CREST : 37 ANS PLUS TARD, ILS COMPTENT TOUJOURS SUR VOUS.

Bonjour les Brillantes, bonjour les Brillants. Coluche est mort le 19 juin 1986. Un an avant, en 1985, l’humoriste créait « les Restos du Cœur », c’était il y a 36 ans, c’était hier. Cette année donc, ses « Restos du Cœur », « comptent sur nous » pour reprendre leur infatigable slogan, et entrent dans leur 37ème campagne et malheureusement semblent maintenant faire durablement partie du paysage français. Les plus de deux mille centres et antennes, les plus de soixante douze mille bénévoles reprennent une nouvelle fois du service cet hiver à travers toute la France, prêts à distribuer plus de cent trente millions repas, comme ce fut le cas en 2017 et 2018… Alors lebrillant.fr se devait comme une évidence, de porter une attention particulière aux « Restos du Cœur » pour prendre la température, alors que les frimas de l’hiver commencent à pincer les chairs.

Pour commencer cet article, je me devais, comme une évidence, de rencontrer l’un des bénéficiaires des « Restos du Cœur », je me dirigeais vers un homme, attablé devant sa tasse de café. Il m’explique que c’est sa première journée au « Restos du Cœur »:

  • Je connaissais pas avant, mais je considère que c’est pas mal qu’existe quelque chose comme ça. la solidarité, il ne faut pas qu’elle se perde.
  • Est-ce que ce n’est pas difficile, la première fois? De franchir la porte des « Restos du Cœur », est-ce que l’on a pas comme une sorte de réserve?
  • Je considère que tu l’as vu…je suis devenu rouge en te parlant, donc ça se voit que j’ai une espèce de pudeur, surtout quand on a un vécu assez normal, disons, et tout d’un coup, on se retrouve un peu dans la merde, donc on est obligé de faire des trucs que l’on aurait pas fait autrement.
  • C’est un espoir les « Restos », une bouée de sauvetage?
  • Oui, je pense que c’est les deux, parce que de toute façon, la bouée de sauvetage, ça te donne un espoir. Là, on m’a dit qu’il y avait de la viande, du fromage et tout ce qui permet à un être humain de vivre confortablement pendant une semaine.
  • Vous vivez tout seul?
  • J’habite tout seul, oui. Mes enfants sont grands, ils ont leurs vies à eux, d’ailleurs, ils ne savent pas que je suis là…
  • Les lecteurs ne vous entendent pas parler, donc je le précise : vous avez un léger accent sud-américain, je me trompe?
  • Exact, oui.
  • Vous venez d’argentine?
  • Comment tu le sais?
  • Je ne sais pas, peut-être qu’un argentin désargenté, ça m’a mis sur la piste… (Eclats de rire)
  • Si Coluche était en face de vous, vous lui diriez quoi?
  • Enormément merci de penser aux autres avant lui-même.

Mais comment ça fonctionne, les « Restos du cœur »? Rencontre avec Nathalie MARTIN.

