CREST : AINSI VA LA VILLE A VÈLO

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Et comme ce fût déjà signalé dans ces colonnes, Crest est une ville, du moins dans son centre, réservée aux seuls amoureux de la grimpette pédestre. Maintenant question : Crest n’est-il qu’un centre-ville ? Bien entendu il y a les bords de Drôme, évoqués dans lebrillant la semaine dernière, mais élargissons le cercle. Crest peut-il devenir un circuit pour cyclistes, un circuit qui ferait le tour de la ville et qui, ce n’est pas rien, pourrait admirer Crest dans son ensemble.

Je vous raconte. Le reportage que vous allez lire doit être scindé en deux entités. D’abord il y a « l’Atelier Autour du cycle » qui va être le lieu du reportage, mais il y sera également question de « Vélo dans la Ville », autre entité qui se définit elle même comme « faisant du lobbying auprès des élus ».

Dans un sens, si je suis crevé, ils peuvent me coller une rustine.

  • Bonjour, je suis Maxime Martin. Adhérent à « l’Atelier du cycle ».
  • Présentez-nous les lieux et surtout le principe de fonctionnement de cet atelier.
  • Alors nous nous trouvons dans un petit local de la Place Julien, à Crest. L’Atelier du Cycle c’est un atelier participatif, donc qui fonctionne sous forme d’association, avec des adhérents. On adhère donc à l’association, et on a ensuite accès à l’atelier, à tout l’outillage pour réparer son vélo, on a ensuite accès aux pièces détachées que nous, on récupère sur des vieux vélos, ce qui nous permet d’avoir un stock de pièces détachées pour pouvoir réparer les vélos. On a aussi un petit peu de matériel neuf, et donc les adhérents peuvent venir réparer, apprendre à réparer aussi, surtout, avec l’aide des adhérents bénévoles qui sont là régulièrement, et qui partagent leurs connaissances de la mécanique, chacun à son niveau, et voilà…
  • Quel est le montant de la cotisation ?
  • Alors il y a trois montants de cotisations, on a une première cotisation « petit budget », à 10 Euros, ensuite une à 15 Euros, et une familiale à 25 Euros, pour un papa et une maman, qui auraient plusieurs enfants, donc plusieurs vélos…
  • Comment vous alimenter votre stock de pièces détachées ?
  • Alors en fait, on travaille sur le don de vélo, c’est à dire que les gens nous amènent des vieux vélos. Alors ensuite on fait le choix de les retaper ou de les laisser à disposition des adhérents qui peuvent trouver ici des pièces, pour retaper leur vélo. Si ensuite, ils sont dans un trop mauvais état, ou qu’il va y avoir trop de travaux, on va le démonter, garder les pièces qui peuvent être réutilisables, et puis jeter dans le cycle du recyclable, les pièces restantes, qu’on n’utilisera pas.
  • Quel est le constat, puis l’historique, qui ont fait naître cet atelier ?
  • Bon, pour l’historique c’est plutôt à Romain qu’il aurait fallut demander ça (Romain déclinera ma demande d’interview NDLR), mais le constat c’est d’abord que voilà, les vélos c’est toujours réparable, et ensuite il y a la volonté environnementale de recycler ce mode de transport, tout simplement… de les remettre en état, de les remettre en circulation, et puis aussi aider des personnes qui n’ont pas toujours forcément les moyens de s’acheter un vélo neuf, ou de la faire réparer dans un circuit plus traditionnel, d’avoir enfin accès au vélo.
  • Bon, à minima vous tenez un discours écolo, et ce n’est pas un reproche, mais à maxima, vous me semblez tenir un discours politique.
  • Alors ici non, on ne fait pas de politique, ici on fait de la réparation de vélo. Pour la politique, il y a une autre association à Crest qui elle, travaille plus avec l’intercommunalité, la municipalité, c’est « Vélo dans la Ville », et eux, ils font un peu plus…enfin, je dis « eux », mais je devrais dire « nous » parce que moi j’en fais parti, aussi. Donc, on fait plus de la politique dans le sens ou là, on va vraiment aller vers les politiques, les élus, pour demander ensuite des aménagements cyclables dans la ville.
  • Si vous deviez mettre une notre de 0 à 10 à la ville de Crest en matière de mobilité cyclable, quelle serait cette note ? En tenant compte que la ville de Crest est une ville ardue, même pour le plus chevronné des cyclistes.
