jolie ou ergonomique. Prenons pour exemple les montures de lunettes, si elle cassent je ne suis pas personnellement en capacité de les refabriquer… Donc nous on prend le contre-pied de ce constat et on utilise des technologies qui sont empruntées à l’industrie, comme l’impression 3D, le fraisage numérique, la découpe laser… ce sont des machines accessibles qui permettent aux gens de s’approprier la fabrication numérique.
  • Êtes-vous une association au sens propre du terme ?
  • Alors, nous ne sommes pas une association, mais on relève du champ de l’économie sociale et solidaire, parce que nous sommes une société coopérative d’intérêt collectif, c’est une société qui a un impératif d’être à l’équilibre financier, mais notre gouvernance est horizontale, une personne égale une voix, comme dans une association, indépendamment de ta fonction dans l’entreprise. Je précise que nous sommes une équipe de 8 salariés qui ont entre 30 et 40 ans…
  • Vous estimez être à l’avant garde ?
  • Je ne pense pas que nous ayons un temps d’avance, on est dans un mouvement qui s’inscrit dans une tendance qui nous ramène 10 ans en arrière, cette volonté de faire les choses par soi-même, de ne pas jeter les choses, puisque l’une de nos missions est également de réparer des objets… Il puis il y a cet appétit pour comprendre les mécanisme de fabrication des objets, et c’est ça notre vrai métier. Permettre de comprendre. En une phrase, au Fab Lab, on permet à n’importe qui de fabriquer presque n’importe quoi.
  • N’importe qui ?
  • Oui n’oublions pas que nous avons une mission de formation, alors c’est sûr nous utilisons des technologies numériques, donc des machines pilotées par des ordinateurs, donc le phobique des ordis ne sera pas intéressé, ça va faire un blocage, mais nous on délivre les premières bases, ensuite nous sommes là pour répondre à toutes leurs questions, on accompagne et plus les gens reviennent plus ils sont autonomes. Le Fab Lab est ouvert tous les jours du lundi au vendredi de 9h à 18h, il est en accès libre, rue Cours Commère au centre de Crest, si les gens veulent se mettre à une table, utiliser nos ordinateurs, du petit outillage, des fers à souder, des composants électroniques tout ça c’est gratuit, sans réservation, sans cotisation, sans adhésion… C’est open ! Mais à partir du moment où leur présence nécessite un coach, s’ils veulent utiliser nos machines, dans ce cas là c’est sur réservation et ils paient à l’heure. Notre premier métier c’est la formation, puis en découle la location des machines, mais nous répondons également à des appels d’offres pour d’autres projets…
  • Vincent j’ai une dernière question, est ce le Fab Lab dont tu as la responsabilité est soluble dans la mentalité du Val de Drôme qui elle est tournée vers le naturel, vers le recyclage alors que vous représentez la création numérique ?
  • Un outil il est ce qu’on en fait. Avec une pioche tu peux creuser un trou, mais aussi trouer la tête de quelqu’un. Le Fab Lab doit être considéré comme ça, comme un outil mis à la disposition des gens alors certes il y a du numérique mais c’est pas pour autant que nous n’avons pas une association qui travaille avec les abeilles qui vient fabriquer des ruches en bois pour leur sauvegarde. Si quelqu’un vient avec des idées écolo on l’accompagnera de la même manière que quelqu’un avec des idées technologiques. Encore une fois nous sommes et restons un outil.
  • Vous entretenez quels rapports avec la Mairie de Crest ?
  • La Mairie nous connaît bien, elle a été sollicitée pour faire partie du conseil d’administration qui est composé d’une quinzaine de personnes physiques ou morales, il y a les salariés, il y a quelqu’un de la Mairie, il y a quelqu’un des deux communautés de communes, mais il y a aussi des entreprises et des associations. Donc avec la mairie de Crest ça se passe en bonne intelligence.

Je ne vous l’apprends pas, visiter les uns et les autres, à Crest, c’est aussi accepter de marcher, en attendant l’avènement de la passerelle piétonne qui d’après nos infos va enfin voir le jour, mais en attendant, je slalome entre les voitures et les piétons pour atteindre la rive gauche de la Drôme. Le son des flots de cette rivière préservée m’amène vers la musicalité et donc naturellement vers « l’École de Musique et de danse de Crest ». C’est Monsieur Claude Tran qui m’accueille.