  • Bonjour, je m’appelle Nathalie, je suis bénévole aux « Restos du Cœur » de Crest, depuis huit ans.
  • Pouvez-vous nous situer le local, le géolocaliser?
  • On est dans l’ancien gymnase Chareyre, on a la moitié du gymnase qui se situe derrière le collège Revesz-Long, vers l’hôpital.
  • Une première remarque, le local des « restos du cœur » est très excentré par rapport au centre ville, ce n’est pas un problème pour les bénéficiaires qui ne sont pas forcément motorisés?
  • Alors au début, c’est vrai que c’était très gênant pour nous, parce que c’est vrai, nous sommes excentrés, donc ça veut dire que les personnes qui habitent à La Prairie par exemple, pour les familles de quatre ou cinq, les sacs sont lourds à porter, c’est loin, et au début c’est vrai qu’on était moyennement contents, et avec du recul, on s’est adaptés, on a mis en place des navettes. Donc, on a une navette qui nous est prêtée par la MJC de Aouste qui va chercher les gens de Aouste, qui les amène au local et qui les ramène, et sur Crest, on a également une navette qui nous est prêtée par le CCAS, donc les gens qui habitent vraiment loin, qui ne sont pas motorisés, peuvent venir à bord de nos véhicules.
  • Ce que vous êtes en train de me dire, c’est que vous rendre visite n’est pas une démarche unilatérale, on peut venir vous voir, mais vous allez aussi à la rencontre des bénéficiaires.
  • Oui, dans la limite du possible. C’est à dire que les navettes n’ont que huit places, donc on est obligés de ne prendre que les personnes qui n’ont vraiment pas de voiture, qui ont de la peine à se déplacer. C’est vrai que c’est une problème, mais d’un autre côté, nous avons un local qui est assez grand, ce qui est fort agréable à la fois pour les bénévoles et à la fois pour les personnes accueillies. on a la place de les recevoir, avec un café, avec des biscuits, c’est assez convivial, c’est grand, c’est chauffé, on n’est pas à l’étroit et ça c’est très bien, mais par contre, c’est vrai que l’éloignement, par exemple, pour les activités qu’on peut proposer comme les ateliers de couture, de cuisine, de patchwork, les ateliers informatiques…là oui ça pose un problème, je pense aux ateliers de français, l’aide aux devoirs, tout cela pose problème parce qu’il y a plein de gens qui pourraient venir si on était au centre ville, mais qui ne viennent pas parce que là, on est trop loin et on n’a pas le droit d’aller chercher les gens chez eux avec nos véhicules personnels.
  • Nathalie, j’aimerais que vous me disiez deux mots sur votre parcours, comment vous êtes venue à vous intéresser aux « Restos du Cœur » depuis huit ans, comment est né votre engagement?
  • Alors j’ai toujours été dans des associations, qu’elles soient sportives, pour des écoles, de vie, de village etc… J’ai beaucoup voyagé, j’ai vu pas mal de choses et je suis arrivée en Drôme en 2012, quand je suis arrivée ici, mon fils était au lycée Armorin, j’étais dans une fédération de parents d’élèves, là il y avait un parent d’élève qui était bénévole aux « Restos du Cœur » et il m’a dit : « Ecoute, on a besoin de monde » donc j’y suis allée, j’ai commencé par des demi-journées par semaine, et puis de fil en aiguille, voilà…
  • Quel est votre carburant? Qu’est-ce qui vous pousse vers l’autre, vers le partage?
  • On vit dans une société …bon, on n’a pas trop à se plaindre en France, il ne faut pas non plus exagérer, mais je vis dans une société où il y a beaucoup de choses qui me dérangent et donc, je m’énervais toute seule dans mon coin, en me disant : « mais enfin, ce n’est pas normal, c’est injuste, ce n’est pas ça la justice », voilà…Et en votant j’ai bien vu que mes idées ne passaient pas forcément, enfin celles que je défends, donc, je me suis dit : « Ecoute, on va arrêter de s’énerver toute seule dans son coin, et on va faire quelque chose à notre niveau » donc, dans mon coin je me suis dit que j’allais agir localement. « Les Restos du Cœur », je vois les résultats. C’est tout de suite perceptible, les gens repartent avec quelque chose à manger, il y a des gens qui nous disent:  » merci, maintenant je n’ai plus besoin de vous », donc là on est super contents, c’est quelque chose de très concret, et surtout, ça me satisfait d’aider les gens comme ça. Je m’énerve toujours contre la société, mais je fais des choses dans mon coin.
  • Si l’on se souvient bien, historiquement, quand en 1985, Coluche créait ce qui était pour lui un véritable coup de gueule, c’était provisoire, éphémère. 37 ans plus tard, vous êtes encore là.
  • Oui, c’est malheureux et je crois que l’on sera encore là pendant quelques années. D’un autre côté on est nécessaire, les associations solidaires sont devenues indispensables, à notre société, ce qui est un peu dommage mais c’est comme ça.
  • Pour vous ce n’est pas une défaite de l’Etat? Vous n’avez pas le sentiment que l’Etat se défausse?
  • C’est vrai qu’on palie les manques de l’Etat…mais vous savez les « Restos du Cœur » sont complétement apolitiques…mais une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait? ça veut dire qu’on laisse tout tomber, et à ce moment là, que deviennent les gens qui comptent sur nous? Alors on continue…donc dans l’urgence, on continue.

