CREST : 8FABLAB, LE FABULEUX LABORATOIRE

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Dans un premier temps merci, vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous nous en félicitons. Une nouvelle fois vous allez pouvoir le constater, lebrillant.fr fait vivre Crest en abordant l’éclectisme de la ville, que ce soit à travers son histoire ou ses aspects les plus sociaux, nous essayons de vous offrir toutes les facettes de la ville.

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet souvent qualifié par des barbarismes anglais parce que la technologie que nous allons aborder nous vient des Etats-Unis, d’ailleurs habituez-vous, ici on ne va va pas parler de technologie mais de « tech », c’est plus branché et c’est sous cette appellation qu’aujourd’hui sont rassemblées les diverses techniques qui allient les programmes informatiques et leurs réalisations en 3 dimensions. Nous nous sommes faufilés dans une toute petite ruelle crestoise, « la rue Courre Commère », pour accéder aux locaux / atelier du « 8 Fab Lab », un véritable laboratoire du futur, mais pas que…

  • Bonjour je suis Caroline Naillet, je travaille au « 8FABLAB», à Crest. Donc on est un laboratoire de fabrication numérique. La fabrication numérique c’est : comment fabriquer des objets à partir de machines à commandes numériques. Ça peut être une découpeuse laser, une imprimante 3D, une fraiseuse numérique… En tout cas, on part d’un fichier numérique qui va être transmis à la machine, et qui va pouvoir après soit découper, soit graver, ou imprimer.
  • Quels sont les avantages qu’apportent ces machines par rapport à des machines traditionnelles ?
  • Ça va permettre de faire des choses qui ne sont pas réalisables à la main, ou pour parler de l’imprimante 3D par exemple, ça va permettre de supprimer les étapes de moulages, donc ça permet de faire des choses qui ne sont pas possibles autrement.
  • Les possibilités sont infinies ?
  • Infinies, je ne sais pas si c’est le mot, mais oui c’est infini à partir du moment où on réfléchit à comment faire évoluer les technologies, mais oui, si on s’en donne les moyens, les possibilités peuvent être infinies effectivement.
  • Racontez-nous la naissance, la genèse des « FABLAB »…
  • Au départ c’est un principe qui vient des Etats-Unis, du MIT en fait, une université au Massachusetts, qui part d’un enseignant qui voulait faire fabriquer des objets par ses étudiants, mais il n’avait pas les machines et donc il s’est équipé de machines semi-industrielles ou industrielles et les mettre à disposition pour ses étudiants, et ce professeur s’est dit que ce principe fonctionnait bien, et ensuite le concept a été de déployer ce concept là dans d’autres lieux. Donc nous, c’est vraiment ça, toutes les machines que vous voyez on les met à disposition du grand public, donc ça peut être soit professionnel soit particulier, pour que nous les formions, et que nous leur apprenions à utiliser ces machines à moindre coût, sans passer par un système industriel ou une entreprise beaucoup plus chère.
  • Vous existez depuis combien de temps ?
  • Nous le « 8FABLAB », on existe depuis 2014, et ça a été créé suite à un appel à projet de l’État de l’époque, pour développer la création ou le maintien de cette technologie en France.
  • Quelles sont les types de demandes ou de commandes que vous devez honorer ?
  • Alors, ça va être très très varié, parce que nous avons beaucoup d’activités. Mais l’activité principale ça va être la mise à disposition des machines. Donc sur les personnes qui vont utiliser les machines, ça peut être autant quelqu’un qui va venir par exemple créer un jeu, ça peut être une personne qui va venir découper des tissus au laser pour faire des protèges-slips, ça peut être une personne qui va faire un prototypage en impression 3D par exemple pour créer un nouvel outil, on utilise beaucoup les machines pour la réparation, pour du mobilier, voilà… C’est très très varié, mais ça reste des outils, donc après ça dépend de l’imagination et de la créativité des personnes qui viennent.
  • Mais alors, au tout départ, il y a quoi ? Un simple dessin qui sert de base ?
  • Alors, vous pouvez venir avec un dessin tout à fait, mais tout va dépendre de votre objet, parce que nous avons également des prototypages électroniques, tout va dépendre de l’objet que vous voulez réaliser, vous pouvez venir juste avec une idée, et nous nous allons vous guider pour vous faire passer par telle et telle étape, vous pouvez venir avec un dessin sur papier et puis nous, nous allons le numériser, on va le transformer. Suivant ce que vous voulez faire, nous on va choisir aussi quelle est la machine la plus pertinente pour pouvoir réaliser votre objet. Souvent des personnes viennent nous voir et nous disent « je voudrais réaliser un objet, mais je ne sais pas comment faire », et c’est pour cette raison que nous avons un temps dédié là-dessus, le jeudi soir de 18h à 21h, pour accompagner le grand public, sur des personnes qui ont des idées mais qui ne savent pas forcément comment les réaliser ou les concrétiser, et donc nous, nous sommes là pour les accompagner, pour leur dire que « peut être tu peux faire comme ça »…
  • Vous travaillez tous types de matériaux ?
  • Non, on ne travaille pas le métal. Donc suivant les machines, on va être sur la découpeuse laser ou la fraiseuse numérique on va être surtout sur du bois, sur du plexiglas, du plastique, du tissus, du papier, du cuir, ça va être très varié. En revanche sur l’impression 3D on va être sur du plastique, PLA, mais on travaille aussi sur la terre ou de la céramique puisqu’on a une imprimante céramique grand format, mais voilà, on ne travaille pas le métal parce que ça demande des machines qui sont beaucoup plus coûteuses et plus techniques.
  • Faire marcher ces machines demande en amont une programmation numérique, cette phase est longue, contraignante ?
  • En fait, il y a plusieurs étapes, c’est à dire que soit on peut faire de la sous-traitance, mais ce n’est pas ce qu’on fait en priorité, au quel cas nous avons des personnes compétentes pour le faire, suivant la complexité du projet, pour le faire plus ou moins rapidement, après on est surtout là pour que les personnes apprennent à faire par elles-mêmes, et après ça va dépendre de l’appétence ou des compétences de la personne, pour arriver plus ou moins vite à comprendre et à s’approprier les outils, donc ça va dépendre des personnes. Il y a des personnes qui en une heure vont piger un logiciel et pouvoir l’utiliser en autonomie et puis il y a d’autres personnes pour qui ça va prendre 10 jours, donc il n’y a pas de règle en fait, ça va dépendre de chacun, et puis ça va aussi dépendre de l’objet à réaliser.
  • On imagine plus des structures comme « 8FABLAB » installées au sein de grandes villes, or ici nous sommes à Crest, est-ce que c’est un paradoxe ?
  • Un paradoxe non, en fait le principe c’est vraiment de donner une capacité à créer et à produire par soi-même, donc que ce soit en ville ou en milieu rural, la problématique reste la même en fait, on a autant besoin de fabriquer des objets en ville que à la campagne… Ici, l’offre elle existe, la demande elle existe aussi en fait, donc nous par exemple en terme d’activités, on travaille beaucoup avec les jeunes. Le mercredi après-midi on a un temps ouvert, accompagné et gratuit pour les jeunes de 16h à 18h, et c’est un format qui fonctionne très bien parce que les jeunes sont nombreux à venir, que ce soit pour fabriquer des stickers pour leurs T-Shirts, ou pour fabriquer une petite lampe… Enfin, voilà, c’est très varié, parce que c’est aussi un endroit où ils savent qu’ils peuvent venir pour inventer des objets et les fabriquer derrière. Après pour les professionnels c’est pareil, on a un espace de prototypage qui est à moindre coût donc ça permet à des entreprises, ou en tous cas des créateurs d’entreprises, ou des créateurs de produits ou de projets, d’imaginer et de réaliser un prototype à moindre coût et de pouvoir tester en fait, une première activité pour savoir si ça peut fonctionner ou pas, et sans avoir à investir tout de suite dans des machines coûteuses.
  • Ce qu’il faut préciser c’est que nous accompagne le doux ronron des machines qui fonctionnent, Caroline, vous me faites la visite… ?