  • Monsieur Tran nous allons générer cette rencontre de façon cinématographique avec d’abord l’unité de lieu, ensuite l’unité de personnes et enfin l’unité d’action. Parlez-nous de la structure que vous représentez et où elle se trouve.
  • Donc c’est une école de musique et de danse qui se trouve au 59, Rue Jean Rabot à Crest, juste à côté du collège Saint Louis. On pratique tous types d’instruments, qu’ils soient à vent ou à cordes, donc saxophone, trompette, clarinette, flûte, puis il y a les cordes :violon, alto, contrebasse, et violoncelle, puis les claviers, pianos… percussions avec la batterie et un atelier de batucada… Sans oublier l’accordéon diatonique, et les cours de chant, concernant la danse, on fait modern-jazz, classique et contemporaine. Tous nos professeurs sont diplômés, c’est une école qui est subventionnée essentiellement par la ville que nous remercions, car sans elle on n’existerait pas, les locaux appartiennent à la ville de Crest. Elle nous verse pour cela une grosse subvention, et nous sommes également subventionné par le département.
  • Parlons à présent de l’unité de personnes. Quelle est la représentativité des personnes qui sont concernées par votre institution…
  • On va commencer par la musique qui concerne 240 élèves, avec tous types d’âges, on commence à partir de 4 ans à l ‘école, avec l ‘éveil musical, et ça va jusqu’au seniors avec des adultes qui sont aujourd’hui à la retraite et qui font parti de l’orchestre notamment. Une bonne moitié des musiciens sont donc adultes, le reste sont des élèves plus jeunes, des mineurs. Pour la danse c’est l’inverse, on a beaucoup de petits et moins d’adultes, soit un total de 110 élèves. Donc nous représentons une école d’environ 350 élèves.
  • En ces temps de Covid on a beaucoup parler de la transmission par « aérosol », est-ce que ça complexifie l’usage des instruments à vents ?
  • On a scrupuleusement suivi les recommandations du gouvernement, donc quand il n’était pas possible d’assurer ces cours, nous les avons stoppés, et nous les avons repris depuis peu, néanmoins, les instruments à vent, contrairement à ce qu’on peu imaginer, n’ont pas posé plus de problèmes que les autres instruments.
  • Vous êtes salarié par la Mairie ?
  • Non, il s’agit d’une école associative qui est subventionnée, l’ensemble des professeurs sont salariés en CDI, ils ont donc un contrat de l’école, et pas de la Mairie et ils sont assujettis au barème de la convention collective.
  • Les spectacles sont maintenus, la mairie en a fait l’annonce, le Covid s’éloigne, on peut en tous cas l’espérer, quels sont les projets de l’école pour la saison estivale ?
  • D’ici à la fin juin, ici, dans nos locaux, dans la cour extérieure, nous avons programmé plusieurs auditions, les dates sont visibles sur notre site ecole-musique-crest@monsite.org et nous allons bien sûr participer à la fête de la musique du 21 juin, et là on se produira avec les élèves sur le toit de la Médiathèque…
  • Je vous sens déçu. C’est un programme « a minima » ?
  • Un peu oui, d’habitude on fait bien plus de choses, on ne peut pas faire de gala de danse par exemple, les concerts de rues sont également remis en cause parce qu’on n’a pas pu répéter avec les élèves, on a fait des cours « en visio », pendant 6 mois donc aucune répétition collective, en groupe. Nous avons repris le cours « en présentiel » depuis le 19 mai, donc on commence tout juste a mettre les projets en place en espérant être prêts pour la fête de la musique.
  • Justement, quels sont vos projets pour la fin de saison 2021 / 2022 ?
  • Nous avons un gros projet qui est un festival de musiques actuelles pour début juillet 2022 à l’initiative d’un professeur de l’école Armen Ustun, le nom du festival sera « A toi de jouer »… l’idée étant de faire goûter à des amateurs, des élèves ou des groupes locaux de se promouvoir sur une scène professionnelle avec une master-class qui va précéder leur entrée en scène…
  • On a été privé de musique vivante pendant trop longtemps, quels enseignements vous en tirez ?
  • Le sentiment que nous avons c’est que la musique c’est quelque chose qui se partage et lorsque on en est privé, ça joue sur des tas de facteurs, la musique c’est quelque chose de vital, on en a besoin tous les jours, sans musique il n’y a pas de monde. J’ajoute que la musique fait vivre des personnes et sans musique ce sont nos paysages qui changent.
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Visite à l’usine vivante, un tiers-lieu situé avenue Adrien Fayolle :