  • La bonne nouvelle serait que les « Restos du Cœur » s’arrêtent?
  • C’est évident, ça, c’est évident. Mais je n’y crois pas. Je n’y crois pas (sourire). Il faut qu’on continue, c’est vrai qu’il y a des gens qui me disent « mais enfin, vous êtes toujours là, les choses ne changeront donc jamais », c’est vrai c’est le serpent qui se mord la queue, mais d’un autre côté, dans la mesure où on peut faire des choses, je ne peux pas rester inactive devant la misère, je me dis  » si je peux aider, je le fais »
  • Parlez nous de l’évolution que vous avez constatée, vécue, pendant vos huit années de présence au « Resto » ici à Crest et ses alentours?
  • C’est vrai que nous avons 60 à 70% de crestois, il y en a d’autres qui viennent d’Aouste, 10 à 12% environ, sinon le reste des personnes accueillies viennent de petits villages aux alentours. L’évolution depuis huit ans, que je suis aux « Restos du Cœur »…C’est pas évident à voir parce qu’en fait, on a changé de local, on était, avant, au centre ville, vers la gare, donc il y avait plus d’activités, il y avait des lotos, bon…Ensuite, on s’est installé au chemin du Grand Saint jean, là on était vraiment mal logés mais c’était transitoire et on n’a rien pu faire comme activités autres que la distribution alimentaire, maintenant on est ici, alors si vous me parlez du nombre de familles accueillies c’est fluctuant, mais sur Crest, c’est rural et on ne peut pas dire qu’il y ait une grosse augmentation. Rien de flagrant. On est toujours sur une pente légèrement ascendante mais pas comme dans les villes, on n’est pas du tout dans le même esprit que dans les centres de « Restos du Cœur » qui sont dans les villes où là ils ont vraiment eu une grande augmentation avec des gens de plus en plus jeunes par exemple. On a beaucoup parlé des étudiants, nous à Crest, on n’a pas connu cette augmentation parce qu’on est pas dans une grande ville, et on n’est pas pas représentatifs des retours qu’on peut entendre des « Restos du Cœur » au niveau national.