  • Bon, déjà, je ne suis pas d’accord avec votre définition de la ville de Crest comme ville « ardue » à monter, parce que ce n’est qu’une partie de la ville, c’est la vieille ville, après il y a aussi les collines alentours, et une grande partie de la ville de Crest et de ses aménagements sont le long de la rivière, donc là c’est tout plat, donc très facile à circuler. On pourrait aller de Aouste à Allex, ou Eurre, donc il y a une très grande partie des communes de la région qui sont accessibles, parce que plates… Ensuite, pour ce qui est de la note, je ne vais pas donner mon point de vue personnel, je vais juste donner le résultat d’une étude qui est faite tous les deux ans et qui en ce moment a lieu, et qui s’appelle « Le baromètre des villes cyclables », qui est une étude nationale, où chacun peut consulter sur le site barometreparlonsvelo.fr, peut accéder à un questionnaire, où on choisit sa commune, et à travers différentes questions, on répond sur les aménagements, sur les services auxquels on a accès, sur le stationnement, etc… ce sont différentes questions qui ont trait à la politique cyclable, et donc ce sondage a eu lieu il y a deux ans de cela, et la ville de Crest avait reçu la note de 2,8 sur 7, donc je vous laisse faire la conversion sur 10, mais c’est pas terrible, on est loin de la moyenne… et avec un commentaire « environnement défavorable pour les cyclistes ».
  • Que vous répond la municipalité quand vous leur proposez des aménagements pour plus de fluidité cyclable ? C’est quoi ? C’est des embrassades, ou des bras de fer avec Monsieur le Maire ?
  • C’est ni l’un, ni l’autre. D’abord en ce moment nous travaillons avec l’Adjoint à la Mobilité, Christophe Lemercier, parfois avec Jean Pierre Point qui est chargé de l’urbanisme. Les aménagements cyclables c’est assez compliqué parce qu’en fait plusieurs acteurs entrent en jeu, il va y avoir la municipalité, mais aussi la communauté de communes, d’ailleurs en ce moment même il y a un schéma directeur cyclable qui va être voté par la communauté de communes du crestois et pays de Saillans, à la laquelle participe la ville de Crest… Et il y a une partie des aménagements qu’on attend à Crest, un autre sur le stationnement, qui vont être sur ce schéma directeur cyclable de la communauté de communes. Les aménagements sur les routes, il y a aussi le Département qui va entrer en compte, par rapport à la Municipalité, on est reçu… On demande régulièrement des rendez-vous avec la municipalité, qui nous les accorde. On fait des propositions, on nous écoute, après… certaines sont réalisées, d’autres non. Mais nous en temps qu’association « Vélo dans la Ville », on demande beaucoup de choses, pour obtenir un petit peu. Mais après c’est le quotidien des cyclistes, ils sont aussi et avant tout des citoyens… ! Mais visiblement, les attentes des cyclistes ne sont toujours pas concrétisées ou satisfaites.
  • Il y a un projet qui vous tient particulièrement à cœur et que vous voudriez voir concrétiser ?
  • Il n’y a pas de projet « N°1 », on travaille sur plusieurs dossiers, parce que la politique cyclable offre plusieurs angles de vue, et même plusieurs angles d’attaque. On travaille sur le stationnement, parce qu’on constate cette année une augmentation, parce qu’on fait des comptages des vélos dans la ville tous les ans, et ces cinq dernières années on a vu une très forte augmentation de la pratique du vélo, au quotidien, des crestois. A partir du moment où il y de plus en plus de vélos en ville, il faut que ces vélos puissent stationner. Donc la Mairie, l’année dernière a fait une grande campagne d’ajouts d’arceaux en ville, ce qui est une bonne chose. Nous on essaye aussi d’avoir des parkings sécurisés, un peu plus couverts, comme des boxs à la gare, qu’il faut développer. Il y a aussi un gros projet qui est dans le programme de la Municipalité, qui est le réaménagement de la RD93, qui traverse Crest, du cimetière jusqu’au Pont Mistral, alors oui, effectivement, là on insiste pour faire valoir notre point de vue, et on demande de aménagements cyclables sur cet axe là. Bon, pour l’instant, on n’a pas de réponse, on sait que le dossier avance auprès de la Mairie, que des plans ont été proposés. D’autre part, nous contestons la présence de ces chicanes en bois, à l’entrée des voies vertes, qui ne permettent pas à certains vélos d’accéder à ses voies, car aujourd’hui il y a plusieurs usages du vélo.
  • C’est vrai ce que vous dites. On parle du vélo, alors qu’on devrait parler des vélos : il y a le « vélo cargo » avec sa grande plate-forme à l’avant, mais il y a aussi les « vélos carrioles », qui tirent de quoi accueillir un ou deux enfants.
  • C’est ça, toutes les infrastructures ont été conçues pour les vélos traditionnels, mais maintenant, il y a les « vélo cargo » que vous venez de décrire, il y a les carrioles qui sont derrière, et donc, ces véhicules n’ont plus accès ou en tous cas c’est plus difficile de passer ces chicanes pour accéder aux voies vertes, donc ce sont des réaménagements qu’on demande à la municipalité en fonction de ces nouvelles pratiques de vélos.
  • Et bien-sûr vous êtes entendus (immense éclats de rires )
  • Heu… Sur la dernière réunion que nous avons eu en septembre, on a fait cette proposition, on est un mois plus tard. Et pour l’instant… pas de changement.