  • Alors ici, on va avoir tout ce qu’il y est 2D, donc tout ce qui est découpe. C’est du à-plat, donc c’est une découpeuse laser qui va découper sur un format 60 X 60 cm max, et en 8 millimètres d’épaisseur max, donc comme je vous le disais pour tous types de matériaux sauf le métal, alors, ça découpe et ça grave… Ensuite, on va avoir toujours en 2D, on va être aussi sur le « plotter » de découpe vinyl…
  • Le « plotter » ?
  • Oui, c’est pour la découpe vinyl, ça va permettre de faire soit des stickers, soit des flocages sur textile, ensuite on va avoir tout un espace de prototypage électronique qui est accessible et gratuit en permanence pour tout le monde, avec des outils du type fer à souder, outils de mesures, qui sont pas mal utilisés notamment dans la réparation, parce qu’on a aussi un atelier réparation ouvert à tous les jeudis soir de 18h à 21h… Ici on entre dans l’atelier impression 3D…
  • Allez, je vous suis… et j’en profite pour vous poser la question, est-ce que plus vous produisez, moins c’est coûteux ?
  • Alors, nous ne sommes pas dans cette logique là… Notre logique, c’est plutôt : au lieu d’acheter des objets qui sont conçus à l’autre bout de la planète, c’est de la fabriquer soi-même en réduisant le circuit.
  • Vous l’assumez. Derrière toutes vos initiatives, il y a une véritable démarche écolo avec réduction d’empreinte carbone et circuit court… ?
  • Ah, mais c’est complètement notre démarche, on veut réellement arriver à relocaliser les productions, et le principe de « faire par soi-même », que ce soit au niveau des particuliers ou des professionnels, ça permet effectivement de relocaliser les productions, le principe il est là… Plutôt que d’aller acheter dans une grande surface avec un produit qui aura fait dix fois le tour de la planète, là on peut se dire qu’on peut créer avec du bois qu’on va récupérer dans une ressourcerie et puis on va fabriquer l’objet ici… C’est vraiment l’esprit du lieu.
  • Mais est-ce que le coût ne s’en trouve pas augmenter ?
  • Pas forcément. Parce que par exemple l’impression 3D est beaucoup utilisée dans la réparation, donc par exemple si votre robot ménager tombe en panne, en général ce qu’on fait, c’est qu’on se dit « je vais le jeter, et je vais en racheter un », alors que là, en venant à l’atelier réparation… La panne ça peut être une pièce plastique qui est cassée, alors on recrée la pièce en impression 3D, ça peut être ça…
  • Une machine à impression 3D, ce sont toujours de petits moteurs qui glissent sur des rails.
  • Oui, c’est ça, c’est même le principe des 3 dimensions. Alors il y a une bobine de fils, le filament, qui va venir extruder par une buse qui est chauffée et qui va se déposer en fonction du dessin qu’on aura présenté au préalable, qu’on aura indiqué à la machine, et qui va venir déposer au fur et à mesure le filament de plastique, pour pouvoir fabriquer la pièce.
  • Brillantes et brillants, vous avez tout compris ? Euh… moi non plus mais on continue les questions. En fait ce sont des tout petits boudins qui s’accumulent les uns sur les autres jusqu’à former une structure rigide et verticale ?
  • En gros c’est ça.
  • Elle ne paie pas de mine cette petite imprimante 3D…
  • En fait, elle a été fabriquée ici au sein du 8FABLAB et par Machin Machine qui se trouve à Die.
  • Les imprimantes 3D sont elles-mêmes fabriquées par d’autres imprimantes 3D… On en revient à la question de l’œuf et la poule… (rires)
  • Ici c’est l’espace jeu avec une borne d’arcade et un flipper qui ont été créés par des salariés du « 8FABLAB», on a aussi un espace de réalité virtuelle, avec un casque qui permet de faire des jeux mais aussi de sculpter en réalité virtuelle, ce qui peut être utilisé par l’imprimante 3D « terre », qu’on va voir tout de suite…