  • Quel est « le portrait robot » du bénéficiaire, si on peut le faire? Je parle de classe sociale, de culture, de sexe, dites-nous tout.
  • Alors on a un peu tous les types, mais c’est vrai qu’on a beaucoup de personnes seules qui sont plutôt des hommes, on a des familles monoparentales, mais leur nombre n’a pas augmenté depuis trois ans, on a une augmentation des familles « classiques » couple avec enfants, voilà. Ce sont des gens qui sont soit en fin de droit de chômage, soit au RSA, soit avec l’allocation adulte handicapé, ou alors, ça arrive que ce soit des gens qui ont des petits boulots de quelques heures par semaine, mais qui ne leur suffisent pas à vivre.
  • Ce sont plutôt des personnes étrangères ou des français « de souche »?
  • Ce sont des français. on a quelques immigrés ici dans le Val de Drôme, on a notamment eu une arrivée de Yézidis irakiens, mais qui ne représentent pas beaucoup, peut-être une dizaine ou une quinzaine de personnes.
  • Est-ce qu’il ne vous arrive pas d’être parfois confrontés à la pudeur des nouveaux bénéficiaires qui découvrent pour la première fois les « Restos du Cœur »?
  • Effectivement, c’est très difficile de pousser la porte des « Restos » pour la première fois. Surtout quand on n’a jamais eu besoin d’aide d’associations solidaires, ça c’est extrêmement difficile au niveau de la dignité, c’est compliqué. Aux « Restos » c’est l’accueil inconditionnel, c’est même notre première raison d’être, on accueille tout le monde sans juger, sans discrimination aucune, que ce soit pour la couleur de peau, les religions, les pensées etc…Et surtout on se veut rassurant. les gens qui vont tomber de façon brutale dans une situation précaire, ils vont se relever, et nous, on est là pour cette période très difficile qu’ils traversent, avant qu’ils se relancent. Mais c’est vrai que c’est difficile, des gens arrivent en pleurant, mais on est là pour les réconforter, pour les orienter aussi, vers des acteurs, des partenaires qui pourront les aider à retrouver du boulot ou autre chose.
  • Je note qu’il y a, à disposition, une ordinateur avec connexion internet, c’est aussi au cœur de votre dispositif, la lutte contre la fracture numérique?
  • Il y a pas mal de personnes qui n’ont pas accès à internet, ou un accès limité, et on est là aussi pour leur apporter ce type de service, c’est à dire qu’il n’y a pas que la distribution alimentaire, s’il leur faut des papiers, on va les accompagner pour avoir ces papiers, on va pouvoir les orienter vers des professionnels. S’ils ont besoin de déclarer leurs ressources à la CAF tous les trois mois, on va les accompagner pour le faire, donc oui, il y a un ordinateur connecté où ils vont pouvoir le faire sans être obligés d’aller vers une assistante sociale ou faire la queue ailleurs. C’est vraiment tout un accompagnement qu’on appelle « aide à la personne » dans tous les domaines possible selon nos compétences.
  • Combien de personnes présentes dans le centre?
  • On a à peu près une cinquantaine de bénévoles réguliers, c’est à dire qui viennent une fois par semaine ou plus, et on a environ soixante dix bénévoles occasionnels qui nous aident pour faire les paquets cadeaux quand c’est nécessaire, pour faire les collectes, pour faire des manifestations un peu plus ponctuelles.
  • L’année dernière, les « Restos du Cœur » de Crest on accueilli combien de familles?
  • Alors, nous on fonctionne en deux campagnes : campagne d’été et campagne d’hiver. En général, on a 200 familles en hiver, ce qui représente 450 personnes, et grosso-modo, en été, on a 120 familles qui représentent environ 250 personnes. On a deux barèmes différents, un pour l’hiver, un pour l’été. La campagne d’hiver ne dure « que » seize semaines, alors que l’été dernier on a distribué trente semaines, donc c’est sur le long terme. La campagne d’hiver est plus intense, la campagne d’été c’est moins de personnes accueillies mais sur une plus longue période.
  • Qui approvisionne les « Restos du Cœur »?

  • Nos ressources viennent principalement des dons des particuliers, du mécénat etc…Avec ces dons, les « Restos » vont acheter de la nourriture, les dons représentent 56% du volume des denrées. Alors, ce qu’on appelle les dons, c’est aussi les collectes que l’on fait dans les magasins deux fois par an, avec la collecte nationale au mois de mars. Les ramasses qu’on va faire dans les magasins, c’est à dire que les bénévoles vont aller tôt dans les magasins et récupérer les produits frais qui sont « date limite », donc ça, les magasins nous les donnent et eux, défiscalisent, donc tout le monde est gagnant. Il y a aussi les producteurs qui font des dons, surtout en été quand ils sont excédentaires, et puis il y a les dons départementaux. Ensuite on a le négoce, 34%, donc ce sont des produits qui sont achetés par les « Restos du Cœur » et on a 10% de ce qu’on appelle le FEAD, le Fond Européen d’Aides aux plus Démunis, donc c’est l’Europe qui donne aux associations solidaires des fonds pour acheter des aliments. C’est négocié tous les cinq ans avec un plan qui est bien détaillé. Alors c’est vrai qu’il y a quelques années, on a eu un peu peur parce que l’Europe voulait baisser, de coup je pense que l’un des rares aspects positif du covid, c’est que ça ne va pas baisser pour l’instant.
  • La covid a eu une incidence ces deux dernières années?
  • L’été 2020, on a eu une forte augmentation de fréquentation des personnes accueillies, parce que les gens se sont retrouvés sans boulot, nous, dans notre organisation, ça nous a un petit peu perturbés, mais on est adaptables, donc on a du livrer des colis, les gens ne rentraient plus dans le local, donc il y avait moins le côté accueil qui nous tient tant à cœur, donc on ne pouvait plus offrir de cafés, de boissons…ça a été un peu difficile pendant un an, par contre on n’a pas arrêté, on n’a pas fermé.
  • Les photos du brillant.fr en témoignent, il y a une bibliothèque, un espace détente, j’y reviens, cette mise en confiance fait partie de votre philosophi