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? Vous l’avez donc compris, je me trouve dans le royaume du deux roues. Sans doute qu’avec Maxime, nous avons rencontré un Prince, mais moi, voyez-vous, j’aime aussi sentir le plaisir du palefrenier, bon, point de chevaux ici, mais en l’occurrence un réparateur de bicyclette, comme ça, ça n’a l’air de rien, mais croyez-moi, ça n’est pas donné à tout le monde de soigner une petite reine.

  • Je m’appelle Arnaud et je suis bénévole ici à l’association « L’Atelier vélo ».

  • Arnaud, je vous décris : vous êtes en « bleu de travail », et au moment ou je vous parle vous essuyez vos mains dans un chiffon.
  • Oui, alors, l’objectif quand les adhérents viennent, ce soit eux qui fassent le travail, nous on est là pour les accompagner, donc effectivement on prend les outils quand c’est un peu compliqué pour eux, mais au plus possible on leur explique comment réaliser les travaux, et ensuite, c’est à eux de chercher les outils, réaliser les travaux… En fait c’est une sorte d’émancipation. Ensuite ils pourront réaliser les mêmes travaux chez eux.
  • C’est facile de réparer un vélo ?
  • (long silence). L’intérêt de l’atelier, c’est qu’on démonte aussi des vélos pour récupérer des pièces, donc on peut expérimenter ce genre de chose, choisir la bonne clef, pour le bon écrou, si on casse quelque chose, c’est pas grave, parce que ce sont des vélos qui nous sont donnés. Donc ça, c’est un bon moyen d’expérimenter la pratique. Ensuite… Oui, C’est long quand même…La dernière fois j’ai récupéré un vélo, je l’ai utilisé pendant quatre ou cinq ans… Ensuite il était complètement usé, j’ai passé deux jours à le restaurer…. J’ai tout changé, donc oui, ça peut prendre un peu de temps, mais c’est ça qui est intéressant, on a te temps de la faire, on a tout l’outillage, donc on peut vraiment expérimenter.
  • Je dis une sottise si vous dis qu’il existe « une philosophie du vélo » ?
  • Alors, je suis également membre d’une association qui s’appelle « Vélo dans la Ville »…
  • Oui, Maxime Martin et moi l’avons évoquée.
  • Donc avec son vice-président… Alors oui, il y a une philosophie, celle de rouler ensemble, de prendre son vélo et de pouvoir s’arrêter où on veut en ville, ne pas stresser pour trouver une place de stationnement… Moi je souhaiterais qu’on puisse vivre de plus en plus de cette façon là, c’est à dire, pouvoir s’arrêter quand on veut, juste pour discuter, pour parler… Et puis mettre les enfants dans le vélos c’est possible… C’est une grosse angoisse la présence de toutes ces voitures !
  • Vous finissez par les haïr les bagnoles ?
  • Y’a aucune haine. Mais il reste la nuisance, par les gaz d’échappements, par les nuisances sonores, par les risques, qu’on prend, par le fait du stress du cycliste, cette hypervigilance… Une porte qui s’ouvre… Une voiture sans cligno… Un piéton avec son smartphone… En fait la voiture possède la place, et le cycliste doit « prendre » sa place… Je te jure, on dit « 1 mètre » d’espace entre le vélo et la voiture… Vous ajoutez le trottoir à droite… En plus la vitesse est limitée à 30, les vélos roulent à 25…. Bref, c’est très tendu.