  • Je vous suis toujours…
  • Voilà, cette imprimante, imprime de la terre, qui est dans un tube, qui passe par un piston, qui va pousser la terre dans ce petit tuyau, et qui au fur et à mesure, va couche après couche créer une œuvre.

  • Et les résultats sont exposés sur ces étagères. Et on le voit très bien, les créations ne sont pas à la portée de la main de l’homme si je puis dire.

  • C’est ça. L’intérêt c’est de faire des objets qui ne sont pas réalisables ni à la main, ni au tour.
  • Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous disent que vous faites disparaître un art ancestral ?
  • Mais vous savez, il y a beaucoup d’artistes et d’artisans qui viennent nous voir, et ils nous le disent, ça vient enrichir leurs pratiques. Et puis, la création elle vient avant tout de leur esprit, et elle ne vient pas de la machine. Même s’il y a un jeu avec la machine, ça restera toujours une création de la personne. Tiens, je vous propose pour finir la visite de voir la fraiseuse numérique. Elle permet de découper, de faire des formes, alors on est plutôt sur du bois, du plastique, du plexi, ce genre de matériaux, et on peut travailler sur des formats qui vont de 2 mètres sur 2,5 mètres. Avec cette fraiseuse nous créons surtout du mobilier, ou des objets un peu plus conséquents…
  • Combien de personnes travaillent à « 8FABLAB » ?
  • Alors nous on est pas une association, on est société coopérative d’intérêt collectif… On est une société anonyme…
  • Vous n’êtes pas tributaires des aides municipales ?
  • Si. Dans notre gouvernance nous avons des collectivités, la Mairie de Crest, les intercos, la communauté de communes du Val de Drôme, du crestois, on travaille beaucoup avec le Département, mais on n’a pas de bénévoles comme une association, on a des salariés, on est huit en tout, et on est sur un principe coopératif, c’est à dire, une personne égale une voix.
  • Votre objectif pour les temps à venir ?
  • On axe de plus en plus sur la transition écologique, et ça c’est un beau chantier ! Et puis nous sommes en train de créer une unité de production à Eurre, où nous allons travailler notamment le plastique recyclé. On conçoit ici à Crest et on va produire à Eurre.

Bon, alors cette immersion dans la « tech » a été une peu ardue mais savoir que c’est possible de réparer un appareil nous-mêmes à côté de chez nous en impression 3D, c’est plutôt inattendu. Crest est une ville surprenante qui nous montre aujourd’hui comment allier aussi la « tech » avec le médiéval.

Mathias DEGUELLE

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