  • Vous savez, les gens qui viennent n’ont pas forcément très envie de venir, ils sont un peu gênés donc c’est pas la peine de les mettre plus mal à l’aise, et je le répète, l’accueil est très important, il faut qu’ils se sentent bien, il ne faut pas qu’ils viennent uniquement pour prendre leur colis alimentaire, puis repartir, il faut qu’ils aient un endroit où ils peuvent parler, lire, regarder internet…avoir un moment de détente, convivial.
  • Donc, imaginons que je vais être bénéficiaire des « Restos du Cœur », toc, toc, toc, je frappe à la porte, racontez-nous la suite.
  • Déjà, on vous accueille avec un grand sourire, un petit gâteau et un café, ou un thé. Ensuite, puisque les « Restos du Cœur » fonctionnent avec des barèmes, des barèmes qui sont les mêmes pour tous les centres de France, donc on va vous demander quelques papiers selon votre situation, si vous êtes au RSA, ou au chômage, ou à la retraite…On va regarder ce que vous gagnez, on va regarder ce que vous dépensez pour votre logement, on ne prend pas toutes les dépenses en charge mais essentiellement le logement, ensuite on compare avec notre barème et on vous dit : « On va pouvoir vous servir toutes les semaines » ou « désolés mais vous dépassez le barème, mais vous ne repartez pas les mains vides, vous repartez avec un colis de dépannage, et si la situation reste difficile dans un mois, deux mois, vous revenez, on vous aidera à nouveau ». En revanche, si vous n’êtes pas bénéficiaires des « Restos du Cœur », vous pouvez très bien venir aux activités, l’ordinateur est par exemple ouvert pour tout le monde, les ateliers de français, l’aide aux devoirs… Tout est disponible à tout le monde, même si on n’est pas bénéficiaire…
  • L’aide aux devoirs?
  • Oui tous les jeudis soir, on a trois ou quatre bénévoles qui viennent aider les écoliers à faire leurs devoirs, donc on a des écoliers de primaire et parfois, du collège. L’école étant le début de tout, ça nous tient à cœur.
  • On reçoit tous des messages du type : « Mangez 5 fruits et légumes par jour », il y a maintenant les nutriscores qui vont de A à E sur les emballages, est-ce que le « bien manger » entre dans la politique des « Restos »?
  • Oui et de plus en plus. Nous veillons à distribuer des repas équilibrés. Les « Restos du Cœur » fonctionnent par point. A savoir : un point correspond à une portion, ça va être un steak haché, un yaourt, une pomme…Mais parfois, il y a des promos, et c’est deux pommes pour un point. Ces points, vous allez les retrouver dans chaque catégorie d’aliment, on va distribuer des aliments, des laitages, des desserts. Plus les produits complémentaires, le café, l’huile, le sucre, la farine etc…et on essaie autant que faire se peut de donner des repas équilibrés. Bon, on a pas mal de fruits et légumes mais souvent ce sont des boîtes, des boîtes de petits pois…On n’a pas que des boîtes de raviolis, donc oui nous servons des repas équilibrés en fonction des aliments représentés.
  • Pour terminer, comment se présente cette 37ème saison?
  • Ja la sens un tout petit peu mieux que l’an dernier parce que les gens peuvent à nouveau entrer dans le local, je touche du bois, je croise les doigts (sourire), j’espère que ça va durer parce que le covid nous a quand même bien ennuyés, mais là on est à fond les ballons et on va continuer comme ça pendant seize semaines (rire).
  • Vous est-il arrivés de voir revenir des personnes pour simplement vous dire « merci », une fois qu’ils étaient sortis de leur mauvaise passe?
  • Oui! Cela arrive très régulièrement. Le plus grand bonheur c’est quand un bénéficiaire arrive et nous dit : « C’est la dernière fois que je viens vous voir parce que j’ai trouvé un boulot », là c’est génial, c’est super. Les gens, ici sont très sympas, ils nous remercient tous les jours. Ce qui me fait plaisir aussi, ce sont les personnes extérieures aux « Restos » qui passent un coup de fil, ou qui passent au local en disant : « Là, j’ai une cagette de courgettes en trop, je vous la donne, j’ai des vêtements, ça vous intéresse? », voilà. On a des dons, des dons d’argent, il y a un spectacle qui va être offert chez Dany Larry à tous les bénéficiaires des « Restos » de Crest, de Die, et ça, ça fait plaisir, cette solidarité entre humains autour des « Restos », voilà, tout ça part d’un bon sentiment, ça fait chaud au cœur.