  • Bonjour David Sitbon, présentez-vous, qui êtes-vous pour l’Usine Vivante ?
  • Mon épouse Marie- Françoise et moi avons accepté il y a 5 ans de cela d’accueillir l’association « l’Usine Vivante » dans ce qui était les anciens bureaux de la société Salmson.
  • Oui parce qu’ici nous devons faire une chronologie… Première date : 1913…
  • C’est ça. 1913, création de la société Salmson, avec fabrication d’avions qui par ailleurs ont contribué a sauver la France pendant la première guerre mondiale, jusqu’aux années 1920 / 1925, puis ensuite la société est passée à la fabrication de voitures, elle fonctionnait à Boulogne-Billancourt jusqu’à 1954, puis elle a été dépassée par les concurrents qu’on connaît encore aujourd’hui que ce soit Renault, Citroën ou Peugeot. En revanche, un atelier a été mis en place pendant la guerre , en 1940, un atelier de création de pièces détachées qui a vécu jusqu’en 2013.
  • Alors je vais faire un saut de puce de 2013 à 2015, avec vous Stéphane Brun, vous êtes un « historique » de l’Usine Vivante, vous la faite vivre parce que vous y travaillez quotidiennement, en 2015 vous étiez juste locataire d’un garage je crois ?
  • Oui, c’est ça. Et je me souviens très bien du jour ou David Sitbon m’a fait visiter l’ensemble en me disant que ça allait être rasé… Je lui ai dit « faut surtout pas faire ça », or, de mon côté je connaissais un collectif qui voulait monter « un tiers-lieu »…
  • Je vous coupe, que signifie la définition, la notion de « tiers-lieu » ?
  • On le définit en disant que c’est entre « la maison et le travail », avec des occupations différentes c’est un lieu où chacun participe à l’entretien des lieux mais aussi aux activités que le lieu génère .
  • Yannick Régnier, je viens vers vous, pour ce qui vous intéresse, c’est le côté administratif de l’Usine Vivante dont vous avez la responsabilité. Peut-on dès lors parler d’une structure bicéphale ?
  • Oui il y a effectivement deux entités particulières, une avec des bureaux sur 400 mètres carrés et sur deux étages, et puis plus imposante, il y a la partie des 2000 mètres carrés d’ateliers qui accueille les artisans.
  • Monsieur Sitbon, est-ce que vous générez de l’emploi, avez-vous des salariés ?
  • Pas vraiment… enfin oui, il y a un animateur, mais le principe est que les gens génèrent leur propre travail, chacun est indépendant, autonome, développe son activité commercialement, et Stéphane en est un bon exemple, il est venu avec son garage et aujourd’hui il a 5 ou 6 employés, c’est ça Stéphane ?
  • Oui, on a 4 employés et 3 stagiaires en continu…
  • Comment vous jugez le rayonnement de l’Usine Vivante sur la ville de Crest ?
  • Yannick : Oui je pense que l’Usine Vivante est un phare sur la ville de Crest, c’est au moins une entité qui est connue de manière plus ou moins fantasmée par les habitants, et qui reste un lieu d’accueil et même d’atterrissage pour bon nombre de personnes. La vallée, nous le constatons tous les jours, est très attractive pour bon nombre de personnes, des gens qui ont envie de créer des réseaux sociaux réels et pas virtuels, à ce titre l’Usine Vivante peut être considérée comme un point d’entrée, et il y toujours eu une interaction entre l’Usine et ses occupants… Mais il faut bien garder en tête que l’Usine Vivante fonctionne au carburant du bénévolat, si nous n’avions pas été portés par une communauté locale, ça n’aurait pas marché, si ça avait été porté par une seule personne entrepreneure, à savoir David Sitbon tout seul, ça n’aurait pas marché, si c’est une réussite c’est grâce aux coopérations entre bénévoles, artisans et responsables, et bien entendu nous avons bénéficié d’appuis, de fonds publics du département, et d’autres entités qui promeuvent le numérique qui ont aussi aidés financièrement l’association…
  • Quels sont la nature de vos rapports avec Hervé Mariton ?
  • Ils sont excellents.
  • Le 19 juin 2019, il y a à peine trois ans, vous inscriviez cette formule au rang d’article premier, je cite : « On consolide l’existant, et on développe en favorisant la mixité sociale et culturelle », que signifie cette acte de foi, que pour ma part je trouve un peu nébuleux… ?
  • David Sitbon : C’est une phrase bien compliquée, ce que je peux dire c’est que Stéphane ici présent, et d’autres qui ont initié le projet de départ. La mixité sociale et culturelle est éminemment présente à l’Usine Vivante, les horizons sont pluriels, la mixité n’est pas que sociale, elle est aussi professionnelle, j’ajoute qu’il y a beaucoup de jeunes à l’Usine Vivante.
  • Stéphane : Je me permets d’intervenir pour ajouter que nous sommes en contact avec des éducateurs de rues, et il nous présentent des jeunes, on travaille notamment avec l’association AIRE qui nous envoie des jeunes en réinsertion…
  • Yannick : Je voudrais ajouter un détail qui complète le propos de Stéphane : L’Usine Vivante est devenue un lieu d’initiative économique, la diversité est une des richesses de l’usine, mais il ne faut pas négliger que de cette initiative économique découle des plus-values sociales, et ça c’est une évolution… Ce que je peux dire pour prendre une métaphore c’est que l’association après être entrée dans son œuf, c’est qu’aujourd’hui elle veut sans doute sortir de cette zone de confort, elle veut déployer de l’activité vers l’extérieur… Des ateliers, des événements, de l’accueil du public…
  • Stéphane : J’ajoute qu’une salle d’enregistrement et de répétition pour musiciens va bientôt voir le jour, c’était le souhait de David Sitbon et de Marie-Françoise…
  • Je le précise David Sitbon, Marie-Françoise est votre épouse… Elle est importante dans l’équation « Usine Vivante » ?
  • C’est elle qui a poussé beaucoup vers ce projet d’Usine Vivante et de mise en valeur du site, c’est elle qui a initié la charte de l’Usine Vivante, où il est dit que c’est un un lieu ouvert à tous, à une mixité totale, où on ne pratique ni religion, ni politique de façon à être très serein dans tous les sujets, et c’est comme ça que ça se passe bien, et mon épouse a été indispensable dans ce domaine, et c’est très important.