  • Ce que vous êtes en train de nous dire, c’est que la pratique du vélo, finalement, ça se mérite…
  • Avant l’apparition de la voiture, le vélo restait un moyen de locomotion très important, on se souvient que la plupart des ouvriers allaient au travail à vélo, et donc c’est petit à petit que la voiture a prit la chaussée et qui à finalement repoussé le vélo dans les parties les plus extrêmes, et le confort que procurait la voiture, se retourne aujourd’hui… Enfin, moi je sais pas, je me suis toujours déplacé à Lyon à vélo…
  • Vous allez de Crest à Lyon à vélo ?
  • Non, non, non… Je prends le transport en commun, j’arrive là-bas, et je loue les vélos en libre-service à Lyon, et je suis content parce que je découvre la ville, grâce aux parcours cyclables, c’est un plaisir… Et pareil à Paris… ! Mais pour revenir à Crest, j’y réside depuis 2012, et il y a de plus en plus de voitures garées, pour des personnes qui ne font que traverser la ville de Crest et y revenir. C’est dommage.
  • Vous ne pensez pas que l’utilisation de la voiture est une « contrainte non-négociable » ? Le long de la rivière Drôme c’est plat.Ensuite on est dans le sens est-ouest, donc on est pas contre le Mistral, le Mistral est latéral, ensuite on est pas dans une région où il pleut beaucoup, c’est une volonté… C’est même une volonté politique : Est-ce que je veux, ou pas, rendre une ville plus attrayante, plus douce, plus sociale… ? Ou est-ce que je reste dans une boite qui pèse 1 tonne 5, et pour déplacer quelqu’un qui pèse 60 kilos ?
  • Le 421 se joue à 3 dès. Dès lors je me devais de faire un dernier lancer. Après le responsable, après le mécano-responsable, je me devais de rencontrer celle qui venait profiter des bienfaits de l’atelier. La bricolo-responsable.
  • Bonjour je m’appelle Laure.
  • Laure, je vous vois enfourcher votre destrier métallique, vous sortez de l’atelier. Ça fait quoi d’être cycliste à Crest ?
  • C’est un super moyen de locomotion. Moi j’habite dans le centre-ville, donc tout ce que je peux faire, je le fais en vélo, mais après il faut être hyper attentif…. parce que…c’est pas hyper simple et hyper adapté au vélo.
  • En clair, les structures existantes, ne favorisent pas la mobilité ?
  • Bon, moi, je fais que du centre-ville, là ça fait deux ans que je traverse le pont, et que je risque ma vie tout le temps…
  • A ce point là… ?
  • Non, c’est vrai, un matin sur deux je prends le rond-point, et en fait les voitures qui arrivent, elles ne me voient pas, ou pire, elles ont en rien foutre… Donc, oui, il faut être hyperatentifs. Donc, moi, je l’espère, le jour où cette ******* de passerelle verrait le jour.

Mea Culpa, Maxima… Je sombre dans la facilité de la citation pour clore cet article. Me pardonnerez-vous un jour ? J’en prends le risque.

« La vie est comme faire du vélo. Pour garder votre équilibre, vous devez continuez à avancer ».

Je ne sais plus si la citation est de Charlie Chaplin ou de Albert Einstein.

Mathias Deguelle.

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