Le cœur, toujours le cœur.

Je quitte Nathalie et je décide déambuler dans cet espace, en quête d’autres interlocuteurs, ce qui, vous vous en doutez ne tarde pas à arriver.

  • Bonjour, je m’appelle Alain, je fais partie de l’équipe des approvisionnements et des stocks au « Resto du Cœur » de Crest.
  • Vous êtes l’homme qui gère les stocks?
  • C’est ça, c’est essentiel, heureusement que nous sommes une équipe de trois, nous sommes présents mercredi, jeudi et vendredi, et effectivement, nous gérons les stocks de tout ce qui arrive. Les collectes, les ramasses dans les magasins des alentours, donc on va par exemple au Casino ou d’autres enseignes qui nous donnent un certain nombres de produits qui arrivent le jeudi matin pour le jeudi et le vendredi. On fait également deux fois par an des collectes dans les magasins avec tous les volontaires pour récolter des produits qui vont servir lors des six mois à venir.
  • Est-ce qu’il vous arrive de jeter?
  • Malheureusement tout ce qui nous arrive, n’est pas toujours bon. Il y a des produits, surtout des légumes ou des fruits qui sont un peu « passés » et qu’il faut jeter. pour ces denrées périssables, nous avons des bacs à compost, on trie parfois des courgettes, des pommes de terre, mais malheureusement pas trop souvent.
  • Qu’est-ce qui vous pousse à faire ça?
  • Je suis à la retraite et je pense que c’est une bonne chose que de s’aider les uns et les autres.
  • On peut parler de dévotion, de foi?
  • (long silence), non, pff… c’est simplement de l’humanisme, peut-être.

Ma déambulation au sein du local des « Restos du Cœur » continue, il y a du monde, et en jouant des coudes, j’arrive dans le secteur le plus froid du lieu

  • Bonjour, je m’appelle Alain. je m’occupe de la partie surgelée des « Restos » de Crest.
  • Houla…attention donc à ne pas casser la chaîne du froid! Expliquez-moi votre mode opératoire.
  • Nous sommes livrés avec des camions réfrigérés qui sont en général à -21 degrés, de là, nous déchargeons directement dans nos congélateurs, sur lesquels on vérifie tous les trois jours la température qui est notée sur un papier, et ainsi nous ne casserons pas la chaîne du froid. Au niveau de la distribution, une fois qu’on donne le produit à la personne, il faut obligatoirement qu’elle ait un sac isotherme et après c’est sous sa responsabilité (rire).
  • Est-ce que, avoir un congélateur chez soi est un signe extérieur de richesse?
  • Non, jusqu’à présent cette remarque ne nous jamais été faîte, à priori, les gens ont un petit congélateur, et si ce n’est pas le cas, on leur conseille vivement de consommer au plus vite. Chez nous, la rotation de produits se fait toutes les semaines, nous sommes livrés toutes les semaines.

Maintenant, amis lecteurs, lebrillant.fr va pousser sa démarche un peu plus avant pour se rendre compte qu’avoir faim n’affecte pas seulement le ventre, que la pauvreté a des conséquences bien plus profondes que le manque d’alimentation.