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  • Récapitulons, nous avons dans notre petit panier une usine pluri-disciplinaire, une école de musique, une association caritative, une entreprise techno… Vous êtes comme moi ? Vous pensez vous aussi que tout ça manque terriblement de légumes. Je suis d’accord avec vous… Et ça tombe bien car nous avons rendez-vous avec Yohann qui va évoquer au micro du brillant le système des AMAP… Disséquons l’acronyme, l’AMAP, signifie Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, Yohann êtes-vous un paysan ?
  • Je ne suis pas paysan. Mes grands parents l’étaient, et en temps qu’adhérent à l’AMAP je soutiens l’agriculture paysanne, et c’est une forme de militantisme. Ce qui ne veut pas nécessairement dire que nous sommes contre… En revanche nous sommes pour le maintien d’une agriculture paysanne. Personnellement je suis adhérent à l’association il y a un groupement d’agriculteurs écologiques le Gaec de Caetera, qui est représenté par 3 paysans , Laurent, Marie et Ludo… Et entre eux les producteurs et vous les consommateurs, il n’y a pas d’intermédiaires. Ils livrent une fois par semaine, le jeudi soir, ils viennent avec leurs légumes, et les adhérents viennent pour récupérer leurs paniers, pour être précis il y a deux types de paniers, un à 9 Euros et l’autre à 14 Euros, soit deux quantités différentes de légumes… Il suffit de se rendre le jeudi soir entre 18h et 19h à l’Espace Soubeyran, à côté du boulodrôme à Crest…
  • Quelle est ta définition du « circuit court » ? – Il y a deux choses : le circuit direct, les clients vont à la ferme chercher les produits, et le circuit court : le paysan amène ses produits vers le consommateur sur site. Ce qui a pour vertu de soutenir les agriculteurs notamment en début d’année où avec ce système ils sont à peu près sûr de s’appuyer sur un chiffre d’affaire stable, alors que qu’en s ‘appuyant sur les marchés, leur chiffre d’affaire fluctue d’une année sur l’autre.
  • J’ajoute que ce sont des légumes de saisons produits au local…
  • Exactement, là c’est vraiment produit aux alentours de la ville de Crest, et encore une fois c’est une démarche qui assure une chiffre d’affaire à ces petits paysans.
  • Pourquoi personnellement, vous vous sentez si impliquez dans l’agriculture de proximité ?
  • Il y a deux critères. La qualité du produit, les légumes sont cultivés sans apport chimique, avec un savoir faire traditionnel, avec respect de l’environnement, en fonction des saisons. Et en fonction des saisons l’offre sera plus ou moins généreuse, avec plus ou moins de variété d’offres, ce qui oblige ne consommateur à se gratter la tête pour varier ses recettes, ensuite c’est local, donc ça limite le transport des marchandises et l’empreinte carbone.
  • Tu es un jeune papa, est-ce que ça a eu des conséquences sur ta philosophie écologique ?
  • Elle était présente avant la naissance de mon fils, mais bien sûr sa venue a contribué à renforcer mes convictions… On a un devoir de leur laisser une terre convenable, c’est un minimum.

Voilà pour ce petit tour des associations, trop petit je vous l’accorde mais j’y reviendrais plus tard, parce que je le sais bien, je viens de réaliser un article avec un petit échantillon des initiatives locales.

La semaine prochaine, je n’aurais pas le temps, je serais « aux cultures urbaines » pour vous faire partager cette journée skatée.

Mathias DEGUELLE

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