  • Bonjour, je m’appelle Steven Carminiani, je suis infirmier en équipe mobile psychiatrie-précarité, en fait je travaille pour l’hôpital psychiatrique local, le centre Drôme Vivarais, et l’idée de ces équipes, leurs missions sont deux : la première c’est de faciliter l’accès aux soins des personnes qui se trouvent en situation de précarité en général, parce qu’on observe que ces situations de précarité, ça rend plus difficile l’accès aux soins, donc l’idée c’est d’aller simplement parler avec eux pour voir s’il y a des problèmes de santé et de ce fait, faciliter l’accès aux soins.
  • La présence d’un psy dans les locaux des « Restos du Cœur » a de quoi étonner, d’ailleurs votre présence est un fait récent. Quel est le constat qui a provoqué votre venue ici?
  • En fait, à l’origine, c’était plus pensé pour des personnes qui sortaient de l’hôpital psychiatrique et qui avaient des conduites d’errance. Et ce que l’on observe le plus souvent, c’est le déni de pathologie, les gens ne sont pas conscients de leurs troubles, et donc pour tout un tas de raisons, ils se retrouvent errants, à aller à droite, à gauche et à ne pas suivre les soins qui sont intéressants pour eux, et donc on les retrouvait dans divers endroits, dont celui-ci. Donc, l’idée c’est qu’au lieu de proposer des rendez-vous dans des centres médico-psychologiques qui dépendent des hôpitaux psychiatrique, là où le suivi se fait, c’est d’aller les rencontrer directement. Mais après on se rend compte qu’il y a tout un tas de personnes qui ont aussi besoin de soins psychiques en général, mais c’est délicat parce que les problématiques psychiques c’est assez tabou, c’est souvent très connoté, si on a des problématiques psychiatriques, c’est souvent mal perçu, donc on n’en parle pas forcément; c’est pour cela que je parle de santé générale. Je suis infirmier général, pas spécialisé en psychiatrie, de fait j’y suis depuis longtemps donc je suis plus compétent en psychiatrie qu’en somatique mais je suis également formé pour des questions de santé physique. Donc on rencontre les gens et s’il y a un problème, on leur propose un accompagnement, de les amener chez le médecin ou au CMP, là où je travaille au centre médico-psychologique, voilà le premier abord c’est les soins physiques, c’est dans un deuxième temps qu’on apprend à se connaître, que les gens parlent un peu d’eux-mêmes, et que là je peux leur proposer des soins plus psychiques, de les recevoir là-bas en entretien avec des infirmiers, avec l’équipe des psychiatres, avec les psychologues qui sont là, avec toute une équipe qui est là pour suivre les personnes.
  • Mais vous conviendrez que la personne à qui vous vous adressez puisse vous répondre :  » Je ne suis pas fou, je suis juste pauvre »?
  • (sourire) Bien sûr, et c’est pour cela que j’évite de me présenter directement en tant que membre de l’équipe mobile précarité psychiatrique, les deux mots sont extrêmement connotés péjorativement. Il faut commencer par établir un lien de confiance, c’est après que les demandes émergent. Parce que l’on voit toujours la non-demande dans des situations de personnes qui sont très précaires, très désociabilisées et qui n’ont plus du tout de moyen, souvent ils ne demandent rien, ils sont dans une forme de renoncement, de désespoir. L’idée c’est donc de faire émerger des demandes mais avant, le lien de confiance est indispensable.
  • Est-ce que vous avez le sentiment d’être utile?
  • Ouais, quand même dans l’ensemble, parce que les gens me le renvoient, mais parfois c’est difficile, c’est long et parfois on assiste à des situations qui se dégradent et on se sent assez impuissant parce qu’il n’y a pas de solutions immédiates. Parfois, on est obligés d’attendre qu’elles aillent droit dans le mur pour qu’on puisse enfin faire quelque chose. Mais oui, je me sens tout de même utile, c’est pour ça que je continue.

Lebrillant.fr a fait le tour complet de ce dispositif qui rappelons le encore et toujours n’aurait jamais vu le jour sans Coluche et il ne sera pas possible de terminer cet article sans un clin d’œil au bonhomme.

« DANS LE MONDE DE DEMAIN, LES RICHES AURONT DE LA NOURRITURE ET LES PAUVRES AURONT DE L’APPETIT » Coluche

Pour clore cet article et sans vouloir donner dans l’émotion facile, la leçon que nous pouvons en tirer, c’est que donner c’est aussi recevoir en retour, que partager est un acte de générosité dans lequel chacun peut et doit se retrouver et pour conclure, et au nom du brillant.fr, un immense bravo aux équipes des « Restos du Cœur » qui ne trichent pas, sont tous bienveillants et ont un cœur gros comme ça.

Mathias DEGUELLE

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